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ce que cherche et exige pourtant la raison 1.

Publié le 22/10/2012

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ce que cherche et exige pourtant la raison 1. Celle-ci doit se présenter à la nature tenant d'une main ses principes, qui seuls peuvent donner à des phénomènes concordants l'autorité de lois, et de l'autre l'expérimentation, telle qu'elle l'imagine d'après ces mêmes principes. Elle lui demande de l'instruire, non comme un écolier qui se laisse dire tout ce qui plaît au maître, mais comme un juge en fonctions, qui contraint les témoins à répondre aux questions qu'il leur adresse 2. La physique est donc redevable de l'heureuse révolution qui s'est opérée dans sa méthode à cette simple idée, qu'elle doit chercher (et non imaginer) dans la nature, conformément aux idées que la raison même y transporte, ce qu'elle doit en apprendre, et dont elle ne pourrait rien savoir par elle-même. C'est ainsi qu'elle est entrée d'abord dans le sûr chemin de la science, après n'avoir fait pendant tant de siècles que tâtonner. NOTE DE KANT (1) Je ne suis pas ici exactement le fil de la méthode expérimentale, dont les premiers commencements ne sont pas encore bien connus. (Raison pure, p. 19-20.) Au contraire, la métaphysique, qui devrait être une science purement rationnelle et qui présente pour l'homme le plus haut intérêt, offre le spectacle de thèses qui s'affrontent sans qu'on parvienne jamais à quelque vérité qui pourrait être considérée comme acquise. 5. L'échec de la métaphysique. La métaphysique est une connaissance rationnelle spéculative tout à fait à part, qui s'élève entièrement au-dessus des leçons de l'expérience, en ne s'appuyant que sur de simples concepts (et non en appliquant comme les mathématiques ces I. L'observation elle-même est active, non passive. 2. L'expérience ne peut que répondre aux questions qu'on lui pose. concepts à l'intuition), et où, par conséquent, la raison doit être son propre élève. Cette connaissance n'a pas encore été assez favorisée du sort pour pouvoir entrer dans le sûr chemin de la science, et pourtant elle est plus vieille que toutes les autres, et elle subsisterait toujours, alors même que celles-ci disparaîtraient toutes ensemble dans le gouffre d'une barbarie dévastatrice 1. La raison s'y trouve continuellement dans l'embarras, ne fût-ce que pour apercevoir a priori (comme elle en a la prétention) ces lois que confirme la plus vulgaire expérience. Il y faut revenir indéfiniment sur ses pas, parce qu'on trouve que la route qu'on a suivie ne conduit pas où l'on veut aller. Quant à mettre ses adeptes d'accord dans leurs assertions, elle en est tellement éloignée qu'elle semble plutôt être une arène exclusivement destinée à exercer les forces des jouteurs en des combats de parade, et où aucun champion n'a jamais pu se rendre maître de la plus petite place et fonder sur sa victoire une possession durable. Il n'y a donc pas de doute que sa marche n'ait été jusqu'ici qu'un pur tâtonnement, et, ce qu'il y a de pire, un tâtonnement au milieu de simples concepts. Or, d'où vient qu'ici la science n'a pu ouvrir encore un chemin sûr? Cela serait-il par hasard impossible? Pourquoi donc la nature aurait-elle inspiré à notre raison cette infatigable ardeur à en rechercher la trace, comme s'il s'agissait d'un de ses intérêts les plus importants? Bien plus, comme nous avons peu de motifs de confiance en notre raison, si, quand il s'agit de l'un des objets les plus importants de notre curiosité, elle ne nous abandonne pas seulement, mais nous leurre de fausses espérances et finit par nous tromper! Peut-être jusqu'ici a-t-on fait fausse route, mais sur quels motifs fonder l'espérance qu'en nous livrant à de nouvelles recherches nous serons plus heureux que ne furent les autres avant nous? (Raison pure, p. 20-21.) 1. C'est toujours le paradoxe de la métaphysique : les questions sont inévitables et les réponses insuffisantes. C. La révolution copernicienne. Ce ne peut être en vain que la raison nous ramène toujours aux mêmes problèmes. Si donc aucune solution n'a pu être trouvée jusqu'ici, il faut mettre en cause la méthode même de la recherche et se demander si le changement de méthode qui a si bien réussi en mathématiques et en physique ne pourrait être opéré aussi en métaphysique 6. L'hypothèse idéaliste 1. En voyant comment les mathématiques et la physique sont devenues, par l'effet d'une révolution subite, ce qu'elles sont aujourd'hui, je devais juger l'exemple assez remarquable pour être amené à réfléchir au caractère essentiel d'un changement de méthode qui a été si avantageux à ces sciences, et à les imiter ici, du moins à titre d'essai, autant que le comporte leur analogie, comme connaissances rationnelles, avec la métaphysique. On a admis jusqu'ici que toutes nos connaissances devaient se régler sur les objets; mais, dans cette hypothèse, tous nos efforts pour établir à l'égard de ces objets quelque jugement a priori et par concept qui étendît notre connaissance n'ont abouti à rien. Que l'on cherche donc une fois si nous ne serions pas heureux dans les problèmes de la métaphysique, en supposant que les objets se règlent sur notre connaissance, ce qui s'accorde déjà mieux avec ce que nous désirons démontrer, à savoir la possibilité d'une connaissance a priori de ces objets qui établisse quelque chose à leur égard, avant même qu'ils nous soient donnés. Il en est ici comme de la première idée de CoPERmc : voyant qu'il ne pouvait venir à bout d'expliquer les mouvements du ciel en admettant que toute la multitude des étoiles tournait autour du spectateur, il chercha s'il n'y réussirait pas mieux en supposant que c'est le spectateur qui tourne et que les autres demeurent immobiles. En métaphysi- 1. On peut entendre par idéalisme, sur le plan de la connaissance, la doctrine selon laquelle « le réel est le contenu de la représentation qu'élabore l'esprit dans son effort pour comprendre « (Mouy, Logique), par opposition au réalisme qui considère que le réel est donné et que l'esprit se contente de l'enregistrer.

« 15 L'échec de la métaphysique concepts à 1 'intuition), et où, par conséquent, la raison doit être son propre élève. Cette connaissance n'a pas encore été assez favorisée du sort pour pouvoir entrer dans le sûr chemin de la science, et pourtant elle est plus vieille que toutes les autres, et elle subsisterait toujours, alors même que celles-ci disparaîtraient toutes ensemble dans le gouffre d'une barbarie dévastatrice 1 • La raison s'y trouve continuellement dans l'embarras, ne fût-ce que pour apercevoir a priori (comme elle en a la prétention) ces lois que confirme la plus vulgaire expérience. Il y faut revenir indéfiniment sur ses pas, parce qu'on trouve que la route qu'on a suivie ne conduit pas où l'on veut aller. Quant à mettre ses adeptes d'accord dans leurs assertions, elle en est tellement éloignée qu'elle semble plutôt être une arène exclu­ sivement destinée à exercer les forces des jouteurs en des combats de parade, et où aucun champion n'ajamais pu se rendre maître de la plus petite place et fonder sur sa victoire une possession durable. Il n'y a donc pas de doute que sa marche n'ait été jus­ qu'ici qu'un pur tâtonnement, et, ce qu'il y a de pire, un tâton­ nement au milieu de simples concepts. Or, d'où vient qu'ici la science n'a pu ouvrir encore un che­ min sûr? Cela serait-il par hasard impossible? Pourquoi donc la nature aurait-elle inspiré à notre raison cette infatigable ardeur à en rechercher la trace, comme s'il s'agissait d'un de ses intérêts les plus importants? Bien plus, comme nous avons peu de motifs de confiance en notre raison, si, quand il s'agit de l'un des objets les plus importants de notre curiosité, elle ne nous abandonne pas seulement, mais nous leurre de fausses espé­ rances et finit par nous tromper! Peut-être jusqu'ici a-t-on fait fausse route, mais -sur quels motifs fonder l'espérance qu'en nous livrant à de nouvelles recherches nous serons plus heureux que ne furent les autres avant nous? (Raison pure, p. 20-21.) 1. C'est toujours le paradoxe de la métaphysique : les questions sont inévitables et les réponses insuffisantes. »

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