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Apollinaire - Si Je Mourais Là Bas

Publié le 11/09/2006

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Lors de la première guerre mondiale, de nombreux écrivains s'engagent par leur écriture ou dans les combats. Tel est le cas de Guillaume Apollinaire qui s'enrôle pour participer à la guerre en décembre 1914, alors qu'il entretient une relation amoureuse avec Louise de Coligny, surnommée Lou. De cette double expérience sont nés une correspondance et des poèmes.

Dans ce poème intitulé "Si je mourais là-bas" extrait du recueil Poèmes à Lou écrit en 1915 écrit par Apollinaire, le poète imagine sa mort sur le front et en fait part à sa bien aimée.

D'abord, nous étudierons les craintes de l'auteur, ensuite nous examinerons la place de l'amour dans le poème et enfin nous analyserons le lien qui unit le poème et la réalité.

 

Apollinaire imagine sa mort sur le front. En effet, le premier vers commence par la conjonction de subordination "si" (v 1) qui indique que le poème va être basé sur une hypothèse. Sa mort sur le front n'est que pure imagination. Cet endroit de mort est d'abord désigné par " là bas" (v 1) qui indique que l'auteur n'est pas encore sur place, il est définit comme un endroit lointain. Les peurs du poète apparaissent donc dès le premier vers avec le verbe mourir. On peut noter l'enjambement des vers 3 et 4 qui mettent en valeur le verbe "meurt". La mort du poète est mise en avant dans le poème. De nombreuses images nous rapportent à ce décès. En effet, on trouve le mot "sang" répété trois fois dans le poème. De plus, des expressions telles que "je rougirais" (v 12-13) ou "mûrissant" (v 9) font référence à la couleur rouge, couleur du sang. Il considère donc que sa mort sera apportée par beaucoup de sang: ce sera une mort sanglante.

Ensuite, une deuxième crainte apparaît. En effet, on peut remarquer la répétition du nom "souvenir" qui est repris quatre fois à qui vient s'ajouter le verbe conjugué: "souviens" (v 22). Apollinaire imaginant sa mort est obsédé: et si on l'oubliait? Dans la troisième strophe, il est intéressant de noter que le mot "rose" (v 12) ne rime avec aucun autre. Il est ainsi mis en relief. On peut penser aux roses déposées sur les tombes. Ce mot a donc un lien avec le souenir puisqu'il se rend compte qu'après sa mort, sa tombe sera toujours là pour servir de mémoire. 

 

Apollinaire, à la veille de son départ sur le front nous fait part de ses craintes: sa peur de mourir mais surtout la peur qu'on l'oublie. On peut se demander quelle est la cause de cette deuxième peur.

 

On apprend dès le deuxième vers à qui est adressé le poème. Au début, la présence du pronom personnel "tu" nous laisse deviner la présence d'un destinataire précis. Ensuite, cett personne est désignée par son prénom "Ô Lou" qui est en fait le surnom de Louise de Coligny donné par Apollinaire. C'est à la fin du vers que l'on connait le lien qui unit l'auteur et cette femme: "ma bien aimée". L'auteur s'adresse donc à la femme qu'il aime. Le champ lexical de l'érotisme: "seins" (v 12), "bouche" (v 13), "amant" (v 20) nous montre qu'il partage un aour passionné avec cette femme. De plus, la diérèse "inou/Ï" (v 19) met en valeur le caractère extraordinaire de la relation. On peut donc comprendre d'où lui vient cette crainte d'être oublié.Il veut rester absolument un souvenir dans la mémoire de la femme qu'il aime.

Apollinaire veut que Lou se souvienne de lui, mais il ajoute des conditions. Il faut qu'elle se souvienne de lui "aux instants de folie/ De jeunesse et d'amour"(v 21-22). Elle doit se souvenir de  lui dans les moments heureux comme nous le montre cette succession de compléments de nom. Il ne veut surtout pas qu'elle pleure son décès. On peut noter l'enjambement aux vers 16 et 17 qui met en valeur le verbe "donnerait". Ici, la mort n'est plus la perte d'un homme mais le don de bonheur. Telle est la loi d'Apollinaire, sa mort ne doit être que bonheur comme l'et leur amour. 

 

Apollinaire imagine sa mort sur le front et adresse alors un poème à sa bien aimée. De véritables craintes s'installent chez l'auteur. Pourtant ce décès n'est qu'imaginaire...

 

Il est intéressant d'étudier la structure des rimes qui est particulière. En effet, on remarque que certains mots restent seuls, ils ne riment avec aucun autre étant ainsi mis en valeur. Aussi, dans une même strophe, un même mot est répété à la fin du vers.Par exemple, dans l dernière strophe, c'est le mot "aimée" qui est répété aux vers 1 et 4. Les répétitions dans le poème sont nombreuses et ne sont pas présentent qu'à la rime. On peut prendre pour exempe le verbe "souvenir" qui est répété deux fois dans la même strophe aux vers 21 et 22. Apollinaire n'est pas sur le point de mourir et pourtant, il répète plusieurs fois les propos qui lui semblent important comme un malade sur son lit de mort qui répète les dernières choses qui lui paraissent indispensable.Aussi, on remarque l'absence de ponctuation dans le poème. Cette 

bsence assure un rythme constant, sans pause et marque le chemin que l'auteur traverse pour arriver à la mort. Ce poème est le dernier souffle du poète qui est condamné. Un seul cri apparait avant la fin de sa vie. En effet, dans la dernière strophe, des tirets mettent en relief la dernière parole de l'auteur qui utilise le discours direct. Il utilise l'impératif "Souviens - t'en" (v 22) qui sert ici à exprimer une prière adressée à sa bien aimée. Tous ces procédés laissent penser qu'Apollinaire, à la fin du poème pense réellement qu'il va mourir. De plus, on passe du conditionnel présent "Si je mourais là-bas" (v 1) qui est le temps de l'hypothèse à "Si je meurs là bas" (v 21) conjugué auprésent qui est le temps de la vérité générale. Les propos de l'auteur changent et il finit par penser que cette mort est certaine et se met déjà dans la sitation d'un mourant.

On peut faire un véritable lien entre ce poème et la réalité. En effet, dans les vers 3 et 4: "comme meurt/ Un obus éclatant sur le front de l'armée", l'auteur compareson souvenir à un obus. On peut noter l'allitération en [b] au vers 5: "Un bel obus semblable" qui rappelle le bruit de l'obus. Pour Apollinaire, le front désigne la zone de combat. Mais, le front définit aussi la prtie supérieure du visage. Et, le 17 mars 1916, soit un an après l'écriture de ce poème, Apollinaire est blessé par un éclat d'obus, d'où nous surprend l'utilisation du mot "éclatant" (v 4). Ce poème  donc une portée future.

 

Apollinaire imagine sa mort sur le front et écrit alors une lettre à sa bien aimée. Il lui fait part de ses craintes: mourir et être oublié. Il précise qu'il veut que sa mort ne soit que bonheur.

Il compare, dans son poème, son souvenir à un clat d'obus: on peut penser à une sorte de prémonition. Avant même qu'il ait son accident, il sait ce qui va lui arriver même s'il en est peut être pas conscient. L'art, comme l'écriture, permet de réfléchir sur sa propre vie, sur soi-même. Cet accident n'a pas été pressenti que par le poète. En effet, Giogio de Chiric, peintre, crée une toile avec Apollinaire blessé à la tempe avant même que ce drâme lui arrive. On peut donc se demander si l'art développe une aptitude: les prémonitions ou si l'on doit parler de simple coincidence.

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« 2. Séparation et solitude morale3. Doutes refoulés C. Les vains refuges de l'imagination et du souvenir1. Le temps retenu par le souvenir2. La rareté des images3. Leur portée Diverses figures féminines jalonnent la vie et l'oeuvre poétique d'Apollinaire : Annie liée au séjour rhénan, Marie pour qui iltraversait à Paris le pont Mirabeau, Madeleine qui rejoignit son Algérie natale, Louise de Coligny enfin, cette Lou à qui le lia unepassion très charnelle mais dont très vite le sépara la guerre ; le poème "Quatre jours mon amour pas de lettre de toi", qui figureradans le recueil posthume Poèmes à Lou (1947), date de la fin de 1915 : le poète, engagé volontaire, attend dans une caserne deNîmes son départ pour le front; l'absence de la jeune femme, son silence se font douloureusement sentir. De ces cinq quatrainsd'alexandrins on peut analyser les thèmes suivants : l'expression de l'amour, celle de la mélancolie, la vanité de l'imagination et dusouvenir. Le poème offre l'expression d'un amour sincère. On y décèle tout d'abord les signes de l'amour passion tel que la traditionlittéraire le conçoit. Dès le premier hémistiche, les assonances en OU, voyelle profonde, la répartition des accents dans le versentier (3+3+3+3) en imposent la force: "Quatre jOUrs mon amOUr". Cet amour apparaît comme la seule raison de vivre dupoète : c'est lui qui donne et "redonn[e] la vie" ; sans lui, les forces de vie (lumière, chaleur, soleil) se trouvent anéanties ; deuxvers que l'anaphore mettent en écho donnent une vision presque apocalyptique du monde :Le jour n'existe plus le soleil s'est noyé [...]Le jour s'est assombri qu'il devienne doréL'obsession de l'être aimé se ressent à la récurrence, presque litanique, des pronoms personnels de la 2ème personne (tu / toi),aux apostrophes "mon amour", "ma chérie" et plus précisément encore au diminutif "ma Lou". L'expression des sentiments esthyperbolique, l'absente est idolâtrée : "ô mon cœur adoré" ; le baise-main final appartient à un rituel courtois.Le poème laisse aussi transparaître un amour tendresse, moins conventionnel, plus sincère et vraisemblable : il se manifeste dansl'inquiétude qui anime spontanément le poète à son sujet: "Que t'est-il arrivé souffres-tu ma chérie / Pleures-tu", sollicitude réitéréeplus loin "Que fais-tu", on le perçoit au sentiment de possession qu'impliquent les nombreux adjectifs possessifs mon / ma, aututoiement familier moins guindé que l'attitude citée plus haut ; on le sent enfin à la discrétion des reproches qui lui échappentcependant à deux reprises : "Tu m'avais bien promis de m'écrire" et "Je voudrais une lettre de toi", remarques qui peuvent dureste être mises sur le compte d'une impatience amoureuse toute naturelle. Et la déception se marque avec une discrétion atténuéepar l'adverbe : "j'ai presque pleuré".En fait pour exprimer simplement l'amour, ce poème de circonstance prend le ton d'une vraie lettre écrite sans souci de faire de lalittérature, avec ses reprises de termes (les trois occurrences du nom lettre), ses redites, ses allusions aux menus faits de sa vie,sur le ton de la narration : le passage du facteur, la promenade au quartier ; avec ses phrases quasi orales marquées par l'ellipsedu verbe dans le premier vers, l'effet d'écho "pas de lettre de toi" et "Pas de lettre pour vous", les fréquentes reprises de laconjonction "et" qui, comme dans la conversation familière, enchaîne les propos, sans qu'il y ait toujours un lien logique évidententre eux : "Et je suis triste", "et j'ai presque pleuré / Et je cherche", "Et c'est le seul ami", "Et tristement ma Lou". Le dernier verstient lieu de la traditionnelle formule finale d'une lettre. Le rythme épouse la mobilité de l'humeur de l'épistolier: tantôt accéléré parla multiplication des questions de la seconde strophe, tantôt plus las, ralenti par des nasales ou des assonances en voyellessombres:"Le jour s'est assombri [...]Et tristement ma Lou je te baise la main Le poète est par ailleurs porté à la mélancolie. Elle s'explique par le poids de la séparation et de la solitude morale, aussi lepoème est-il le long soliloque de celui qui est réduit à l'isolement ; de ce lieu où l'on vit collectivement, la caserne, aucune autrepersonne n'est évoquée, si ce n'est le facteur très brièvement qui devrait la relier à elle mais dont les propos le laissent sur unpoignant sentiment d'abandon : "Pas de lettre pour vous". La caserne est un huis-clos qui l'isole du monde et accroît sa solitudeaffective. La seule compagnie qui lui soit donnée est celle de "ce joli chien" découvert naguère ensemble, embelli d'avoir étéremarqué par Lou. Il comble momentanément son besoin d'affection : "je le caresse""il me lèche et me regarde avec tendresseC'est le seul ami que je connaisse à Nîmes"mais pourtant il attise aussi sa nostalgie; les allitérations en S très appuyées dans la quatrième strophe suggèrent longuement lamélancolie de l'auteur. »

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