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CORNET À DÉS (le). Recueil poétique de Max Jacob (résumé de l'oeuvre & analyse détaillée)

Publié le 24/10/2018

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CORNET À DÉS (le). Recueil poétique de Max Jacob (1876-1944), publié à Paris à compte d’auteur en 1916.

Ces quelque cent soixante récits assez brefs, assortis de réflexions teintées d'humour ou désabusées, trouvent leur matière dans les sujets les plus divers. Max Jacob peut s'inspirer de l’actualité politique nationale (les expositions coloniales), Internationale (l’accession du Japon au rang de grande puissance), ou des débats artistiques contemporains (cubisme, modernisme, rejet de la culture classique). Il peut aussi puiser dans le bric à brac de ses nombreux souvenirs de lecture, où se côtoient le Petit Poucet et Fantômas. les Mémoires de Sarah Bemhardt ou d'une de ses consœurs et l'Ancien Testament où se confrontent les différents genres (enquête journalistique, compte rendu critique, pastiche, roman populaire, etc). Il peut encore trouver dans sa vie l'origine de certains de ses poèmes : le passé (l'enfance à Quimper), le présent (la rue Ravignan, sa situation précaire qui affleure dans les notes obsédantes de la blanchisseuse). Ces divers éléments sont repris, non pour eux-mêmes, mais fondus ensemble dans le poème qui défie toujours toute logique et s’abandonne aux « données de l'inconscient ». Jetés au hasard du cornet les dés composent un poème à la formule toujours nouvelle. Cependant, si l'humour domine dans la première partie, il fait une place dans la deuxième partie du recueil à un lyrisme plus douloureux et parfois désespéré.

Max Jacob fut une des figures légendaires de la bohème montmartroise, aux côtés d'André Salmon et de Guillaume Apollinaire au début de ce siècle. L'humour, la fantaisie surgissent dans un jeu de mots (paralysie/parasitisme), qui annonce parfois les créations surréalistes d'un Desnos : « le godet du gouleau et la goulette du goût d'eau » ; ils naissent aussi des effets de surprise créés par la référence explicite à un genre littéraire (\"Genre biographique\", \"Roman feuilleton\") et l'exploitation ironique et banalisante qu'en fait l'auteur (« Que venait faire notre héros dans cette vieille cité de Chartres, qui est si connue ? Il venait chercher un médecin »), au point de remettre en question, bien avant le Nouveau Roman, et comme Paul Valéry, des modèles romanesques reconnus et de plonger dans l'embarras la logique rationnelle qui les sous-tend (\"les Indigents non ambulants et les autres\", \"Roman populaire\"). À ce plaisir de la mystification est livrée toute la tradition littéraire, de même que toute une tradition poétique sera analysée dans son Laboratoire central (1921).

« travers le lang age et dans la rupture avec la cohérence spatio-temporelle du récit réaliste, le sujet écriva nt et le le c­ teur se tournent vers le mystère et l'inconnu : "So leil ! Que de mystères tu éclaires autour de toi. ,. Dans le gra nd spectacl e du monde, le poète décrypte les signes d'une énigme ("Mystère du ciel"). Et l'humour recou­ vre mal l'angoisse d'un être qui, pour avo ir ro mpu avec la sécurisante logi­ que de ses aînés, se penche sur des "précip ices », habités par "la mort, la misère -et l'infamie ». Quant au retour vers le passé familial, le monde des "ivre sses,., il n'es t qu e "Retour philo­ sophi qu e vers ce qui n'est plus ". Selon Max Jacob, une œuvre doit être «située» (Préface de 1916) : le poème ne peut se contente r de décrire, mais il doit être composé de matér iaux que l'arti ste assemble en vue de créer une émotion. Plus son prétext e sera dénaturé, plus il sera imprévu pour le lecteur ("la Guerre"). Cette esthétique du dépaysement, où Max Jacob cher­ c he non à surprendre mais à « trans­ planter ,. son lecteur , tourne le do s à la réalité et fait de l'œ uvre un objet clos sur lui-même, possédant ses lois inter­ ne s, et mettant à l'épre uve son propre langage, comme, à la même époque, le cub isme analytique de Picasso et de Braque. »

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