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COMMENTAIRE DU TEXTE DE LA BRUYERE, LES CARACTERES

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COMMENTAIRE DU TEXTE DE LA BRUYERE, LES CARACTERES Les Caracte?res de La Bruye?re se proposent de de?finir l'Homme dans tous les aspects de sa vie. Dans le chapitre consacre? aux «Jugements», l'auteur s'inte?resse plus particulie?rement a? la fac?on dont il se de?finit. Cet extrait pre?sente l'homme comme pre?somptueux et bien peu raisonnable. Comment le moraliste compose-t-il ici une image saisissante de la nature humaine ? Il convient d'e?tudier d'abord l'ide?e selon laquelle l'homme n'est pas un animal raisonnable, ide?e tourne?e en de?rision par La Bruye?re. Puis nous verrons comment l'attitude belliqueuse des hommes est de?nonce?e. Enfin, ce texte est un appel a? une prise de conscience. I. La re?futation de La Bruye?re: l'homme n'est pas un animal raisonnable. Cette the?se, de?livre?e au de?but du paragraphe, est d'emble?e conteste?e par La Bruye?re avec l'emploi du verbe «corner», clairement pe?joratif. L'expres- sion apparai?t a? plusieurs reprises, a? chaque fois de manie?re ironique. 1. Un e?change des ro?les. L'homme est, a? plusieurs reprises, assimile? a? un animal, mais de manie?re iro- nique, par exemple lorsque le moraliste e?voque les animaux et les de?signent comme «vos confre?res», en s'adressant aux hommes. Les exemples suc- cessifs pre?sente?s de fac?on paralle?le (le tiercelet de faucon, le le?vrier, l'homme «qui court le sanglier») accentuent la ressemblance entre l'homme et l'ani- mal. Mais les animaux aussi sont humanise?s, a? la manie?re d'une fable (« si les uns ou les autres vous disaient qu'ils aiment la gloire», «les uns ou les autres» renvoyant aux chats ou aux loups). La Bruye?re semble donc d'accord avec l'ide?e que l'homme est un animal, mais il conteste l'adjectif « raisonnable ». 2. L'homme est pre?sente? comme un animal de?na- ture?. La taupe et la tortue, compare?es a? l'homme, place? dans une position d'infe?riorite? («au-dessous de... »)posse?dent« l'instinctdeleurnature », contrairement a? l'homme, de?valorise? ici pour ses « le?ge?rete?s », « folies », et « caprices » (dans un rythme ternaire qui mime son e?garement). Son imagination et son intelligence technicienne sont mises au profit de la destruction («car avec vos seules mains que vous pouviez-vous vous faire les uns aux autres [...] ? »)etl'e?nume?rationdesarmes(« leslances,les piques, les dards, les sabres et les cimeterres») s'opposeaux« dents »et« ongles »desanimaux. 3. La Bruye?re s'attache a? montrer que la raison conseille de ne pas se battre contre son prochain. Il emploie l'exemple de deux chiens qu'il met en sce?ne : ils « s'aboient, s'affrontent, se mordent et se de?chirent». Face a? ce spectacle, le jugement des hommes est transcrit: «Voila? de sots animaux». Cette phrase fait suite aux jugements pre?ce?dents, donne?s au style direct : un animal qui suit sa nature et qui en tue un autre pour se nourrir est un « bon » animal ; celui qui s'attaque a? un autre de son espe?ce ne fait pas preuve de raison. L'homme n'est donc pas un «animal raisonnable», et La Bruye?re de?ve- loppe plus particulie?rement l'exemple de la guerre. II. La de?nonciation de l'attitude belliqueuse des hommes Dans un texte qui n'est pas de?pourvu d'humour, le moraliste entreprend de de?noncer la guerre. 1. Pour cela, il repre?sente une bataille des chats, dans une parodie d'e?pope?e, dont les acteurs «ont joue? ensemble de la dent et de la griffe». L'exage?- rationdeschiffres(« neufa?dixmillechats »),le caracte?re effrayant de la bataille («ils se sont jete?s avec fureur les uns sur les autres ») reprennent des caracte?ristiques de l'e?pope?e, mais la pre?sence de ces chats humanise?s ope?re un de?tournement paro- dique. Le moraliste montre ainsi le caracte?re absurde d'une telle entreprise. Les hommes qui se battent entre eux ne sont pas « raisonnables ». 2. Les images de violence s'attachent au the?me de la guerre: le mot «boucherie» renvoie me?me a? cette entreprise. Dans une gradation, l'auteur e?voque les violences effectue?es sans armes (« vous arracher les cheveux, vous e?gratigner au visage», «vous arracher les yeux de la te?te»), avant de se complaire dans une description des souffrances endure?es par le fait des armes (« vous faire re?ciproquement de larges plaies d'ou? peut couler votre sang jusqu'a? la dernie?re goutte »). 3. Cette attitude belliqueuse des hommes ne semble due qu'a? un seul de?faut : l'amour-propre. Si celui-ci n'est pas nomme?, il est sous-entendu a? tra- vers des formules comme « vous donn[ez] aux ani- maux [...] ce qu'il y a de pire, pour prendre pour vous ce qu'il y a de meilleur ». Conforme?ment a? son projet de moraliste, La Bruye?re e?tudie l'homme et montre ses faiblesses, afin d'amener le lecteur a? une prise de conscience. III. Un appel a? une prise de conscience 1. L'ouvrage s'adresse explicitement aux hommes, comme le montre l'apostrophe «o? hommes» qui traduit la condescendance de l'auteur. L'utilisation re?currente de la deuxie?me personne du pluriel et des questions rhe?toriques («ne ririez-vous pas de toutvotrecoeur[...] ? »)incitentlelecteura?re?agir. Le passage se veut persuasif. 2. Mais dans cet extrait, le moraliste convie son lecteur a? participer aux diffe?rentes visions qu'il lui propose, dans des tournures paralle?les. La vision du« tierceletdefaucon »qui« faitunebelledes- cente sur la perdrix» appelle des paroles au style direct « Voila? un bon oiseau », et trois autres sce?nes sont alors propose?es au lecteur, dont l'auteur ima- gine les paroles. De me?me, trois fictions, intro- duitesparl'hypothe?tique« si »s'ache?ventparles re?actions suppose?es de celui-ci. Le lecteur est invite? a? construire le raisonnement, dans une argu- mentation image?e et qui se veut efficace.

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