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Le Monde Musulman par Robert Mantran Professeur à la Faculté des Lettres et Sciences humaines d'AixenProvence Au moment où les premiers croisés arrivent en Orient, dans les dernières années du XIe siècle, ils trouvent en face d'eux un monde musulman en plein bouleversement politique.

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Le Monde Musulman par Robert Mantran Professeur à la Faculté des Lettres et Sciences humaines d'AixenProvence Au moment où les premiers croisés arrivent en Orient, dans les dernières années du XIe siècle, ils trouvent en face d'eux un monde musulman en plein bouleversement politique. Déjà un siècle auparavant, les Fatimides, dynastie qui s'est d'abord imposée en Afrique du Nord avant de s'emparer de l'Égypte et d'y fonder la ville du Caire (973), ont ébranlé l'empire des Abbassides de Bagdad : non seulement ils ont privé celuici de l'Égypte, de la Palestine et d'une partie de la Syrie, mais en outre, adversaires des califes de Bagdad sur le plan religieux (ils adhèrent au schisme musulman du chi'isme alors que les Abbassides pratiquent l'Islam orthodoxe ou sunnisme), ils mettent en cause l'autorité des califes et l'unité du monde musulman.Par ailleurs, aux confins orientaux de l'empire, en Transoxiane, en Afghanistan, en Iran oriental, le pouvoir califal se désagrège, au profit de dynasties locales qui, pour assurer leur domination, font appel à des mercenaires turcs venus du Turkestan et rapidement convertis à l'Islam. A leur tour ces mercenaires supplantent leurs maîtres et fondent à la fin du Xe siècle le premier grand État turcmusulman, celui des Ghaznévides qui rayonne sur le Khorassan, l'Afghanistan et l'Inde occidentale. D'autres tribus turques pénètrent par la suite dans le monde musulman et l'une d'elles, celle des Seldjoukides, l'emporte sur les Ghaznévides qui sont rejetés vers l'Inde. Les Seldjoukides étendent leur action vers l'ouest et deviennent les maîtres du Khwarezm et de l'Iran (1042 1051). A la suite d'une tentative des Fatimides de s'emparer de l'Irak et d'éliminer le calife abbasside, celuici fait appel aux Seldjoukides, alors seule force capable de s'opposer au souverain du Caire : c'est courir un nouveau risque, celui de voir les Turcs dominer militairement et politiquement l'État abbasside ; et de fait, Toughril beg, leur chef, pénètre dans Bagdad le 15 décembre 1055, devient le protecteur du calife et reçoit le titre de sultan, ce qui lui donne la possibilité et le droit de diriger les affaires politiques de l'État au nom du calife. Désormais, et pour de nombreux siècles, l'histoire des Musulmans d'Orient est le fait des Turcs et non plus celui des Arabes.A Toughril beg, mort en 1063, succède son neveu Alp Arslan qui lance les premières expéditions contre l'Arménie, la Syrie du Nord et l'Asie Mineure. En 1070, il s'empare d'Alep et en août 1071 triomphe à Mantzikert, en Arménie, du souverain byzantin Romain Diogène : cette défaite des Grecs ouvre aux Turcs les portes de l'Asie Mineure. L'offensive menée par Alp Arslan, puis par son fils Malik Chah (10721092) permet aux Seldjoukides de dominer depuis le Kirman et la Transoxiane à l'est, jusqu'à la Syrie et la Palestine à l'ouest.Toutefois, ce jeune empire seldjoukide connaît rapidement des difficultés dans ses provinces orientales, et des luttes fratricides pour la conquête du pouvoir affaiblissent sa puissance ; la dynastie s'est cependant maintenue pendant un siècle en Irak et en Iran, jusqu'à la mort de Toughril III en 1194.Si un tel empire a pu ainsi se constituer, c'est que d'une part il a rencontré des circonstances favorables : amoindrissement des Abbassides et anarchie au sein du califal fatimide durant la seconde moitié du XIe siècle ; d'autre part, il a su utiliser au mieux l'enthousiasme guerrier et religieux des Turcs et mettre en place une administration admirablement organisée par le grandvizir Nizam alMoulk qui a exposé ses méthodes de gouvernement dans le Siyasetnamé (le Livre du Gouvernement). L'armée seldjoukide est formée de la garde personnelle du sultan et des troupes des émirs ; en échange de leur titre et de l'octroi de la perception de l'impôt sur un territoire déterminé pour une durée fixée (iqta'), ceuxci doivent entretenir une troupe armée qui peut être requise à tout moment par le souverain seldjoukide.En revanche, les fonctionnaires civils sont, dans leur grande majorité, Arabes ou Iraniens. Les Seldjoukides ont maintenu en place la plupart des fonctionnaires, car ils ne disposaient pas par euxmêmes d'un personnel qualifié. Ces fonctionnaires sont, à partir du vizirat de Nizam alMoulk, formés et instruits dans des écoles spécialisées, les médressés ; leur chef est le grandvizir, qui a sous sa responsabilité les finances, l'administration, la justice et les affaires religieuses. Outre les fonctionnaires indigènes, il dispose aussi d'un certain nombre de mamelouks (esclaves) qui peuvent accéder à tous les échelons de la hiérarchie ; ils sont généralement d'une fidélité à toute épreuve et constituent un contrepoids à la présence d'Arabes et d'Iraniens dans l'administration.A la suite de la bataille de Mantzikert, profitant de la situation trouble qui s'est établie en Asie Mineure, des tribus turques font irruption en Arménie et sur le plateau central anatolien, repoussant vers le nord et l'ouest les populations grecques. Parmi ces tribus se trouvent celle des Danichmendides, qui s'installe dans la région de Sivas (Sébaste) et Kayseri (Césarée de Cappadoce), et surtout celle conduite par un cousin du sultan Alp Arslan, le Seldjoukide Suleyman ibn Koutloumouch qui, contre l'aide fournie à différents candidats au trône de Byzance, obtient la cession de villes et de provinces en Anatolie centrale, la ville de Konya (Iconium) par exemple, et même, en 1081, reçoit d'Alexis Comnène la ville de Nicée. Il parvient ainsi à se constituer un État qu'il rend vite indépendant du sultan ; il trouve la mort peu après (1086). Son fils KilidjArslan doit supporter le choc de la première croisade : en 1097 il est contraint d'abandonner Nicée, puis est battu à Dorylée et perd Konya. Le souverain byzantin en profite pour reprendre aux Turcs une partie des territoires qui leur avaient été cédés vingt ans plus tôt.Si l'arrivée des croisés en Orient crée une situation nouvelle par le fait que, pour la première fois depuis les Romains, des Occidentaux prennent pied en Méditerranée orientale, pour les Musulmans il ne s'agit là que d'un épisode : seul l'adversaire a changé ; les Francs représentent maintenant l'ennemi. Durant près d'un siècle, c'est contre eux que Seldjoukides, Zenghides, puis Ayyoubides dirigent leurs coups, d'abord dans un esprit de défensive ; plus tard, Zenghi reprend Édesse, et Nour edDin réussit...

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