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J. Hicks, Une théorie de l'histoire économique

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histoire

Il ne semble pas absurde de supposer qu'on peut tirer des sciences sociales et non de la seule science économique, quelques idées générales qui permettent aux historiens d'ordonner le matériel dont ils disposent. Je pense que la plupart des historiens seront d'accord sur ce point. Reste à savoir si un tel procédé n'est applicable qu'à une échelle limitée, à des fins particulières, ou si on peut en étendre la portée à l'ensemble de l'évolution historique au moins sous ses aspects les plus importants...

Entre autres, nous avons appris — c'est un point d'ordre général qu'il faut souligner dès le début — à distinguer entre les problèmes historiques qu'on peut utilement aborder en termes statistiques et ceux qui ne se prêtent pas à une telle approche. Vu sous un certain angle, il n'est presque toujours que l'élément d'un ensemble, et souvent d'un ensemble assez vaste.

Si l'on s'intéresse à l'un de ces derniers aspects, on fixera son attention sur l'ensemble, non sur l'événement isolé; c'est la moyenne, ou la norme de l'ensemble qu'on essayera- d'expliquer. On pourra admettre que l'événement isolé s'écarte de la norme sans perdre de vue l'existence d'une uniformité statistique- C'est ce qu'on fait presque toujours en économie m. .

On ne prétend pas, par exemple, que la théorie de la demande permette d'avancer la moindre hypothèse intéressante sur le comportement d'un consommateur particulier : celui-ci peut être dominé par des motivations qui lui sont tout à fait propres : mais par contre cette théorie permet d'affirmer un certain nombre de choses sur le comportement global du marché — c'est-à-dire de l'ensemble des consommateurs d'un certain produit. Il faut souligner que cette façon de raisonner n'implique nécessairement aucun « déterminisme »; on ne met pas en cause la liberté de choix de chaque consommateur, pris isolément-Mais la science économique s'occupe plus spécialement de tels comportements considérés sous l'angle « statistique ».

Une théorie historique ne peut s'appliquer qu'aux phénomènes qu'on peut considérer, dans l'optique qui nous intéresse, comme dotés

« 44 L'explication d'un texte économique de ce caractère statistique. La plupart des phénomènes qu'étudie l'his­ toire économique (prise en un sens aussi large que l'on veut) possè­ dent ce caractère; en histoire économique, le problème est surtout d'opérer des regroupements pour obtenir des ensembles qui possè­ dent ce caractère. Mais en principe, l'histoire économique ne se distin­ gue pas à cet égard des autres disciplines historiques. Toutes s'intéres­ sent parfois à des uniformités statistiques. Ce qu'il faut distinguer, ce sont les cas où l'on s'attache à des phénomènes généraux et ceux où l'on s'attache à des événements particuiiers isolés. Lorsqu'on s'inté­ resse aux premiers, on peut chercher à leur appliquer une théorie (éco­ nomique ou autre); pour les autres, c'est en général impossible. Prenons quelques exemples. Supposons que nous adoptions l'idée (à certains égards séduisante) que la Révolution française ne se serait pas produite si Louis XVI n'avait pas été aussi paresseux et aussi négligent 111 , qu'on aurait pu l'éviter si seulement le roi avait possédé les vertus d'un fonctionnaire consciencieux, comme ses ancêtres Louis XIV ou Philippe Il d'Espagne : alors la Révolution française, considérée sous cet angle, apparaîtrait comme un événement particu­ lier et non comme l'un des phénomènes auxquels on peut appliquer une théorie historique. Mais on pourrait la considérer sous ·d'autres angles et elle prendrait alors un aspect différent. Si l'on y voyait l'expression de changements sociaux qui se seraient produits en France même sous un prince meilleur -et qui se sont effectivement produits ailleurs de façon moins spectaculaire - , elle deviendrait l'exemple particulier d'un phénomène plus général et on pourrait l'aborder de manière théorique. Si l'on s'interrogeait sur les raisons de la concentration du pouvoir qui a permis aux insuffisances d'un seul homme d'avoir des conséquences aussi désastreuses, on serait égale­ ment en présence d'un problème théorique qui relèverait pourtant moins encore que le précédent de l'économie. Mais il s'agit là de ques­ tions relativement complexes auxquelles l'examen superficiel des faits ,- la Révolution française -ne peut permettre de répondre. Prenons maintenant un cas nettement opposé, celui de la « révolution industrielle » en Angleterre, c'est-à-dire du changement qui se produisit à peu près à la même époque en Angleterre dans l'organisation de l'industrie. On peut raconter en partie l'histoire de cette révolution au moyen de biographies particulières et on l'a d'ail­ leurs fait; mais il n'existe pas de biographie qu'on puisse considérer comme centrale. Personne n'oserait prétendre qu'il ait existé un seul homme, un seul inventeur ou un seul entrepreneur dont on puisse dire ( 1 l « Son métier l'ennuyait», dit Madelin, La révolution, Paris, 1933, p. 29 (note de l'auteur). l »

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