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Avare (L') de Molière (fiche de lecture)

Publié le 15/10/2018

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Avare (L'). Comédie en cinq actes et en prose de Molière, pseudonyme de Jean-Baptiste Poquelin (1622-1673), créée à Paris au théâtre du Palais-Royal le 9 septembre 1668, et publiée à Paris chez Jean Ribou en 1669.
 
Le succès de l'Avare est posthume. Alors que, dans les registres de la Comédie-Française, cette pièce occupe la deuxième place (2 078 représentations de 1680 à 1963) de la statistique moliéresque derrière le *Tartuffe, l'accueil des contemporains fut nettement plus frais : une médiocre recette de 1 069 livres le soir de la première -
à titre de comparaison, la première de l'École des femmes avait rapporté 1518 livres -, neuf représentations seulement en un mois. Grimarest, le biographe de Molière, avance une explication : « La prose dérouta les spectateurs. » Il est vrai que la grande comédie, dans son effort pour conquérir la respectabilité dramatique, se plie aux normes du modèle tragique - cinq actes en vers -, mais la prose de Dom Juan n'avait nullement, en 1665, rebuté le spectateur. Lassitude du public ? Molière vient de donner, cette même année 1668, Amphitryon en janvier et *George Dandin en juillet. En tout cas, si un espoir de remontée subsistait pour l'Avare, il fut balayé par le triomphe du Tartuffe enfin autorisé au début de 1669.

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« l'Avare est phi~ que.

la soinme des élé­ ments qui li{èomposel).t.

Valère, gentilhomme napolitain, s'est mis -en qualité d~if\t~ridant -au servke ·d'Harpagon, « l'Avare)>, dônt il aime la fiilê Élise.

Les deux jeunes gens viennent de signer en cachette une promesse de.mariage.

Desôn côté Cléante, le fils d'Harpaj;on, es): tombé amoureux de la jeune Mariane.

Mais « l'Avare>> réVèle des intentions bien différentes : il entend se· réserver Mariane et donner: sa flUe au vieux seigneur Anselme parce que ce dernier est prêt à l'épouser sans dot (Acte 1).

Cléante, dans son besoin d'argent, a pris contact par un intermédiaire avec un usurier aux exigences eXOrbitantes.

Lorsque les deux intéres­ sés se rencontrent, ils reconnaissent avec indigna­ tion dans l'autre, qui son père, qui son fils, et se séparent sur une violente altercation.

L'entremet­ teuse Frosine vient alors entretenir Harpagon des progrès qu'il a faits grâce à eUe dans le cœur de Mariane : mais, malgré toute son habileté à flat­ ter, elle ne tire de lui aucune gratification en retour (Acte U).

Harpagon a décidé de recevoir à dîner Anselme et Mariane : il donne à son cuisinier­ cocher, Maître jacques, des consignes de stricte économie pour le repas.

Valère -par tactique - l'approuve, mais Maître Jacques explose et rap­ porte à Harpagon les moqueries que lui vaut par­ tout son avarice.

Sa naïve franchise lui attire des coups de bâton dont il veut se venger sur Valère, mais celui-ci redouble la leçon.

Mariane rend visite à la famiUe: l'accueil grotesque qu'eUe reçoit d'Harpagon et la générosité qu'aux dépens de son père lui manifeste Cléante accroissent son aversion pour le premier et son inclination pour le second (Acte Ill).

Harpagon, par ruse, fait avouer à Cléante qu'il aime Mariane ; le vieiUard prétend imposer ses droits.

Une pseudo-conciliation tentée par maître Jacques n'aboutit qu'à aggraver la rupture entre le père et le fils.

Sur ces entrefaites, La Flèche - valet de Cléante -s'empare de la cassette où Harpagon cache son trésor: désespoir de l'avare quand il découvre le vol (Acte IV).

Une enquête est ouverte.

Ma?tre Jacques incri­ mine Valère.

Celui-ci, pensant qu'on lui reproche son engagement secret avec Élise, plaide coupa­ ble.

U révèle cependant sa naissance aristocrati­ que et les péripéties de sa jeunesse : Mariane à ce récit reconnaît en lui son frère, et Anselme son fils.

Cléante obtient d'Harpagon la main de Mariane en échange de la cassette, tandis qu'Élise est assurée d'épouser Valère (Acte V).

Comme la plupart des autres pièces de Molière, cette comédie met en scène une intrigue sentimentale entre des jeunes gens dont les projets sont contrariés par l'opposition d'un père.

Mais chacun des deux éléments consti­ tutifs~ l'amour et l'obstacle- prend ici un relief particulier qui donne au tradi­ tionnel conflit une violence nouvelle.

Une des originalités de l'Avare tient à la présence insistante du romanesque, que dès ses débuts Molière avait pour­ tant minimisée : dans l'École des fem­ mes, il avait supprimé l'un des deux couples d'amoureux du canevas ita­ lien ; dans le Tartuffe, seul un couple comptait sur les deux évoqués ; ici, les deux intrigues -celles de Valère avec Élise et de Cléante avec Mariane - sont d'égale importance et occupent d'ail­ leurs les deux premières scènes de la pièce.

Le langage des amoureux, mais aussi les péripéties traversées nous ren­ voient aux personnages de roman : Élise arrachée à la fureur des eaux, un seigneur napolitain déguisé en inten­ dant pour s'introduire chez sa belle, le même rescapé d'un naufrage, Mariane prisonnière des corsaires, un père qui refait surface à point nommé, une chaîne de reconnaissances miraculeu­ ses.

À l'opposé du providentialisme sentimental, l'univers sordide d'Harpa­ gon, doublement avare -au sens fran­ çais de ladre et au sens latin de cupide.

Il n'a plus l'humanité d'Orgon, qui prenait au moins un être vivant pour objet de sa passion : l'aliénation prend maintenant la forme d'une chosifica­ tion.

Harpagon « est » sa cassette, de sorte que la lui dérober revient à lui prendre la vie, et il se considère comme « enterré » (IV, 7) aussi longtemps qu'elle aura disparu de son trou.

L'argent rend l'avare étranger au. »

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