Devoir de Philosophie

BEAUMARCHAIS : Le Barbier de Séville (Fiche de lecture)

Publié le 13/07/2010

Extrait du document

beaumarchais

« Horloger, musicien, chansonnier, dramaturge, auteur comique, homme de plaisir, homme de coeur, homme d'affaires, financier, manufacturier, éditeur, armateur, fournisseur, agent secret, négociateur, publiciste, tribun par occasion, homme de paix par goût, et cependant plaideur éternel. « C'est en ces termes que Louis Jouvet définit Beaumarchais, dans un article de 1936 resté célèbre (« Beaumarchais vu par un comédien «, Revue universelle). Cette extrême variété des occupations trahit, chez notre dramaturge, l'homme pratique qui sait parfaitement mener sa barque et qui montre, à tout moment, qu'il a les pieds sur terre. Il n'a rien du créateur solitaire, rêvant dans sa tour d'ivoire. Pour lui, contrairement à ce que dit Figaro, « L'amour des lettres [n'] est [pas] incompatible avec l'esprit des affaires « (I, 2). C'est ainsi qu'on le voit tout à la fois faire montre d'une combativité étonnante dans ses procès divers, et enseigner la harpe aux filles de Louis XV, ou encore s'adonner à l'écriture théâtrale, mais, dans le même temps, créer la Société des Auteurs dramatiques.

beaumarchais

« (III, 2, p.

95, lignes 96-98). De même, dans les trois autres manuscrits de la pièce non publiés (CF1, CF2, F), Bartholo refuse l'issue dudénouement en déclarant: Eh ! vous vous moquez de moi, Monsieur le comte, avec vos dénouements de comédie [...] il semble bien que noussoyons sur les planches. Certaines répliques de Bartholo donnent l'impression très nette que ce personnage se sait au théâtre, univers régipar des lois propres qui excluent le hasard ; quand Rosine laisse tomber à dessein sa partition par la fenêtre et qu'illa cherche en vain, il s'écrie finement :Le vent, le premier venu !...

Il n'y a point de vent, Madame, point de premier venu dans le monde ! et c'est toujoursquelqu'un posté là exprès qui ramasse les papiers qu'une femme a l'air de laisser tomber par mégarde (II, 4, p.

70,lignes 23-27).De même, lorsqu'on constate que le dialogue s'ingénie à rappeler fréquemment au spectateur le sous-titre de lapièce, La Précaution inutile, il n'est plus permis de douter de l'intention du dramaturge : — Ce sont des couplets de La Précaution inutile (I, 3).— Il demandait ce que c'est que La Précaution inutile (I, 4).— Toujours La Précaution inutile (III, 4). — [...] tout ce qu'il fait pour l'empêcher peut bien s'appeler à bon droit La Précaution inutile (IV, 8).Si l'on ajoute à tout ceci les nombreuses allusions de l'auteur à ses propres mésaventures judiciaires — ce que lepublic saisissait parfaitement -, on est forcé de constater qu'il aime à rappeler au spectateur qu'il est au théâtre, etque tout ce qui est montré n'est que fiction.

Le public est ainsi « mis à distance » de l'histoire représentée, commesi le dramaturge voulait l'empêcher d'y adhérer, de s'identifier avec les héros, afin qu'il jouisse plus pleinement, del'extérieur si l'on peut dire, du spectacle dramatique.

C'est là une démarche qui, bien que timide encore, estétonnamment moderne pour l'époque. 2.

L'oeuvre : architecture, mouvements, personnages 1.

L'intrigueLe résumé de la pièce se trouvant pp.

135 à 139, il n'est pas nécessaire d'y revenir en détail.

Il paraît plus utile demettre en lumière quelques-uns de ses aspects les plus intéressants.

Disons tout de suite que, dans son ensemble,cette intrigue n'a rien d'original et qu'elle ressemble beaucoup, par exemple, à celle de L'École des femmes deMolière.

En revanche, Beaumarchais excelle dans l'art de placer ses personnages dans une situation apparemmentsans issue, pour mieux jouir du plaisir de la dénouer avec brio.

C'est le cas, par exemple, dans la scène dite « de lastupéfaction » de Bazile : en effet, alors que la tension vient à peine de s'apaiser entre Bartholo et Figaro, que lecomte déguisé a enfin pu glisser à Rosine qu'il l'enlèverait dans la nuit, et que le valet est parvenu à subtiliser àgrand-peine la clef de la jalousie permettant l'enlèvement, c'est-à-dire au moment où le spectateur croit pouvoirpousser un « ouf » de soulagement, Beaumarchais fait entrer Bazile, qui n'est au courant de rien et qui risqued'anéantir les trésors d'ingéniosité déployés par les jeunes gens.

La situation paraît rigoureusement insoluble etpourtant...

De même, à la fin de la pièce, quand Bartholo retourne la situation en sa faveur, en faisant croire àRosine que « Lindor » n'est qu'un séducteur, comme en témoigne la lettre qu'il possède, on voit mal comment peutsurvenir une fin heureuse, puisque la jeune fille dépitée avoue au barbon le projet d'enlèvement (IV, 3).

C'est là queBeaumarchais réussit ce qui, de toute évidence, est impossible ; c'est là qu'il se révèle un prestidigitateur de talent. 2.

Les temps fortsLa pièce présente ainsi un certain nombre de temps forts dramatiques ; les uns sont des « morceaux » célèbres,comme la tirade de la calomnie, prononcée par Bazile (II, 8), au remarquable mouvement en crescendo, rythmé parl'emploi du vocabulaire de la musique («pianissimo...

piano, piano...

rinforzando...

crescendo...

chorus...).

D'autressont des passages dans lesquels les personnages lancent, pour déjouer la surveillance du barbon ou pour le simpleplaisir de le tromper, des répliques à double sens.

C'est ainsi que le comte, déguisé en soldat, tente de se faireentendre de Rosine : LE COMTE.

Mais s'il y a de l'obscurité dans mes phrases...

ROSINE.

J'en saisirai l'esprit.LE COMTE, lui montrant la lettre.

Non, attachez-vous à la lettre, à la lettre (II, 14, lignes 10-14). C'est ainsi également que Figaro, survenant au moment où le Comte, déguisé en bachelier, se trouve chez Bartholo,déclare à celui-ci : « Vous voyant ici à consulter, j'ai pensé que vous poursuiviez le même objet » (III, 5).

C'est leseul plaisir immédiat du bon mot qui le pousse à ce jeu sur le double sens du terme objet, sachant que Bartholoentendra le même but, et le comte la même femme, ce second sens étant courant à l'époque.. »

↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓

Liens utiles