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Gravitations. Recueil poétique de Jules Supervielle (résumé de l'oeuvre & analyse détaillée)

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supervielle

Gravitations. Recueil poétique de Jules Supervielle (1884-1960), publié

à Paris chez Gallimard en 1925 ; réédition corrigée et définitive en 1932.

 

Après les vers de jeunesse de Comme des voiliers, puis Débarcadères (1922), Gravitations, dont certains poèmes remontent à 1923, est le premier grand - et sans doute le plus important - recueil de Supervielle, qui le fit connaître de Valéry, de Gide, de Paulhan. À la différence des recueils ultérieurs, la plupart des poèmes de Gravitations n'ont pas été prépubliés en revue - à l'exception notable du poème liminaire \"le Portrait\", paru dans le Navire d'argent en 1925 et remarqué par Rainer Maria Rilke, et de quelques autres textes donnés à la Nouvelle Revue française et au Disque vert. Le recueil n'en a pas moins été travaillé et corrigé, sous l'influence « classicisante » d'Étiemble, entre l’édition de 1925 et celle, définitive, de 1932.

 

La composition, « sans intention réelle de classement » à l’origine, procède de regroupements thématiques en neuf parties : « les Colonnes étonnées », « Matins du monde », « le Cœur astrologue », « Suffit d’une bougie ». « le Miroir des morts », « le Large ». « Géologies ». « Équateur », « Poèmes de Guanamiru ». A l’exception d'« Équateur», qui ne compte qu'un seul poème, les sections sont de volume comparable. Supervielle utilise indifféremment le vers régulier rimé, regroupé en quatrains (\"l’Âme et l’Enfant\", \"Une étoile tire de l'arc\"), avec une nette prédilection pour les mètres courts (6/7/8 syllabes), le verset (\"le Portrait\", “Apparition”, \"le Survivant\"), le vers libre (\"la Table\"), associant le plus souvent les différents vers dans un même poème (“47, boulevard Lannes\", \"Loin de l’humaine saison\"). I! recourt même - fait exceptionnel dans l'ensemble de sa production poétique - au poème en prose, tels \"Vertige” et \"Âge des cavernes” dans « Géologies ».

 

Supervielle a été profondément marqué par la poésie de Jules Laforgue, né comme lui à Montevideo ; la thématique, résumée par le titre, procède assurément de la métaphysique cosmique du Sanglot de la terre, premier recueil,

« inabouti, de Laforgue, imprégné du pessimisme de Schopenhauer, et paro­ dié dans ses *Complaintes et l'Imitation de Notre-Dame la Lune (1886) : Un jour la Terre ne sera Qu'un aveugle espace qui tourne Confondant la nuit et le jour. ("Prophétie") Supervielle embrasse la totalité de l'espace -aérien et interstellaire dans la section «le Cœur astrologue >>, ter­ restre dans >, mais égale­ ment marin dans ,, le Large>>. Cepen­ dant, à la différence des grandes épopées cosmogoniques de Saint-John Perse- *Anabase est paru en 1924- ou des *Cinq Grandes Odes de Claudel, qui célèbrent la splendeur de la Création, l'immensité de ces espaces suscite un , une angoisse agoraphobe : > scrutant avec son télescope est une allégorie du poète en quête d'une place dans l'ordre cosmique - d'une identité. L'espace -l'abîme, la dis­ tance -, comme pour l'astronome habitué à raisonner en années-lumiè­ res, représente lui-même du temps, ainsi que le montre "Au feu", où le poète remonte le temps en traversant les couches géologiques. Le thème cos­ mique rejoint alors celui de la mémoire créatrice, à laquelle la poésie est vouée. Remonter le temps, c'est tendre vers l'origine -de la Terre, de l'humanité, jusqu'aux temps préhistoriques· de "Loin de l'humaine saison" ou de l111Âge des cavernes", jusqu'au -, mais aussi de l'individu. Bon nombre des poèmes de Gravita­ tions supposent ainsi une composante autobiographique -certes sublimée, élevée à la fiction-, et il n'est pas indif­ férent que la naissance soit aussi rap­ portée à Montevideo, dans le poème du même nom : «Je naissais, et par la fenêtre 1 Passait une fraîche calèche. ,, La dernière section « Poèmes de Gua­ namiru >>, qui fait référence au person­ nage central du > l'Homme de la pampa (1923), transformé en volcan, évoque clairement le paysage de l'Uru­ guay natal, avec ses plaines immenses parcourues par des cavaliers, notam­ ment dans le poème dédié "À Lautréa­ mont", Montévidéen lui aussi. Comme dans toutes les œuvres de Supervielle, cette quête des origines se heurte à l'irreprésentable : la vision des parents morts peu après sa naissance, que l'enfant, élevé par son oncle et sa »

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