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FAIT, substantif masculin.

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FAIT2, FAITE, participe passé et adjectif.  

I.—  Participe passé de faire* Confer notamment faire1  III D. 

II.—  Emploi adjectival. 

A.—  [Correspond à faire1  I et II] 

1. Fabriqué, confectionné, construit, réalisé. 

a) Expression. Ce n'est ni fait ni à faire. C'est du travail bâclé (confer Martin du Gard, Gonfle, 1928, II, 5, page 1203). Tout compte* fait. C'est un grand pas de fait. Un grand progrès est accompli. Marché fait (vieux). Marché conclu. Marché fait qu'à votre retour nous ne parlerons point politique! (CÉLINE BUISSON DE LA VIGNE, VICOMTESSE DE CHATEAUBRIAND, Mémoires et lettres,  1847, page 237 ). 

b) [Avec un adverbe ou une locution adverbiale de manière, ou un complément de comparaison]  Du travail bien fait, une besogne mal faite. 

·    Vite fait, bien fait (pour indiquer une exécution rapide). 

·    (Aus)sitôt dit, (aus)sitôt fait. L'exécution suit immédiatement le projet, la parole, la promesse, l'ordre exprimé. 

·    C'est très bien fait à vous de + infinitif (vieux). C'est très-bien fait à vous de faire des excursions sur des terres étrangères (JOSEPH, COMTE DE MAISTRE, Les Soirées de Saint-Pétersbourg, tome 1, 1821, page 21 ). 

·    Fait à plaisir. Inventé de toutes pièces. Conte fait à plaisir. 

c) Locution adjectivale. Tout fait. 

α ) Tout prêt, préparé d'avance. Travail tout fait. La métaphysique ou la critique que le philosophe se réserve de faire, il va les recevoir toutes faites de la science positive, déjà contenues dans les descriptions et les analyses dont il a abandonné au savant tout le souci (HENRI BERGSON, L'Évolution créatrice, 1907, page 196) : 

Ø 1. Ses enfants, bien entendu, il vaut mieux se les faire soi-même; mais quand on attrape la cinquantaine, qu'on n'est pas bien sûr de réussir, et qu'on en trouve un tout fait, eh bien, on se le prend sans avertir les populations.

MARCEL PAGNOL, Fanny,  1932, II, 6, page 138. 

—  Spécialement.  domaine de l'habillement.  Costume tout fait. Antonyme : sur mesure(s); synonyme : prêt à porter. En veston et en pantalon de fantaisie, achetés tout faits chez Lambourdieur (ÉMILE ZOLA, La Terre,  1887, page 299 ). Enfin, Joseph consentit à essayer un costume tout fait, pourvu qu'il fût noir (JULIEN GREEN, Moïra,  1950, page 71 ). 

β ) Au figuré.  Adopté sans examen; banal, sans originalité. Idée toute faite. Idée reçue, lieu commun. Elle laisse ses amis penser pour elle; elle reçoit leurs idées toutes faites (ANATOLE-FRANÇOIS THIBAULT, DIT ANATOLE FRANCE, La Vie littéraire.  1888, page 342 ).  Expression, locution, formule toute faite. Expression figée de la langue, consacrée par l'usage et devenue banale. Phrase toute faite. Formule de politesse conventionnelle et froide. Synonyme : cliché. N'en pas parler du tout plutôt que d'en parler avec des phrases toutes faites (HENRI DE MONTHERLANT, Pitié pour les femmes,  1936, page 1119 ). 

2. [En parlant d'une personne; généralement modifié par un adverbe de manière ou un complément de comparaison] 

a) [En parlant du physique]  Conformé, constitué : 

—  Bien fait. Beau, de bel aspect. Bien fait de sa personne; femme bien faite. Jeune homme on ne peut pas mieux fait et on ne peut pas plus agréable (HENRI BEYLE, DIT STENDHAL, Vie de Henry Brulard, tome 1, 1836, page 50 ). Je n'étais pas mal fait de ma personne, je me montrais à la fois danseur infatigable et discret érudit (ALBERT CAMUS, La Chute,  1956, page 1487 ).  Fait au moule, à ravir. C'est un joli garçon, bien tourné, fait à peindre, bel homme en uniforme (PAUL-LOUIS COURIER, Pamphlets politiques, Lettres particulières 2, 1820, page 69 ). Des Cupidons, fraîche couvée, Me montraient son pied fait au tour (VICTOR HUGO, Chansons des rues et des bois,  1865, page 109 ).  Jambe bien faite; taille bien faite. Belle bouche, un nez très bien fait (JEAN GUÉHENNO, Jean-Jacques, Roman et vérité, 1950, page 69 ). 

—  Homme mal fait. Mal bâti, disgracieux. 

b) Vieux.  [En parlant de l'allure, de l'habillement]  Habillé, accoutré, arrangé (d'une manière étrange). Dans des expressions : comme le voilà fait! Il est fait d'étrange manière. Madame Lerat (...) l'aperçut [Nana] à cette heure, faite comme une souillon (ÉMILE ZOLA, Nana,  1880, page 1321 ). 

c) Au figuré.  [En parlant du jugement, du caractère]  Avoir l'esprit bien fait. Avoir l'esprit juste, qui raisonne bien. [Par allusion littéraire à Montaigne, Essais I 25]  Tête bien faite vaut mieux que tête bien pleine. Mieux vaut un esprit juste qu'un esprit pédant, bourré de connaissances livresques non assimilées. Être ainsi fait. Avoir tel caractère, tel comportement. Synonymes modernes : être ainsi, être comme cela (sans y pouvoir changer). Et le monde est ainsi fait que l'on oubliera Falleix (HONORÉ DE BALZAC, Spendeurs et misères des courtisanes,  1844, page 337 ). Mon esprit fut toujours ainsi fait que je ne mettais pas ma perspective devant moi, mais derrière (MAURICE BARRÈS, Mes cahiers, tome 2, 1899-1901, page 217) : 

Ø 2. Ce Demangeat ne me plaisait guère. Je lui trouvais la voix pâteuse et le débit monotone; j'avais raison, mais, avec un esprit mieux fait, j'aurais compris que les étudiants appréciaient justement l'ordre et la clarté de ses exposés.

ANATOLE-FRANÇOIS THIBAULT, DIT ANATOLE FRANCE, La Vie en fleur,  1922, page 433. 

3. Fait pour + substantif déterminé ou infinitif; fait pour que + subordonnée au subjonctif. 

a) [En parlant d'une personne]  Particulièrement apte à, prédisposé à. L'homme n'est pas fait pour vivre seul. Il faut du merveilleux, un avenir, des espérances à l'homme, parce qu'il se sent fait pour vivre au-delà de notre univers (FRANÇOIS-RENÉ DE CHATEAUBRIAND, Le Génie du christianisme, tome 2, 1803, page 170 ). Mal fait pour l'action, plus à l'aise dans l'éternité que dans le temps, son bonheur était de se perdre à loisir dans ses rêves (JEAN GUÉHENNO, Jean-Jacques, Roman et vérité, 1950 page 22 ). 

b) [En parlant d'une chose]  Destiné à, qui convient à. Non, non, Victor, cesse de t'abuser; ce bonheur n'est pas fait pour toi (RENÉ-CHARLES GUILBERT DE PIXÉRÉCOURT, Victor ou l'Enfant de la forêt,  1798, I, 1, page 4 ). Le rêve conté hier est bien fait pour tuer à jamais le sommeil (JULES MICHELET, Journal,  1848, page 617 ). Un piano est fait pour qu'on y joue de la musique (ÉMILE-AUGUSTE CHARTIER, DIT ALAIN, Propos, 1913, page 171) : 

Ø 3.... la poursuite inlassable dont il n'avait cessé de fatiguer Mlle.  Stangerson, (...) la vie désordonnée qu'il menait sous prétexte de « noyer ses chagrins «, tout cela n'était point fait pour rendre Arthur Rance sympathique à Rouletabille, et ainsi s'explique la froideur avec laquelle il l'accueillit dans la salle des témoins.

GASTON LEROUX, Le Mystère de la Chambre jaune,  1907, page 154. 

—  Par ironie (pour recommander l'usage d'une chose) Le savon est fait pour qu'on s'en serve. Je passais mon chemin, un chemin est fait pour qu'on y passe (HENRI BEYLE, DIT STENDHAL, Lamiel,  1842, page 48 ). 

·    Familier. Cela n'est pas fait pour les chiens*. 

—  Très familier, par ellipse. C'est fait pour! C'est destiné à, prévu pour un usage précis. 

B.—  [Correspond à faire1 III A]  Domaine des soins de beauté.  Yeux faits. Yeux maquillés, fardés. Ongles faits. Ongles limés (et vernis). 

C.—  [Correspond à se faire2 III A] 

1. Qui a atteint son complet développement, qui est parvenu à maturité. 

a) [En parlant d'une personne, de son corps, de son esprit]  Arrivé à l'état pleinement adulte, qui a atteint la maturité d'âge, d'esprit ou de corps. 

·    Homme fait. Homme pleinement adulte, d'âge mûr. —  C'est vrai, disait un jeune à un homme fait. Tu es père de famille (VICTOR HUGO, Les Misérables, tome 2, 1862, page 427 ). Je vis que le burnous n'était plus un burnous d'enfant, mais un ample et solide vêtement d'homme fait (GEORGES DUHAMEL, Suzanne et les jeunes hommes,  1941, page 177) : 

Ø 4. Mais maintenant, il lui fallait s'avouer qu'il était un homme fait : les jeunes gens le traitaient en aîné, les adultes comme un des leurs, et certains lui témoignaient même de la considération. Fait, limité, fini, lui et pas un autre.

SIMONE DE BEAUVOIR, Les Mandarins,  1954, page 137. 

·    Femme faite. Femme pleinement formée, développée. Ces deux bambines qui avaient des gaietés et des regards étranges de femmes faites (ÉMILE ZOLA, Contes à Ninon,  1874, page 95 ). 

b) Parvenu à un certain degré de maturation. Vin fait. Viande faite. Viande mûrie. Fromage fait. Fromage (à pâte molle) qui a atteint un degré de maturation où le coeur est amolli. Fromage pas trop fait, fait à coeur. Pour finir la fête, une armée entière De fruits, de parfaits, de fromages faits (CHARLES MONSELET, Poésies complètes,  1880, page 225 ).  Fromage trop fait. Qui n'est plus propre à la consommation. Un autobus (...) où grouillaient les clients comme asticots dans un fromage trop fait (RAYMOND QUENEAU, Exercices de style,  1947, page 172 ). 

2. Fait à + substantif déterminé ou infinitif.  Accoutumé, entraîné, exercé à. Fait au climat, aux habitudes, à un genre de vie. Son grand esprit positif et rigoureux, si peu fait à se payer d'abstractions (CHARLES-AUGUSTIN SAINTE-BEUVE, Port-Royal, tome 3, 1848, page 313 ). —  Donnez-moi qui vous voudrez, Monsieur le Directeur, mais un homme fait à ce travail et qu'il ne me soit pas nécessaire de reprendre à l'A.B.C. (GEORGES DUHAMEL, Combat contre les ombres,  1939, page 18 ). 

D.—  Locution adverbiale. 

1. Tout à fait. 

a) Entièrement, complètement. Oublier tout à fait. Isabelle, tout à fait remise de son évanouissement, se tenait debout (THÉOPHILE GAUTIER, Le Capitaine Fracasse,  1863, page 425 ). Je sais bien que ce sont des idées folles, que je ne puis même pas prendre tout à fait au sérieux, des rêves... (GEORGES BERNANOS, Journal d'un curé de campagne,  1936, page 1032 ). 

—   [Suivi d'un adjectif]  Synonyme : très. « Vous allez être tout à fait chou, vous allez dédicacer quelques livres... « (SIMONE DE BEAUVOIR, Les Mandarins,  1954 page 266 ). 

b) Exactement. Ce n'est pas tout à fait ça. Non, il n'y a pas moyen de s'y tromper et c'est bien tout à fait comme nous quand nous avons tant de chagrin (PAUL CLAUDEL, Visages radieux,  1947, page 789) : 

Ø 5. Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant

D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime

Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même

Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.

PAUL VERLAINE, Poèmes saturniens,  1866, page 63. 

2. Rare, littéraire. Si fait! [Locution interjective, servant à renforcer une réponse ou tenant lieu de réponse à une phrase négative ou interrogative]  Mais si! Bien sûr que si! 

STATISTIQUES : Fréquence absolue littéraire : 94 120. Fréquence relative littéraire : XIXe.  siècle : a) 142 160, b) 135 828; XXe.  siècle : a) 131 967, b) 126 830. 

 

Forme dérivée du verbe \"faire\"

 faire

FAIRE1, verbe transitif.  

I.—  [Le sujet désigne un animé]  Donner l'être, l'existence à, être l'auteur de. 

A.—  [Le sujet désigne Dieu; l'objet désigne un animé ou un inanimé]  Créer, donner l'être et la vie à. Dieu fit le ciel et la terre; Dieu a fait l'homme à son image. Ce n'est pas nous qui avons fait le ciel et la terre (PAUL CLAUDEL, Le Père humilié,  1920, II, 1, page 516 ).  « Me voilà, tel que Dieu m'a fait! « (CHARLES DE GAULLE, Mémoires de guerre,  1959, page 129 ). 

—  Faire + substantif + attribut de l'objet. Dieu (...) a fait toute créature périssable (HERVÉ BAZIN, Vipère au poing,  1948, page 275 ). 

—  Locution familière. Tous les jours que Dieu fait. Chaque jour (Dictionnaire de l'Académie Française). 

B.—  [Le sujet et l'objet désignent un animé]  Donner naissance à. 

1. Familier.  [Le sujet désigne des personnes]  Donner la vie à. Faire des enfants. Synonyme : procréer. La bourgeoisie, grosse famille de gens actifs, faisant des affaires, des enfants (EDMOND DE GONCOURT, JULES DE GONCOURT, Journal,  1859, page 603 ). Ils avaient bien besoin d'avoir un enfant! (...) ils n'en avaient sans doute nul besoin. Mais la nature voulait qu'ils en fissent un (ANATOLE-FRANÇOIS THIBAULT, DIT ANATOLE FRANCE, Le crime de Sylvestre Bonnard,  1881, page 273 ). 

—  Locution familière. Je le/la connais comme si je l'avais fait(e). Je le/la connais très bien. Madame Laure! je la connais comme si je l'avais faite. C'est une cliente (ANATOLE-FRANÇOIS THIBAULT, DIT ANATOLE FRANCE, Crainquebille,  1905, 3e.  tableau, 1, page 298 ). 

a) [Le sujet désigne une femme]  Faire un enfant Synonyme : enfanter. Confer infra exemple 1. 

b) [Le sujet désigne un homme]  Populaire. Faire un enfant à une femme. La rendre enceinte. Si je ne prenais pas mes précautions, il me ferait un gosse à tous coups (SIMONE DE BEAUVOIR, Les Mandarins,  1954, page 350 ). Ma jeune femme me portait l'affection la plus tendre, je lui faisais de beaux enfants bien sains, deux fils et une fille (JEAN-PAUL SARTRE, Les Mots, 1964, page 153 ). 

2. Usuel.  [Le sujet désigne la femelle d'un animal]  Mettre bas. Faire ses petits : 

Ø 1. « Ça n'est pas possible (...) que des roses produisent des petits enfants. Non, les roses produisent des roses; ce sont les chattes qui font les petits chats; les mamans qui font les petites filles et les papas qui font les petits garçons. «

ANDRÉ GIDE, Journal,  1943, page 230. 

—  Au figuré, familier. Faire des petits. Proliférer, se multiplier. 

3. Par analogie.  [Le sujet désigne une plante]  Faire des bourgeons, des feuilles. En France, les pommiers feront toujours des fleurs (JACQUES AUDIBERTI, Quoat-Quoat, 1er.  tableau, 1946, page 30 ). 

C.—  [L'objet désigne un inanimé concret] 

1. [Le sujet désigne un animé]  Produire (par une fonction naturelle de l'organisme). 

a)  [Le sujet désigne une personne] 

α ) Faire ses dents. Avoir les dents qui poussent. Faire une dent de sagesse. Aux pieds de l'aïeule, dans son moïse, le dernier né des Poitrine, Jeannot, faisait ses dents (ANATOLE-FRANÇOIS THIBAULT, DIT ANATOLE FRANCE, Les Dieux ont soif,  1912, page 482 ). 

β ) Familier. Faire pipi, caca (langage enfantin), ses besoins. Uriner ou évacuer des matières fécales. Synonymes vulgaires : pisser, chier. Plus jeune, il lui arrivait souvent de « faire son gros «, comme elle dit, dans ses culottes, par paresse ou par incurie (ANDRÉ GIDE, Journal,  1943, page 214 ). Les plus malades (...) faisaient leurs besoins ou vomissaient sous eux (FRANCIS AMBRIÈRE, Les Grandes vacances,  1946, page 167 ). Tout à coup, je fis pipi sur ses genoux (BLAISE CENDRARS, Bourlinguer,  1948, page 123) : 

Ø 2. —  Nous autres, les filles, nous devons nous arrêter pour faire les deux commissions. Les chevaux, les vaches font la grosse tout en courant mais sont obligés de s'arrêter pour faire pipi. Au contraire, les garçons s'arrêtent pour faire la grosse, mais font pipi tout en courant Crois-tu qu'il existe des êtres au monde capables de faire les deux sans être obligés de s'arrêter, en marchant ou en courant? C'est impossible! Même les oiseaux se posent pour lâcher leur crotte, les chéris, qui ne font jamais pipi. Mais la tante sait faire pipi debout, tout comme un homme, sans s'accroupir.

BLAISE CENDRARS, Bourlinguer,  1948, page 130. 

—   [Par ellipse du complément d'objet]  Faire dans sa culotte, dans son lit. 

b) [Le sujet désigne un animal]  Faire ses crottes, du crottin. Évacuer des excréments. 

—   [Par ellipse du complément d'objet]  Déjà la cour était interdite au petit chien; il pouvait bien faire dehors (ÉMILE ZOLA, Pot-Bouille,  1882, page 253 ). 

2. [Le sujet désigne un animé ou un inanimé concret]  Produire, émettre. Tomates qui font du jus, de l'eau (à la cuisson); savon qui fait de la mousse. Synonymes : donner, sécréter. Elle ferait maintenant du poison avec n'importe quoi, comme les diabétiques font du sucre... (GEORGES BERNANOS, Monsieur Ouine,  1943, page 1492) 

Ø 3. Rien ne justifie l'excès qu'on impute à la matière blanche ou grise, accessoirement au rôle sensitif et moteur, de « secréter « ainsi que bruit une apparence de paroles, l'intelligence et la volonté, comme le foie fait de la bile.

PAUL CLAUDEL, Connaissance de l'Est,  1907, page 105. 

D.—  Réaliser (à l'aide d'éléments). 

1. [L'objet désigne un inanimé concret]  Produire, fabriquer. Faire un bouquet, faire du feu. Le cafetier (...) s'en alla à reculons en faisant des noeuds à sa serviette (HENRI MURGER, Scènes de la vie de bohème,  1851, page 125 ). 

—  Locution figurée, vieille. Faire feu qui dure. Mon cher enfant, il faut faire vie ou feu qui dure, je ne sais lequel on dit. Mais cela veut dire qu'il faut vous conserver longtemps (FRANÇOIS-RENÉ DE CHATEAUBRIAND, Correspondance, tome 1, 1789-1824, page 90 ). 

—  Locution à valeur adjectivale. Comme on n'en fait plus. Comme on n'en rencontre plus. D'un caractère comme on n'en fait plus, tout d'une pièce, bourru, pas accueillant, peu aimable (BLAISE CENDRARS, Bourlinguer,  1948, page 331 ). 

a) Domaine des réalisations artisanales ou industrielles.  Faire une maison. Synonymes : bâtir, construire. Tout en faisant de petits trousseaux et de petites layettes, tout en cousant de petites robes, de petits corsages et de petites brassières (VICTOR HUGO, Les Misérables, tome 1, 1862, page 488 ). Je fais des ponts, des routes (ALBERT CAMUS, L'Exil et le Royaume,  1957, page 1668 ). 

—  Par analogie.  [Le sujet désigne un animal]  Faire sa toile. Une cigogne a fait son nid autour de la cheminée (EDGAR QUINET, Ahasvérus,  1833, 3e.  journée, page 179) : 

Ø 4. J'ai vu un oiseau faire son nid. (...). À vrai dire, le gros oiseau bleu vif et bleu pâle a déjà construit son nid, mais il le façonne, il le piétine, il l'arrondit...

JULIEN GREEN, Journal,  1948, page 172. 

b) Domaine des préparations (alimentaires, médicinales).  Faire des confitures, un flan, une omelette, du pain, une tarte (confer infra III A 4 ).  Son histoire d'arsenic qu'elle avait pris pour du sucre, en faisant une crème à la vanille (GUSTAVE FLAUBERT, Madame Bovary, tome 2, 1857, page 184 ). Éberlé (...) avait dit qu'en faisant une infusion avec le tissu du pancréas, il avait obtenu un liquide qui émulsionnait la graisse (CLAUDE BERNARD, Principes de médecine expérimentale,  1878, page 257 ). 

—  Proverbe. On ne fait pas d'omelette* sans casser des oeufs. 

—  Emploi pronominal à sens passif. Le chocolat, dans ce temps-là, se faisait avec du cacao, du sucre et de la vanille (GABRIELLE COLLETTE, DITE COLETTE, La Maison de Claudine,  1922, page 101 ). 

c) Domaine littéraire et artistique.  Donner sa forme définitive à, élaborer. Faire un livre, des vers; faire un portrait, un tableau. M. Cadet de Gassicourt, poète-pharmacien, faisant des petits vers (FRANÇOIS-RENÉ DE CHATEAUBRIAND,Mémoires d'Outre-Tombe, tome 4, 1848, page 70 ). Dumas fils dessinant, faisant des petits anges du Pérugin avec des ailes (EDMOND DE GONCOURT, JULES DE GONCOURT, Journal, 1855, page 190 ). 

d) Domaine scolaire.  Faire un devoir, ses devoirs. Le(s) rédiger. J'appris à faire mes devoirs, à étudier mes leçons dans le brouhaha des voix (SIMONE DE BEAUVOIR, Mémoires d'une jeune fille rangée, 1958, page 99 ). 

2. [L'objet désigne une collectivité humaine]  Donner l'existence à. Cavour a fait l'Italie. Synonymes : créer, établir, organiser :  

Ø 5. Il préparait d'autre part une idéologie du terrorisme. Pour lui, le communisme était seulement le vrai moyen de faire revivre la Chine.

—  Je ne veux pas faire la Chine, dit Souen, je veux faire les miens avec ou sans elle. Les pauvres. C'est pour eux que j'accepte de mourir, de tuer. Pour eux seulement...

ANDRÉ MALRAUX, La Condition humaine,  1933, page 314. 

—  Emploi pronominal. En sorte que l'Église de Dieu aille se faisant et s'édifiant dans l'éternel et l'infini (JULES MICHELET, Journal,  1842, page 387 ). 

E.—  Obtenir, se procurer. 

1. [Le sujet désigne une personne; l'objet désigne généralement un inanimé concret]  Amasser, obtenir (en assemblant). 

a) Se fournir en, prendre. Faire du bois, de l'eau*, de l'essence. Le journal ne faisant pas d'abonnements, il était sans cesse en projets, en innovations (EDMOND DE GONCOURT, JULES DE GONCOURT, Journal,  1853, page 87 ). Gros ivrogne toujours satisfait pourvu qu'il fît son plein d'alcool (FRANCIS AMBRIÈRE, Les Grandes vacances, 1946, page 325 ). 

b) Domaine agriculture. 

·    Faire de l'herbe. Ramasser de l'herbe. Vous seriez bien gentil d'aller jusqu'à la route me faire un peu d'herbe pour mes lapins (ALPHONSE DAUDET, Jack, tome 1, 1876, page 229 ). 

·    Faire la/une récolte (de). Récolter, ramasser. Bêchant la terre, sciant les blés, faisant les foins par la chaleur de midi (CHARLES-AUGUSTIN SAINTE-BEUVE, Port-Royal, tome 1, page 397 ). Au mois d'août, en pleine bataille, on avait trouvé moyen de faire et de rentrer les récoltes (CHARLES DE GAULLE, Mémoires de guerre,  1959, page 19 ). 

c) Gagner, obtenir. Faire de l'argent, de l'or (vieux), des bénéfices. Une vingtaine d'objets dont il a fait plus de 100 000 francs... (EDMOND DE GONCOURT, JULES DE GONCOURT, Journal,  1890, page 1109 ). Ce spectacle continuait de connaître la faveur du public et faisait toujours de grosses recettes (ALBERT CAMUS, La Peste,  1947, page 1379 ). J'ai lu votre pièce, elle est magnifique (...), et je suis sûre qu'elle peut faire beaucoup d'argent (SIMONE DE BEAUVOIR, Les Mandarins,  1954, page 269 ). 

—  Emploi pronominal réfléchi indirect. Les loyers augmentent tous les jours (...) Monsieur Vabre doit se faire dans les vingt-deux mille francs avec son immeuble (ÉMILE ZOLA, Pot-Bouille,  1882, page 9 ). 

—  Locution verbale. Faire fortune*, recette*; faire de la monnaie*. 

2. [Le sujet et l'objet désignent une personne] 

a) Domaine militaire  Faire des troupes (vieux), des recrues. Lever des troupes, des recrues. Par extension.  [Dans une organisation]  Faire une (nouvelle) recrue*. 

b) Faire un prisonnier. Constituer quelqu'un prisonnier, le capturer. Le 28 et le 29, nos détachements (...) détruisent encore une quinzaine d'engins et font 200 prisonniers (CHARLES DE GAULLE, Mémoires de guerre,  1954, page 255 ). 

c) Langage de la prostitution. Faire un client. L'entraîner. Synonyme : Lever. On se baigne. Celles des femmes dont les rondeurs sont suffisantes viennent là montrer à nu leur étalage et faire le client (GUY DE MAUPASSANT, Contes et nouvelles, tome 1, La Femme de Paul, 1881, page 1218 ). 

F.—  Constituer (un ensemble). 

1. Composer. Couleurs qui font un ensemble harmonieux. Synonymes : aboutir à, former, produire. Un homme seul ne fait pas une paroisse (GEORGES BERNANOS, Monsieur Ouine, 1943, page 1489 ). Ah! vous allez faire un trio d'amis (JEAN-PAUL SARTRE, Les Mains sales,  1948, 3e.  tableau, 2, page 84) : 

Ø 6.... comment que ça se fait que tant de bons chrétiens ne fassent pas une bonne chrétienté. Il faut qu'il y ait quelque chose qui ne marche pas.

CHARLES PÉGUY, Le Mystère de la charité de Jeanne-d'Arc,  1910, page 10. 

—  Ça fait deux [Après 2 termes reliés par et]  Ce sont deux choses, deux idées très différentes, à ne pas confondre. Être patient et être poire, ça fait deux (JACQUES PRÉVERT, Paroles,  1946, page 46 ). J'ai dit que je l'avais prévue. La prévoir et l'espérer, ça fait deux, non? (JEAN-PAUL SARTRE, La Mort dans l'âme,  1949, page 71 ). 

—  Locution verbale. Faire bande* à part, corps*, équipe*; faire la paire*; faire cercle*; ne faire qu'un*. 

2. Spécialement.  ARITHMÉTIQUE.   [En parlant du résultat d'une opération]  Constituer ensemble (quant à la quantité). Deux et deux font quatre; cent centimètres font un mètre. Synonymes : égaler, équivaloir à. Le grand saint Nicolas (...) leur posait des questions faciles, comme, par exemple : « Combien font cinq fois cinq? « (ANATOLE-FRANÇOIS THIBAULT, DIT ANATOLE FRANCE, Le Miracle du grand Saint Nicolas, 1909, page 76 ). Moûlu compte les cigarettes : « Quatre-vingts. Ça fait onze par tête de pipe et il en reste trois à tirer au sort « (JEAN-PAUL SARTRE, La Mort dans l'âme,  1949, page 229 ). De toute façon, ces opérations sont fausses. Un homme et un homme, ça ne fait pas deux hommes, ça fait à jamais un et un (SIMONE DE BEAUVOIR, Les Mandarins,  1954, page 336 ). 

—  Par plaisanterie : 

Ø 7. Quatre et quatre huit

Huit et huit font seize

Et seize et seize qu'est-ce qu'ils font?

Ils ne font rien seize et seize

Et surtout pas trente-deux...

JACQUES PRÉVERT, Paroles,  1946, page 174. 

—  Locution. C'est clair comme deux et deux font quatre. C'est très clair, très simple. Ça ne fait pas assez. Le compte n'y est pas. Ça fait juste. Ça commence à bien faire (familier, au figuré). Ça suffit, en voilà assez, c'en est trop (avec une idée d'impatience). 

G.—  Locutions proverbiales. L'habit* ne fait pas le moine; l'occasion* fait le larron; une hirondelle* ne fait pas le printemps; les bons comptes font les bons amis*; l'argent ne fait pas le bonheur*; le malheur des uns fait le bonheur* des autres; l'union* fait la force. 

II.—  Donner une manière d'être à; être le sujet d' (une activité), la cause d' (un effet). [Faire et son complément sont l'équivalent d'un verbe d'action ou d'état; l'idée dominante est celle d'une manière d'agir ou d'une manière d'être] 

A.—  Entreprendre et accomplir. 

1. [L'objet est un substantif ou un pronom neutre]  Faire l'aumône, la charité, un crime, une erreur. Synonymes : effectuer, exécuter, opérer. D'ailleurs, vous avez du travail à faire, cela occupera vos après-midi (FRANÇOISE SAGAN, Bonjour tristesse, 1954, page 73) : 

Ø 8. Elle tournait toute la matinée, balayant, époussetant, nettoyant les chambres, lavant la vaisselle, faisant des besognes qui l'auraient écoeurée autrefois. Jusqu'à midi, ces soins de ménage la tenaient sur les jambes, active et muette, sans lui laisser le temps de songer à autre chose qu'aux toiles d'araignée...

ÉMILE ZOLA, Thérèse Raquin,  1867, page 160. 

—  Locution à valeur adjectivale. À tout faire. APetite à toutes sortes de besognes. Bonne* à tout faire. C'était Jeanne (...) qui avait indiqué Cadet comme un bon sujet, un garçon à tout faire, comme on dit (AURORE DUPIN, BARONNE DUDEVANT, DITE GEORGE SAND, Jeanne,  1844, page 210 ). Il arrive que le même mot, (comme liberté), s'emploie à des besognes d'expressions fort différentes. C'est un mot à tout faire (PAUL VALÉRY, Regards sur le monde actuel,  1931, page 246 ). 

—  Familier.  (Il) faut le faire!   [Pour marquer l'admiration ou, par ironie, le dénigrement] 

—  Locution. Faire l'amour, la guerre, la paix; faire du charme, du plat (à quelqu'un); faire des caprices, des embarras, des histoires, des manières; faire une crise, un drame, un malheur, une scène; faire le nécessaire, son possible; faire la loi; faire grâce; faire grève; faire erreur; faire des progrès; faire ça; faire quelque chose pour quelqu'un; en faire de belles; faire des siennes*; littéraire ce faisant, pour ce faire (confer ce1). Faire face*, front*, obstacle*, pendant*. 

Remarque : 1. Dans une langue plus soutenue, et notamment dans la langue écrite, on emploie un verbe plus précis. Perpétrer (un crime), commettre (une erreur), pratiquer (l'aumône) ou un verbe équivalent à faire + substantif. Faire la cuisine/cuisiner; faire les vendanges/vendanger, etc. Mais dans le langage familier ou enfantin, on rencontre de nombreuses locutions équivalant à un verbe d'action. Faire la bise, coucou, dodo, joujou, risette, trempette, etc. 2. Dans quelques cas le complément d'objet a valeur d'objet interne. Faire une bonne mort.  Tu vas te mettre au lit et tu vas faire un bon gros sommeil (AUDIBERTI, Quoat, 1946, 2e.  tableau, page 74). 3. Le verbe faire est aussi compatible avec l'idée de repos. « Je n'ai pas dormi de la nuit, j'aimerais faire une sieste, prendre un bain « (SIMONE DE BEAUVOIR, Mandarins, 1954, page 312). 

2. [L'objet est un mot interrogatif ou un pronom antécédent d'une subordonnée] 

a) [L'objet est un pronom antécédent d'une subordonnée]  Faire ce qu'il faut, ce qu'on peut. Onze heures seulement. Une fois de plus, il s'interrogea sur ce qu'il allait faire (JULIEN GREEN, Moïra,  1950, page 236 ). « Ce que je fais, bonnes gens? Hé, je m'occupe à vieillir... Ça n'a l'air de rien, eh bien ça me prend tout mon temps! « (ROGER MARTIN DU GARD, Souvenirs autobiographiques,  1955, page C. ).  Proverbe. En mai*, fais ce qu'il te plaît. 

—   [En corrélation et en opposition avec dire]  C'est plus facile à dire qu'à faire. « Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais « devient parfois, à peine avoué, un : « Faites ce que je fais, ne faites pas ce que je dis « (EMMANUEL MOUNIER, Traité du caractère,  1946, page 413 ). 

—  Ne plus savoir ce que l'on fait. Avoir l'esprit ailleurs, s'affoler; déraisonner. « Je suis anéantie. Je ne sais plus ce que je fais. Je ne sais plus ce que je dis. Je pars travailler comme une automate « (MAURICE DRUON, Les Grandes familles, tome 2, 1948, page 188 ). 

b) [L'objet est un mot interrogatif ou concessif]  Quoi qu'il fasse. Mais que faisons-nous pour mériter un tel honneur? (HERVÉ BAZIN, Vipère au poing,  1948, page 61 ). 

—   [Pour marquer l'impatience, lorsqu'on attend quelqu'un]  (Mais) qu'est-ce qu'il fait? Synonymes : fabriquer, ficher (familier), foutre (populaire). Personne encore! s'écria-t-il. Que font donc nos amis? (ALFRED DE MUSSET, Mimi Pinson, profil de Grisette,  1845, page 223 ). 

—   [Pour remédier à quelque chose]  Que faire? Quelle attitude prendre? Quelle ligne de conduite adopter? Je crus qu'on cherchait à me voler mon sac (...). Je ne sus que dire ni que faire : je ne bronchai pas (SIMONE DE BEAUVOIR, Mémoires d'une jeune fille rangée, 1958, page 161) : 

Ø 9. Vous me regardez? Vous vous demandez tous « Que faire? « Et c'est pour ça que vous êtes venus ici, ce soir... Eh bien, je vais vous le dire! Car il y a quelque chose à faire! Il y a encore une possibilité de salut! Une seule! L'union dans la résistance! Le refus!...

ROGER MARTIN DU GARD, Les Thibault, L'Été 1914, 1936, page 494. 

—  Pour quoi faire? À quoi cela sert-il? Quel est le but de l'opération? Le typo cligne des yeux et dit : « Pour quoi faire? Puisqu'on va à Châlons « (JEAN-PAUL SARTRE, La Mort dans l'âme,  1949, page 279 ). 

—   [Par allusion littéraire]  Que diable allait-il faire dans cette galère*? 

c) Familier. 

—  Le/la faire à + substantif déterminé. Agir d'une certaine façon, prendre telle attitude pour éblouir ou tromper quelqu'un. Le faire au bluff, à l'épate, au chiqué, au sentiment. Les comiques, au contraire, « la faisaient « à la simplicité. Ils s'abordaient d'un air piteux et bonhomme, s'appelant entre eux « ma pauv'vieille « (ALPHONSE DAUDET, Fromont jeune et Risler aîné,  1874, page 272) : 

Ø 10. Deux jours plus tard Nadine m'a dit d'un air mi-furieux, mi-flatté : « Il est inouï, ce mec-là! il me la fait au chantage. Il dit qu'être correspondant de paix, c'est un métier qui l'emmerde et que si je ne vais pas avec lui, il laissera tomber.

SIMONE DE BEAUVOIR, Les Mandarins,  1954, page 203. 

—  Il ne faut pas me la faire, on ne me la fait pas à moi. Il ne faut pas essayer de me tromper, de me leurrer. La faire à quelqu'un. Faire une mauvaise plaisanterie : 

Ø 11. L'HOMME (...). —  Madame, je viens pour le gaz.

MADAME (...). —  On passera payer.

L'HOMME (...). —  On passera payer! V'là huit fois que vous me la faites, celle-là, je commence à la connaître.

GEORGES MOINAUX, DIT GEORGES COURTELINE, La Vie de ménage, Invite Monsieur à dîner, 1891, page 74. 

3. [L'objet est un pronom indéfini] 

—  Faire quelque chose (confer chose2  C). 

—  (Il n'y a) rien à faire. On ne peut empêcher cela; il n'y a pas de remède à cette situation. Il est trop tard à présent pour s'en retirer. Rien à faire : ils devront boire l'amer calice et le vider jusqu'à la lie (ANDRÉ GIDE, Journal, 1943, page 189) : 

Ø 12. —  J'ai eu beau chercher, je n'ai pas trouvé de solution, dit Elsa.

—  Il n'y en a pas, dit Cyril. C'est un engouement, une influence, il n'y a rien à faire.

—  Si, dis-je. Il y a un moyen. Vous n'avez aucune imagination.

FRANÇOISE SAGAN, Bonjour tristesse,  1954, page 107. 

—  Il n'y a (plus) rien à faire (en parlant notamment de la santé de quelqu'un). On ne peut plus rien tenter pour sa santé. 

—  Rien à faire! Je m'y refuse absolument, je ne céderai pas. 

—  Littéraire. N'en rien faire. Ne pas exécuter l'ordre donné ou la tâche imposée. Frontin —  Allez devant, je reviens tout de suite. Séverin. —  Je n'en ferai rien, je veux attendre (ALBERT CAMUS, Les Esprits,  1953, I, 5, page 469 ). 

·    [Dans une formule de politesse]  Je n'en ferai rien (pour laisser passer quelqu'un en s'effaçant devant lui). Après vous, je vous en prie. —  Je n'en ferai rien, à vous l'honneur. Confer infra 5 faites donc. 

—  N'avoir rien à faire, n'avoir que faire (quelque part). Ne pas être à sa place, être importun ou inutile (dans un endroit, une situation). De peur que ton amour de la justice, là où elle n'a que faire, répande un jour le sang inutile (ANTOINE DE SAINT-EXUPÉRY, Citadelle,  1944, page 976 ). 

—  Ne rien faire Être oisif, paresseux, inactif, sans travail. Ne rien faire de ses dix doigts*. J'étais notée par toutes les maîtresses et tous les professeurs comme ne faisant absolument rien (AURORE DUPIN, BARONNE DUDEVANT, DITE GEORGE SAND, Histoire de ma vie, tome 3, 1855, page 115 ). À quatre heures du matin, on ne fait rien en général et l'on dort (ALBERT CAMUS, La Peste,  1947, page 1307 ). C'est l'heure où ceux qui ne font rien se risquent sur les boulevards (ALBERT CAMUS, La Peste,  1947 page 1315 ). 

—  Ne rien faire. 

·    Ne rien faire pour quelqu'un..  Se désintéresser de quelqu'un. 

·    Ne rien faire pour + infinitif.  Ne pas intervenir pour. De multiples attentats furent commis contre des Français dans des localités syriennes sans que la gendarmerie fît rien pour les empêcher (CHARLES DE GAULLE, Mémoires de guerre,  1959, page 189 ). 

—  Ne rien avoir à faire. 

·    Ne rien avoir à faire avec quelqu'un..  N'avoir aucun rapport avec lui. 

·    Ne rien avoir à faire avec quelque chose.  Ne pas en avoir besoin, n'y avoir aucun intérêt. 

—  Tout faire/faire tout. 

·    Tout faire/faire tout pour quelqu'un/quelque chose.  Être très dévoué à, se dépenser au service de. 

·    Tout faire/faire tout pour + infinitif.  Tout mettre en oeuvre pour. Je ferai tout pour lui faire plaisir (JEAN ANOUILH, La Répétition ou l'Amour puni,  1950, II, page 39 ). 

—  N'avoir que faire de. 

N'avoir nul besoin de. Le valet n'a que faire de certaines vertus du maître : elles ne lui conviennent pas plus que le thym et la marjolaine à nos lapins de choux (GEORGES BERNANOS, Dialogues des carmélites,  1948, 3e.  tableau, 2, page 1615 ). Le chauffeur n'a que faire de cultiver en lui ces capacités individuelles. Pour ne point faillir à sa fonction de vitesse, il a besoin surtout de réflexes sûrs (RENÉ HUYGHE, Dialogue avec le visible, 1955, page 41 ). 

Ne faire nul cas de. Et qu'ai-je à faire d'eux, tous ces êtres qui ne sont pas l'aimée? (EUGÈNE MELCHIOR, VICOMTE DE VOGÜÉ, Les Morts qui parlent,  1899, page 62 ). J'exigerai ton audience en retour. Je n'ai que faire de l'ami qui ne me connaît pas et réclame des explications (ANTOINE DE SAINT-EXUPÉRY, Citadelle,  1944, page 971 ). 

Avoir de quoi faire. Avoir des moyens. Dès qu'ils [ces braves ouvriers] avaient de quoi faire le dimanche et le lundi, et vivre au courant tant bien que mal, ils étaient contents (EUGÈNE SUE, Les Mystères de Paris, tome 4, 1842, page 97 ). 

4. Locution verbale. 

a) Domaine des loisirs. 

—  Faire la bombe*, la bringue*, la fête*, la noce*, la nouba*; faire bombance*, etc. 

—  Faire la grasse* matinée. 

—  Vieilli. Faire + substantif désignant une fête. Célébrer. Je vais tous les ans faire les Rois chez mon vieil ami Chantal (GUY DE MAUPASSANT, Contes et nouvelles, tome 2, Mademoiselle Perle, 1886, page 626 ). La pâque avait été depuis longtemps négligée. La dix-huitième année de son règne, le roi [Josias] fit une pâque solennelle, qui fit une profonde impression (ERNEST RENAN, Histoire du peuple d'Israël, tome 3, 1891, page 196 ). 

b) Domaine du jeu. 

—  Faire (une partie de). Jouer à. Faire une belote. Une partie d'échecs que nous devions faire, après dîner (ANDRÉ GIDE, Journal,  1941, page 95 ). Son beau-père était allé comme d'habitude faire sa partie de bridge à la « Brasserie du Remblai « (GEORGES SIMENON, Les Vacances de Maigret,  1948, page 35 ). 

—  Faire les cartes. Battre et distribuer les cartes. 

·    emploi absolu. À qui est-ce de faire? C'est à vous de faire; je viens de faire (Académie Française.  1932). 

—  Faites vos jeux*, les jeux* sont faits. 

c) Domaine militaire. 

—  Faire la garde, le guet, le quart, la ronde, etc. Exercer une activité de surveillance, de veille. 

—  Faire la revue. Passer la revue. Au figuré. Prêt à terminer mes recueils, faisant la revue autour de moi, j'aperçois des femmes que j'ai involontairement oubliées (FRANÇOIS-RENÉ DE CHATEAUBRIAND,Mémoires d'Outre-Tombe, tome 4, 1848, page 543 ). 

5. emploi absolu.  Agir, se comporter. Comment faire? faites pour le mieux; faites comme vous voulez; croire bien faire de/en; regarder faire quelqu'un; faire de son mieux; façon de faire. Je tuerais volontiers. Ne serait-ce que pour faire comme tout le monde (HENRI DE MONTHERLANT, Malatesta,  1946, I, 7, page 451 ). —  Arrivez donc! Faites vite! (JACQUES AUDIBERTI, Le Mal court,  1947, I, page 142 ). Jean-Jacques abandonna son projet et fit bien (JEAN GUÉHENNO, Jean-Jacques,  1948, page 123) : 

Ø 13. À Votre inspiration profonde, d'abord, qui me commande d'être, je répondrai par le soin à ne jamais étouffer, ni dévier, ni gaspiller ma puissance d'aimer et de faire.

PIERRE TEILHARD DE CHARDIN, Le Milieu divin,  1955, page 79. 

—  Proverbe. Bien faire et laisser dire. Ne pas s'occuper du qu'en dira-t-on. 

—  Locutions. 

·    Faire comme chez soi. Agir en toute liberté, en toute simplicité. Péjoratif.  Agir avec trop de liberté, de familiarité. 

·    (N')en faire (qu')à sa tête. Agir sans tenir compte de l'aide d'autrui. Vous êtes le seul élève de votre division à être externe libre. « Libre « : se lier le moins possible, faire à sa tête... (HENRI DE MONTHERLANT, La Ville dont le prince est un enfant,  1951, I, 3, page 864 ). 

·    Ça fait bien (de + infinitif). C'est à la mode, bien porté, bien considéré (de). La Belle Angerie est si grande que nous en avions une [Chambre] pour chacun, dès l'âge le plus tendre... Ça fait bien (HERVÉ BAZIN, Vipère au poing,  1948, page 23 ). 

·    Avoir beau* dire et beau faire; avoir beau* faire. 

·    Faites donc, je vous en prie. [Formule de politesse, pour inviter quelqu'un à passer devant soi, à agir librement] .

B.—  En particulier. 

1. Locution.  [Sans complément d'objet substantif; désignant une action spécifique] 

—  Avoir à faire. Avoir du travail, de l'occupation. Je m'en vais : j'ai à faire (HENRI DE MONTHERLANT, La Ville dont le prince est un enfant, 1951, III, 1, page 907 ). 

—  Avoir à faire à/avec. (Confusion avec avoir affaire*). Aujourd'hui, on a à faire à une expression de la nature humaine (JEAN-PAUL SARTRE, L'Existentialisme est un humanisme,  1946, page 111 ). Il reste que c'est avec la plus grande prudence qu'il faut user de la psychanalyse lorsqu'elle n'a pas à faire à des productions déréglées, mais aux créations supérieures de la conscience (PAUL RICOEUR, Philosophie de la volonté,  1949, page 380 ). 

—  Avoir mieux à faire que de + infinitif Avoir quelque chose de plus important, de plus intéressant que de. De quoi faire rigoler Hitler s'il n'avait pas mieux à faire que d'écouter nos speakers (ANDRÉ GIDE, Journal,  1940, page 21 ). Il ne lui vient pas à l'esprit qu'on puisse jamais avoir mieux ou plus urgent à faire que de graviter autour de lui (ROGER MARTIN DU GARD, Souvenirs autobiographiques,  1955, page LXVI. ). 

—  Faire bien, mieux de + infinitif Avoir avantage à. Nous ferions mieux de descendre du trottoir un instant (JOSEPH MALÈGUE, Augustin ou le Maître est là, tome 2, 1933, page 218 ). On m'a parlé de lui l'autre jour. Tu feras bien de décourager ses visites (JULIEN GREEN, Moïra,  1950, page 109 ). 

—  Savoir y faire (familier). Savoir s'y prendre (avec habileté, ruse, débrouillardise). —  Tu es un drôle de numéro toi. D'ailleurs, vous êtes des rigolos (...). Vous ne savez pas y faire. Il faut que je te donne des conseils (BLAISE CENDRARS, La Main coupée,  1946, page 249 ). —  Enfin, on peut dire que tu as su y faire avec Lulu. Qu'est-ce que tu lui bouffes comme fric! (MAURICE DRUON, Les Grandes familles, tome 2, 1948, page 69 ). 

2. Dire, exprimer, formuler. 

a) Faire + substantif déterminé.  [Le syntagme verbal est l'équivalent d'un verbe d'action]  Faire des compliments, des injures, des reproches; faire des adieux, des remontrances. Les veux-tu? Mais j'aimerais mieux te les redonner en te faisant de vive voix des observations (GUSTAVE FLAUBERT, Correspondance,  1853, page 198 ). Ils causaient avec elle, faisant les demandes et les réponses, riant pour elle et pour eux (ÉMILE ZOLA, Thérèse Raquin,  1867, page 176) : 

Ø 14. Tout en faisant des généralités, la vieille fille parlait de telle sorte que la femme de l'avoué en prit une bonne part. Ce moyen de conversation épuisé, la vieille fille ne parlait que de prêtres et d'affaires de sacristie.

JULES FLEURY-HUSSON, DIT CHAMPFLEURY, Les Bourgeois de Molinchart,  1855, page 27. 

b) [En incise (souvent accompagné d'un adverbe)]  Dire, répondre. Fit-il, fit-elle. —  Lâchez ma main, fit brutalement Steeny, et il regretta aussitôt cette inconvenance (GEORGES BERNANOS, Monsieur Ouine,  1943, page 1546 ). 

—  Populaire. C'est pourtant vrai, que je lui fais, tu vas voir qu'ils vont nous cerner entre les deux étangs (MARCEL AYMÉ, La Jument verte,  1933, page 57 ). —  Hé dis donc! qu'elle me fait comme ça, viens voir par ici, Ferdinand! (LOUIS-FERDINAND DESTOUCHES, DIT CÉLINE, Mort à crédit,  1936, page 209 ). 

c) [L'objet est un substantif ou une onomatopée]  Pousser, émettre. Faire des oh! et des ah! faire les hauts cris; faire chut, ouf. J'entends le petit oiseau Qui fait pi i i i! (PAUL CLAUDEL, L'Annonce faite à Marie,  1948, IV, 2, page 212 ). L'infirmière fit simplement : « Ts... ts... « et s'en alla (MAURICE DRUON, Les Grandes familles, tome 1, 1948, page 17 ). 

C.—  Effectuer (un geste, un mouvement, un déplacement). 

1. [L'objet désigne un substantif d'action]  Faire un pas, un geste, une grimace, la révérence. 

—  Au figuré : 

Ø 15. Et à votre Providence enveloppante, ensuite, qui m'indique à chaque instant, par les événements du jour, le pas suivant à faire, l'échelon à gravir, je m'attacherai par le souci de ne manquer aucune occasion de monter « vers l'esprit «.

PIERRE TEILHARD DE CHARDIN, Le Milieu divin,  1955, page 79. 

2. [L'objet désigne une distance, un parcours]  Franchir, parcourir. Chemin* faisant; faire un voyage, un cent mètres. À la manière du philosophe Platon faisant sa randonnée autour de son idée (FRANÇOIS-RENÉ DE CHATEAUBRIAND,Mémoires d'Outre-Tombe, tome 3, 1848, page 539 ). En faisant le tour du jardin après déjeuner, avec le vieux fermier qui m'a vu naître (ALPHONSE DE LAMARTINE, Le Tailleur de pierre de Saint-Point,  1851, page 398 ). 

·    Mon sang* n'a fait qu'un tour; faire son chemin*. 

a) [Avec un complément de distance]  Faire x kilomètres à pied. Quatre hommes me portèrent de Paris à Chalon, en faisant six lieues par jour (ALEXANDRE DUMAS PÈRE, Le Comte de Monte-Christo, tome 2, 1846, page 112 ). 

—   [Pour exprimer la vitesse]  Faire du 100 (km) à l'heure. Il y sera dit certainement : « Moi je fais du soixante à l'heure « (ANATOLE-FRANÇOIS THIBAULT, DIT ANATOLE FRANCE, Sur la pierre blanche,  1905, page 24 ). Il plongea dans l'auto, claqua la portière et démarra brutalement. Odette le regarda du coin de l'oeil : le mieux était de se taire; il fait au moins du quatre-vingts (JEAN-PAUL SARTRE, La Mort dans l'âme,  1949, page 157 ). 

b) Parcourir successivement ou visiter. Faire la Grèce, les châteaux de la Loire; faire les grands magasins. Le soir, faisant trois, quatre théâtres, courant les foyers, les corridors (EDMOND DE GONCOURT, JULES DE GONCOURT, Journal,  1861, page 976 ). Bien sûr, ils ne comptaient pas faire toute la foire, seulement quelques pas devant les premières baraques (ALPHONSE DAUDET, Les Rois en exil,  1879, page 2 ). Les fiancés allaient danser. Nous fîmes tous les dancings d'Anvers (BLAISE CENDRARS, Bourlinguer,  1948, page 83 ). 

—  Populaire ou argotique.  Effectuer l'inspection de, examiner pour fouiller, voler. Faire le portefeuille de quelqu'un; faire les poubelles : 

Ø 16. Il [Michel] les épaterait bien, les copains! (...) il pourrait « leur payer un verre « (...) sans pour cela avoir besoin de faire les poches de Flavien...

PAUL VIALAR, L'Éperon d'argent,  1952, page 226. 

·    Dévaliser, cambrioler. Faire une banque, un joaillier. J'ai moi-même été fait d'une somme de 60 frs par un individu (AIMÉE LUCAS. Des dangers de la prostitution, considérés sous le rapport de l'ordre public, de la morale et de l'administration,  1841, page 65) : 

Ø 17. À un moment donné, les naïves étrangères, notamment les riches Américaines, qui fréquentent les dancings, étaient « faites « de la façon suivante : un indicateur et danseur mondain leur volait adroitement leurs bijoux...

LÉON DAUDET, La Police politique,  1934, page 154. 

c) En particulier. 

—   Effectuer l'ascension de. Chamonix est à quelques heures de Genève, je ferai le Mont-Blanc avant lui [Costecalde] ! En êtes-vous, mes enfants? (ALPHONSE DAUDET, Tartarin sur les Alpes,  1885, page 218 ). 

—  Faire le trottoir*. Faire le mur*. Faire la queue*. 

3. [L'objet désigne une partie du corps] 

a) Prendre, montrer, offrir (un air, une expression). Faire bon visage*, grise* mine, les yeux doux*; faire le gros dos*; faire la tête* (familier), la gueule* (populaire). 

—  Locution verbale. Faire contre mauvaise fortune bon coeur*; faire bonne mine* en mauvais jeu. 

b) Faire de l'/du + substantif (à quelqu'un). Faire signe de (pour exprimer un signe de connivence avec quelqu'un et entrer en contact avec lui). Faire du coude, du genou, de l'oeil, du pied à quelqu'un. 

4. [L'objet précédé de l'article défini désigne un exercice physique]  Faire la planche*, le pont*, le poirier*, la roue*, le grand écart*. 

D.—  Exercer (une activité suivie de façon régulière), employer son temps à. Ils feront des heures supplémentaires qui leur seront comptées plus tard dans le royaume de mon père (JACQUES PRÉVERT, Paroles,  1946, page 35 ). Le pharmacien qui herborise et qui fait de la radiesthésie (JEAN-GEORGES SOULÈS, DIT RAYMOND ABELLIO, Heureux les,  1946, page 101) : 

Ø 18. —  Que faites-vous l'hiver dans l'île?

—  Nous tressons des filets, nous pêchons les étangs, en faisant des trous dans la glace; le dimanche nous allons à la messe et aux vêpres, où nous chantons des cantiques; et puis nous jouons sur la neige et nous voyons les garçons chasser les ours blancs.

FRANÇOIS-RENÉ DE CHATEAUBRIAND,Mémoires d'Outre-Tombe, tome 1, 1848, page 269. 

1. Domaine scolaire et universitaire.  Faire des études*, faire l'école buissonnière*; faire un doctorat, une licence. 

—  En particulier. 

·    Faire + article partitif + substantif.  Étudier, pratiquer (une matière, une discipline). Faire des maths : 

Ø 19. —  Personne ne t'oblige à faire de la chimie.

C'est pour nous offenser que Nadine avait choisi la chimie, elle n'en était que trop punie.

—  Ce n'est pas la chimie qui m'emmerde, dit-elle, c'est d'être étudiante.

SIMONE DE BEAUVOIR, Les Mandarins,  1954, page 59. 

·    Faire + adjectif possessif + substantif.  Suivre le cycle de. Il [Jean] avait fait ses classes avec soin, pour n'être pas puni, et terminé ses études de droit avec régularité (GUY DE MAUPASSANT, Pierre et Jean,  1888, page 403 ). J'ai fait mes trois premières années de médecine. La mort de mon père a interrompu mes études (GEORGES SIMENON, Les Vacances de Maigret,  1948, page 54 ). Antonho Prado (...) frais émoulu de la Sorbonne, où il était venu faire son droit (BLAISE CENDRARS, Bourlinguer, 1948, page 344 ). 

·    Faire + substantif désignant une école..  Suivre les cours de. Faire les Beaux-Arts, Navale, Polytechnique. Passé leurs bachots (...) elles feraient l'École du Louvre ou la Croix-Rouge (SIMONE DE BEAUVOIR, Mémoires d'une jeune fille rangée,  1958, page 152 ). 

2. Domaine professionnel. 

a) Familier ou régionalisme. Faire dans. Travailler dans, pratiquer le commerce de. Faire dans les cuirs. 

b) Pratiquer (un métier, une discipline). Que faites-vous dans la vie? Faire du journalisme. Parce qu'il gagne à peu près sa vie en faisant du commerce (JULES FLEURY-HUSSON, DIT CHAMPFLEURY, Les Aventures de Mademoiselle Mariette,  1853, page 230 ). Aurez-vous jamais fini de faire la classe? —  Je... suis... professeur, Madame Marchal (GEORGES BERNANOS, Monsieur Ouine,  1943, page 1545 ). Brunet se demande ce qu'il peut faire dans le civil. Petit commerçant? Employé? (JEAN-PAUL SARTRE, La Mort dans l'âme,  1949, page 202 ). 

c) Vendre. Faire le gros, le demi-gros, le détail. Je ne me connais pas en toile; mais pour les draps j'en réponds. Seulement, si je fais les draps, il me faut un voyageur; car c'est de Sedan et d'Elbeuf que viennent les meilleures sortes (ALPHONSE DAUDET, Fromont jeune et Risler aîné,  1874, page 153) : 

Ø 20. La marchande s'anime à son tour. Elle sait très bien ce que veut la cliente, elle a possédé l'article mais, depuis trois ans, on ne le fait plus; ce modèle-ci est plus récent, plus avantageux...

JEAN-PAUL SARTRE, Les Mots,  1964, page 202. 

3. Domaine du sport, des loisirs. [L'objet est un substantif précédé de l'article partitif]  Pratiquer, s'adonner à. 

a) [L'objet désigne un sport, une discipline]  Faire de la musique, du tennis. J'ai connu plusieurs femmes distinguées qui disaient ne pouvoir bien penser, ni bien causer, qu'en faisant de la tapisserie (JULES MICHELET, Le Peuple, 1846, page 24 ). 

—   [L'objet désigne l'instrument]  Faire du ski, du vélo, de la voile. Il y a un petit prêtre qui fait de la bicyclette (PAUL CLAUDEL, Poésies diverses,  1952, page 877 ). 

b) [L'objet désigne une activité]  Faire du camping, du tourisme, du sport. 

·    Faire de l'exercice. Se dépenser, marcher. Travaillant toujours, sortant peu, ne faisant presque pas d'exercice, moi qui marchais tant autrefois (VICTOR HUGO, Correspondance,  1852, page 73 ). Qu'il bouge, qu'il se promène, qu'il fasse de l'exercice (EMMANUEL MOUNIER, Traité du caractère,  1946, page 335 ). 

4. Domaine politique et social.  Faire de la politique, de l'opposition, du social. 

E.—  Exécuter (une prescription, une obligation); accomplir le temps prescrit pour. Faire son devoir; faire ses Pâques; faire pénitence; faire la volonté de Dieu; faire un régime; faire de la prison; faire son service militaire. Elle a des principes, elle fait maigre (HONORÉ DE BALZAC, Autre étude de femme, 1842, page 383 ). Karlsbad, où j'avais été faire une cure, pour soigner je ne sais plus trop quoi (ANDRÉ GIDE, Ainsi soit-il, ou Les Jeux sont faits, 1951, page 1197 ). 

Ø 21. —  Tu vois, me dit-elle d'une voix triomphante. Tu compliques toujours tout. D'abord, Lambert est toujours content de faire ce que je lui demande, c'est un bon petit garçon...

SIMONE DE BEAUVOIR, Les Mandarins,  1954, page 333. 

—  Par extension. Faire les caprices, les fantaisies, les quatre volontés de quelqu'un. Céder à (la volonté, aux désirs de quelqu'un). Vous n'ordonnez jamais que le coeur n'obéisse (...). On fait toujours le bien, en faisant son caprice (ALPHONSE DE LAMARTINE, Toussaint Louverture,  1850, III, 7, page 1335 ). 

F.—  Être la cause (directe ou indirecte) de, l'agent de. 

1. [Le sujet désigne une personne]  Causer, provoquer, susciter. 

a) [L'objet désigne un inanimé concret]  Faire du bruit, faire une blessure à quelqu'un. Il fallait, dès le seuil de la porte, les lancer [les casquettes] sous le banc, de façon à frapper contre la muraille, en faisant beaucoup de poussière (GUSTAVE FLAUBERT, Madame Bovary, tome 1, 1857, page 2 ). Ils chantaient tous en choeur et faisaient un boucan de tous les diables (BLAISE CENDRARS, Bourlinguer,  1948, page 326 ). Un de nos critiques nous fustigeait du proverbe chinois : « Ce qui fait du bruit ne fait pas de bien, ce qui fait du bien ne fait pas de bruit « (PIERRE SCHAEFFER, À la recherche d'une musique concrète,  1952, page 73 ). 

b) [L'objet désigne un inanimé abstrait]  Faire du bien, du mal; faire mal à. Je ne suis plus seulement capable de faire mal à une mouche (GEORGES BERNANOS, Monsieur Ouine,  1943, page 1453 ). Et cela avait suffi pour lui faire une petite réputation dans le monde restreint du théâtre et lui susciter déjà des jalousies (MAURICE DRUON, Les Grandes familles, tome 2, 1948, page 69 ). 

—  Locution verbale. 

·    Faire envie, mal, peur, pitié, sensation : 

Ø 22. Clark (...) me fait très bonne impression. Non seulement parce qu'il dit avec netteté ce qu'il a à dire, mais aussi parce qu'il demeure simple et droit dans l'exercice du commandement.

CHARLES DE GAULLE, Mémoires de guerre,  1956, page 269. 

·    Faire les délices, les beaux jours de. Néron tuant sa mère et Titus faisant les délices du genre humain (PÈRE HENRI-DOMINIQUE LACORDAIRE, Conférence de Notre-Dame,  1848, page 182 ). 

·    Faire quelque chose à quelqu'un. Lui faire du mal, mal agir envers lui, lui causer du tort. Qu'est-ce qu'ils pourraient bien lui faire? Qu'est-ce que je t'ai fait? Qu'est-ce que j'ai fait à Dieu pour avoir mis au jour un fils si coupable! (ANATOLE-FRANÇOIS THIBAULT, DIT ANATOLE FRANCE, La Révolte des anges,  1914, page 3 ). « Qu'est-ce qu'ils t'ont fait, mon pauvre vieux? Tu n'as pas l'air de les avoir à la bonne. « « Ils ne m'ont rien fait, dit Brunet sèchement. Mais je les entends « (JEAN-PAUL SARTRE, La Mort dans l'âme,  1949, page 212) : 

Ø 23. Ils étaient trop, il ne pouvait rien contre eux; ils étaient tous d'accord —  eux qui étaient divisés sur tant de choses —  pour l'outrager et l'écraser. C'était plus que de l'incompréhension : il y avait de la haine. Que leur avait-il donc fait à tous?

ROMAIN ROLLAND, Jean-Christophe, La Révolte, 1907, page 506. 

—  Proverbe. Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fît. 

2. [Le sujet désigne une chose] 

a) Produire un effet, entraîner des conséquences. Rien n'y fait, cela ne fait rien à la chose. Ça me fera du bien. Cela me sera bénéfique. Le changement d'air lui fera du bien à cette petite (MAURICE DRUON, Les Grandes familles, tome 2, 1948, page 133 ). Attends, petit, j'ai son nom sur les lèvres..., Terra..., Terra..., marquis de Terranova..., de Terrasecca,... rossa,... puzzosa, non, ce n'est pas cela, cela ne me revient pas, ça n'a aucune importance, le nom ne fait rien à l'affaire (BLAISE CENDRARS, Bourlinguer,  1948, page 150 ). Et quand nous serions dans la rue, quand même tu me prendrais dans la rue, qu'est-ce que cela peut faire? Que veux-tu que cela fasse? (JULIEN GRACQ, Le Rivage des Syrtes,  1951, page 182 ). 

—  Familier. 

·    Faire un coup à quelqu'un. L'impressionner, le bouleverser. Elle pensa : « Le pauvre vieux, ça va lui faire un coup, tout de même « (MAURICE DRUON, Les Grandes familles, tome 2, 1948, page 192 ). 

·    Ça me (te, lui, etc.) fait une belle jambe*. 

·    Ça lui fera les pieds*. 

·    Ça fait des histoires. Cela entraîne des complications ou des réactions hostiles. Il regrettait le temps où elle râlait en silence (...) ça faisait moins d'histoires (JEAN-PAUL SARTRE, La Mort dans l'âme,  1949, page 59 ). 

·    Grand bien lui fasse! (souvent par ironie). Que cela lui soit profitable. Je marie Fortuné. Séverin. —  J'en suis heureux et que grand bien lui fasse (ALBERT CAMUS, Les Esprits, 1953, III, 9, page 519 ). 

b) Être important : 

Ø 24.... on ne peut dire que de tels travaux soient inutiles. Car ils font pour la connaissance des langues anciennes, et la connaissance des langues anciennes fait pour la philosophie de l'esprit humain.

ERNEST RENAN, L'Avenir de la science,  1890, page 244. 

—  Cela ne fait rien. 

·    C'est sans importance, je n'y attache pas d'importance. —  Croyez-vous que ce soit bien une conversation à tenir devant cette enfant? dit la baronne Schoudler (...). L'accouchée tourna légèrement la tête et lui sourit. —  Ça ne fait rien, ma mère, ça ne fait rien, murmura-t-elle (MAURICE DRUON, Les Grandes familles, tome 1, 1948, page 13 ). 

·    Synonyme : peu importe. Il t'nait pas à les voir! Est-ce que j'y tenais, moi? Seulement, ça fait rien, je m'figurais pas la guerre comme ça (RENÉ BENJAMIN, Gaspard, 1915, page 74 ). 

—  Qu'est-ce que cela peut (bien) me/te faire? En quoi cela me/te concerne-t-il? T'as pas l'air de tenir à savoir si je l'ai tué ou non, le petit gars? —  Qu'est-ce que ça peut bien me faire, mon amour? (GEORGES BERNANOS, Monsieur Ouine, 1943, page 1480 ). Son égoïsme lui crée une sorte d'invulnérabilité. Il oppose à tout l'avenant un : « Qu'est-ce que cela peut bien me faire? « (ANDRÉ GIDE, Journal,  1943, page 167) : 

Ø 25. LOUISE. —  Mais la foi, comment vous est-elle venue?

CLÉRAMBARD. —  Que voulez-vous que ça me fasse? J'ai la foi. Je ne veux rien savoir d'autre. Peu importe d'où elle me vient. Je crois en Dieu, je crois en Notre Seigneur, je crois à saint François d'Assise.

MARCEL AYMÉ, Clérambard,  1950, IV, 5, page 216. 

—  Si cela ne te/vous fait rien (formule de politesse). Si cela ne te/vous dérange pas. Si cela ne te fait rien, je vais continuer mon travail. J'ai à finir la lecture de Roméo et Juliette (JULIEN GREEN, Moïra,  1950, page 82 ). 

·    Ça ne vous fait rien que...? Ça ne vous dérange pas que...? Mais dites donc, Madame Codomat, ça ne vous fait rien que votre mari soit tout le temps avec cette jeune femme? (PAUL BERNARD, DIT TRISTAN BERNARD, Monsieur Codomat,  1907, II, 3, page 161 ). 

—  Cela ne me/lui etc. fait ni chaud* ni froid. 

3. Faire que + complétive. 

a) À l'indicatif.  Avoir pour résultat que. Sa négligence a fait que... Salammbô n'en racontait pas davantage (...) par un excès de candeur faisant qu'elle n'attachait guère d'importances (sic) aux baisers du soldat (GUSTAVE FLAUBERT, Salammbô, tome 2, 1863, page 87 ). « Lois de la représentation «, qui font que nous ne pouvons penser l'être qu'en l'objectivant (JULES VUILLEMIN, Essai sur la signification de la mort,  1949, page 71) : 

Ø 26.... tous obligés à protéger leur secret, mais ayant leur part d'un secret des autres que le reste de l'humanité ne soupçonne pas et qui fait qu'à eux les romans d'aventure les plus invraisemblables semblent vrais...

MARCEL PROUST, Sodome et Gomorrhe,  1922, page 617. 

—   [Reprenant une question incluant le verbe faire]  Qu'est-ce que j'ai fait? —  Tu as fait que tu nous as laissés. 

—  Familier. Ça fait que; ce qui fait que. C'est pour cela que, c'est la raison pour laquelle. Synonyme : voilà pourquoi. Une pièce toute noire, on n'y voyait pas... Ça fait que je ne sais pas si elle pleurait ou si elle se taisait pour ne pas parler... (EDMOND DE GONCOURT, JULES DE GONCOURT, Journal,  1879, page 35 ). Je ne songe plus qu'à ce que je veux enfanter; peut-être est-ce là ce qui fait que tout le reste m'insupporte (ANDRÉ GIDE, Correspondance avec Paul Valéry, 1892, page 156 ). 

b) Au subjonctif. Les circonstances peuvent faire un jour que vous soyez commis à la garde de ce pacte (JULIEN GRACQ, Le Rivage des Syrtes,  1951, page 149 ). 

—   [Pour exprimer un souhait]  Dieu fasse que, fasse le ciel que... Fasse le ciel que la jeunesse d'aujourd'hui (...) se montre aussi sage qu'elle sera ardente (EMMANUEL DIEUDONNÉ, COMTE DE LAS CASES, Le Mémorial de Sainte-Hélène, tome 2, 1823, page 52 ). Enfin, Dieu fasse que cela tourne bien! (ALBERT CAMUS, Le Chevalier d'Olmedo, 1957, 2e.  journée, 1, page 754 ). 

4. Faire en sorte* de + infinitif; faire en sorte* que + complément. 

5. Laisser* faire. 

G.—  [Le sujet désigne une personne ou une chose; l'objet est un substantif]  Présenter (un aspect physique, extérieur). 

1. Former naturellement. Faire un angle, une bosse, des plis. Synonyme : constituer. Moustaches tristes, yeux faisant la virgule à l'angle extérieur (FRANÇOIS-RENÉ DE CHATEAUBRIAND,Mémoires d'Outre-Tombe, tome 1, 1848, page 408 ). Dorothée (...) s'avance dans la rue déserte (...), faisant sur la lumière une tache éclatante et noire (CHARLES BAUDELAIRE, Petits Poèmes en prose,  1867, page 117) : 

Ø 27. La vallée se prolongeait, tantôt faisant des coudes, tantôt s'étranglant en défilés, selon que les blocs et les mamelons de la chaîne bifurquée faisaient saillie ou retraite.

THÉOPHILE GAUTIER, Le Roman de la momie,  1858, page 159. 

—   [Dans des locutions verbales, faire + substantif non déterminé]  Jouer le rôle de, rappeler par sa forme, tenir lieu de. De jolies maisons de campagne, quelques-unes faisant châteaux, s'étalaient sur les collines (JULES MICHELET, Journal 1839, page 301 ). Mal abritée sous un petit acacia faisant dôme, elle regardait tristement la pluie qui commençait à mouiller sa robe (HENRI MURGER, Scènes de la vie de bohème,  1851, page 145 ). Rodolphe s'assit brusquement à son bureau, sous la tête de cerf faisant trophée contre la muraille (GUSTAVE FLAUBERT, Madame Bovary, tome 2, 1857, page 41 ). 

·    Faire tapisserie*. 

—  Au figuré, familier. Ça ne fait pas un pli*. 

2. GRAMMAIRE.  Avoir pour variante morphologique ou syntaxique. \" Cheval \" fait au pluriel \" chevaux \"; \" faire \" fait à la 3e.  personne de l'indicatif présent \" font \". 

3. [Pour exprimer une mesure de l'espace ou du temps] 

a) [Dimensions, poids, prix, volume, etc.]  Équivaloir à, égaler. Le bassin fait 10 m de long. Songez qu'à nous deux (...) nous ne faisions pas trente-quatre ans (ALPHONSE DAUDET, Le Petit Chose,  1868, page 226 ). Tous comptes faits, l'emprunt de la Libération produit 165 milliards qui en feraient 1 200 d'aujourd'hui (CHARLES DE GAULLE, Mémoires de guerre,  1959, page 37 ). 

b) Domaine de l'habillement.  Mesurer. Vous faites du combien? Quelle pointure, quel tour de taille faites-vous? 

c) Avoir une durée de, être en usage pendant + complément de temps. Ce manteau m'a fait trois ans, il fera bien encore la saison. Qui pourrait supputer ou peser ce qu'il entre D'aliments, de boissons, au gouffre de son ventre? Un cachalot lui fait six jours, quelquefois sept (AMÉDÉE POMMIER, Colifichets,  1860, page 177 ). 

d) [Pour exprimer la durée écoulée, à partir d'une date fixe]  Ça fait x temps que... Synonymes : il y a, depuis. Il n'avait jamais voulu prendre la montagne et c'est après lui que je l'ai prise. Ça fait donc quinze ans maintenant (JOSEPH MALÈGUE, Augustin ou le Maître est là, tome 1, 1933, page 196) : 

Ø 28. Et depuis combien de temps dure cette... liaison? (...).

—  Trois mois, répondit-elle.

—  Et il y a trois mois que tu es dans cet état?

—  Non. Ça doit faire six semaines.

MAURICE DRUON, Les Grandes familles, tome 1, 1948, page 126. 

e) [Pour exprimer une fréquence]  Cela fait. C'est. S'il n'est pas arrivé, me dis-je, c'est que le métro est encore en panne; d'ailleurs, cela fait la troisième aujourd'hui. On dirait que c'est un fait exprès (JULES VUILLEMIN, Essai sur la signification de la mort,  1949, page 125 ). 

4. Domaine physique psychique. [L'objet désigne une maladie, un trouble physique ou psychique]  Faire une bronchite; faire de la température; faire une dépression, de la neurasthénie; faire de la tension. Mon premier malade fut un cancéreux d'une maigreur effroyable qui « faisait « —  comme on disait —  des troubles cérébraux (LÉON DAUDET, Devant la douleur,  1931, page 60) : 

Ø 29. Et la réaction individuelle, ici encore, est capitale : on peut gaver certains types maigres, ils ne grossiront guère, d'autres feront de l'embonpoint avec le régime le plus strict...

EMMANUEL MOUNIER, Traité du caractère,  1946, page 126. 

—  Faire des complexes*; faire un rêve, un cauchemarine. 

—  Locution figurée. En faire une maladie*. Confer infra III D 2 a. 

III.—  Déterminer (quelqu'un/quelque chose) dans un état, une qualité, une manière d'être ou d'agir. [L'existence de ce qui est désigné par l'objet est présupposée] 

A.—  [Le sujet désigne une personne; l'objet désigne un inanimé concret]  Mettre, remettre en état, en ordre. 

1. Locution verbale. 

a) Domaine des tâches domestiques.  Faire les cuivres*, faire un lit*, faire sa valise*. (Quasi-)synonymes : nettoyer, arranger. 

·    Faire une chambre, une pièce. La nettoyer, la remettre en ordre. Faire sa chambre à fond. Le domestique, en faisant les chambres, redescendait les bougeoirs (LOUIS-ÉMILE-EDMOND DURANTY, Le Malheur d'Henriette Gérard,  1860, page 319 ). 

·    Faire ses chaussures. Les nettoyer, les cirer. 

·    Faire la vaisselle. La laver, l'essuyer. Un après-midi, j'aidais maman à faire la vaisselle; elle lavait des assiettes, je les essuyais (SIMONE DE BEAUVOIR, Mémoires d'une jeune fille rangée,  1958, page 105 ). 

b) Domaine des soins de beauté.  Synonymes : entretenir, embellir, soigner. 

·    Faire la barbe (à quelqu'un). Tailler, raser la barbe. En me faisant faire la barbe, devant moi un bocal (EDMOND DE GONCOURT, JULES DE GONCOURT, Journal,  1858, page 442 ). 

·    Faire les mains, les ongles à quelqu'un. Synonyme : manucurer (familier). Elle s'assied et fait ses ongles (JULES LAFORGUE, Moralités légendaires,  1887, page 232 ). Il a demandé un bain aux Allemands, il s'est rasé, s'est fait faire les mains (JEAN ANOUILH, La Répétition ou l'Amour puni,  1950, I, page 21 ). 

·    Emploi pronominal réfléchi indirect. Se faire les yeux. Se maquiller (les yeux). Elle [l'enfant prodige] était en train de se faire les yeux; elle ne s'est même pas retournée (GABRIELLE COLLETTE, DITE COLETTE, L'Envers du music-hall,  1913, page 189 ). Je m'étais lavé les mains et fait les ongles, j'avais mis un col propre (BLAISE CENDRARS, Bourlinguer,  1948, page 58 ). 

c) Domaines divers. [Faire remplace, notamment dans la langue familière, un verbe d'action plus précis]  Alors, elle si discrète [Martine] , parla de ses travaux de jardinage, dit qu'elle trouvait le temps de faire les légumes, afin d'éviter quelques journées d'homme (ÉMILE ZOLA, Le Docteur Pascal, 1893, page 150 ). Être là un peu avant deux heures pour m'aider, comme elle aurait dit à des maîtres d'hôtel extras d'arriver d'avance pour faire les compotiers (MARCEL PROUST, Le Côté de Guermantes 1,  1920, page 216 ). Un fantassin, au retour des cuisines allemandes où il avait été « faire les peluches « (FRANCIS AMBRIÈRE, Les Grandes vacances,  1946, page 43 ). 

SYNTAXE : Faire le col (d'une chemise). Le repasser. Faire son jardin. Le cultiver, l'entretenir. Faire la vigne. La tailler, lui donner les soins nécessaires. Faire les rosiers. Les tailler. 

2. Domaine culinaire.  Apprêter, préparer, faire cuire ou chauffer (un plat, un repas). Faire un boeuf bourguignon, un oeuf sur le plat, du veau. Ce fut la concierge qui vint lui faire son petit déjeuner et ouvrir les fenêtres (MAURICE DRUON, Les Grandes familles, tome 1, 1948, page 172) : 

Ø 30.... elle se met déjà à vous parler de sa vieille maman qui est si seule et avec qui il faudra être bien gentil, des petits plats qu'elle sait si bien faire, du prénom qu'aura son bébé.

JEAN ANOUILH, La Répétition ou l'Amour puni,  1950, IV, page 108. 

·    Faire la salade. La laver, l'assaisonner. 

B.—  [L'objet désigne une personne]  Former. Faire des soldats, des hommes, de bons élèves. Synonymes : éduquer, instruire :  

Ø 31. Les Lanson croient nous avoir répondu quand ils disent : c'est entendu, nous ne vous fournissons pas des élèves qui aient du génie, mais connaissez-vous une méthode pour faire des hommes de génie?

MAURICE BARRÈS, Mes cahiers, tome 8, 1910, page 143. 

C.—  Donner une qualité, un caractère, un état à. 

1. Faire quelqu'un + substantif (attribut de l'objet) non déterminé..  Élever au rang de, donner le titre, la dignité de. Faire quelqu'un héritier, chevalier de la Légion d'honneur. Synonymes : nommer, instituer, constituer. En le faisant roi, on l'avait condamné à mourir sur le sol où s'est mêlée la poussière de saint Louis et de Henri IV (FRANÇOIS-RENÉ DE CHATEAUBRIAND,Mémoires d'Outre-Tombe, tome 3, 1848, page 650 ). Le jeune marquis avait cru s'acquitter envers sa femme en la faisant marquise (JULES SANDEAU, Sacs et parchemins,  1851, page 46 ). 

—  Par extension.  Rendre, faire devenir. Cette aventure me fait homme (PAUL RICOEUR, Philosophie de la volonté,  1949, page 179 ). 

—  Faire quelqu'un juge de. Laisser à quelqu'un le soin de juger, d'apprécier. 

2. Faire quelqu'un + adjectif (attribut de l'objet) 

a) Rendre, faire devenir. Faire quelqu'un riche. « Merci, mon bon Monsieur, merci (...). Vous êtes très bon. Je prierai la Sainte Vierge de vous faire très heureux « (SOPHIE ROSTOPCHINE, COMTESSE EUGÈNE DE SÉGUR,  L'Auberge de l'ange gardien,  1863, page 10 ). C'est dimanche, à l'heure du déjeuner, qu'on s'est aperçu que les petites manquaient. Je les avais faites belles pour la messe de huit heures (ALPHONSE DAUDET, Sapho,  1884, page 120 ). 

b) [L'attribut est un adjectif possessif]  Faire sien quelque chose S'approprier, se rendre maître de; adopter (un jugement, un point de vue, une attitude). Un étude à laquelle a procédé le général de Larminat et dont je fais miennes toutes les conclusions (CHARLES DE GAULLE, Mémoires de guerre,  1954, page 448 ). Je déterrai cette religion féroce et je la fis mienne pour dorer ma terne vocation (JEAN-PAUL SARTRE, Les Mots,  1964, page 148 ). 

—  En emploi absolu. Consentir c'est prendre sur soi, assumer, faire sien (PAUL RICOEUR, Philosophie de la volonté,  1949, page 322 ). 

c) Représenter, donner comme. Ne le faites pas plus méchant qu'il n'est : 

Ø 32. Mais l'autre quart chez Montaigne a donné l'éveil; en mettant expressément à part la religion, en la faisant si grande et si haute, et la voulant si fort révérer, qu'il lui coupe toute communication avec le reste de l'homme, il s'est trahi...

CHARLES-AUGUSTIN SAINTE-BEUVE, Port-Royal, tome 2, 1842, page 413. 

3. Faire quelque chose (à) + complément de prix. Je vous fais cet article (à) 50 F. Synonymes : évaluer à, fixer à. 

—  Faire un prix* (d'ami). Fixer un prix. Si le commerce était mieux fait, c'est le client qui devrait faire son prix (MARCEL AYMÉ, Clérambard,  1950, I, 7, page 52 ). 

4. Faire quelque chose + adjectif (attribut de l'objet) à quelqu'un..  Rendre. Je lui faisais la vie impossible (JULES LAFORGUE, Moralités légendaires,  1887, page 240 ). Et je ne veux point vous faire le coeur dur à la mort (ANTOINE DE SAINT-EXUPÉRY, Citadelle,  1944, page 791 ). 

5. Faire + adjectif substantivé..  Causer, entraîner. Faire des jaloux, des mécontents. Ainsi elle traversait sa jeunesse, l'esprit flottant à tous les vents de l'imprévu, faisant beaucoup d'heureux (HENRI MURGER, Scènes de la vie de bohème, 1851, page 236 ). 

D.—  Faire quelqu'un/quelque chose de (quelqu'un/quelque chose).  Changer, transformer en passant d'un état à un autre. 

1. [L'objet désigne une personne]  Faire d'un capitaine un commandant; nous en ferons un médecin; vous en avez fait un monstre, un enfant gâté. Mais que je prenne en main cette petite aristocrate (...), et je vous en ferai une vraie Carmélite, aussi bonne à la chapelle qu'au lavoir (GEORGES BERNANOS, Dialogues des carmélites,  1948, 3e.  tableau, 3, page 1618 ). La famille de Gouvon qu'il servait avait reconnu sa valeur. Elle voulait en faire un secrétaire, lui faire apprendre l'italien, le latin (JEAN GUÉHENNO, Jean-Jacques,  1948, page 51) : 

Ø 33. Quand un homme choisit une jeune fille pour en faire sa femme, c'est qu'il a été sensible à certaines séductions qui ne sont pas toutes du coeur ni de l'esprit.

MARCEL AYMÉ, Clérambard,  1950, II, 8, page 116. 

2. [L'objet désigne une chose] 

a) Faire d'un métal une médaille; faire quelque chose de rien : 

Ø 34. Mais un vent sort des cieux sans bornes,

Grondant comme les grandes eaux,

Et souffle sur ces pierres mornes,

Et de ces pierres fait des os...

VICTOR HUGO, Les Contemplations, tome 3, page 407. 

·    Faire un drame, une histoire, une maladie, une montagne (de quelque chose).   Dramatiser la situation, s'affliger ou s'affoler démesurément de quelque chose. Il fait un monde de rien et soupçonne un cancer dans chaque cor au pied (ALBERT CAMUS, Un Cas intéressant, adapté de Dino Buzzati.  1955, 1er.  temps, 2e.  tableau, page 627 ). 

—  Locutions figurées et/ou proverbes. Faire d'une pierre deux coups*; faire feu*; faire flèche* de tout bois; faire ses choux* gras de; faites en des choux* et des raves*; en faire sa chose*; faire des gorges* chaudes de; ne faire qu'une bouchée* de. On ne saurait faire d'une buse un épervier. On ne peut faire d'un sot un homme habile (Dictionnaire de l'Académie Française). Faire d'une mouche, d'une puce un éléphant Grossir exagérément la portée d'une affaire, dramatiser une situation. Faire de nécessité* vertu. 

b) Utiliser comme, aménager en. Faire un salon d'une salle à manger; faire un hôpital d'un bâtiment privé; faire un parc public d'un jardin privé. De la source, sa cuvette, La fleur, faisant son miroir, Dit : « Bonjour «, à la fauvette (VICTOR HUGO, Les Contemplations, tome 1, 1856, page 107 ). « Des assiettes! « dit-il en désignant une pile d'assiettes ébréchées au fond noirci. « Qu'est-ce que vous voulez en faire? Les manger? « (JEAN-PAUL SARTRE, La Mort dans l'âme,  1949, page 223 ). 

—  Emploi pronominal.  Se servir de quelque chose comme de. Des écureuils circulaient sur les branches (...) en se faisant un pavillon de leur queue (FRANÇOIS-RENÉ DE CHATEAUBRIAND,Mémoires d'Outre-Tombe, tome 3, 1848, page 68 ). J'ai aperçu le traître Eusévio dans les fourrés de la montagne. C'est en vain qu'il se fait un rempart de ces rochers (ALBERT CAMUS, La Dévotion à la croix,  1953, page 579 ). 

3. [Dans un contexte interrogatif] 

a) [L'objet indirect désigne une personne]  Qu'avez-vous fait de lui? Sobres et vertueux, —  de vrais sauvages... —  Que faire d'eux? soupirait ma mère. Ils étaient si doux que nul ne les pouvait atteindre ni diviser (GABRIELLE COLLETTE, DITE COLETTE, Sido,  1929, page 130) : 

Ø 35. Que dois-je faire des coupables, Herr Sonderführer?

—  Mais... les laisser continuer, puisqu'ils n'ont commis ni contravention à l'ordre de l'OKW relatif aux rapports des prisonniers avec les femmes allemandes, ni manquement au travail, ni attentat public à la pudeur!

FRANCIS AMBRIÈRE, Les Grandes vacances,  1946, page 212. 

b) [L'objet indirect désigne un inanimé]  Qu'est-ce que j'ai fait de mes lunettes? Où les ai-je mises? 

E.—  Représenter, tenir la place de. 

1.  [Le sujet désigne une personne] 

a) Domaine des loisirs.  Représenter (un personnage), tenir le rôle de. 

α ) Domaine du spectacle.  Faire Esther, les soubrettes. Je changeai vite de costume, et, faisant l'apothicaire, je commençai l'intermède, en brandissant l'instrument classique au-dessus de ma tête (AURORE DUPIN, BARONNE DUDEVANT, DITE GEORGE SAND, Histoire de ma vie, tome 3, 1855, page 240 ). Je connais la pièce par coeur. Je l'ai jouée autrefois avec Monsieur de Molière : c'est moi qui faisais don Diègue (PAUL CLAUDEL, Le Ravissement de Scapin,  1952, page 1317) : 

Ø 36. Ces scènes de la vie de couvent [dans le film de Bresson « Les Anges du Péché «] les ont transportées et non contentes de nous les décrire, elles se sont mises en tête d'en jouer une devant nous. Louise faisait la mère supérieure...

JULIEN GREEN, Journal,  1946, page 20. 

β ) Domaine des jeux d'enfants.  Faire le chat, le gendarme, le loup, les voleurs. 

γ ) Domaine des jeux de société.  Faire le mort*. Me rendre utile et agréable aux maîtresses de maisons en faisant le quatrième de quelque table boiteuse de joueuses et de joueurs dépareillés (ALPHONSE DE LAMARTINE, Confidences,  1851, page 80 ). 

b) Exercer les fonctions, la responsabilité de. 

α ) [L'activité est permanente, régulière]  C'est que jamais un militaire, poursuivit-il, n'a été fichu de faire un bon ministre de la guerre (MAURICE DRUON, Les Grandes familles, tome 1, 1948, page 139 ). Il se mariera un jour, par coup de tête; et peut-être il fera un bon père de famille (SIMONE DE BEAUVOIR, Mémoires d'une jeune fille rangée,  1958, page 293) : 

Ø 37. Mon fils, il fait le couillon. Il fait le berger. C'est comme ça. Dans ce village, et dans les autres, il y a des enfants d'épiciers ou de simples charcutiers qui passent le bachot pour être colonels. Moi, le mien, il fait le berger. Je n'en rougis pas.

JACQUES AUDIBERTI, Les Femmes du Boeuf,  1948, page 118. 

—  Populaire. Faire + substantif non déterminé. Faire professeur. Y veut faire soldat dedans l'aussiliaire (ALAIN ROBINET, DIT MUSETTE, Cagayous poilu, conte de guerre.  1919, page 2 ). 

β ) [L'activité est occasionnelle]  Faire le domestique. Je faisais le nègre à la Mazarine, copiant à la main (...) les épais romans de chevalerie (BLAISE CENDRARS, Bourlinguer, 1948, page 380 ). Tu trouveras aussi des verres. Tu nous sers; tu fais la jeune fille de la maison (JEAN-PAUL SARTRE, La Mort dans l'âme, 1949, page 126 ). 

c) Imiter intentionnellement, chercher à passer pour. Synonymes : contrefaire, imiter, simuler. 

α ) Faire le + substantif ou adjectif substantif. Faire le difficile, le dégoûté, l'idiot, l'innocent, le pitre, le malade. Tous les anges du Bon Dieu viendront et ils me diront : « Allons, viens, Alonso, viens, ne fais pas le méchant «. Et moi, je dirai « non « (ALBERT CAMUS, Révolte dans les Asturies,  1936, II, 3, page 418 ). Cela se raidit, cela fait la fière, cela veut se conduire comme une vraie dame (JEAN ANOUILH, La Répétition ou l'Amour puni,  1950, IV, page 110 ). Que vous ne travailliez pas et fassiez le pantin devant la glace, c'est votre affaire! (FRANÇOISE SAGAN, Bonjour tristesse,  1954, page 119) : 

Ø 38.... jamais Charles ne lui paraissait aussi désagréable (...). Alors, tout en faisant l'épouse et la vertueuse, elle s'enflammait à l'idée de cette tête dont les cheveux noirs se tournaient en une bouche vers le front hâlé...

GUSTAVE FLAUBERT, Madame Bovary, tome 2, 1857, page 26. 

—  Faire le jeune homme. Être galant, se donner un air jeune. Alors il va faire le jeune homme dans les bals costumés? (GUY DE MAUPASSANT, Contes et nouvelles, tome 1, Le Masque, 1889, page 1163 ). 

—  Faire la princesse. Prendre de grands airs. Notre Mélancolie est petite-maîtresse, Elle prend des grands airs, elle fait la princesse (THÉOPHILE GAUTIER, Poésies,  1872, page 214 ). 

—   [Locution verbale au figuré, où le complément désigne un animal symbolique]  Faire le singe, le zèbre. C'est étonnant comme il fait le paon, papa, avec cet hôtel (GUY DE MAUPASSANT, Bel-Ami,  1885, page 33 ). Lâche-moi, nom de Dieu, ou je fais la vache (JEAN-PAUL SARTRE, La Mort dans l'âme,  1949, page 114 ). Doña Inès. —  Ne m'a-t-il pas écrit? Tello. —  Quel âne je fais! voici la lettre, Madame (ALBERT CAMUS, Le Chevalier d'Olmedo,  1957, 2e.  journée, 10, page 772 ). 

·    Proverbe. Qui veut faire l'ange* fait la bête. 

Remarque : Lorsque le sujet est féminin, faire peut être suivi néanmoins de le. Elle fait le/la bravache. 

β ) Faire son/sa + substantif. Faire sa mijaurée, son petit malin. Le baron préférait faire son lézard au soleil sur le galet (GUY DE MAUPASSANT, Une Vie,  1883, page 36 ). 

d) Locution verbale. Faire semblant* (de), mine* (de). 

—  Faire celui qui, comme si. Jouer à celui qui, simuler. La consigne universelle, la ridicule fiction est de faire comme si on ne savait rien, quoique tout le monde sache très bien à quoi s'en tenir; chacun joue la comédie, chacun affecte de croire le vieillard immortel, le malade guérissable (VLADIMIR JANKÉLÉVITCH, Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien,  1957, page 172 ). 

·    En emploi absolu. Partout, l'on triche. Partout, l'on fait comme si... C'est insupportable. C'est horrible (JACQUES AUDIBERTI, Le Mal court,  1947, III, page 185 ). 

2. [Le sujet désigne un inanimé]  Tenir lieu de, faire aussi office de. Salle à manger qui fait salon, cuisine qui fait salle de séjour. Au fond, dans le logis « faisant hôtel «, une « comtesse « (MARCEL PROUST, Le Côté de Guermantes 1,  1920, page 16 ). 

F.—  Paraître, sembler. 

1. Faire + adjectif ou substantif non déterminé (généralement invariable).  Avoir l'air de, donner l'impression de. Elle fait vieux/ vieille pour son âge; faire jeune, grand; faire très vieille France; faire très femme; faire sérieux, vrai. Ricarda, lui, faisait très « fils de bourgeois « (JEAN-GEORGES SOULÈS, DIT RAYMOND ABELLIO, Heureux les,  1946, page 29 ). Il faisait très orphelin dans son complet de flanelle dont le revers était barré d'un crêpe noir (SIMONE DE BEAUVOIR, Les Mandarins,  1954, page 294) : 

Ø 39. Ils choisissent de préférence des sujets tirés de l'histoire sainte ou de l'histoire ancienne, et ils parlent constamment de faire distingué, comme si la distinction ne venait point de la manière dont on traite un sujet et non du sujet lui-même.

Tenez que la plupart n'ont reçu aucune éducation, qu'ils n'ont rien vu et rien lu, que « faire distingué «, pour eux, c'est tout bonnement ne pas faire vivant et ne pas faire vrai. 

GEORGES-CHARLES, DIT JORIS-KARL HUYSMANS, L'Art moderne,  1883, page 8. 

·    Ne pas faire son âge. Paraître très jeune, plus jeune que son âge réel. 

2. Faire + adverbe de manière (familier).  Produire tel effet, avoir telle allure. Faire bien (dans le décor, le tableau), sur une photo, dans un film. Les serviteurs à tête blanche font bien dans une grande maison (GUILLAUME-VICTOR-ÉMILE, DIT ÉMILE AUGIER, La Pierre de Touche,  1854, III, page 80 ). Tes vieux messieurs à col dur? Ils feraient très bien dans les vitrines du Musée de l'Homme (SIMONE DE BEAUVOIR, Les Mandarins,  1954, page 91) : 

Ø 40. Lequel fait mieux, des fleurs ou bien des plumes blanches?

Quelle parure sied? —  quelle couleur va bien?

THÉOPHILE GAUTIER, Albertus ou l'Âme et le péché,  1833, page 138. 

IV.—  Emplois particuliers. 

A.—  Emplois pronominaux spécifiques. Voir faire2 (se). 

B.—  Emplois impersonnels. 

1. [Suivi d'un adjectif ou d'un substantif généralement non déterminé; pour indiquer ou suggérer des conditions météorologiques, climatiques ou un moment de la journée ou de la nuit] 

a) Faire + adjectif. Il fait chaud, clair, doux; il fait noir comme dans un four. Mets ton collet, il fait plus frais (FRANÇOIS MAURIAC, Le Mystère Frontenac,  1933, page 90 ). L'homme est arrivé à créer, parmi les grandes eaux froides et noires, une zone habitable où il fait à peu près clair et chaud (PIERRE TEILHARD DE CHARDIN, Le Milieu divin,  1955, page 172 ). 

—  Au figuré littéraire. Je savais pourtant combien il peut faire noir dans un coeur (SIMONE DE BEAUVOIR, Mémoires d'une jeune fille rangée,  1958, page 248) : 

Ø 41. Il fait bleu il fait bon

Il fait aujourd'hui

Il fait bon il fait bleu

Et je suis née juste aujourd'hui

Si vous voulez savoir mon nom

Mon nom est Iris bleu!

PAUL CLAUDEL, Poésies diverses,  1952, page 743. 

b) Faire + substantif. Il fait presque jour; il fait nuit (noire); il fait (du) soleil, du brouillard, une chaleur torride, un beau soleil; quel temps fait-il? Il ne faisait pas de lune ni d'étoiles. Mais une sorte de lumière diffuse et l'air était si épais qu'on l'aurait coupé au couteau (MAURICE BARRÈS, Mes cahiers, tome 7, 1908, page 71 ). A cinq heures (...) quelque temps qu'il fasse, Mme.  Louise descend au village avec la bonne (GEORGES BERNANOS, Un Mauvais rêve,  1948, page 1004 ). 

—  Par analogie, familier. Il fait faim, soif. J'ai/nous avons faim, soif. Il fait soif à bord (BLAISE CENDRARS, Bourlinguer, 1948, page 232) : 

Ø 42.... quand, à la maison, il faisait faim, c'est toi qui chantais encore (...) et nous donnais le courage de chanter, nous aussi!

EDMOND DE GONCOURT, La Faustin,  1882, page 33. 

2. Il fait bon/mauvais (à/de) + infinitif Il est agréable/ désagréable, dangereux de; cela fait du bien/ne fait pas de bien de. Auprès de ma blonde, qu'il fait bon dormir (vieille chanson française). Que la forêt était belle sous le soleil d'avril! Qu'il faisait bon à respirer, loin des baraques fétides et des sueurs recuites! (FRANCIS AMBRIÈRE, Les Grandes vacances,  1946, page 367 ). Il [le loriot] dit qu'il fait bon labourer (PAUL CLAUDEL, L'Annonce faite à Marie,  1948, I, 3, page 160) : 

Ø 43. Le remblai, jusqu'au bout cette fois, y compris la maison du docteur Bellamy qui était le type même de ces demeures que les passants regardent avec envie en pensant :

—  Qu'il doit donc faire bon y vivre...

GEORGES SIMENON, Les Vacances de Maigret,  1948, page 25. 

3. Il ferait beau* voir. 

C.—  Emplois factitifs. Voir faire3. 

D.—  Emplois passifs. 

1. Locutions. 

·    Ce qui est fait. Il n'y a plus à y revenir, n'en parlons plus (en parlant généralement d'une action regrettable). «... un ennemi de notre religion? Mais c'est abominable! Élevé comme tu l'as été! « Jean (répondant à Cécile seule, sur un ton angoissé et sombre). —  Ce qui est fait est fait. Tu souffres? Moi aussi... (ROGER MARTIN DU GARD, Jean Barois,  1913, page 299 ). Eh bien oui (...) tu aurais dû rester à Paris (...) —  Enfin! ce qui est fait est fait (JEAN-PAUL SARTRE, La Mort dans l'âme,  1949, page 161 ). 

·    Voilà qui est fait. C'est terminé (en parlant d'une action délicate ou importante). (Il ouvre la porte, la mère le suit avec hésitation jusque sur le seuil.) Voilà qui est fait (ALBERT CAMUS, Un Cas intéressant, adapté de Dino Buzzati.  1955, 1er.  temps, 3e.  tableau, page 635 ). 

·    Croire que tout est fait. Croire que tout est joué. Une fois qu'il a parlé, il croit que tout est fait (EMMANUEL MOUNIER, Traité du caractère,  1946, page 400 ). 

2. Être fait pour + substantif ou infinitif Être destiné à : 

a)  [Le sujet désigne une personne] .  Être prédisposé à, avoir des talents pour. Elisabeth et Paul, faits pour l'enfance, continuaient à vivre comme s'ils eussent occupé deux berceaux jumeaux (JEAN COCTEAU, Les Enfants terribles,  1929, page 96) : 

Ø 44. (Thierry, mécontent, regagne son bureau et s'assied.) Ta loi morale, mon vieux, faut jamais oublier ça : c'est nous qui l'avons faite, pour nous, pour notre utilité sociale! Ce n'est pas nous qui avons été faits pour elle! Alors, le jour où ça ne colle plus bien...

ROGER MARTIN DU GARD, Un Taciturne,  1932, I, 10, page 1264. 

b) [Le sujet désigne une chose]  Avoir tel usage, être créé en vue d'un but précis. L'antiquité a peut-être été faite pour être le pain des professeurs (EDMOND DE GONCOURT, JULES DE GONCOURT, Journal,  1894, page 499 ). Mais il [le système électoral] semblait fait tout exprès pour décourager des débuts irréguliers comme ceux de Benjamin Disraëli (ÉMILE HERZOG, DIT ANDRÉ MAUROIS, La Vie de Disraëli,  1927, page 59 ). 

—  Par ironie, péjoratif. C'est bien fait pour lui/pour elle, Il/elle l'a bien mérité. S'il finit sa vie en taule, c'est bien fait pour lui, ajoutai-je avec rage (SIMONE DE BEAUVOIR, Les Mandarins,  1954, page 200 ). 

—  Par plaisanterie. Et ces sales fleurs qui ne vivent ni ne se fanent jamais Tu les as appelées immortelles... C'était bien fait pour elles... (JACQUES PRÉVERT, Paroles,  1946, page 76 ). 

—  Familier. C'est fait pour (avec ellipse du complément de destination). C'est adéquat, c'est exactement la forme, l'usage qui convient. 

3. Être fait à. Être habitué à. J'étais fait à mon visage, comme certains se font à leur misère ou à leur crasse (EMMANUEL MOUNIER, Traité du caractère,  1946, page 502 ). 

4. Littéraire. C'en est fait (de). C'en est fini (de). C'en est fait de lui; c'en est fait de la vie de château. C'en était fait, la séparation était sans recours (FRANCIS AMBRIÈRE, Les Grandes vacances,  1946, page 57 ). Je me sentais déjà tout investi par l'accablant souci de nouveaux devoirs. C'en serait fait des rêveries, des promenades contemplatives (ANDRÉ GIDE, Feuillets d'automne,  1949, page 1088) : 

Ø 45. Je porte aux études latines un amour désespéré. Je crois fermement que, sans elles, c'en est fait de la beauté du génie français.

ANATOLE-FRANÇOIS THIBAULT, DIT ANATOLE FRANCE, La Vie littéraire.  1888, page 287. 

Remarque : Certains emplois passifs de faire n'ont pas de forme active correspondante. Invitation lui a été faite de se présenter au plus tôt. 

E.—  Emplois substitutifs. Voir faire4. 

 

 

 

FAIT1, substantif masculin.  

A.—  Réalisation d'une chose; manière de faire, façon d'agir. 

1. Moderne (dans des expressions ou locutions).  Action. 

a) Spécialement, au pluriel, avec une nuance familier, parfois ironiquement ou péjoratif. Les faits et gestes de quelqu'un. Tout ce que fait quelqu'un, le détail de ses activités (actes, déplacements, rencontres...) observé par une ou plusieurs personnes. Paris (...) ne présente par lui-même à peu près rien de saillant à l'annotateur de ses faits et gestes (STÉPHANE MALLARMÉ, La Dernière mode,  1874, page 785 ). Notre onirisme animalisé (...) n'a pas enregistré les faits et gestes des animaux minuscules (GASTON BACHELARD, La Poétique de l'espace,  1957, page 153 ). 

b) Au singulier, expression et locution. 

—  Être coutumier du fait (Confer coutumier B 1). 

—  Par son fait. Par son action; par sa faute. Sur la 2e, relative aux exempl (aires) de Leber que la maison Baudouin frères garde en ses magasins, elle se trouve résolue par mon fait en sa faveur (HONORÉ DE BALZAC, Correspondance,  1826, page 292 ). 

—  Prendre quelqu'un sur le fait. Le surprendre en train de faire une (mauvaise) action. Synonyme : prendre quelqu'un en flagrant délit. 

—  Le fait de + infinitif L'action de, l'acte ou le phénomène qui consiste à; par métonymie l'état qui en résulte. Le fait de parler, de vivre, de savoir, etc. Définir le vrai par le fait d'être vérifiable (DICTIONNAIRE DE CULTURE RELIGIEUSE ET CATÉCHISTIQUE  (LOUIS E. MARCEL), Journal,  1914, page 28 ). L'idée est l'essentiel, non le fait de jouer physiquement cette idée (RAYMOND RUYER, Esquisse d'une philosophie de la structure,  1930, page 251 ). Le seul fait de prendre contact avec ces fractions multiples et dispersées comportait, pour moi, de grandes difficultés (CHARLES DE GAULLE, Mémoires de guerre,  1954, page 74 ). 

2. En particulier (vieilli en emploi absolu, moderne dans certains syntagmes; souvent au pluriel).  Action remarquable (à la guerre). Faits d'armes*. Ensuite un peu de patriotisme, le drapeau de l'Empire, de beaux faits dans la garde nationale (GUSTAVE FLAUBERT, Correspondance,  1852, page 424 ). 

a) Fait de guerre. Action militaire remarquable et méritoire. Le duc de Berri rappela inutilement la valeur qu'ils avaient montrée dans les derniers troubles, et leurs beaux faits de guerre (PROSPER DE BARANTE, Histoire des ducs de Bourgogne de la maison de Valois, tome 4, 1821-24, page 64 ). 

b) Haut(s)(-)fait(s). Exploit(s) glorieux, prouesse(s) à la guerre. Une teinte kaki était répandue sur les nouvelles de la guerre et (...) on nous laissait ignorer les hauts faits (MAURICE BARRÈS, Mes cahiers, tome 11, 1914-18, page 130 ). 

—  Au figuré, familier.  Action mémorable, méritoire, prouesse (sans contexte guerrier, dans la vie). On avait pourtant commencé par une belle manoeuvre qui reste un des hauts faits de notre Sorbonne (ABBÉ HENRI BREMOND, Histoire littéraire du sentiment religieux en France, tome 4, 1920, page 424 ). 

·    Par ironie.  Mauvaise action notoire, acte blâmable. Des photographies de « héros «, des découpures de journaux relatant les hauts faits du fascisme (ANDRÉ GIDE, Journal,  1934, page 1194) : 

Ø 1. Les juges refusèrent de l'écouter, et je fus remis en liberté sans qu'on eût pris connaissance des explications que j'aurais pu avoir à donner ni des révélations que j'aurais pu être disposé à faire. C'est là ce qu'un ministre a appelé « faire sentir l'action gouvernementale «. Tels sont les hauts faits de nos magistrats.

GEORGES CLEMENCEAU, Vers la réparation,  1899, page 267. 

3. DROIT.  

a) Tout acte matériel d'une personne, tout événement extérieur pouvant avoir un effet juridique. Fait juridique; fait qualifié crime par la loi. J'ai parcouru tout le canton pour recueillir un seul fait qui pût parler en sa faveur (JEAN-HENRI-FERDINAND LA MARTELIÈRE, Robert, chef de brigands,  1793, IV, 1, page 42 ). Grouper les faits et les témoignages de manière à porter (...) le doute et l'hésitation dans la conscience des jurés (AUGUSTIN COURNOT, Essai sur les fondements de nos connaissances et sur les caractères de la critique philosophique,  1851, page 426 ). 

—  Expressions. 

·    Par le fait de (quelqu'un) (rare), du fait de (quelqu'un, quelque chose) (usuel). Par l'action de. Responsabilité du fait de l'homme, du fait des choses. Tout tort causé par le fait de l'homme, donne lieu à des dommages-intérêts ou à une action en réparation du tort causé (NICOLAS-JEAN-BAPTISTE BOYARD, La Bourse et ses spéculations mises à la portée de tout le monde, 1853, page 181 ). 

·    Voie(s) de fait (souvent au pluriel). Actes de violences, sévices corporels (contre quelqu'un). Si les actes prévus dans l'article précédent ont été accompagnés de violence, voies de fait, attroupements, les auteurs et complices seront punis des peines portées au code de police correctionnelle ou au code pénal (Documents d'Histoire contemporaine (par Odette Voilliard, Guy Cabourdin, François-Georges Dreyfus, Roland Marx)  1803, page 115 ). Le fonctionnaire qui se livre à des voies de fait sur un usager du service est coupable d'une faute personnelle qui entraîne la compétence de la juridiction civile (Encyclopédie pratique de l'éducation en France (IPN ET SEDE, 1960) 1960, page 289 ). 

b) Spécialement.  Infraction, délit, crime résultant d'un acte effectif positif (par opposition à ce qui résulte d'une ommission ou d'une abstention). L'appréciation de la probabilité du fait, affirmé par l'accusation, nié par la défense (AUGUSTIN COURNOT, Essai sur les fondements de nos connaissances et sur les caractères de la critique philosophique,  1851 page 423 ). Cela, c'est un fait de police de la rue qui me regarde, et je retiens la femme Fantine (VICTOR HUGO, Les Misérables, tome 1, 1862, page 244 ). 

—  Fait de charge. Action ou omission commise par le titulaire d'une charge dans l'exercice de ses fonctions et pouvant causer du tort à quelqu'un. Je n'ai pas de quittance, il y a des faits de charge qui vont absorber charge et cautionnement (HONORÉ DE BALZAC, Histoire de la grandeur et de la décadence de César Birotteau,  1837, page 232 ). 

c) Courant, locution verbale. Prendre fait et cause pour quelqu'un (confer cause1 II B locutions). 

4. Être le fait de (quelqu'un) 

a) Constituer la manière d'agir, la conduite de (quelqu'un) (habituelle ou dans une circonstance donnée). Synonyme : être le propre de. À cette époque elle [l'activité missionnaire] aussi se trouve être le fait de l'homme blanc (Philosophie, Religion (sous la direction de Gaston Berger), 1957, page 4602 ). Les performances de valeur internationale sont le fait de nageurs qui s'entraînent jusqu'à cinq et six heures par jour (Jeux et sports (sous la direction de Roger Caillois)  1968, page 1572 ).  Le fait du prince. Confer prince. 

b) Vieux ou littéraire, surtout à la forme négative.  Convenir à (quelqu'un), faire l'affaire de (quelqu'un). Plutôt que de se battre sur un sujet qui n'était point son fait et divisait ses militants (CHARLES DE GAULLE, Mémoires de guerre,  1959, page 269) : 

Ø 2.... une diffusion plus large assurée, d'emblée, à des entreprises coûteuses et dont l'État, en France, n'a jamais songé à assumer la charge : Diderot, par avance lui avait annoncé que ce n'était point son fait...

La civilisation écrite (sous la direction de Julien Cain)  1939, page 2408. 

5. Locution. Dire son fait à quelqu'un. Dire franchement et sans ménagement à quelqu'un ce qu'on pense de lui, de sa conduite (répréhensible). Synonyme : dire ses quatre vérités à quelqu'un. 

B.—  Ce qui est arrivé, ce qui existe. 

1. Ce qui est effectivement arrivé, ce qui existe réellement, événement ou état de choses. La civilisation est un fait qui peut être décrit, raconté, qui a son histoire (FRANÇOIS GUIZOT, Histoire générale de la civilisation en Europe depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française, leçon 1, 1828, page 8 ). Pour ceux-là, la venue du Messie était un fait d'une nouveauté et d'une originalité absolue (PIERRE LEROUX, Humanité, de son principe et de son avenir, tome 2, 1840, page 783 ). Or, ces faits se sont passés en 1902 (ROGER MARTIN DU GARD, Notes sur André Gide,  1951, page 1396) : 

Ø 3. Les autres avaient beau lui crier qu'il était ridicule avec leurs porte-voix et leurs drapeaux blancs, la reddition de la France était un fait qui ne le concernait en rien.

JEAN ANOUILH, La Répétition ou l'Amour puni,  1950, I, page 21. 

SYNTAXE : a) [Souvent au pluriel] Exposer, raconter clairement les faits, tels qu'ils se sont passés; succession, déroulement, résumé des faits; faits économiques, historiques. b) [Au singulier] Fait banal, biologique, quotidien, isolé, rare, singulier, unique, courant, constaté, certain; fait divers*, fait exprès*. 

—  Locutions. 

a) Locution verbale. Mettre, placer quelqu'un devant le fait accompli. Obliger quelqu'un à accepter une chose sans que celui-ci puisse s'y opposer, le placer dans une situation irrévocable, irréversible. Le minoritaire Monmousseau impose la bataille pour la nationalisation contre le secrétaire général des cheminots, Bidegaray. La CGT, mise devant le fait accompli, n'engage les autres corporations que « par paliers « (JEAN-DANIEL REYNAUD, Les Syndicats en France,  1963, page 70 ). Une intervention extérieure importante ne doit pas résulter d'un coup de tête d'un gouvernement qui place le pays devant le fait accompli (Service militaire et réforme de l'armée par le Groupe d'étude des problèmes du contingent.  1963, page 72 ). 

b) Locution adverbiale. Par le fait (même), de ce fait, du fait. À cause de cela, en conséquence. La classe des « mammifères « une fois constituée, ne peut plus donner naissance, (...) à la classe « oiseaux «, et marque de ce fait un pouvoir d'évolution inférieur à celui du « poisson « (JULES DE GAULTIER, Le Bovarysme,  1902, page 235 ). Méga-synthèse dans le tangentiel. Et donc, par le fait même, bond en avant des énergies radiales (PIERRE TEILHARD DE CHARDIN, Le Phénomène humain,  1955, page 271 ). 

c) Locution prépositive. 

·    Du (seul) fait de + substantif En raison de, à cause de. La meilleure Gilberte ne pouvant alors, du fait de son absence momentanée, constater cette déchéance (MARCEL PROUST, À l'ombre des jeunes filles en fleurs,  1918, page 566 ). 

·    Par le fait de + substantif Par suite de, pour la raison de. Dans cette petite ville, ils étaient (...) toujours, —  par le fait de la différence de leur race, (...) les esprits les plus avancés, les plus sensibles au ridicule des institutions vermoulues et des pensées décrépites (ROMAIN ROLLAND, Jean-Christophe, La Révolte, 1907, page 417 ). 

d) Locution conjonctive. 

·    Le (seul) fait que + indicatif (pour insister sur la réalité du fait) ou + subjonctif Le fait consistant en ce que. Il n'en par le jamais, tant le seul fait qu'on y fasse allusion lui cause de malaise (CHARLES DU BOS, Journal,  1928, page 176 ). La mise au point d'un tel système en pleine guerre et le fait qu'il faudrait l'organiser sous toutes les latitudes entraîneraient d'inextricables difficultés (CHARLES DE GAULLE, Mémoires de guerre,  1954, page 316) : 

Ø 4.... il se peut que sur l'affaire Dreyfus nous soyons irrémédiablement divisés, mais tous nous nous accordons à sentir quelque chose ce profondément offensant dans le fait que l'on fera défiler l'armée devant le cercueil de Zola.

MAURICE BARRÈS, Mes cahiers, tome 6, 1908, page 284. 

·    Ce fait que. Et nous voici tous d'accord sur ce fait que rien ne peut nous empêcher d'appliquer librement et justement la loi française dans toute l'étendue de la République (GEORGES CLEMENCEAU, L'Iniquité,  1899, page 458) : 

Ø 5. La Provence n'a pas de musique (si j'en juge par ce fait qu'on a dû mettre les paroles de la Coupo Santo sur l'air d'une romance parisienne)...

HENRI DE MONTHERLANT, La Petite Infante de Castille,  1929, page 608. 

·    Du (seul) fait que, du fait même que + indicatif Pour la (seule) raison que, puisque. Tout cela, brusquement, ne compterait plus pour rien, du seul fait que l'éclairage aurait été modifié par le grand prêtre... (ROGER MARTIN DU GARD, Notes sur André Gide,  1951, page 1365 ). Le monde objectif tout entier (...) tel justement qu'il existe pour moi, c'est-à-dire vaut pour moi, du fait même que j'en fais l'expérience (JULES VUILLEMIN, L'Être et le travail,  1949, page 9 ). 

·    Par le (seul) fait que, par le fait même que + indicatif Parce que précisément. C'est tout de même curieux, cet éreintement de tout ce que j'écris, (...) et cela par ce seul fait que je mets de la vérité dans ce que j'écris (EDMOND DE GONCOURT, JULES DE GONCOURT, Journal,  1894, page 607 ). Les articles qui, souvent par le fait même qu'ils faisaient d'importantes réserves sur telle ou telle de mes intentions, m'ont aidé à mieux saisir (...) ce que j'avais voulu faire (ALBERT BÉGUIN, L'Âme romantique et le rêve,  1939, page VI. ). 

2. Ce qui existe réellement, la chose réelle (par opposition à la fiction, au rêve, à l'idée, au principe, au souhait, etc.; souvent au pluriel); tout ce qui peut être constaté de façon certaine. C'est un fait acquis. 

a) En emploi absolu. Le domaine des faits; s'incliner devant les faits; les faits parleront d'eux-mêmes; juger sur/d'après les faits; (au singulier) fait dûment constaté, vérifié. Tout cela est beau et grand dans la pensée; mais dans le fait il faut en rabattre presque tout le grandiose (ALPHONSE DE LAMARTINE, Souvenirs, impressions, pensées et paysages pendant un voyage en Orient (1832-1833) ou Note d'un voyageur, tome 1, 1835, page 343 ). Il n'aimait guère donner, le fait paraissait malheureusement certain (ÉMILE ZOLA, Pot-Bouille,  1882, page 119) : 

Ø 6. M. Godeau se trouvait seul devant son foyer sans feu. L'idée de suicide s'était présentée à lui. Il avait suffi qu'il l'admît comme possible. Il avait presque atteint cette extrémité. L'intervalle qui séparait la possibilité du fait et le fait accompli, l'intervalle qui était réservé aux moyens ne comptait pas : M. Godeau s'était tué.

MARCEL JOUHANDEAU, Monsieur Godeau intime,  1926, pages 89-90. 

b) [En complément déterminatif, dans des expressions]  Constatation de fait; question de fait. Car c'est d'une impossibilité de fait qu'il faudrait se prévaloir, pour nier la simple possibilité logique du surnaturel (MAURICE BLONDEL, L'Action, Essai d'une critique de la vie, 1893, page 391) : 

Ø 7. Pour n'avoir pas voulu intervenir, dès le début, dans les questions de fait, il se trouve réduit, dans les questions de principe, à formuler purement et simplement en termes plus précis la métaphysique et la critique inconscientes...

HENRI BERGSON, L'Évolution créatrice,  1907, page 196. 

—  Erreur, assertion de fait. Erreur matérielle qui porte sur un fait (par opposition à erreur de jugement). Selon lui, une assertion de fait pourrait être fausse, en tant qu'historique et vraie en tant que théologique (JOSEPH MALÈGUE, Augustin ou le Maître est là, tome 1, 1933, page 335 ). 

c) [Dans des locutions] 

—  Un fait est un fait. La chose est indiscutable. Un fait est un fait. Les dogmes sont vrais, ou bien ils ne sont rien (ROGER MARTIN DU GARD, Jean Barois,  1913, page 242 ). Je sais que j'ai un tempérament d'interprétante. Mais un fait est un fait (SIMONE DE BEAUVOIR, Les Mandarins,  1954, page 414 ). 

—  C'est un fait. C'est une chose réelle, certaine, incontestable. Cela est certainement fâcheux, mais c'est un fait qu'il faut bien reconnaître (ÉTIENNE-JEAN DELÉCLUZE, Journal, 1826, page 309 ). 

—  Il est de fait que..., c'est un fait que..., le fait est que... + indicatif Il est vrai, indéniable que, il faut admettre que. Je suis belle, j'ai cet avantage pour lequel Mme.  de Staël eût tout sacrifié, et pourtant il est de fait que je meurs d'ennui (HENRI BEYLE, DIT STENDHAL, Le Rouge et le Noir,  1830, page 289 ). Le fait est qu'elle s'y prenait mal : elle mouillait trop le papier, elle ne le comprimait pas assez (SIMONE DE BEAUVOIR, Les Mandarins,  1954 page 58) : 

Ø 8. La théorie aristotélicienne du choix, conçu comme une décision du vouloir consécutive à une délibération rationnelle, était remarquablement élaborée, mais c'est un fait qu'Aristote n'y parle ni de liberté, ni de libre arbitre.

ÉTIENNE GILSON, L'Esprit de la philosophie médiévale,  1932, page 102. 

Remarque : Le fait est que peut avoir une nuance oppositive = en réalité (par opposition à l'apparence). Synonyme de en fait.  Jean Valjean, dans la nuée épaisse du combat, n'avait pas l'air de voir Marius; le fait est qu'il ne le quittait pas des yeux (VICTOR HUGO, Les Misérables, tome 2, 1862, page 502). Je suis devenu un ami avéré du peuple. C'est un axiome. Le fait est que je méprise souverainement la politique (JOSEPH ARTHUR COMTE DE GOBINEAU, Pléiades, 1874, page 107). 

—  Poser en fait que. Admettre comme chose certaine que. 

—  De fait, en fait, par le fait (locution adverbiale). En réalité, effectivement, véritablement. Ainsi Ronsard sent que son alexandrin n'a pas encore le juste poids qui le rendrait apte à fournir un ordre consécutif de pages parfaites. Et de fait c'est chez Corneille que paraissent ces premières pages (ALBERT THIBAUDET, Réflexions sur la littérature,  1936, page 24) : 

Ø 9.... la décision finale ne pouvait faire aucun doute. De fait, trois jours après l'incident du porte-feuille, notre père, brusquement et, comme toujours, aussitôt après le bénédicité, lisse ses moustaches et déclare :

—  Mes enfants, je suis obligé de vous mettre au collège.

HERVÉ BAZIN, Vipère au poing,  1948, page 270. 

Remarque : De fait et par le fait introduisent une explication, une conséquence, en fait introduit parfois une opposition (en théorie différent de en fait, « dans les faits «, dans la réalité). Il n'y a que par l'entrée dans le transcendant, le surnaturel, le spirituel authentique que l'homme devient supérieur au social. Jusque-là, en fait et quoi qu'il fasse, le social est transcendant par rapport à l'homme (S. WEIL, Pesanteur, 1943, page 162). 

3. Spécialement.  Ce qui existe, ce qui constitue la réalité (par opposition au droit, à ce qui est voulu ou reconnu par la loi). En fait et non en droit. Confer droit3 IC 2 b et d. 

a) [Dans des expressions] 

—  De fait. Sur le plan de la réalité (sans référence à la loi). Antonyme : de droit. Confer droit3 exemple 9. 

—  Point, question de fait. Discussion pour établir l'existence, la véracité d'un fait. Antonyme : point de droit. Les questions de fait ne sont pleinement résolues que par l'expérience (ANTOINE-LOUIS-CLAUDE DESTUTT DE TRACY. Élémens d'idéologie, 1. Idéologie proprement dite, 1801, page 309 ). 

—  Gouvernement, pouvoir, autorité de fait. Autorité, pouvoir, gouvernement qui n'est pas reconnu par la loi. La République a donc été un gouvernement de fait et de droit (EMMANUEL DIEUDONNÉ, COMTE DE LAS CASES, Le Mémorial de Sainte-Hélène, tome 2, 1823, page 61 ). 

—  État, situation de fait. 

·    Situation telle qu'elle existe (sans référence juridique, sans fondement légal) : 

Ø 10. —  C'est ainsi, par le détour des idées et dans le tourbillon de leur mouvement, que le désordre et l'état de fait doivent reparaître et renaître aux dépens de l'ordre. Ce retour à l'état de fait peut s'opérer quelquefois par une voie que l'on n'eût point prévue, et l'homme redevenir un barbare de nouvelle espèce par conséquence inattendue de ses plus fortes pensées.

PAUL VALÉRY, Variété II,  1929, pages 59-60. 

·    Par extension, courant.  État de chose, situation. La ruse des gouvernés : notre situation de citoyen est une situation de fait, que nous n'avons pas choisie (ÉMILE-AUGUSTE CHARTIER, DIT ALAIN, Propos, 1928, page 797) : 

Ø 11. Tout ce que nous sommes, nous le sommes sur la base d'une situation de fait que nous faisons nôtre et que nous transformons sans cesse par une sorte d'échappement qui n'est jamais une liberté inconditionnée.

MAURICE MERLEAU-PONTY, Phénoménologie de la perception,  1945, page 199. 

—  Fait social. Réalité sociale. L'histoire de l'Église, de Constantin à Léon XIII, traversait les programmes d'un grand courant charrieur de faits sociaux et de passions humaines (JOSEPH MALÈGUE, Augustin ou le Maître est là, tome 1, 1933, page 92 ). Distinguer plus nettement entre l'institution en tant que fait social et l'institution en tant que pratique vécue (Traité de sociologie (sous la direction de Georges Gurvitch)  1968, page 400 ). 

b) Spécialement.  DROIT.  Tout événement matériel qui nécessite un jugement. Énonciation, articulation des faits; interrogatoire sur les faits; reconnaître les faits. 

—  Expression. Faits et articles. Faits articulés par le demandeur et sur lesquels la partie adverse est ensuite interrogée. Articuler un fait. Sur-le-champ, il mit Jean-Jacques en demeure d'articuler un seul fait et de lui nommer son accusateur (JEAN GUÉHENNO, Jean-Jacques,  1952, page 208 ).  Fait nouveau. Fait non encore soumis à la procédure; fait découvert après un jugement ou une condamnation. Par métaphore. Un fait nouveau incite, sinon à en entreprendre la révision, du moins à en atténuer légèrement la rigueur (MAURICE BARIÉTY, CHARLES COURY, Histoire de la médecine, 1963, page 596 ).  Faits admissibles. Événements qui peuvent être reconnus comme preuves. Faits pertinents. Événements sur lesquels porte le procès. 

4. Spécialement.  [En parlant d'objet étudiés par une science]  Toute donnée de l'expérience, observée ou observable, directement ou indirectement (par opposition aux hypothèses, aux théories) : 

Ø 12. Ce quelque chose, qui constitue l'essence même de la recherche expérimentale, c'est le fait. Établir une expérience, c'est déterminer un ou plusieurs faits, rien de plus. La science a été sur la voie de sa prospérité du jour où les savants ont eu le culte, la passion exclusive du fait et rien que du fait.

PAUL BOURGET, Essais de psychologie contemporaine,  1883, page 169. 

—  Fait brut. Fait qui relève de l'observation directe, immédiate. Fait scientifique. Phénomène objectivé (car apparaissant régulièrement dans certaines conditions), interprété par l'esprit et rapporté à une loi générale : 

Ø 13. Peut-être, dit-il [M. le Roy] (je crois bien que c'était là une concession), n'est-ce pas le savant qui crée le fait brut; c'est du moins lui qui crée le fait scientifique. Cette distinction du fait brut et du fait scientifique ne me paraît pas illégitime par elle-même.

HENRI POINCARÉ, La Valeur de la science,  1905, page 221. 

C.—  Ce dont il est question ou ce dont on parle (chose, sujet, cas, affaire particulière). Se taire sur le fait, ne rien dire du fait. Hermine demeurait convaincre d'un fait qui paraissait dominer tous les autres : Fernand était chez une femme (PIERRE-ALEXIS, VICOMTE PONSON DU TERRAIL, Rocambole, les drames de Paris, tome 2, 1859, page 239 ). 

—   [Employé surtout dans certaines expressions et locutions, (notamment avec au)] 

1. (En) venir, revenir, aller au fait. Aborder l'essentiel du sujet, du débat : 

Ø 14. Après quelques premiers compliments à tour de bras (...) sur le cardinal de Retz, son cousin-germain, le bon archevêque en vint au fait capital, procéda à l'interrogatoire des religieuses...

CHARLES-AUGUSTIN SAINTE-BEUVE, Port-Royal, tome 4, 1859, page 120. 

·    Par ellipse. Au fait! Allons au fait. 

·    Aller droit au fait (de). Aborder le coeur, le vif du sujet, sans préambule. 

2. Mettre quelqu'un au fait. Informer quelqu'un, le mettre au courant (de). Mis au fait de ce qui se passait, il alluma une lanterne, et tous trois se dirigèrent vers la charrette embourbée (THÉOPHILE GAUTIER, Le Capitaine Fracasse,  1863, page 22 ). 

·    Être au fait (de la question). Être au courant, informé, renseigné. Il lui échappait (...) quelquefois des mots qui rappelaient ses anciennes amours; mais il fallait être au fait comme moi pour y faire attention (GABRIEL SÉNAC DE MEILHAN, L'Émigré,  1797, page 1787) : 

Ø 15. Il me charge, M. Fauris, de recommander à votre souvenir un sien ouvrage de L'Art de traduire; apparemment vous êtes au fait, et vous saurez ce que cela veut dire.

PAUL-LOUIS COURIER, Lettres de France et d'Italie,  1812, page 851. 

Au fait de. Au courant de, expert en. Toute personne au fait de l'histoire des cartes géographiques sait (...) que les noms, titres, dates (...) sont plus longs à découvrir sur les cartes anciennes (EDME-FRANÇOIS JOMARD, Considérations sur l'objet et les avantages d'une collection spéciale consacrée aux cartes géographiques et aux diverses branches de la géographie,  1831, page 58 ). 

3. Être sûr de son fait. Être sûr à l'avance de ce qu'on affirme, être sûr d'avoir raison, ou de réussir dans son entreprise. 

4. Au fait (!), locution adverbiale ou interjection [En début de phrase, surtout dans la langue parlée]  À propos (de ce qui vient d'être dit), mais j'y pense. Hein! Qu'est-ce que nous allons manger? Qu'est-ce qui va nous rassasier? Les femmes? au fait nous les méprisons; elles nous y ont d'ailleurs joliment aidés (MARCEL ARLAND, L'Ordre,  1929, page 156) : 

Ø 16. « Ton père a une infinité de spéculations, de grands desseins, qu'il ne peut mettre à exécution faute de ressources. Son influence dans le département se trouve brusquement arrêtée dans sa marche... Mais au fait je te parle là de choses qui ne t'intéressent peut-être pas beaucoup. «

LOUIS-ÉMILE-EDMOND DURANTY, Le Malheur d'Henriette Gérard,  1860, page 296. 

5. En fait de, locution prépositive En ce qui concerne, en matière de. C'était encore un barbu, mais jeune, (...) tout ce qu'on fait de mieux en fait de col de celluloïd, avec des vêtements miteux et bien tenus (LOUIS ARAGON, Les Beaux quartiers,  1936, page 326 ). 

STATISTIQUES : Fréquence absolue littéraire : 22 108. Fréquence relative littéraire : XIXe.  siècle : a) 32 192, b) 30 722; XXe.  siècle : a) 30 731, b) 31 609. 

 

Forme dérivée du verbe \"faire\"

 faire

FAIRE1, verbe transitif.  

I.—  [Le sujet désigne un animé]  Donner l'être, l'existence à, être l'auteur de. 

A.—  [Le sujet désigne Dieu; l'objet désigne un animé ou un inanimé]  Créer, donner l'être et la vie à. Dieu fit le ciel et la terre; Dieu a fait l'homme à son image. Ce n'est pas nous qui avons fait le ciel et la terre (PAUL CLAUDEL, Le Père humilié,  1920, II, 1, page 516 ).  « Me voilà, tel que Dieu m'a fait! « (CHARLES DE GAULLE, Mémoires de guerre,  1959, page 129 ). 

—  Faire + substantif + attribut de l'objet. Dieu (...) a fait toute créature périssable (HERVÉ BAZIN, Vipère au poing,  1948, page 275 ). 

—  Locution familière. Tous les jours que Dieu fait. Chaque jour (Dictionnaire de l'Académie Française). 

B.—  [Le sujet et l'objet désignent un animé]  Donner naissance à. 

1. Familier.  [Le sujet désigne des personnes]  Donner la vie à. Faire des enfants. Synonyme : procréer. La bourgeoisie, grosse famille de gens actifs, faisant des affaires, des enfants (EDMOND DE GONCOURT, JULES DE GONCOURT, Journal,  1859, page 603 ). Ils avaient bien besoin d'avoir un enfant! (...) ils n'en avaient sans doute nul besoin. Mais la nature voulait qu'ils en fissent un (ANATOLE-FRANÇOIS THIBAULT, DIT ANATOLE FRANCE, Le crime de Sylvestre Bonnard,  1881, page 273 ). 

—  Locution familière. Je le/la connais comme si je l'avais fait(e). Je le/la connais très bien. Madame Laure! je la connais comme si je l'avais faite. C'est une cliente (ANATOLE-FRANÇOIS THIBAULT, DIT ANATOLE FRANCE, Crainquebille,  1905, 3e.  tableau, 1, page 298 ). 

a) [Le sujet désigne une femme]  Faire un enfant Synonyme : enfanter. Confer infra exemple 1. 

b) [Le sujet désigne un homme]  Populaire. Faire un enfant à une femme. La rendre enceinte. Si je ne prenais pas mes précautions, il me ferait un gosse à tous coups (SIMONE DE BEAUVOIR, Les Mandarins,  1954, page 350 ). Ma jeune femme me portait l'affection la plus tendre, je lui faisais de beaux enfants bien sains, deux fils et une fille (JEAN-PAUL SARTRE, Les Mots, 1964, page 153 ). 

2. Usuel.  [Le sujet désigne la femelle d'un animal]  Mettre bas. Faire ses petits : 

Ø 1. « Ça n'est pas possible (...) que des roses produisent des petits enfants. Non, les roses produisent des roses; ce sont les chattes qui font les petits chats; les mamans qui font les petites filles et les papas qui font les petits garçons. «

ANDRÉ GIDE, Journal,  1943, page 230. 

—  Au figuré, familier. Faire des petits. Proliférer, se multiplier. 

3. Par analogie.  [Le sujet désigne une plante]  Faire des bourgeons, des feuilles. En France, les pommiers feront toujours des fleurs (JACQUES AUDIBERTI, Quoat-Quoat, 1er.  tableau, 1946, page 30 ). 

C.—  [L'objet désigne un inanimé concret] 

1. [Le sujet désigne un animé]  Produire (par une fonction naturelle de l'organisme). 

a)  [Le sujet désigne une personne] 

α ) Faire ses dents. Avoir les dents qui poussent. Faire une dent de sagesse. Aux pieds de l'aïeule, dans son moïse, le dernier né des Poitrine, Jeannot, faisait ses dents (ANATOLE-FRANÇOIS THIBAULT, DIT ANATOLE FRANCE, Les Dieux ont soif,  1912, page 482 ). 

β ) Familier. Faire pipi, caca (langage enfantin), ses besoins. Uriner ou évacuer des matières fécales. Synonymes vulgaires : pisser, chier. Plus jeune, il lui arrivait souvent de « faire son gros «, comme elle dit, dans ses culottes, par paresse ou par incurie (ANDRÉ GIDE, Journal,  1943, page 214 ). Les plus malades (...) faisaient leurs besoins ou vomissaient sous eux (FRANCIS AMBRIÈRE, Les Grandes vacances,  1946, page 167 ). Tout à coup, je fis pipi sur ses genoux (BLAISE CENDRARS, Bourlinguer,  1948, page 123) : 

Ø 2. —  Nous autres, les filles, nous devons nous arrêter pour faire les deux commissions. Les chevaux, les vaches font la grosse tout en courant mais sont obligés de s'arrêter pour faire pipi. Au contraire, les garçons s'arrêtent pour faire la grosse, mais font pipi tout en courant Crois-tu qu'il existe des êtres au monde capables de faire les deux sans être obligés de s'arrêter, en marchant ou en courant? C'est impossible! Même les oiseaux se posent pour lâcher leur crotte, les chéris, qui ne font jamais pipi. Mais la tante sait faire pipi debout, tout comme un homme, sans s'accroupir.

BLAISE CENDRARS, Bourlinguer,  1948, page 130. 

—   [Par ellipse du complément d'objet]  Faire dans sa culotte, dans son lit. 

b) [Le sujet désigne un animal]  Faire ses crottes, du crottin. Évacuer des excréments. 

—   [Par ellipse du complément d'objet]  Déjà la cour était interdite au petit chien; il pouvait bien faire dehors (ÉMILE ZOLA, Pot-Bouille,  1882, page 253 ). 

2. [Le sujet désigne un animé ou un inanimé concret]  Produire, émettre. Tomates qui font du jus, de l'eau (à la cuisson); savon qui fait de la mousse. Synonymes : donner, sécréter. Elle ferait maintenant du poison avec n'importe quoi, comme les diabétiques font du sucre... (GEORGES BERNANOS, Monsieur Ouine,  1943, page 1492) 

Ø 3. Rien ne justifie l'excès qu'on impute à la matière blanche ou grise, accessoirement au rôle sensitif et moteur, de « secréter « ainsi que bruit une apparence de paroles, l'intelligence et la volonté, comme le foie fait de la bile.

PAUL CLAUDEL, Connaissance de l'Est,  1907, page 105. 

D.—  Réaliser (à l'aide d'éléments). 

1. [L'objet désigne un inanimé concret]  Produire, fabriquer. Faire un bouquet, faire du feu. Le cafetier (...) s'en alla à reculons en faisant des noeuds à sa serviette (HENRI MURGER, Scènes de la vie de bohème,  1851, page 125 ). 

—  Locution figurée, vieille. Faire feu qui dure. Mon cher enfant, il faut faire vie ou feu qui dure, je ne sais lequel on dit. Mais cela veut dire qu'il faut vous conserver longtemps (FRANÇOIS-RENÉ DE CHATEAUBRIAND, Correspondance, tome 1, 1789-1824, page 90 ). 

—  Locution à valeur adjectivale. Comme on n'en fait plus. Comme on n'en rencontre plus. D'un caractère comme on n'en fait plus, tout d'une pièce, bourru, pas accueillant, peu aimable (BLAISE CENDRARS, Bourlinguer,  1948, page 331 ). 

a) Domaine des réalisations artisanales ou industrielles.  Faire une maison. Synonymes : bâtir, construire. Tout en faisant de petits trousseaux et de petites layettes, tout en cousant de petites robes, de petits corsages et de petites brassières (VICTOR HUGO, Les Misérables, tome 1, 1862, page 488 ). Je fais des ponts, des routes (ALBERT CAMUS, L'Exil et le Royaume,  1957, page 1668 ). 

—  Par analogie.  [Le sujet désigne un animal]  Faire sa toile. Une cigogne a fait son nid autour de la cheminée (EDGAR QUINET, Ahasvérus,  1833, 3e.  journée, page 179) : 

Ø 4. J'ai vu un oiseau faire son nid. (...). À vrai dire, le gros oiseau bleu vif et bleu pâle a déjà construit son nid, mais il le façonne, il le piétine, il l'arrondit...

JULIEN GREEN, Journal,  1948, page 172. 

b) Domaine des préparations (alimentaires, médicinales).  Faire des confitures, un flan, une omelette, du pain, une tarte (confer infra III A 4 ).  Son histoire d'arsenic qu'elle avait pris pour du sucre, en faisant une crème à la vanille (GUSTAVE FLAUBERT, Madame Bovary, tome 2, 1857, page 184 ). Éberlé (...) avait dit qu'en faisant une infusion avec le tissu du pancréas, il avait obtenu un liquide qui émulsionnait la graisse (CLAUDE BERNARD, Principes de médecine expérimentale,  1878, page 257 ). 

—  Proverbe. On ne fait pas d'omelette* sans casser des oeufs. 

—  Emploi pronominal à sens passif. Le chocolat, dans ce temps-là, se faisait avec du cacao, du sucre et de la vanille (GABRIELLE COLLETTE, DITE COLETTE, La Maison de Claudine,  1922, page 101 ). 

c) Domaine littéraire et artistique.  Donner sa forme définitive à, élaborer. Faire un livre, des vers; faire un portrait, un tableau. M. Cadet de Gassicourt, poète-pharmacien, faisant des petits vers (FRANÇOIS-RENÉ DE CHATEAUBRIAND,Mémoires d'Outre-Tombe, tome 4, 1848, page 70 ). Dumas fils dessinant, faisant des petits anges du Pérugin avec des ailes (EDMOND DE GONCOURT, JULES DE GONCOURT, Journal, 1855, page 190 ). 

d) Domaine scolaire.  Faire un devoir, ses devoirs. Le(s) rédiger. J'appris à faire mes devoirs, à étudier mes leçons dans le brouhaha des voix (SIMONE DE BEAUVOIR, Mémoires d'une jeune fille rangée, 1958, page 99 ). 

2. [L'objet désigne une collectivité humaine]  Donner l'existence à. Cavour a fait l'Italie. Synonymes : créer, établir, organiser :  

Ø 5. Il préparait d'autre part une idéologie du terrorisme. Pour lui, le communisme était seulement le vrai moyen de faire revivre la Chine.

—  Je ne veux pas faire la Chine, dit Souen, je veux faire les miens avec ou sans elle. Les pauvres. C'est pour eux que j'accepte de mourir, de tuer. Pour eux seulement...

ANDRÉ MALRAUX, La Condition humaine,  1933, page 314. 

—  Emploi pronominal. En sorte que l'Église de Dieu aille se faisant et s'édifiant dans l'éternel et l'infini (JULES MICHELET, Journal,  1842, page 387 ). 

E.—  Obtenir, se procurer. 

1. [Le sujet désigne une personne; l'objet désigne généralement un inanimé concret]  Amasser, obtenir (en assemblant). 

a) Se fournir en, prendre. Faire du bois, de l'eau*, de l'essence. Le journal ne faisant pas d'abonnements, il était sans cesse en projets, en innovations (EDMOND DE GONCOURT, JULES DE GONCOURT, Journal,  1853, page 87 ). Gros ivrogne toujours satisfait pourvu qu'il fît son plein d'alcool (FRANCIS AMBRIÈRE, Les Grandes vacances, 1946, page 325 ). 

b) Domaine agriculture. 

·    Faire de l'herbe. Ramasser de l'herbe. Vous seriez bien gentil d'aller jusqu'à la route me faire un peu d'herbe pour mes lapins (ALPHONSE DAUDET, Jack, tome 1, 1876, page 229 ). 

·    Faire la/une récolte (de). Récolter, ramasser. Bêchant la terre, sciant les blés, faisant les foins par la chaleur de midi (CHARLES-AUGUSTIN SAINTE-BEUVE, Port-Royal, tome 1, page 397 ). Au mois d'août, en pleine bataille, on avait trouvé moyen de faire et de rentrer les récoltes (CHARLES DE GAULLE, Mémoires de guerre,  1959, page 19 ). 

c) Gagner, obtenir. Faire de l'argent, de l'or (vieux), des bénéfices. Une vingtaine d'objets dont il a fait plus de 100 000 francs... (EDMOND DE GONCOURT, JULES DE GONCOURT, Journal,  1890, page 1109 ). Ce spectacle continuait de connaître la faveur du public et faisait toujours de grosses recettes (ALBERT CAMUS, La Peste,  1947, page 1379 ). J'ai lu votre pièce, elle est magnifique (...), et je suis sûre qu'elle peut faire beaucoup d'argent (SIMONE DE BEAUVOIR, Les Mandarins,  1954, page 269 ). 

—  Emploi pronominal réfléchi indirect. Les loyers augmentent tous les jours (...) Monsieur Vabre doit se faire dans les vingt-deux mille francs avec son immeuble (ÉMILE ZOLA, Pot-Bouille,  1882, page 9 ). 

—  Locution verbale. Faire fortune*, recette*; faire de la monnaie*. 

2. [Le sujet et l'objet désignent une personne] 

a) Domaine militaire  Faire des troupes (vieux), des recrues. Lever des troupes, des recrues. Par extension.  [Dans une organisation]  Faire une (nouvelle) recrue*. 

b) Faire un prisonnier. Constituer quelqu'un prisonnier, le capturer. Le 28 et le 29, nos détachements (...) détruisent encore une quinzaine d'engins et font 200 prisonniers (CHARLES DE GAULLE, Mémoires de guerre,  1954, page 255 ). 

c) Langage de la prostitution. Faire un client. L'entraîner. Synonyme : Lever. On se baigne. Celles des femmes dont les rondeurs sont suffisantes viennent là montrer à nu leur étalage et faire le client (GUY DE MAUPASSANT, Contes et nouvelles, tome 1, La Femme de Paul, 1881, page 1218 ). 

F.—  Constituer (un ensemble). 

1. Composer. Couleurs qui font un ensemble harmonieux. Synonymes : aboutir à, former, produire. Un homme seul ne fait pas une paroisse (GEORGES BERNANOS, Monsieur Ouine, 1943, page 1489 ). Ah! vous allez faire un trio d'amis (JEAN-PAUL SARTRE, Les Mains sales,  1948, 3e.  tableau, 2, page 84) : 

Ø 6.... comment que ça se fait que tant de bons chrétiens ne fassent pas une bonne chrétienté. Il faut qu'il y ait quelque chose qui ne marche pas.

CHARLES PÉGUY, Le Mystère de la charité de Jeanne-d'Arc,  1910, page 10. 

—  Ça fait deux [Après 2 termes reliés par et]  Ce sont deux choses, deux idées très différentes, à ne pas confondre. Être patient et être poire, ça fait deux (JACQUES PRÉVERT, Paroles,  1946, page 46 ). J'ai dit que je l'avais prévue. La prévoir et l'espérer, ça fait deux, non? (JEAN-PAUL SARTRE, La Mort dans l'âme,  1949, page 71 ). 

—  Locution verbale. Faire bande* à part, corps*, équipe*; faire la paire*; faire cercle*; ne faire qu'un*. 

2. Spécialement.  ARITHMÉTIQUE.   [En parlant du résultat d'une opération]  Constituer ensemble (quant à la quantité). Deux et deux font quatre; cent centimètres font un mètre. Synonymes : égaler, équivaloir à. Le grand saint Nicolas (...) leur posait des questions faciles, comme, par exemple : « Combien font cinq fois cinq? « (ANATOLE-FRANÇOIS THIBAULT, DIT ANATOLE FRANCE, Le Miracle du grand Saint Nicolas, 1909, page 76 ). Moûlu compte les cigarettes : « Quatre-vingts. Ça fait onze par tête de pipe et il en reste trois à tirer au sort « (JEAN-PAUL SARTRE, La Mort dans l'âme,  1949, page 229 ). De toute façon, ces opérations sont fausses. Un homme et un homme, ça ne fait pas deux hommes, ça fait à jamais un et un (SIMONE DE BEAUVOIR, Les Mandarins,  1954, page 336 ). 

—  Par plaisanterie : 

Ø 7. Quatre et quatre huit

Huit et huit font seize

Et seize et seize qu'est-ce qu'ils font?

Ils ne font rien seize et seize

Et surtout pas trente-deux...

JACQUES PRÉVERT, Paroles,  1946, page 174. 

—  Locution. C'est clair comme deux et deux font quatre. C'est très clair, très simple. Ça ne fait pas assez. Le compte n'y est pas. Ça fait juste. Ça commence à bien faire (familier, au figuré). Ça suffit, en voilà assez, c'en est trop (avec une idée d'impatience). 

G.—  Locutions proverbiales. L'habit* ne fait pas le moine; l'occasion* fait le larron; une hirondelle* ne fait pas le printemps; les bons comptes font les bons amis*; l'argent ne fait pas le bonheur*; le malheur des uns fait le bonheur* des autres; l'union* fait la force. 

II.—  Donner une manière d'être à; être le sujet d' (une activité), la cause d' (un effet). [Faire et son complément sont l'équivalent d'un verbe d'action ou d'état; l'idée dominante est celle d'une manière d'agir ou d'une manière d'être] 

A.—  Entreprendre et accomplir. 

1. [L'objet est un substantif ou un pronom neutre]  Faire l'aumône, la charité, un crime, une erreur. Synonymes : effectuer, exécuter, opérer. D'ailleurs, vous avez du travail à faire, cela occupera vos après-midi (FRANÇOISE SAGAN, Bonjour tristesse, 1954, page 73) : 

Ø 8. Elle tournait toute la matinée, balayant, époussetant, nettoyant les chambres, lavant la vaisselle, faisant des besognes qui l'auraient écoeurée autrefois. Jusqu'à midi, ces soins de ménage la tenaient sur les jambes, active et muette, sans lui laisser le temps de songer à autre chose qu'aux toiles d'araignée...

ÉMILE ZOLA, Thérèse Raquin,  1867, page 160. 

—  Locution à valeur adjectivale. À tout faire. APetite à toutes sortes de besognes. Bonne* à tout faire. C'était Jeanne (...) qui avait indiqué Cadet comme un bon sujet, un garçon à tout faire, comme on dit (AURORE DUPIN, BARONNE DUDEVANT, DITE GEORGE SAND, Jeanne,  1844, page 210 ). Il arrive que le même mot, (comme liberté), s'emploie à des besognes d'expressions fort différentes. C'est un mot à tout faire (PAUL VALÉRY, Regards sur le monde actuel,  1931, page 246 ). 

—  Familier.  (Il) faut le faire!   [Pour marquer l'admiration ou, par ironie, le dénigrement] 

—  Locution. Faire l'amour, la guerre, la paix; faire du charme, du plat (à quelqu'un); faire des caprices, des embarras, des histoires, des manières; faire une crise, un drame, un malheur, une scène; faire le nécessaire, son possible; faire la loi; faire grâce; faire grève; faire erreur; faire des progrès; faire ça; faire quelque chose pour quelqu'un; en faire de belles; faire des siennes*; littéraire ce faisant, pour ce faire (confer ce1). Faire face*, front*, obstacle*, pendant*. 

Remarque : 1. Dans une langue plus soutenue, et notamment dans la langue écrite, on emploie un verbe plus précis. Perpétrer (un crime), commettre (une erreur), pratiquer (l'aumône) ou un verbe équivalent à faire + substantif. Faire la cuisine/cuisiner; faire les vendanges/vendanger, etc. Mais dans le langage familier ou enfantin, on rencontre de nombreuses locutions équivalant à un verbe d'action. Faire la bise, coucou, dodo, joujou, risette, trempette, etc. 2. Dans quelques cas le complément d'objet a valeur d'objet interne. Faire une bonne mort.  Tu vas te mettre au lit et tu vas faire un bon gros sommeil (AUDIBERTI, Quoat, 1946, 2e.  tableau, page 74). 3. Le verbe faire est aussi compatible avec l'idée de repos. « Je n'ai pas dormi de la nuit, j'aimerais faire une sieste, prendre un bain « (SIMONE DE BEAUVOIR, Mandarins, 1954, page 312). 

2. [L'objet est un mot interrogatif ou un pronom antécédent d'une subordonnée] 

a) [L'objet est un pronom antécédent d'une subordonnée]  Faire ce qu'il faut, ce qu'on peut. Onze heures seulement. Une fois de plus, il s'interrogea sur ce qu'il allait faire (JULIEN GREEN, Moïra,  1950, page 236 ). « Ce que je fais, bonnes gens? Hé, je m'occupe à vieillir... Ça n'a l'air de rien, eh bien ça me prend tout mon temps! « (ROGER MARTIN DU GARD, Souvenirs autobiographiques,  1955, page C. ).  Proverbe. En mai*, fais ce qu'il te plaît. 

—   [En corrélation et en opposition avec dire]  C'est plus facile à dire qu'à faire. « Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais « devient parfois, à peine avoué, un : « Faites ce que je fais, ne faites pas ce que je dis « (EMMANUEL MOUNIER, Traité du caractère,  1946, page 413 ). 

—  Ne plus savoir ce que l'on fait. Avoir l'esprit ailleurs, s'affoler; déraisonner. « Je suis anéantie. Je ne sais plus ce que je fais. Je ne sais plus ce que je dis. Je pars travailler comme une automate « (MAURICE DRUON, Les Grandes familles, tome 2, 1948, page 188 ). 

b) [L'objet est un mot interrogatif ou concessif]  Quoi qu'il fasse. Mais que faisons-nous pour mériter un tel honneur? (HERVÉ BAZIN, Vipère au poing,  1948, page 61 ). 

—   [Pour marquer l'impatience, lorsqu'on attend quelqu'un]  (Mais) qu'est-ce qu'il fait? Synonymes : fabriquer, ficher (familier), foutre (populaire). Personne encore! s'écria-t-il. Que font donc nos amis? (ALFRED DE MUSSET, Mimi Pinson, profil de Grisette,  1845, page 223 ). 

—   [Pour remédier à quelque chose]  Que faire? Quelle attitude prendre? Quelle ligne de conduite adopter? Je crus qu'on cherchait à me voler mon sac (...). Je ne sus que dire ni que faire : je ne bronchai pas (SIMONE DE BEAUVOIR, Mémoires d'une jeune fille rangée, 1958, page 161) : 

Ø 9. Vous me regardez? Vous vous demandez tous « Que faire? « Et c'est pour ça que vous êtes venus ici, ce soir... Eh bien, je vais vous le dire! Car il y a quelque chose à faire! Il y a encore une possibilité de salut! Une seule! L'union dans la résistance! Le refus!...

ROGER MARTIN DU GARD, Les Thibault, L'Été 1914, 1936, page 494. 

—  Pour quoi faire? À quoi cela sert-il? Quel est le but de l'opération? Le typo cligne des yeux et dit : « Pour quoi faire? Puisqu'on va à Châlons « (JEAN-PAUL SARTRE, La Mort dans l'âme,  1949, page 279 ). 

—   [Par allusion littéraire]  Que diable allait-il faire dans cette galère*? 

c) Familier. 

—  Le/la faire à + substantif déterminé. Agir d'une certaine façon, prendre telle attitude pour éblouir ou tromper quelqu'un. Le faire au bluff, à l'épate, au chiqué, au sentiment. Les comiques, au contraire, « la faisaient « à la simplicité. Ils s'abordaient d'un air piteux et bonhomme, s'appelant entre eux « ma pauv'vieille « (ALPHONSE DAUDET, Fromont jeune et Risler aîné,  1874, page 272) : 

Ø 10. Deux jours plus tard Nadine m'a dit d'un air mi-furieux, mi-flatté : « Il est inouï, ce mec-là! il me la fait au chantage. Il dit qu'être correspondant de paix, c'est un métier qui l'emmerde et que si je ne vais pas avec lui, il laissera tomber.

SIMONE DE BEAUVOIR, Les Mandarins,  1954, page 203. 

—  Il ne faut pas me la faire, on ne me la fait pas à moi. Il ne faut pas essayer de me tromper, de me leurrer. La faire à quelqu'un. Faire une mauvaise plaisanterie : 

Ø 11. L'HOMME (...). —  Madame, je viens pour le gaz.

MADAME (...). —  On passera payer.

L'HOMME (...). —  On passera payer! V'là huit fois que vous me la faites, celle-là, je commence à la connaître.

GEORGES MOINAUX, DIT GEORGES COURTELINE, La Vie de ménage, Invite Monsieur à dîner, 1891, page 74. 

3. [L'objet est un pronom indéfini] 

—  Faire quelque chose (confer chose2  C). 

—  (Il n'y a) rien à faire. On ne peut empêcher cela; il n'y a pas de remède à cette situation. Il est trop tard à présent pour s'en retirer. Rien à faire : ils devront boire l'amer calice et le vider jusqu'à la lie (ANDRÉ GIDE, Journal, 1943, page 189) : 

Ø 12. —  J'ai eu beau chercher, je n'ai pas trouvé de solution, dit Elsa.

—  Il n'y en a pas, dit Cyril. C'est un engouement, une influence, il n'y a rien à faire.

—  Si, dis-je. Il y a un moyen. Vous n'avez aucune imagination.

FRANÇOISE SAGAN, Bonjour tristesse,  1954, page 107. 

—  Il n'y a (plus) rien à faire (en parlant notamment de la santé de quelqu'un). On ne peut plus rien tenter pour sa santé. 

—  Rien à faire! Je m'y refuse absolument, je ne céderai pas. 

—  Littéraire. N'en rien faire. Ne pas exécuter l'ordre donné ou la tâche imposée. Frontin —  Allez devant, je reviens tout de suite. Séverin. —  Je n'en ferai rien, je veux attendre (ALBERT CAMUS, Les Esprits,  1953, I, 5, page 469 ). 

·    [Dans une formule de politesse]  Je n'en ferai rien (pour laisser passer quelqu'un en s'effaçant devant lui). Après vous, je vous en prie. —  Je n'en ferai rien, à vous l'honneur. Confer infra 5 faites donc. 

—  N'avoir rien à faire, n'avoir que faire (quelque part). Ne pas être à sa place, être importun ou inutile (dans un endroit, une situation). De peur que ton amour de la justice, là où elle n'a que faire, répande un jour le sang inutile (ANTOINE DE SAINT-EXUPÉRY, Citadelle,  1944, page 976 ). 

—  Ne rien faire Être oisif, paresseux, inactif, sans travail. Ne rien faire de ses dix doigts*. J'étais notée par toutes les maîtresses et tous les professeurs comme ne faisant absolument rien (AURORE DUPIN, BARONNE DUDEVANT, DITE GEORGE SAND, Histoire de ma vie, tome 3, 1855, page 115 ). À quatre heures du matin, on ne fait rien en général et l'on dort (ALBERT CAMUS, La Peste,  1947, page 1307 ). C'est l'heure où ceux qui ne font rien se risquent sur les boulevards (ALBERT CAMUS, La Peste,  1947 page 1315 ). 

—  Ne rien faire. 

·    Ne rien faire pour quelqu'un..  Se désintéresser de quelqu'un. 

·    Ne rien faire pour + infinitif.  Ne pas intervenir pour. De multiples attentats furent commis contre des Français dans des localités syriennes sans que la gendarmerie fît rien pour les empêcher (CHARLES DE GAULLE, Mémoires de guerre,  1959, page 189 ). 

—  Ne rien avoir à faire. 

·    Ne rien avoir à faire avec quelqu'un..  N'avoir aucun rapport avec lui. 

·    Ne rien avoir à faire avec quelque chose.  Ne pas en avoir besoin, n'y avoir aucun intérêt. 

—  Tout faire/faire tout. 

·    Tout faire/faire tout pour quelqu'un/quelque chose.  Être très dévoué à, se dépenser au service de. 

·    Tout faire/faire tout pour + infinitif.  Tout mettre en oeuvre pour. Je ferai tout pour lui faire plaisir (JEAN ANOUILH, La Répétition ou l'Amour puni,  1950, II, page 39 ). 

—  N'avoir que faire de. 

N'avoir nul besoin de. Le valet n'a que faire de certaines vertus du maître : elles ne lui conviennent pas plus que le thym et la marjolaine à nos lapins de choux (GEORGES BERNANOS, Dialogues des carmélites,  1948, 3e.  tableau, 2, page 1615 ). Le chauffeur n'a que faire de cultiver en lui ces capacités individuelles. Pour ne point faillir à sa fonction de vitesse, il a besoin surtout de réflexes sûrs (RENÉ HUYGHE, Dialogue avec le visible, 1955, page 41 ). 

Ne faire nul cas de. Et qu'ai-je à faire d'eux, tous ces êtres qui ne sont pas l'aimée? (EUGÈNE MELCHIOR, VICOMTE DE VOGÜÉ, Les Morts qui parlent,  1899, page 62 ). J'exigerai ton audience en retour. Je n'ai que faire de l'ami qui ne me connaît pas et réclame des explications (ANTOINE DE SAINT-EXUPÉRY, Citadelle,  1944, page 971 ). 

Avoir de quoi faire. Avoir des moyens. Dès qu'ils [ces braves ouvriers] avaient de quoi faire le dimanche et le lundi, et vivre au courant tant bien que mal, ils étaient contents (EUGÈNE SUE, Les Mystères de Paris, tome 4, 1842, page 97 ). 

4. Locution verbale. 

a) Domaine des loisirs. 

—  Faire la bombe*, la bringue*, la fête*, la noce*, la nouba*; faire bombance*, etc. 

—  Faire la grasse* matinée. 

—  Vieilli. Faire + substantif désignant une fête. Célébrer. Je vais tous les ans faire les Rois chez mon vieil ami Chantal (GUY DE MAUPASSANT, Contes et nouvelles, tome 2, Mademoiselle Perle, 1886, page 626 ). La pâque avait été depuis longtemps négligée. La dix-huitième année de son règne, le roi [Josias] fit une pâque solennelle, qui fit une profonde impression (ERNEST RENAN, Histoire du peuple d'Israël, tome 3, 1891, page 196 ). 

b) Domaine du jeu. 

—  Faire (une partie de). Jouer à. Faire une belote. Une partie d'échecs que nous devions faire, après dîner (ANDRÉ GIDE, Journal,  1941, page 95 ). Son beau-père était allé comme d'habitude faire sa partie de bridge à la « Brasserie du Remblai « (GEORGES SIMENON, Les Vacances de Maigret,  1948, page 35 ). 

—  Faire les cartes. Battre et distribuer les cartes. 

·    emploi absolu. À qui est-ce de faire? C'est à vous de faire; je viens de faire (Académie Française.  1932). 

—  Faites vos jeux*, les jeux* sont faits. 

c) Domaine militaire. 

—  Faire la garde, le guet, le quart, la ronde, etc. Exercer une activité de surveillance, de veille. 

—  Faire la revue. Passer la revue. Au figuré. Prêt à terminer mes recueils, faisant la revue autour de moi, j'aperçois des femmes que j'ai involontairement oubliées (FRANÇOIS-RENÉ DE CHATEAUBRIAND,Mémoires d'Outre-Tombe, tome 4, 1848, page 543 ). 

5. emploi absolu.  Agir, se comporter. Comment faire? faites pour le mieux; faites comme vous voulez; croire bien faire de/en; regarder faire quelqu'un; faire de son mieux; façon de faire. Je tuerais volontiers. Ne serait-ce que pour faire comme tout le monde (HENRI DE MONTHERLANT, Malatesta,  1946, I, 7, page 451 ). —  Arrivez donc! Faites vite! (JACQUES AUDIBERTI, Le Mal court,  1947, I, page 142 ). Jean-Jacques abandonna son projet et fit bien (JEAN GUÉHENNO, Jean-Jacques,  1948, page 123) : 

Ø 13. À Votre inspiration profonde, d'abord, qui me commande d'être, je répondrai par le soin à ne jamais étouffer, ni dévier, ni gaspiller ma puissance d'aimer et de faire.

PIERRE TEILHARD DE CHARDIN, Le Milieu divin,  1955, page 79. 

—  Proverbe. Bien faire et laisser dire. Ne pas s'occuper du qu'en dira-t-on. 

—  Locutions. 

·    Faire comme chez soi. Agir en toute liberté, en toute simplicité. Péjoratif.  Agir avec trop de liberté, de familiarité. 

·    (N')en faire (qu')à sa tête. Agir sans tenir compte de l'aide d'autrui. Vous êtes le seul élève de votre division à être externe libre. « Libre « : se lier le moins possible, faire à sa tête... (HENRI DE MONTHERLANT, La Ville dont le prince est un enfant,  1951, I, 3, page 864 ). 

·    Ça fait bien (de + infinitif). C'est à la mode, bien porté, bien considéré (de). La Belle Angerie est si grande que nous en avions une [Chambre] pour chacun, dès l'âge le plus tendre... Ça fait bien (HERVÉ BAZIN, Vipère au poing,  1948, page 23 ). 

·    Avoir beau* dire et beau faire; avoir beau* faire. 

·    Faites donc, je vous en prie. [Formule de politesse, pour inviter quelqu'un à passer devant soi, à agir librement] .

B.—  En particulier. 

1. Locution.  [Sans complément d'objet substantif; désignant une action spécifique] 

—  Avoir à faire. Avoir du travail, de l'occupation. Je m'en vais : j'ai à faire (HENRI DE MONTHERLANT, La Ville dont le prince est un enfant, 1951, III, 1, page 907 ). 

—  Avoir à faire à/avec. (Confusion avec avoir affaire*). Aujourd'hui, on a à faire à une expression de la nature humaine (JEAN-PAUL SARTRE, L'Existentialisme est un humanisme,  1946, page 111 ). Il reste que c'est avec la plus grande prudence qu'il faut user de la psychanalyse lorsqu'elle n'a pas à faire à des productions déréglées, mais aux créations supérieures de la conscience (PAUL RICOEUR, Philosophie de la volonté,  1949, page 380 ). 

—  Avoir mieux à faire que de + infinitif Avoir quelque chose de plus important, de plus intéressant que de. De quoi faire rigoler Hitler s'il n'avait pas mieux à faire que d'écouter nos speakers (ANDRÉ GIDE, Journal,  1940, page 21 ). Il ne lui vient pas à l'esprit qu'on puisse jamais avoir mieux ou plus urgent à faire que de graviter autour de lui (ROGER MARTIN DU GARD, Souvenirs autobiographiques,  1955, page LXVI. ). 

—  Faire bien, mieux de + infinitif Avoir avantage à. Nous ferions mieux de descendre du trottoir un instant (JOSEPH MALÈGUE, Augustin ou le Maître est là, tome 2, 1933, page 218 ). On m'a parlé de lui l'autre jour. Tu feras bien de décourager ses visites (JULIEN GREEN, Moïra,  1950, page 109 ). 

—  Savoir y faire (familier). Savoir s'y prendre (avec habileté, ruse, débrouillardise). —  Tu es un drôle de numéro toi. D'ailleurs, vous êtes des rigolos (...). Vous ne savez pas y faire. Il faut que je te donne des conseils (BLAISE CENDRARS, La Main coupée,  1946, page 249 ). —  Enfin, on peut dire que tu as su y faire avec Lulu. Qu'est-ce que tu lui bouffes comme fric! (MAURICE DRUON, Les Grandes familles, tome 2, 1948, page 69 ). 

2. Dire, exprimer, formuler. 

a) Faire + substantif déterminé.  [Le syntagme verbal est l'équivalent d'un verbe d'action]  Faire des compliments, des injures, des reproches; faire des adieux, des remontrances. Les veux-tu? Mais j'aimerais mieux te les redonner en te faisant de vive voix des observations (GUSTAVE FLAUBERT, Correspondance,  1853, page 198 ). Ils causaient avec elle, faisant les demandes et les réponses, riant pour elle et pour eux (ÉMILE ZOLA, Thérèse Raquin,  1867, page 176) : 

Ø 14. Tout en faisant des généralités, la vieille fille parlait de telle sorte que la femme de l'avoué en prit une bonne part. Ce moyen de conversation épuisé, la vieille fille ne parlait que de prêtres et d'affaires de sacristie.

JULES FLEURY-HUSSON, DIT CHAMPFLEURY, Les Bourgeois de Molinchart,  1855, page 27. 

b) [En incise (souvent accompagné d'un adverbe)]  Dire, répondre. Fit-il, fit-elle. —  Lâchez ma main, fit brutalement Steeny, et il regretta aussitôt cette inconvenance (GEORGES BERNANOS, Monsieur Ouine,  1943, page 1546 ). 

—  Populaire. C'est pourtant vrai, que je lui fais, tu vas voir qu'ils vont nous cerner entre les deux étangs (MARCEL AYMÉ, La Jument verte,  1933, page 57 ). —  Hé dis donc! qu'elle me fait comme ça, viens voir par ici, Ferdinand! (LOUIS-FERDINAND DESTOUCHES, DIT CÉLINE, Mort à crédit,  1936, page 209 ). 

c) [L'objet est un substantif ou une onomatopée]  Pousser, émettre. Faire des oh! et des ah! faire les hauts cris; faire chut, ouf. J'entends le petit oiseau Qui fait pi i i i! (PAUL CLAUDEL, L'Annonce faite à Marie,  1948, IV, 2, page 212 ). L'infirmière fit simplement : « Ts... ts... « et s'en alla (MAURICE DRUON, Les Grandes familles, tome 1, 1948, page 17 ). 

C.—  Effectuer (un geste, un mouvement, un déplacement). 

1. [L'objet désigne un substantif d'action]  Faire un pas, un geste, une grimace, la révérence. 

—  Au figuré : 

Ø 15. Et à votre Providence enveloppante, ensuite, qui m'indique à chaque instant, par les événements du jour, le pas suivant à faire, l'échelon à gravir, je m'attacherai par le souci de ne manquer aucune occasion de monter « vers l'esprit «.

PIERRE TEILHARD DE CHARDIN, Le Milieu divin,  1955, page 79. 

2. [L'objet désigne une distance, un parcours]  Franchir, parcourir. Chemin* faisant; faire un voyage, un cent mètres. À la manière du philosophe Platon faisant sa randonnée autour de son idée (FRANÇOIS-RENÉ DE CHATEAUBRIAND,Mémoires d'Outre-Tombe, tome 3, 1848, page 539 ). En faisant le tour du jardin après déjeuner, avec le vieux fermier qui m'a vu naître (ALPHONSE DE LAMARTINE, Le Tailleur de pierre de Saint-Point,  1851, page 398 ). 

·    Mon sang* n'a fait qu'un tour; faire son chemin*. 

a) [Avec un complément de distance]  Faire x kilomètres à pied. Quatre hommes me portèrent de Paris à Chalon, en faisant six lieues par jour (ALEXANDRE DUMAS PÈRE, Le Comte de Monte-Christo, tome 2, 1846, page 112 ). 

—   [Pour exprimer la vitesse]  Faire du 100 (km) à l'heure. Il y sera dit certainement : « Moi je fais du soixante à l'heure « (ANATOLE-FRANÇOIS THIBAULT, DIT ANATOLE FRANCE, Sur la pierre blanche,  1905, page 24 ). Il plongea dans l'auto, claqua la portière et démarra brutalement. Odette le regarda du coin de l'oeil : le mieux était de se taire; il fait au moins du quatre-vingts (JEAN-PAUL SARTRE, La Mort dans l'âme,  1949, page 157 ). 

b) Parcourir successivement ou visiter. Faire la Grèce, les châteaux de la Loire; faire les grands magasins. Le soir, faisant trois, quatre théâtres, courant les foyers, les corridors (EDMOND DE GONCOURT, JULES DE GONCOURT, Journal,  1861, page 976 ). Bien sûr, ils ne comptaient pas faire toute la foire, seulement quelques pas devant les premières baraques (ALPHONSE DAUDET, Les Rois en exil,  1879, page 2 ). Les fiancés allaient danser. Nous fîmes tous les dancings d'Anvers (BLAISE CENDRARS, Bourlinguer,  1948, page 83 ). 

—  Populaire ou argotique.  Effectuer l'inspection de, examiner pour fouiller, voler. Faire le portefeuille de quelqu'un; faire les poubelles : 

Ø 16. Il [Michel] les épaterait bien, les copains! (...) il pourrait « leur payer un verre « (...) sans pour cela avoir besoin de faire les poches de Flavien...

PAUL VIALAR, L'Éperon d'argent,  1952, page 226. 

·    Dévaliser, cambrioler. Faire une banque, un joaillier. J'ai moi-même été fait d'une somme de 60 frs par un individu (AIMÉE LUCAS. Des dangers de la prostitution, considérés sous le rapport de l'ordre public, de la morale et de l'administration,  1841, page 65) : 

Ø 17. À un moment donné, les naïves étrangères, notamment les riches Américaines, qui fréquentent les dancings, étaient « faites « de la façon suivante : un indicateur et danseur mondain leur volait adroitement leurs bijoux...

LÉON DAUDET, La Police politique,  1934, page 154. 

c) En particulier. 

—   Effectuer l'ascension de. Chamonix est à quelques heures de Genève, je ferai le Mont-Blanc avant lui [Costecalde] ! En êtes-vous, mes enfants? (ALPHONSE DAUDET, Tartarin sur les Alpes,  1885, page 218 ). 

—  Faire le trottoir*. Faire le mur*. Faire la queue*. 

3. [L'objet désigne une partie du corps] 

a) Prendre, montrer, offrir (un air, une expression). Faire bon visage*, grise* mine, les yeux doux*; faire le gros dos*; faire la tête* (familier), la gueule* (populaire). 

—  Locution verbale. Faire contre mauvaise fortune bon coeur*; faire bonne mine* en mauvais jeu. 

b) Faire de l'/du + substantif (à quelqu'un). Faire signe de (pour exprimer un signe de connivence avec quelqu'un et entrer en contact avec lui). Faire du coude, du genou, de l'oeil, du pied à quelqu'un. 

4. [L'objet précédé de l'article défini désigne un exercice physique]  Faire la planche*, le pont*, le poirier*, la roue*, le grand écart*. 

D.—  Exercer (une activité suivie de façon régulière), employer son temps à. Ils feront des heures supplémentaires qui leur seront comptées plus tard dans le royaume de mon père (JACQUES PRÉVERT, Paroles,  1946, page 35 ). Le pharmacien qui herborise et qui fait de la radiesthésie (JEAN-GEORGES SOULÈS, DIT RAYMOND ABELLIO, Heureux les,  1946, page 101) : 

Ø 18. —  Que faites-vous l'hiver dans l'île?

—  Nous tressons des filets, nous pêchons les étangs, en faisant des trous dans la glace; le dimanche nous allons à la messe et aux vêpres, où nous chantons des cantiques; et puis nous jouons sur la neige et nous voyons les garçons chasser les ours blancs.

FRANÇOIS-RENÉ DE CHATEAUBRIAND,Mémoires d'Outre-Tombe, tome 1, 1848, page 269. 

1. Domaine scolaire et universitaire.  Faire des études*, faire l'école buissonnière*; faire un doctorat, une licence. 

—  En particulier. 

·    Faire + article partitif + substantif.  Étudier, pratiquer (une matière, une discipline). Faire des maths : 

Ø 19. —  Personne ne t'oblige à faire de la chimie.

C'est pour nous offenser que Nadine avait choisi la chimie, elle n'en était que trop punie.

—  Ce n'est pas la chimie qui m'emmerde, dit-elle, c'est d'être étudiante.

SIMONE DE BEAUVOIR, Les Mandarins,  1954, page 59. 

·    Faire + adjectif possessif + substantif.  Suivre le cycle de. Il [Jean] avait fait ses classes avec soin, pour n'être pas puni, et terminé ses études de droit avec régularité (GUY DE MAUPASSANT, Pierre et Jean,  1888, page 403 ). J'ai fait mes trois premières années de médecine. La mort de mon père a interrompu mes études (GEORGES SIMENON, Les Vacances de Maigret,  1948, page 54 ). Antonho Prado (...) frais émoulu de la Sorbonne, où il était venu faire son droit (BLAISE CENDRARS, Bourlinguer, 1948, page 344 ). 

·    Faire + substantif désignant une école..  Suivre les cours de. Faire les Beaux-Arts, Navale, Polytechnique. Passé leurs bachots (...) elles feraient l'École du Louvre ou la Croix-Rouge (SIMONE DE BEAUVOIR, Mémoires d'une jeune fille rangée,  1958, page 152 ). 

2. Domaine professionnel. 

a) Familier ou régionalisme. Faire dans. Travailler dans, pratiquer le commerce de. Faire dans les cuirs. 

b) Pratiquer (un métier, une discipline). Que faites-vous dans la vie? Faire du journalisme. Parce qu'il gagne à peu près sa vie en faisant du commerce (JULES FLEURY-HUSSON, DIT CHAMPFLEURY, Les Aventures de Mademoiselle Mariette,  1853, page 230 ). Aurez-vous jamais fini de faire la classe? —  Je... suis... professeur, Madame Marchal (GEORGES BERNANOS, Monsieur Ouine,  1943, page 1545 ). Brunet se demande ce qu'il peut faire dans le civil. Petit commerçant? Employé? (JEAN-PAUL SARTRE, La Mort dans l'âme,  1949, page 202 ). 

c) Vendre. Faire le gros, le demi-gros, le détail. Je ne me connais pas en toile; mais pour les draps j'en réponds. Seulement, si je fais les draps, il me faut un voyageur; car c'est de Sedan et d'Elbeuf que viennent les meilleures sortes (ALPHONSE DAUDET, Fromont jeune et Risler aîné,  1874, page 153) : 

Ø 20. La marchande s'anime à son tour. Elle sait très bien ce que veut la cliente, elle a possédé l'article mais, depuis trois ans, on ne le fait plus; ce modèle-ci est plus récent, plus avantageux...

JEAN-PAUL SARTRE, Les Mots,  1964, page 202. 

3. Domaine du sport, des loisirs. [L'objet est un substantif précédé de l'article partitif]  Pratiquer, s'adonner à. 

a) [L'objet désigne un sport, une discipline]  Faire de la musique, du tennis. J'ai connu plusieurs femmes distinguées qui disaient ne pouvoir bien penser, ni bien causer, qu'en faisant de la tapisserie (JULES MICHELET, Le Peuple, 1846, page 24 ). 

—   [L'objet désigne l'instrument]  Faire du ski, du vélo, de la voile. Il y a un petit prêtre qui fait de la bicyclette (PAUL CLAUDEL, Poésies diverses,  1952, page 877 ). 

b) [L'objet désigne une activité]  Faire du camping, du tourisme, du sport. 

·    Faire de l'exercice. Se dépenser, marcher. Travaillant toujours, sortant peu, ne faisant presque pas d'exercice, moi qui marchais tant autrefois (VICTOR HUGO, Correspondance,  1852, page 73 ). Qu'il bouge, qu'il se promène, qu'il fasse de l'exercice (EMMANUEL MOUNIER, Traité du caractère,  1946, page 335 ). 

4. Domaine politique et social.  Faire de la politique, de l'opposition, du social. 

E.—  Exécuter (une prescription, une obligation); accomplir le temps prescrit pour. Faire son devoir; faire ses Pâques; faire pénitence; faire la volonté de Dieu; faire un régime; faire de la prison; faire son service militaire. Elle a des principes, elle fait maigre (HONORÉ DE BALZAC, Autre étude de femme, 1842, page 383 ). Karlsbad, où j'avais été faire une cure, pour soigner je ne sais plus trop quoi (ANDRÉ GIDE, Ainsi soit-il, ou Les Jeux sont faits, 1951, page 1197 ). 

Ø 21. —  Tu vois, me dit-elle d'une voix triomphante. Tu compliques toujours tout. D'abord, Lambert est toujours content de faire ce que je lui demande, c'est un bon petit garçon...

SIMONE DE BEAUVOIR, Les Mandarins,  1954, page 333. 

—  Par extension. Faire les caprices, les fantaisies, les quatre volontés de quelqu'un. Céder à (la volonté, aux désirs de quelqu'un). Vous n'ordonnez jamais que le coeur n'obéisse (...). On fait toujours le bien, en faisant son caprice (ALPHONSE DE LAMARTINE, Toussaint Louverture,  1850, III, 7, page 1335 ). 

F.—  Être la cause (directe ou indirecte) de, l'agent de. 

1. [Le sujet désigne une personne]  Causer, provoquer, susciter. 

a) [L'objet désigne un inanimé concret]  Faire du bruit, faire une blessure à quelqu'un. Il fallait, dès le seuil de la porte, les lancer [les casquettes] sous le banc, de façon à frapper contre la muraille, en faisant beaucoup de poussière (GUSTAVE FLAUBERT, Madame Bovary, tome 1, 1857, page 2 ). Ils chantaient tous en choeur et faisaient un boucan de tous les diables (BLAISE CENDRARS, Bourlinguer,  1948, page 326 ). Un de nos critiques nous fustigeait du proverbe chinois : « Ce qui fait du bruit ne fait pas de bien, ce qui fait du bien ne fait pas de bruit « (PIERRE SCHAEFFER, À la recherche d'une musique concrète,  1952, page 73 ). 

b) [L'objet désigne un inanimé abstrait]  Faire du bien, du mal; faire mal à. Je ne suis plus seulement capable de faire mal à une mouche (GEORGES BERNANOS, Monsieur Ouine,  1943, page 1453 ). Et cela avait suffi pour lui faire une petite réputation dans le monde restreint du théâtre et lui susciter déjà des jalousies (MAURICE DRUON, Les Grandes familles, tome 2, 1948, page 69 ). 

—  Locution verbale. 

·    Faire envie, mal, peur, pitié, sensation : 

Ø 22. Clark (...) me fait très bonne impression. Non seulement parce qu'il dit avec netteté ce qu'il a à dire, mais aussi parce qu'il demeure simple et droit dans l'exercice du commandement.

CHARLES DE GAULLE, Mémoires de guerre,  1956, page 269. 

·    Faire les délices, les beaux jours de. Néron tuant sa mère et Titus faisant les délices du genre humain (PÈRE HENRI-DOMINIQUE LACORDAIRE, Conférence de Notre-Dame,  1848, page 182 ). 

·    Faire quelque chose à quelqu'un. Lui faire du mal, mal agir envers lui, lui causer du tort. Qu'est-ce qu'ils pourraient bien lui faire? Qu'est-ce que je t'ai fait? Qu'est-ce que j'ai fait à Dieu pour avoir mis au jour un fils si coupable! (ANATOLE-FRANÇOIS THIBAULT, DIT ANATOLE FRANCE, La Révolte des anges,  1914, page 3 ). « Qu'est-ce qu'ils t'ont fait, mon pauvre vieux? Tu n'as pas l'air de les avoir à la bonne. « « Ils ne m'ont rien fait, dit Brunet sèchement. Mais je les entends « (JEAN-PAUL SARTRE, La Mort dans l'âme,  1949, page 212) : 

Ø 23. Ils étaient trop, il ne pouvait rien contre eux; ils étaient tous d'accord —  eux qui étaient divisés sur tant de choses —  pour l'outrager et l'écraser. C'était plus que de l'incompréhension : il y avait de la haine. Que leur avait-il donc fait à tous?

ROMAIN ROLLAND, Jean-Christophe, La Révolte, 1907, page 506. 

—  Proverbe. Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fît. 

2. [Le sujet désigne une chose] 

a) Produire un effet, entraîner des conséquences. Rien n'y fait, cela ne fait rien à la chose. Ça me fera du bien. Cela me sera bénéfique. Le changement d'air lui fera du bien à cette petite (MAURICE DRUON, Les Grandes familles, tome 2, 1948, page 133 ). Attends, petit, j'ai son nom sur les lèvres..., Terra..., Terra..., marquis de Terranova..., de Terrasecca,... rossa,... puzzosa, non, ce n'est pas cela, cela ne me revient pas, ça n'a aucune importance, le nom ne fait rien à l'affaire (BLAISE CENDRARS, Bourlinguer,  1948, page 150 ). Et quand nous serions dans la rue, quand même tu me prendrais dans la rue, qu'est-ce que cela peut faire? Que veux-tu que cela fasse? (JULIEN GRACQ, Le Rivage des Syrtes,  1951, page 182 ). 

—  Familier. 

·    Faire un coup à quelqu'un. L'impressionner, le bouleverser. Elle pensa : « Le pauvre vieux, ça va lui faire un coup, tout de même « (MAURICE DRUON, Les Grandes familles, tome 2, 1948, page 192 ). 

·    Ça me (te, lui, etc.) fait une belle jambe*. 

·    Ça lui fera les pieds*. 

·    Ça fait des histoires. Cela entraîne des complications ou des réactions hostiles. Il regrettait le temps où elle râlait en silence (...) ça faisait moins d'histoires (JEAN-PAUL SARTRE, La Mort dans l'âme,  1949, page 59 ). 

·    Grand bien lui fasse! (souvent par ironie). Que cela lui soit profitable. Je marie Fortuné. Séverin. —  J'en suis heureux et que grand bien lui fasse (ALBERT CAMUS, Les Esprits, 1953, III, 9, page 519 ). 

b) Être important : 

Ø 24.... on ne peut dire que de tels travaux soient inutiles. Car ils font pour la connaissance des langues anciennes, et la connaissance des langues anciennes fait pour la philosophie de l'esprit humain.

ERNEST RENAN, L'Avenir de la science,  1890, page 244. 

—  Cela ne fait rien. 

·    C'est sans importance, je n'y attache pas d'importance. —  Croyez-vous que ce soit bien une conversation à tenir devant cette enfant? dit la baronne Schoudler (...). L'accouchée tourna légèrement la tête et lui sourit. —  Ça ne fait rien, ma mère, ça ne fait rien, murmura-t-elle (MAURICE DRUON, Les Grandes familles, tome 1, 1948, page 13 ). 

·    Synonyme : peu importe. Il t'nait pas à les voir! Est-ce que j'y tenais, moi? Seulement, ça fait rien, je m'figurais pas la guerre comme ça (RENÉ BENJAMIN, Gaspard, 1915, page 74 ). 

—  Qu'est-ce que cela peut (bien) me/te faire? En quoi cela me/te concerne-t-il? T'as pas l'air de tenir à savoir si je l'ai tué ou non, le petit gars? —  Qu'est-ce que ça peut bien me faire, mon amour? (GEORGES BERNANOS, Monsieur Ouine, 1943, page 1480 ). Son égoïsme lui crée une sorte d'invulnérabilité. Il oppose à tout l'avenant un : « Qu'est-ce que cela peut bien me faire? « (ANDRÉ GIDE, Journal,  1943, page 167) : 

Ø 25. LOUISE. —  Mais la foi, comment vous est-elle venue?

CLÉRAMBARD. —  Que voulez-vous que ça me fasse? J'ai la foi. Je ne veux rien savoir d'autre. Peu importe d'où elle me vient. Je crois en Dieu, je crois en Notre Seigneur, je crois à saint François d'Assise.

MARCEL AYMÉ, Clérambard,  1950, IV, 5, page 216. 

—  Si cela ne te/vous fait rien (formule de politesse). Si cela ne te/vous dérange pas. Si cela ne te fait rien, je vais continuer mon travail. J'ai à finir la lecture de Roméo et Juliette (JULIEN GREEN, Moïra,  1950, page 82 ). 

·    Ça ne vous fait rien que...? Ça ne vous dérange pas que...? Mais dites donc, Madame Codomat, ça ne vous fait rien que votre mari soit tout le temps avec cette jeune femme? (PAUL BERNARD, DIT TRISTAN BERNARD, Monsieur Codomat,  1907, II, 3, page 161 ). 

—  Cela ne me/lui etc. fait ni chaud* ni froid. 

3. Faire que + complétive. 

a) À l'indicatif.  Avoir pour résultat que. Sa négligence a fait que... Salammbô n'en racontait pas davantage (...) par un excès de candeur faisant qu'elle n'attachait guère d'importances (sic) aux baisers du soldat (GUSTAVE FLAUBERT, Salammbô, tome 2, 1863, page 87 ). « Lois de la représentation «, qui font que nous ne pouvons penser l'être qu'en l'objectivant (JULES VUILLEMIN, Essai sur la signification de la mort,  1949, page 71) : 

Ø 26.... tous obligés à protéger leur secret, mais ayant leur part d'un secret des autres que le reste de l'humanité ne soupçonne pas et qui fait qu'à eux les romans d'aventure les plus invraisemblables semblent vrais...

MARCEL PROUST, Sodome et Gomorrhe,  1922, page 617. 

—   [Reprenant une question incluant le verbe faire]  Qu'est-ce que j'ai fait? —  Tu as fait que tu nous as laissés. 

—  Familier. Ça fait que; ce qui fait que. C'est pour cela que, c'est la raison pour laquelle. Synonyme : voilà pourquoi. Une pièce toute noire, on n'y voyait pas... Ça fait que je ne sais pas si elle pleurait ou si elle se taisait pour ne pas parler... (EDMOND DE GONCOURT, JULES DE GONCOURT, Journal,  1879, page 35 ). Je ne songe plus qu'à ce que je veux enfanter; peut-être est-ce là ce qui fait que tout le reste m'insupporte (ANDRÉ GIDE, Correspondance avec Paul Valéry, 1892, page 156 ). 

b) Au subjonctif. Les circonstances peuvent faire un jour que vous soyez commis à la garde de ce pacte (JULIEN GRACQ, Le Rivage des Syrtes,  1951, page 149 ). 

—   [Pour exprimer un souhait]  Dieu fasse que, fasse le ciel que... Fasse le ciel que la jeunesse d'aujourd'hui (...) se montre aussi sage qu'elle sera ardente (EMMANUEL DIEUDONNÉ, COMTE DE LAS CASES, Le Mémorial de Sainte-Hélène, tome 2, 1823, page 52 ). Enfin, Dieu fasse que cela tourne bien! (ALBERT CAMUS, Le Chevalier d'Olmedo, 1957, 2e.  journée, 1, page 754 ). 

4. Faire en sorte* de + infinitif; faire en sorte* que + complément. 

5. Laisser* faire. 

G.—  [Le sujet désigne une personne ou une chose; l'objet est un substantif]  Présenter (un aspect physique, extérieur). 

1. Former naturellement. Faire un angle, une bosse, des plis. Synonyme : constituer. Moustaches tristes, yeux faisant la virgule à l'angle extérieur (FRANÇOIS-RENÉ DE CHATEAUBRIAND,Mémoires d'Outre-Tombe, tome 1, 1848, page 408 ). Dorothée (...) s'avance dans la rue déserte (...), faisant sur la lumière une tache éclatante et noire (CHARLES BAUDELAIRE, Petits Poèmes en prose,  1867, page 117) : 

Ø 27. La vallée se prolongeait, tantôt faisant des coudes, tantôt s'étranglant en défilés, selon que les blocs et les mamelons de la chaîne bifurquée faisaient saillie ou retraite.

THÉOPHILE GAUTIER, Le Roman de la momie,  1858, page 159. 

—   [Dans des locutions verbales, faire + substantif non déterminé]  Jouer le rôle de, rappeler par sa forme, tenir lieu de. De jolies maisons de campagne, quelques-unes faisant châteaux, s'étalaient sur les collines (JULES MICHELET, Journal 1839, page 301 ). Mal abritée sous un petit acacia faisant dôme, elle regardait tristement la pluie qui commençait à mouiller sa robe (HENRI MURGER, Scènes de la vie de bohème,  1851, page 145 ). Rodolphe s'assit brusquement à son bureau, sous la tête de cerf faisant trophée contre la muraille (GUSTAVE FLAUBERT, Madame Bovary, tome 2, 1857, page 41 ). 

·    Faire tapisserie*. 

—  Au figuré, familier. Ça ne fait pas un pli*. 

2. GRAMMAIRE.  Avoir pour variante morphologique ou syntaxique. \" Cheval \" fait au pluriel \" chevaux \"; \" faire \" fait à la 3e.  personne de l'indicatif présent \" font \". 

3. [Pour exprimer une mesure de l'espace ou du temps] 

a) [Dimensions, poids, prix, volume, etc.]  Équivaloir à, égaler. Le bassin fait 10 m de long. Songez qu'à nous deux (...) nous ne faisions pas trente-quatre ans (ALPHONSE DAUDET, Le Petit Chose,  1868, page 226 ). Tous comptes faits, l'emprunt de la Libération produit 165 milliards qui en feraient 1 200 d'aujourd'hui (CHARLES DE GAULLE, Mémoires de guerre,  1959, page 37 ). 

b) Domaine de l'habillement.  Mesurer. Vous faites du combien? Quelle pointure, quel tour de taille faites-vous? 

c) Avoir une durée de, être en usage pendant + complément de temps. Ce manteau m'a fait trois ans, il fera bien encore la saison. Qui pourrait supputer ou peser ce qu'il entre D'aliments, de boissons, au gouffre de son ventre? Un cachalot lui fait six jours, quelquefois sept (AMÉDÉE POMMIER, Colifichets,  1860, page 177 ). 

d) [Pour exprimer la durée écoulée, à partir d'une date fixe]  Ça fait x temps que... Synonymes : il y a, depuis. Il n'avait jamais voulu prendre la montagne et c'est après lui que je l'ai prise. Ça fait donc quinze ans maintenant (JOSEPH MALÈGUE, Augustin ou le Maître est là, tome 1, 1933, page 196) : 

Ø 28. Et depuis combien de temps dure cette... liaison? (...).

—  Trois mois, répondit-elle.

—  Et il y a trois mois que tu es dans cet état?

—  Non. Ça doit faire six semaines.

MAURICE DRUON, Les Grandes familles, tome 1, 1948, page 126. 

e) [Pour exprimer une fréquence]  Cela fait. C'est. S'il n'est pas arrivé, me dis-je, c'est que le métro est encore en panne; d'ailleurs, cela fait la troisième aujourd'hui. On dirait que c'est un fait exprès (JULES VUILLEMIN, Essai sur la signification de la mort,  1949, page 125 ). 

4. Domaine physique psychique. [L'objet désigne une maladie, un trouble physique ou psychique]  Faire une bronchite; faire de la température; faire une dépression, de la neurasthénie; faire de la tension. Mon premier malade fut un cancéreux d'une maigreur effroyable qui « faisait « —  comme on disait —  des troubles cérébraux (LÉON DAUDET, Devant la douleur,  1931, page 60) : 

Ø 29. Et la réaction individuelle, ici encore, est capitale : on peut gaver certains types maigres, ils ne grossiront guère, d'autres feront de l'embonpoint avec le régime le plus strict...

EMMANUEL MOUNIER, Traité du caractère,  1946, page 126. 

—  Faire des complexes*; faire un rêve, un cauchemarine. 

—  Locution figurée. En faire une maladie*. Confer infra III D 2 a. 

III.—  Déterminer (quelqu'un/quelque chose) dans un état, une qualité, une manière d'être ou d'agir. [L'existence de ce qui est désigné par l'objet est présupposée] 

A.—  [Le sujet désigne une personne; l'objet désigne un inanimé concret]  Mettre, remettre en état, en ordre. 

1. Locution verbale. 

a) Domaine des tâches domestiques.  Faire les cuivres*, faire un lit*, faire sa valise*. (Quasi-)synonymes : nettoyer, arranger. 

·    Faire une chambre, une pièce. La nettoyer, la remettre en ordre. Faire sa chambre à fond. Le domestique, en faisant les chambres, redescendait les bougeoirs (LOUIS-ÉMILE-EDMOND DURANTY, Le Malheur d'Henriette Gérard,  1860, page 319 ). 

·    Faire ses chaussures. Les nettoyer, les cirer. 

·    Faire la vaisselle. La laver, l'essuyer. Un après-midi, j'aidais maman à faire la vaisselle; elle lavait des assiettes, je les essuyais (SIMONE DE BEAUVOIR, Mémoires d'une jeune fille rangée,  1958, page 105 ). 

b) Domaine des soins de beauté.  Synonymes : entretenir, embellir, soigner. 

·    Faire la barbe (à quelqu'un). Tailler, raser la barbe. En me faisant faire la barbe, devant moi un bocal (EDMOND DE GONCOURT, JULES DE GONCOURT, Journal,  1858, page 442 ). 

·    Faire les mains, les ongles à quelqu'un. Synonyme : manucurer (familier). Elle s'assied et fait ses ongles (JULES LAFORGUE, Moralités légendaires,  1887, page 232 ). Il a demandé un bain aux Allemands, il s'est rasé, s'est fait faire les mains (JEAN ANOUILH, La Répétition ou l'Amour puni,  1950, I, page 21 ). 

·    Emploi pronominal réfléchi indirect. Se faire les yeux. Se maquiller (les yeux). Elle [l'enfant prodige] était en train de se faire les yeux; elle ne s'est même pas retournée (GABRIELLE COLLETTE, DITE COLETTE, L'Envers du music-hall,  1913, page 189 ). Je m'étais lavé les mains et fait les ongles, j'avais mis un col propre (BLAISE CENDRARS, Bourlinguer,  1948, page 58 ). 

c) Domaines divers. [Faire remplace, notamment dans la langue familière, un verbe d'action plus précis]  Alors, elle si discrète [Martine] , parla de ses travaux de jardinage, dit qu'elle trouvait le temps de faire les légumes, afin d'éviter quelques journées d'homme (ÉMILE ZOLA, Le Docteur Pascal, 1893, page 150 ). Être là un peu avant deux heures pour m'aider, comme elle aurait dit à des maîtres d'hôtel extras d'arriver d'avance pour faire les compotiers (MARCEL PROUST, Le Côté de Guermantes 1,  1920, page 216 ). Un fantassin, au retour des cuisines allemandes où il avait été « faire les peluches « (FRANCIS AMBRIÈRE, Les Grandes vacances,  1946, page 43 ). 

SYNTAXE : Faire le col (d'une chemise). Le repasser. Faire son jardin. Le cultiver, l'entretenir. Faire la vigne. La tailler, lui donner les soins nécessaires. Faire les rosiers. Les tailler. 

2. Domaine culinaire.  Apprêter, préparer, faire cuire ou chauffer (un plat, un repas). Faire un boeuf bourguignon, un oeuf sur le plat, du veau. Ce fut la concierge qui vint lui faire son petit déjeuner et ouvrir les fenêtres (MAURICE DRUON, Les Grandes familles, tome 1, 1948, page 172) : 

Ø 30.... elle se met déjà à vous parler de sa vieille maman qui est si seule et avec qui il faudra être bien gentil, des petits plats qu'elle sait si bien faire, du prénom qu'aura son bébé.

JEAN ANOUILH, La Répétition ou l'Amour puni,  1950, IV, page 108. 

·    Faire la salade. La laver, l'assaisonner. 

B.—  [L'objet désigne une personne]  Former. Faire des soldats, des hommes, de bons élèves. Synonymes : éduquer, instruire :  

Ø 31. Les Lanson croient nous avoir répondu quand ils disent : c'est entendu, nous ne vous fournissons pas des élèves qui aient du génie, mais connaissez-vous une méthode pour faire des hommes de génie?

MAURICE BARRÈS, Mes cahiers, tome 8, 1910, page 143. 

C.—  Donner une qualité, un caractère, un état à. 

1. Faire quelqu'un + substantif (attribut de l'objet) non déterminé..  Élever au rang de, donner le titre, la dignité de. Faire quelqu'un héritier, chevalier de la Légion d'honneur. Synonymes : nommer, instituer, constituer. En le faisant roi, on l'avait condamné à mourir sur le sol où s'est mêlée la poussière de saint Louis et de Henri IV (FRANÇOIS-RENÉ DE CHATEAUBRIAND,Mémoires d'Outre-Tombe, tome 3, 1848, page 650 ). Le jeune marquis avait cru s'acquitter envers sa femme en la faisant marquise (JULES SANDEAU, Sacs et parchemins,  1851, page 46 ). 

—  Par extension.  Rendre, faire devenir. Cette aventure me fait homme (PAUL RICOEUR, Philosophie de la volonté,  1949, page 179 ). 

—  Faire quelqu'un juge de. Laisser à quelqu'un le soin de juger, d'apprécier. 

2. Faire quelqu'un + adjectif (attribut de l'objet) 

a) Rendre, faire devenir. Faire quelqu'un riche. « Merci, mon bon Monsieur, merci (...). Vous êtes très bon. Je prierai la Sainte Vierge de vous faire très heureux « (SOPHIE ROSTOPCHINE, COMTESSE EUGÈNE DE SÉGUR,  L'Auberge de l'ange gardien,  1863, page 10 ). C'est dimanche, à l'heure du déjeuner, qu'on s'est aperçu que les petites manquaient. Je les avais faites belles pour la messe de huit heures (ALPHONSE DAUDET, Sapho,  1884, page 120 ). 

b) [L'attribut est un adjectif possessif]  Faire sien quelque chose S'approprier, se rendre maître de; adopter (un jugement, un point de vue, une attitude). Un étude à laquelle a procédé le général de Larminat et dont je fais miennes toutes les conclusions (CHARLES DE GAULLE, Mémoires de guerre,  1954, page 448 ). Je déterrai cette religion féroce et je la fis mienne pour dorer ma terne vocation (JEAN-PAUL SARTRE, Les Mots,  1964, page 148 ). 

—  En emploi absolu. Consentir c'est prendre sur soi, assumer, faire sien (PAUL RICOEUR, Philosophie de la volonté,  1949, page 322 ). 

c) Représenter, donner comme. Ne le faites pas plus méchant qu'il n'est : 

Ø 32. Mais l'autre quart chez Montaigne a donné l'éveil; en mettant expressément à part la religion, en la faisant si grande et si haute, et la voulant si fort révérer, qu'il lui coupe toute communication avec le reste de l'homme, il s'est trahi...

CHARLES-AUGUSTIN SAINTE-BEUVE, Port-Royal, tome 2, 1842, page 413. 

3. Faire quelque chose (à) + complément de prix. Je vous fais cet article (à) 50 F. Synonymes : évaluer à, fixer à. 

—  Faire un prix* (d'ami). Fixer un prix. Si le commerce était mieux fait, c'est le client qui devrait faire son prix (MARCEL AYMÉ, Clérambard,  1950, I, 7, page 52 ). 

4. Faire quelque chose + adjectif (attribut de l'objet) à quelqu'un..  Rendre. Je lui faisais la vie impossible (JULES LAFORGUE, Moralités légendaires,  1887, page 240 ). Et je ne veux point vous faire le coeur dur à la mort (ANTOINE DE SAINT-EXUPÉRY, Citadelle,  1944, page 791 ). 

5. Faire + adjectif substantivé..  Causer, entraîner. Faire des jaloux, des mécontents. Ainsi elle traversait sa jeunesse, l'esprit flottant à tous les vents de l'imprévu, faisant beaucoup d'heureux (HENRI MURGER, Scènes de la vie de bohème, 1851, page 236 ). 

D.—  Faire quelqu'un/quelque chose de (quelqu'un/quelque chose).  Changer, transformer en passant d'un état à un autre. 

1. [L'objet désigne une personne]  Faire d'un capitaine un commandant; nous en ferons un médecin; vous en avez fait un monstre, un enfant gâté. Mais que je prenne en main cette petite aristocrate (...), et je vous en ferai une vraie Carmélite, aussi bonne à la chapelle qu'au lavoir (GEORGES BERNANOS, Dialogues des carmélites,  1948, 3e.  tableau, 3, page 1618 ). La famille de Gouvon qu'il servait avait reconnu sa valeur. Elle voulait en faire un secrétaire, lui faire apprendre l'italien, le latin (JEAN GUÉHENNO, Jean-Jacques,  1948, page 51) : 

Ø 33. Quand un homme choisit une jeune fille pour en faire sa femme, c'est qu'il a été sensible à certaines séductions qui ne sont pas toutes du coeur ni de l'esprit.

MARCEL AYMÉ, Clérambard,  1950, II, 8, page 116. 

2. [L'objet désigne une chose] 

a) Faire d'un métal une médaille; faire quelque chose de rien : 

Ø 34. Mais un vent sort des cieux sans bornes,

Grondant comme les grandes eaux,

Et souffle sur ces pierres mornes,

Et de ces pierres fait des os...

VICTOR HUGO, Les Contemplations, tome 3, page 407. 

·    Faire un drame, une histoire, une maladie, une montagne (de quelque chose).   Dramatiser la situation, s'affliger ou s'affoler démesurément de quelque chose. Il fait un monde de rien et soupçonne un cancer dans chaque cor au pied (ALBERT CAMUS, Un Cas intéressant, adapté de Dino Buzzati.  1955, 1er.  temps, 2e.  tableau, page 627 ). 

—  Locutions figurées et/ou proverbes. Faire d'une pierre deux coups*; faire feu*; faire flèche* de tout bois; faire ses choux* gras de; faites en des choux* et des raves*; en faire sa chose*; faire des gorges* chaudes de; ne faire qu'une bouchée* de. On ne saurait faire d'une buse un épervier. On ne peut faire d'un sot un homme habile (Dictionnaire de l'Académie Française). Faire d'une mouche, d'une puce un éléphant Grossir exagérément la portée d'une affaire, dramatiser une situation. Faire de nécessité* vertu. 

b) Utiliser comme, aménager en. Faire un salon d'une salle à manger; faire un hôpital d'un bâtiment privé; faire un parc public d'un jardin privé. De la source, sa cuvette, La fleur, faisant son miroir, Dit : « Bonjour «, à la fauvette (VICTOR HUGO, Les Contemplations, tome 1, 1856, page 107 ). « Des assiettes! « dit-il en désignant une pile d'assiettes ébréchées au fond noirci. « Qu'est-ce que vous voulez en faire? Les manger? « (JEAN-PAUL SARTRE, La Mort dans l'âme,  1949, page 223 ). 

—  Emploi pronominal.  Se servir de quelque chose comme de. Des écureuils circulaient sur les branches (...) en se faisant un pavillon de leur queue (FRANÇOIS-RENÉ DE CHATEAUBRIAND,Mémoires d'Outre-Tombe, tome 3, 1848, page 68 ). J'ai aperçu le traître Eusévio dans les fourrés de la montagne. C'est en vain qu'il se fait un rempart de ces rochers (ALBERT CAMUS, La Dévotion à la croix,  1953, page 579 ). 

3. [Dans un contexte interrogatif] 

a) [L'objet indirect désigne une personne]  Qu'avez-vous fait de lui? Sobres et vertueux, —  de vrais sauvages... —  Que faire d'eux? soupirait ma mère. Ils étaient si doux que nul ne les pouvait atteindre ni diviser (GABRIELLE COLLETTE, DITE COLETTE, Sido,  1929, page 130) : 

Ø 35. Que dois-je faire des coupables, Herr Sonderführer?

—  Mais... les laisser continuer, puisqu'ils n'ont commis ni contravention à l'ordre de l'OKW relatif aux rapports des prisonniers avec les femmes allemandes, ni manquement au travail, ni attentat public à la pudeur!

FRANCIS AMBRIÈRE, Les Grandes vacances,  1946, page 212. 

b) [L'objet indirect désigne un inanimé]  Qu'est-ce que j'ai fait de mes lunettes? Où les ai-je mises? 

E.—  Représenter, tenir la place de. 

1.  [Le sujet désigne une personne] 

a) Domaine des loisirs.  Représenter (un personnage), tenir le rôle de. 

α ) Domaine du spectacle.  Faire Esther, les soubrettes. Je changeai vite de costume, et, faisant l'apothicaire, je commençai l'intermède, en brandissant l'instrument classique au-dessus de ma tête (AURORE DUPIN, BARONNE DUDEVANT, DITE GEORGE SAND, Histoire de ma vie, tome 3, 1855, page 240 ). Je connais la pièce par coeur. Je l'ai jouée autrefois avec Monsieur de Molière : c'est moi qui faisais don Diègue (PAUL CLAUDEL, Le Ravissement de Scapin,  1952, page 1317) : 

Ø 36. Ces scènes de la vie de couvent [dans le film de Bresson « Les Anges du Péché «] les ont transportées et non contentes de nous les décrire, elles se sont mises en tête d'en jouer une devant nous. Louise faisait la mère supérieure...

JULIEN GREEN, Journal,  1946, page 20. 

β ) Domaine des jeux d'enfants.  Faire le chat, le gendarme, le loup, les voleurs. 

γ ) Domaine des jeux de société.  Faire le mort*. Me rendre utile et agréable aux maîtresses de maisons en faisant le quatrième de quelque table boiteuse de joueuses et de joueurs dépareillés (ALPHONSE DE LAMARTINE, Confidences,  1851, page 80 ). 

b) Exercer les fonctions, la responsabilité de. 

α ) [L'activité est permanente, régulière]  C'est que jamais un militaire, poursuivit-il, n'a été fichu de faire un bon ministre de la guerre (MAURICE DRUON, Les Grandes familles, tome 1, 1948, page 139 ). Il se mariera un jour, par coup de tête; et peut-être il fera un bon père de famille (SIMONE DE BEAUVOIR, Mémoires d'une jeune fille rangée,  1958, page 293) : 

Ø 37. Mon fils, il fait le couillon. Il fait le berger. C'est comme ça. Dans ce village, et dans les autres, il y a des enfants d'épiciers ou de simples charcutiers qui passent le bachot pour être colonels. Moi, le mien, il fait le berger. Je n'en rougis pas.

JACQUES AUDIBERTI, Les Femmes du Boeuf,  1948, page 118. 

—  Populaire. Faire + substantif non déterminé. Faire professeur. Y veut faire soldat dedans l'aussiliaire (ALAIN ROBINET, DIT MUSETTE, Cagayous poilu, conte de guerre.  1919, page 2 ). 

β ) [L'activité est occasionnelle]  Faire le domestique. Je faisais le nègre à la Mazarine, copiant à la main (...) les épais romans de chevalerie (BLAISE CENDRARS, Bourlinguer, 1948, page 380 ). Tu trouveras aussi des verres. Tu nous sers; tu fais la jeune fille de la maison (JEAN-PAUL SARTRE, La Mort dans l'âme, 1949, page 126 ). 

c) Imiter intentionnellement, chercher à passer pour. Synonymes : contrefaire, imiter, simuler. 

α ) Faire le + substantif ou adjectif substantif. Faire le difficile, le dégoûté, l'idiot, l'innocent, le pitre, le malade. Tous les anges du Bon Dieu viendront et ils me diront : « Allons, viens, Alonso, viens, ne fais pas le méchant «. Et moi, je dirai « non « (ALBERT CAMUS, Révolte dans les Asturies,  1936, II, 3, page 418 ). Cela se raidit, cela fait la fière, cela veut se conduire comme une vraie dame (JEAN ANOUILH, La Répétition ou l'Amour puni,  1950, IV, page 110 ). Que vous ne travailliez pas et fassiez le pantin devant la glace, c'est votre affaire! (FRANÇOISE SAGAN, Bonjour tristesse,  1954, page 119) : 

Ø 38.... jamais Charles ne lui paraissait aussi désagréable (...). Alors, tout en faisant l'épouse et la vertueuse, elle s'enflammait à l'idée de cette tête dont les cheveux noirs se tournaient en une bouche vers le front hâlé...

GUSTAVE FLAUBERT, Madame Bovary, tome 2, 1857, page 26. 

—  Faire le jeune homme. Être galant, se donner un air jeune. Alors il va faire le jeune homme dans les bals costumés? (GUY DE MAUPASSANT, Contes et nouvelles, tome 1, Le Masque, 1889, page 1163 ). 

—  Faire la princesse. Prendre de grands airs. Notre Mélancolie est petite-maîtresse, Elle prend des grands airs, elle fait la princesse (THÉOPHILE GAUTIER, Poésies,  1872, page 214 ). 

—   [Locution verbale au figuré, où le complément désigne un animal symbolique]  Faire le singe, le zèbre. C'est étonnant comme il fait le paon, papa, avec cet hôtel (GUY DE MAUPASSANT, Bel-Ami,  1885, page 33 ). Lâche-moi, nom de Dieu, ou je fais la vache (JEAN-PAUL SARTRE, La Mort dans l'âme,  1949, page 114 ). Doña Inès. —  Ne m'a-t-il pas écrit? Tello. —  Quel âne je fais! voici la lettre, Madame (ALBERT CAMUS, Le Chevalier d'Olmedo,  1957, 2e.  journée, 10, page 772 ). 

·    Proverbe. Qui veut faire l'ange* fait la bête. 

Remarque : Lorsque le sujet est féminin, faire peut être suivi néanmoins de le. Elle fait le/la bravache. 

β ) Faire son/sa + substantif. Faire sa mijaurée, son petit malin. Le baron préférait faire son lézard au soleil sur le galet (GUY DE MAUPASSANT, Une Vie,  1883, page 36 ). 

d) Locution verbale. Faire semblant* (de), mine* (de). 

—  Faire celui qui, comme si. Jouer à celui qui, simuler. La consigne universelle, la ridicule fiction est de faire comme si on ne savait rien, quoique tout le monde sache très bien à quoi s'en tenir; chacun joue la comédie, chacun affecte de croire le vieillard immortel, le malade guérissable (VLADIMIR JANKÉLÉVITCH, Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien,  1957, page 172 ). 

·    En emploi absolu. Partout, l'on triche. Partout, l'on fait comme si... C'est insupportable. C'est horrible (JACQUES AUDIBERTI, Le Mal court,  1947, III, page 185 ). 

2. [Le sujet désigne un inanimé]  Tenir lieu de, faire aussi office de. Salle à manger qui fait salon, cuisine qui fait salle de séjour. Au fond, dans le logis « faisant hôtel «, une « comtesse « (MARCEL PROUST, Le Côté de Guermantes 1,  1920, page 16 ). 

F.—  Paraître, sembler. 

1. Faire + adjectif ou substantif non déterminé (généralement invariable).  Avoir l'air de, donner l'impression de. Elle fait vieux/ vieille pour son âge; faire jeune, grand; faire très vieille France; faire très femme; faire sérieux, vrai. Ricarda, lui, faisait très « fils de bourgeois « (JEAN-GEORGES SOULÈS, DIT RAYMOND ABELLIO, Heureux les,  1946, page 29 ). Il faisait très orphelin dans son complet de flanelle dont le revers était barré d'un crêpe noir (SIMONE DE BEAUVOIR, Les Mandarins,  1954, page 294) : 

Ø 39. Ils choisissent de préférence des sujets tirés de l'histoire sainte ou de l'histoire ancienne, et ils parlent constamment de faire distingué, comme si la distinction ne venait point de la manière dont on traite un sujet et non du sujet lui-même.

Tenez que la plupart n'ont reçu aucune éducation, qu'ils n'ont rien vu et rien lu, que « faire distingué «, pour eux, c'est tout bonnement ne pas faire vivant et ne pas faire vrai. 

GEORGES-CHARLES, DIT JORIS-KARL HUYSMANS, L'Art moderne,  1883, page 8. 

·    Ne pas faire son âge. Paraître très jeune, plus jeune que son âge réel. 

2. Faire + adverbe de manière (familier).  Produire tel effet, avoir telle allure. Faire bien (dans le décor, le tableau), sur une photo, dans un film. Les serviteurs à tête blanche font bien dans une grande maison (GUILLAUME-VICTOR-ÉMILE, DIT ÉMILE AUGIER, La Pierre de Touche,  1854, III, page 80 ). Tes vieux messieurs à col dur? Ils feraient très bien dans les vitrines du Musée de l'Homme (SIMONE DE BEAUVOIR, Les Mandarins,  1954, page 91) : 

Ø 40. Lequel fait mieux, des fleurs ou bien des plumes blanches?

Quelle parure sied? —  quelle couleur va bien?

THÉOPHILE GAUTIER, Albertus ou l'Âme et le péché,  1833, page 138. 

IV.—  Emplois particuliers. 

A.—  Emplois pronominaux spécifiques. Voir faire2 (se). 

B.—  Emplois impersonnels. 

1. [Suivi d'un adjectif ou d'un substantif généralement non déterminé; pour indiquer ou suggérer des conditions météorologiques, climatiques ou un moment de la journée ou de la nuit] 

a) Faire + adjectif. Il fait chaud, clair, doux; il fait noir comme dans un four. Mets ton collet, il fait plus frais (FRANÇOIS MAURIAC, Le Mystère Frontenac,  1933, page 90 ). L'homme est arrivé à créer, parmi les grandes eaux froides et noires, une zone habitable où il fait à peu près clair et chaud (PIERRE TEILHARD DE CHARDIN, Le Milieu divin,  1955, page 172 ). 

—  Au figuré littéraire. Je savais pourtant combien il peut faire noir dans un coeur (SIMONE DE BEAUVOIR, Mémoires d'une jeune fille rangée,  1958, page 248) : 

Ø 41. Il fait bleu il fait bon

Il fait aujourd'hui

Il fait bon il fait bleu

Et je suis née juste aujourd'hui

Si vous voulez savoir mon nom

Mon nom est Iris bleu!

PAUL CLAUDEL, Poésies diverses,  1952, page 743. 

b) Faire + substantif. Il fait presque jour; il fait nuit (noire); il fait (du) soleil, du brouillard, une chaleur torride, un beau soleil; quel temps fait-il? Il ne faisait pas de lune ni d'étoiles. Mais une sorte de lumière diffuse et l'air était si épais qu'on l'aurait coupé au couteau (MAURICE BARRÈS, Mes cahiers, tome 7, 1908, page 71 ). A cinq heures (...) quelque temps qu'il fasse, Mme.  Louise descend au village avec la bonne (GEORGES BERNANOS, Un Mauvais rêve,  1948, page 1004 ). 

—  Par analogie, familier. Il fait faim, soif. J'ai/nous avons faim, soif. Il fait soif à bord (BLAISE CENDRARS, Bourlinguer, 1948, page 232) : 

Ø 42.... quand, à la maison, il faisait faim, c'est toi qui chantais encore (...) et nous donnais le courage de chanter, nous aussi!

EDMOND DE GONCOURT, La Faustin,  1882, page 33. 

2. Il fait bon/mauvais (à/de) + infinitif Il est agréable/ désagréable, dangereux de; cela fait du bien/ne fait pas de bien de. Auprès de ma blonde, qu'il fait bon dormir (vieille chanson française). Que la forêt était belle sous le soleil d'avril! Qu'il faisait bon à respirer, loin des baraques fétides et des sueurs recuites! (FRANCIS AMBRIÈRE, Les Grandes vacances,  1946, page 367 ). Il [le loriot] dit qu'il fait bon labourer (PAUL CLAUDEL, L'Annonce faite à Marie,  1948, I, 3, page 160) : 

Ø 43. Le remblai, jusqu'au bout cette fois, y compris la maison du docteur Bellamy qui était le type même de ces demeures que les passants regardent avec envie en pensant :

—  Qu'il doit donc faire bon y vivre...

GEORGES SIMENON, Les Vacances de Maigret,  1948, page 25. 

3. Il ferait beau* voir. 

C.—  Emplois factitifs. Voir faire3. 

D.—  Emplois passifs. 

1. Locutions. 

·    Ce qui est fait. Il n'y a plus à y revenir, n'en parlons plus (en parlant généralement d'une action regrettable). «... un ennemi de notre religion? Mais c'est abominable! Élevé comme tu l'as été! « Jean (répondant à Cécile seule, sur un ton angoissé et sombre). —  Ce qui est fait est fait. Tu souffres? Moi aussi... (ROGER MARTIN DU GARD, Jean Barois,  1913, page 299 ). Eh bien oui (...) tu aurais dû rester à Paris (...) —  Enfin! ce qui est fait est fait (JEAN-PAUL SARTRE, La Mort dans l'âme,  1949, page 161 ). 

·    Voilà qui est fait. C'est terminé (en parlant d'une action délicate ou importante). (Il ouvre la porte, la mère le suit avec hésitation jusque sur le seuil.) Voilà qui est fait (ALBERT CAMUS, Un Cas intéressant, adapté de Dino Buzzati.  1955, 1er.  temps, 3e.  tableau, page 635 ). 

·    Croire que tout est fait. Croire que tout est joué. Une fois qu'il a parlé, il croit que tout est fait (EMMANUEL MOUNIER, Traité du caractère,  1946, page 400 ). 

2. Être fait pour + substantif ou infinitif Être destiné à : 

a)  [Le sujet désigne une personne] .  Être prédisposé à, avoir des talents pour. Elisabeth et Paul, faits pour l'enfance, continuaient à vivre comme s'ils eussent occupé deux berceaux jumeaux (JEAN COCTEAU, Les Enfants terribles,  1929, page 96) : 

Ø 44. (Thierry, mécontent, regagne son bureau et s'assied.) Ta loi morale, mon vieux, faut jamais oublier ça : c'est nous qui l'avons faite, pour nous, pour notre utilité sociale! Ce n'est pas nous qui avons été faits pour elle! Alors, le jour où ça ne colle plus bien...

ROGER MARTIN DU GARD, Un Taciturne,  1932, I, 10, page 1264. 

b) [Le sujet désigne une chose]  Avoir tel usage, être créé en vue d'un but précis. L'antiquité a peut-être été faite pour être le pain des professeurs (EDMOND DE GONCOURT, JULES DE GONCOURT, Journal,  1894, page 499 ). Mais il [le système électoral] semblait fait tout exprès pour décourager des débuts irréguliers comme ceux de Benjamin Disraëli (ÉMILE HERZOG, DIT ANDRÉ MAUROIS, La Vie de Disraëli,  1927, page 59 ). 

—  Par ironie, péjoratif. C'est bien fait pour lui/pour elle, Il/elle l'a bien mérité. S'il finit sa vie en taule, c'est bien fait pour lui, ajoutai-je avec rage (SIMONE DE BEAUVOIR, Les Mandarins,  1954, page 200 ). 

—  Par plaisanterie. Et ces sales fleurs qui ne vivent ni ne se fanent jamais Tu les as appelées immortelles... C'était bien fait pour elles... (JACQUES PRÉVERT, Paroles,  1946, page 76 ). 

—  Familier. C'est fait pour (avec ellipse du complément de destination). C'est adéquat, c'est exactement la forme, l'usage qui convient. 

3. Être fait à. Être habitué à. J'étais fait à mon visage, comme certains se font à leur misère ou à leur crasse (EMMANUEL MOUNIER, Traité du caractère,  1946, page 502 ). 

4. Littéraire. C'en est fait (de). C'en est fini (de). C'en est fait de lui; c'en est fait de la vie de château. C'en était fait, la séparation était sans recours (FRANCIS AMBRIÈRE, Les Grandes vacances,  1946, page 57 ). Je me sentais déjà tout investi par l'accablant souci de nouveaux devoirs. C'en serait fait des rêveries, des promenades contemplatives (ANDRÉ GIDE, Feuillets d'automne,  1949, page 1088) : 

Ø 45. Je porte aux études latines un amour désespéré. Je crois fermement que, sans elles, c'en est fait de la beauté du génie français.

ANATOLE-FRANÇOIS THIBAULT, DIT ANATOLE FRANCE, La Vie littéraire.  1888, page 287. 

Remarque : Certains emplois passifs de faire n'ont pas de forme active correspondante. Invitation lui a été faite de se présenter au plus tôt. 

E.—  Emplois substitutifs. Voir faire4. 

 

 

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