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Sujet : « Le théâtre n'est pas le pays du réel : il y a des arbres en carton, des palais de toile, un ciel de haillons, des diamants de verre, de l'or de clinquant, du fard sur la pêche, du rouge sur la joue, un soleil qui sort de dessous la terre. C'est le pays du vrai : il y a des coeurs humains dans les coulisses, des coeurs humains dans la salle, des coeurs humains sur la scène » Victor Hugo, Tas de Pierres III

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Sujet : « Le théâtre n'est pas le pays du réel : il y a des arbres en carton, des palais de toile, un ciel de haillons, des diamants de verre, de l'or de clinquant, du fard sur la pêche, du rouge sur la joue, un soleil qui sort de dessous la terre. C'est le pays du vrai : il y a des cœurs humains dans les coulisses, des cœurs humains dans la salle, des cœurs humains sur la scène » Victor Hugo, Tas de Pierres III ( 1830-1833). Vous commenterez cette citation en vous référant aux pièces de théâtre que vous avez étudiées, lues et vues.                     Victor Hugo a littéralement révolutionné le théâtre au XIXe siècle. Il a su utiliser les différents mouvements littéraires afin de devenir un des personnages les plus importants de la littérature française, et a été le chef de file du mouvement romantique. Il a porté la littérature hexagonale durant plus 50 ans de part son engagement sur tout les fronts ( romantisme, lyrisme, théâtre ) ainsi que sur le plan politique. Il dit donc que le théâtre n'est pas le pays du réel, mais est également le pays du vrai. Nous allons donc tenter de commenter et d'analyser ses dires en utilisant les deux parties qui nous sont clairement proposées.                     La première partie de ce court extrait nous propose une thèse qui a pour message évident que le théâtre n'est pas le pays du réel, que c'est donc logiquement le pays de l'irréel. Victor Hugo développe cette thèse en utilisant successivement, dans sa citation, plusieurs juxtapositions inhabituelles qui consistent à décrire un mot par un autre ( « diamants de verres »,« palais de toiles », etc.. ). Ces différentes descriptions ont un point en commun, elles représentent des notions irréelles ( arbres en carton ). Nous pouvons valider sa théorie à travers différents arguments. Premièrement, le théâtre, tout comme la littérature dans son ensemble, est à la base une fiction et rien d'autre. En d'autres termes, les intrigues proposées ne sont que virtuelle et ont pour but principal de distraire un public ciblé.  Victor Hugo nous dit que le théâtre est de « l'or de clinquant », il dit cela parce que le théâtre représente une situation réelle qui est exagérée, à degrés différents, mais qui bascule souvent dans l'irréel. Nous pouvons prendre comme exemple l'œuvre de Eugène Ionesco : Le roi se meurt. Dans cette pièce, le roi Bérenger Ier voit sa situation physique s'aggraver violemment au fil de la pièce avant de mourir au moment du dénouement. En réalité, Ionesco accentue le comportement et les attitudes habituelles d'un individu confronté à sa fin et c'est ce qui plonge la pièce dans l'irréel car la situation décrite dans le livre ne pourrait se produire dans la vie réelle. Nous pouvons distinguer trois attitudes successives face à la vérité choquante qui est la mort : la dénégation, la révolte et la résignation. Le fond de l'œuvre est donc réel contrairement à sa forme. Dans cette pièce, on peut porter une réflexion sur l'écoulement du temps et la perception du réel. En conclusion de la pièce, le roi meurt alors qu'il n'a pas eu le temps d'y penser, le laps de temps est si court qu'il fait ressortir la vérité de la fin jamais préparée. Une autre pièce de Ionesco peut valider ce raisonnement, il s'agit de Rhinocéros. Tout comme dans Le roi se meurt, l'intrigue est totalement irréelle car les habitants d'une petite ville sont atteint d'une « rhinocérite » et deviennent tour à tour des rhinocéros, et cela par choix. Ils rentrent tous dans les rangs, suivent tous la tendance sauf un ( Bérenger ). Ici, Ionesco dénonce le comportement grégaire de la foule qui suit sans résister, qui fait preuve de passivité face au phénomène et fait un parallèle avec les régimes totalitaires ( nazisme, stalinisme). Ionesco utilise donc encore l'irréel pour dénoncer une réalité et faire passer un message. Deuxièmement, un autre argument peut valider la première thèse de Victor Hugo. En effet, le théâtre est très axé sur le concept du tout ou rien, c'est à dire que seuls deux niveaux extrêmes sont possibles, autrement dit c'est le feu ou la glace, la vie ou la mort. Nous ressentons que tout est accentué, que les personnages peuvent, dans une confusion totale, comme le dit Racine dans Andromaque « épouser ce qu'ils haïssent et punir ce qu'ils aiment ». Cette pièce peut justement confirmer cet argument, et ceci à travers les sentiments des personnages qui les conduisent au désastre. Chaque personne aime la mauvaise personne et au final Hermione, amoureuse de Pyrrhus est brisée par la décision du roi qui a choisi Andromaque. Elle demande à Oreste, qui est amoureux d'elle, de tuer Pyrrhus. Cette notion de tout ou rien est parfaitement représentée ici car l'on voit que Hermione ira au suicide après avoir tué, par l'intermédiaire d'Oreste, l'homme qu'elle aime. Elle reprochera d'ailleurs le meurtre à ce dernier alors que c'était son souhait. Cela entre clairement dans la notion du tout ou rien, car n'ayant pas l'amour réciproque dont elle rêvait, elle fait un choix totalement opposé à cet amour, qui est la mort, pour elle et pour Pyrrhus, et qui détruira  mentalement Oreste. Mis à part le fait que le dénouement confirme le pessimisme racinien face aux dangers de la passion, ce même dénouement relève également de l'irréel car aucun « juste milieu » n'est trouvé entre l'amour et la haine, entre la vie et la mort. Après avoir vu, à travers la citation de Victor Hugo, en quoi le théâtre n'est pas le pays du réel, nous allons à présent voir en quoi ce même théâtre est-il le pays du vrai, malgré l'opposition qui apparaît flagrante. « Il y a des cœurs humains dans les coulisses, des cœurs humains dans la salle, des cœurs humains sur la scène. ». Victor Hugo regroupe les personnages, acteurs et spectateurs et nous fait comprendre que le théâtre exprime ainsi une vérité humaine qui a pour but d'explorer les sentiments profonds. Il insiste fortement sur le fait que le théâtre a avant tout un caractère humain, un fond humain, un cœur humain pour reprendre son expression. Le vrai a pour but la vérité, et le théâtre dégage très souvent une morale. Nous pouvons prendre comme exemple Le Malentendu d'Albert Camus, pièce faisant partie du cycle de l'absurde. Cette œuvre est pleine d'humanisme, mais aussi de pessimisme quand à la nature humaine. L'intrigue est telle, qu'une mère et sa fille vivent dans un hôtel morose et rêvent d'habiter près de la mer. Pour cela, elles tuent leurs clients, à l'aide d'une tisane mortelle, en espérant que la situation de ces derniers soit aisée, pour récupérer leurs biens. Leur dernière victime sera Jan, un jeune homme qui est en réalité le frère de la fille et le fils de la mère. Celui-ci a quitté le cocon familial très tôt et est revenu pour offrir de meilleurs horizons à sa famille mais de peur d'être rejeté, il se fait passé pour un client. La fin sera fatale au jeune homme, ainsi qu'a sa mère qui se suicidera après avoir réalisé qui elle venait de tuer, laissant seule sa fille. Amour et manque d'amour constituent un thème central de la pièce. Ce sentiment fort et continuellement présent, que ce soit dans l'amour filial qui manque à la mère, ou encore dans l'amour présent dans le couple de Jan et Maria. Plusieurs vérités se dégagent, comme l'amour maternel défaillant traduit par le suicide de la mère, laissant seule sa fille qui a pourtant été présente, au contraire de son frère. Nous ressentons également l'impuissance d'un fils qui ne sait comment trouver les mots pour annoncer son retour, qui essaiera a plusieurs reprises de transgresser une relation d'hôte à client afin de se faire connaître de sa famille, en vain. La vérité est donc pleine dans cette œuvre qui relève du tragique.  Une autre œuvre, issue d'une époque totalement différente, peut refléter le vrai. Il s'agit du Cid de Corneille, pièce écrite en 1636. L'œuvre a subit de nombreuses critiques du fait de son grand nombre de péripéties et de son invraisemblance. Cependant, le vrai domine la pièce. En effet, le message est, de manière concrète, le dilemme entre le devoir et l'amour, un dilemme qui peut hanter chacun de nos jours présents. Cette pièce est un culte car elle est éternelle et même si les époques évoluent, la notion de dilemme est une vérité difficile à accepter, mais reste une vérité. Mais pour refléter ce vrai, nous pouvons nous appuyer sur la citation de Victor Hugo. En effet il utilise les mots salle, scène et coulisse, ce qui axe nos pensées sur la représentation théâtrale. En effet, rien n'est plus humain que le théâtre joué par des acteurs.  Et pour justifier notre argument, nous n'avons point besoin d'exemple précis mais d'un exemple général, car même si les intrigues peuvent baigner dans l'irréel le plus total, la salle est pleine de vrai, de cœurs humains comme le dit si bien Hugo, et l'émotion n'est pas la même entre une pièce lue et une pièce vue. Ainsi le théâtre est bel et bien le pays du vrai, un pays humain. Notre analyse fait ressortir clairement que le théâtre n'a pas pour but la réalité mais la vérité, que le réel n'est pas présent contrairement au vrai. Mais comment allier  l'irréel et le vrai ? Un paradoxe est donc présent car ces deux notions sont a priori antithétiques. Plusieurs ouvertures différentes sont possibles concernant ce paradoxe, le théâtre serait il un miroir reflétant la vie de manière très, voir trop brillante ?  Une question sans réponse.

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