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   Interprétée dans la perspective du tragique, notre histoire occidentale laisse apparaître sa constante : l'effort de la liberté pour se reconquérir sur le prescrit et l'irrémédiable. Mais l'acharnement à connaître et à maîtriser, qui a fait de l'Europe, pendant des siècles, le moteur du monde, a été lié dès l'origine à l'interrogation tragique sur le mal et la culpabilité, à la reconnaissance tragique des limites. Sans doute cette tension est-elle constitutive de notre culture. Et nous avons vu, chaque fois, la prétention d'abolir le tragique aboutir à un tragique nouveau. La Révolution a débouché sur la Terreur. A partir de là, pour échapper à l'abstraction, pour retrouver l'unité perdue, deux chemins : Hegel intègre la fatalité, instaure la totalisation du savoir, et il crée la nécessité tyrannique de l'Histoire. Hölderlin et tout un romantisme qui est parvenu jusqu'à nous, prenant acte de la défection divine, prônent le retour au fondamental, la plongée lustrale dans l'originaire et le particulier ; ils nourriront le délire païen de la race, l'obsession de l'ennemi, l'extermination des inassimilables. Nous avons pénétré dans une nouvelle époque qui tente, d'une façon moins provocante et plus douce, d'éliminer le tragique en le noyant dans le bien-être et la science. Mais le bien-être engendre l'angoisse de l'insignifiance ; et l'extension du savoir, ce ressort irréductible de l'aventure et de la grandeur, se heurte à une frontière que Nietzsche avait par avance désignée : «La science éperonnée par sa vigoureuse illusion, s'élance sans cesse jusqu'aux limites contre lesquelles se brise l'optimisme inhérent à l'essence même de la logique. Car le cercle du savoir porte à sa périphérie une infinité de points, et, bien qu'on ne puisse absolument pas prévoir quand le cercle aura été complètement parcouru, l'homme noble et bien doué arrive immanquablement, avant le milieu de sa vie, à tels points limites de la périphérie d'où son regard plonge dans l'inexplorable. Quand il découvre alors, à sa terreur, que la logique, parvenue à cette limite, se replie sur elle-même et finit par se mordre la queue, une forme nouvelle de la connaissance se fait jour, la connaissance tragique, qui réclame, pour être tolérée, la vertu préventive et curâtive de l'art. «    Nous sommes avertis que le retour du tragique est inévitable, et en vérité il est déjà là, dans cette étrangeté qui nous prend, dans cette interrogation aveugle qui surgit de la partie la plus avancée de l'art et de la littérature. Il convient d'abord de l'accueillir et de l'accompagner, car il est notre meilleure garantie contre la perte de l'homme [...] C'est cette inquiétude larvée, cet ahurissement qu'il faut maintenir en éveil. La science se compartimente ; la philosophie, intimidée, se spécialise ; la théologie bafouille. Alors la question métaphysique, expulsée des doctrines, descend dans la rue, sous le vêtement des pauvres, avec la tête de tout le monde. Il était temps : on commençait à étouffer dans une pensée qui discrédite toutes les libertés et qui aboutit à la répétition prudente et morne du connu. A la fin, nous porterons le soupçon sur tout ce qui soupçonne, car la critique a rempli son office, et au-delà. Les langages sont libérés; les formes ressuscitent, neuves ; on découvre d'immenses possibilités d'être heureux ; mais il y manque la conviction d'être là, avec une âme et un corps, et de pouvoir agir ensemble.    J.-M. Domenach, Le Retour du Tragique (Seuil).    RÉSUMÉ    L'histoire occidentale apparaît comme la tentative permanente de réduire une tension entre les possibilités de connaissance, de maîtrise, et la reconnaissance du mal. A chaque effort pour échapper au tragique succède un tragique nouveau : après l'échec de la Révolution, Hegel, puis toute une forme de romantisme essaient vainement de l'éliminer. De nos jours, les remèdes — confort et science — sont aussi inefficaces, et Nietzsche avait bien prévu les limites du second. Le retour du tragique est donc inévitable, et nourrit une sourde inquiétude, dans le désarroi où nous laissent les possibilités de bonheur.    ANALYSE    J.-M. Domenach cherche à montrer dans ce texte que notre histoire' entière est tissée de tragédie : elle apparaît comme la tentative permanente de réduire une tension entre les possibilités de connaissance, de maîtrise, et la reconnaissance du mal. Les tentatives victorieuses de rénovation pourraient infirmer ce jugement mais l'auteur réfute d'avance les objections : après l'échec de la Révolution, Hegel, puis toute une forme de romantisme tentent vainement d'éliminer le tragique. Quels arguments J.-M. Domenach utilisera-t-il pour prouver que notre époque n'a pas davantage vaincu le tragique ? Il note que, de nos jours, les remèdes — confort et science — sont aussi inefficaces, et que Nietzsche avait bien prévu les limites du second. La conclusion s'impose alors : le retour du tragique est inévitable, et nourrit une sourde inquiétude, dans le désarroi où nous laissent les possibilités de bonheur.    COMMENTAIRE    Commentez la phrase : « ...l'acharnement à connaître et à maîtriser, qui a fait de l'Europe, pendant des siècles, le moteur du monde, a été lié dès l'origine à l'interrogation tragique sur le mal et la culpabilité, à la reconnaissance tragique des limites. Sans doute cette tension est-elle constitutive de notre culture.« Elle pose l'essentiel du problème que traite ici J.-M. Domenach.    Vous pourriez montrer cette tension à l'aide d'exemples littéraires, de la tragédie grecque à l'œuvre de Beckett, sans oublier les attitudes très caractéristiques de Montaigne et Pascal.   

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