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Molière, les Précieuses ridicules (extrait).

Publié le 07/05/2013

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Molière, les Précieuses ridicules (extrait). Les Précieuses ridicules marquent le véritable début de la carrière de Molière, « observateur et législateur des bienséances du monde «. Il puise ici dans les manies et les obsessions de la mode précieuse et épingle, dans cette farce bouffonne, deux provinciales maniaques et ampoulées -- aussi « prudes et coquettes « en amour que « ridicules et alambiquées « en langage -- que les travers et les « rencheries « enverront finalement à « tous les diables «. Les Précieuses ridicules de Molière (acte I, scène 9) SCENE IX MAGDELON, CATHOS, MASCARILLE, ALMANZOR MASCARILLE, après avoir salué : Mesdames, vous serez surprises, sans doute, de l'audace de ma visite ; mais votre réputation vous attire cette méchante affaire, et le mérite a pour moi des charmes si puissants, que je cours partout après lui. MAGDELON : Si vous poursuivez le mérite, ce n'est pas sur nos terres que vous devez chasser. CATHOS : Pour voir chez nous le mérite, il a fallu que vous l'y ayez amené. MASCARILLE : Ah ! je m'inscris en faux contre vos paroles. La renommée accuse juste en contant ce que vous valez ; et vous allez faire pic, repic et capot tout ce qu'il y a de galant dans Paris. MAGDELON : Votre complaisance pousse un peu trop avant la libéralité de ses louanges ; et nous n'avons garde, ma cousine et moi, de donner de notre sérieux dans le doux de votre flatterie. CATHOS : Ma chère, il faudrait faire donner des sièges. MAGDELON : Holà, Almanzor ! ALMANZOR : Madame. MAGDELON : Vite, voiturez-nous ici les commodités de la conversation. MASCARILLE : Mais au moins, y a-t-il sûreté ici pour moi ? CATHOS : Que craignez-vous ? MASCARILLE : Quelque vol de mon coeur, quelque assassinat de ma franchise. Je vois ici des yeux qui ont la mine d'être de fort mauvais garçons, de faire insulte aux libertés, et de traiter une âme de Turc à More. Comment diable, d'abord qu'on les approche, ils se mettent sur leur garde meurtrière ? Ah ! par ma foi, je m'en défie, et je m'en vais gagner au pied, ou je veux caution bourgeoise qu'ils ne me feront point de mal. MAGDELON : Ma chère, c'est le caractère enjoué. CATHOS : Je vois bien que c'est un Amilcar. MAGDELON : Ne craignez rien : nos yeux n'ont point de mauvais desseins, et votre coeur peut dormir en assurance sur leur prud'homie. CATHOS : Mais de grâce, Monsieur, ne soyez pas inexorable à ce fauteuil qui vous tend les bras il y a un quart d'heure ; contentez un peu l'envie qu'il a de vous embrasser. MASCARILLE, après s'être peigné et avoir ajusté ses canons : Eh bien, Mesdames, que dites-vous de Paris ? MAGDELON : Hélas ! qu'en pourrions-nous dire ? Il faudrait être l'antipode de la raison, pour ne pas confesser que Paris est le grand bureau des merveilles, le centre du bon goût, du bel esprit et de la galanterie. MASCARILLE : Pour moi, je tiens que hors de Paris, il n'y a point de salut pour les honnêtes gens. CATHOS : C'est une vérité incontestable. MASCARILLE : Il y fait un peu crotté ; mais nous avons la chaise. Magdelon : Il est vrai que la chaise est un retranchement merveilleux contre les insultes de la boue et du mauvais temps. MASCARILLE : Vous recevez beaucoup de visites : quel bel esprit est des vôtres ? MAGDELON : Hélas ! nous ne sommes pas encore connues ; mais nous sommes en passe de l'être, et nous avons une amie particulière qui nous a promis d'amener ici tous ces Messieurs du Recueil des pièces choisies. CATHOS : Et certains autres qu'on nous a nommés aussi pour être les arbitres souverains des belles choses. MASCARILLE : C'est moi qui ferai votre affaire mieux que personne : ils me rendent tous visite ; et je puis dire que je ne me lève jamais sans une demi-douzaine de beaux esprits. MAGDELON : Eh ! mon Dieu, nous vous serons obligées de la dernière obligation, si vous nous faites cette amitié ; car enfin il faut avoir la connaissance de tous ces Messieurs-là, si l'on veut être du beau monde. Ce sont ceux qui donnent le branle à la réputation dans Paris, et vous savez qu'il y en a tel dont il ne faut que la seule fréquentation pour vous donner bruit de connaisseuse, quand il n'y aurait rien autre chose que cela. Mais pour moi, ce que je considère particulièrement, c'est que, par le moyen de ces visites spirituelles, on est instruite de cent choses qu'il faut savoir de nécessité, et qui sont de l'essence d'un bel esprit. On apprend par-là chaque jour les petites nouvelles galantes, les jolis commerces de prose et de vers. On sait à point nommé : « Un tel a composé la plus jolie pièce du monde sur un tel sujet ; une telle a fait des paroles sur un tel air ; celui-ci a fait un madrigal sur une jouissance ; celui-là a composé des stances sur une infidélité ; Monsieur Un tel écrivit hier au soir un sizain à Mademoiselle Une telle, dont elle lui a envoyé la réponse ce matin sur les huit heures ; un tel auteur a fait un tel dessein ; celui-là en est à la troisième partie de son roman ; cet autre met ses ouvrages sous la presse. « C'est là ce qui vous fait valoir dans les compagnies ; et si l'on ignore ces choses, je ne donnerais pas un clou de tout l'esprit qu'on peut avoir. CATHOS : En effet, je trouve que c'est renchérir sur le ridicule, qu'une personne se pique d'esprit et ne sache pas jusqu'au moindre petit quatrain qui se fait chaque jour ; et pour moi, j'aurais toutes les hontes du monde s'il fallait qu'on vînt à me demander si j'aurais vu quelque chose de nouveau que je n'aurais pas vu. MASCARILLE : Il est vrai qu'il est honteux de n'avoir pas des premiers tout ce qui se fait ; mais ne vous mettez pas en peine : je veux établir chez vous une Académie de beaux esprits, et je vous promets qu'il ne se fera pas un bout de vers dans Paris que vous ne sachiez par coeur avant tous les autres. Pour moi, tel que vous me voyez, je m'en escrime un peu quand je veux ; et vous verrez courir de ma façon, dans les belles ruelles de Paris, deux cents chansons, autant de sonnets, quatre cents épigrammes et plus de mille madrigaux, sans compter les énigmes et les portraits. MAGDELON : Je vous avoue que je suis furieusement pour les portraits ; je ne vois rien de si galant que cela. MASCARILLE : Les portraits sont difficiles, et demandent un esprit profond : vous en verrez de ma manière qui ne vous déplairont pas. CATHOS : Pour moi, j'aime terriblement les énigmes. MASCARILLE : Cela exerce l'esprit, et j'en ai fait quatre encore ce matin, que je vous donnerai à deviner. MAGDELON : Les madrigaux sont agréables, quand ils sont bien tournés. MASCARILLE : C'est mon talent particulier ; et je travaille à mettre en madrigaux toute l'histoire romaine. Source : Molière, les Précieuses ridicules, in OEuvres Complètes, Paris, Gallimard, Pléiade, 1971. Microsoft ® Encarta ® 2009. © 1993-2008 Microsoft Corporation. Tous droits réservés.

« MAGDELON : Les madrigaux sont agréables, quand ils sont bien tournés. MASCARILLE : C’est mon talent particulier ; et je travaille à mettre en madrigaux toute l’histoire romaine. Source : Molière, les Précieuses ridicules, in Œuvres Complètes, Paris, Gallimard, Pléiade, 1971. Microsoft ® Encarta ® 2009. © 1993-2008 Microsoft Corporation. Tous droits réservés. »

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