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DAUDET: Le Petit Chose (Fiche de lecture)

Publié le 22/02/2012

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daudet
Il est à noter que ce n'est qu'une dizaine d'années après Le Petit Chose que Daudet fait figure d'écrivain réaliste et que, seulement après la publication du Nabab, en 1877, Zola le salue comme auteur « naturaliste ». Jules Lemaitre écrit à ce propos : « Le réaliste, c'est lui, et non monsieur Zola. Daudet est comme hypnotisé par la réalité. Il traduit ce qu'il a vu. » Cependant Lemaitre marque bien la différence essentielle entre ce réalisme et celui de la nouvelle école. « Ce réaliste est cordial, il aime, il a pitié, il ne dédaigne point. Il s'est préservé de ce pessimisme brutal et méprisant qui fut à la mode et s'appela, on ne sait pourquoi, le naturalisme. »
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« Le roman se présente donc comme un récit des « années d'apprentissage » de Daniel Eyssette. a/ Première partie : l'enfance.

Apprentissage de la vie sociale : les revers de fortune du père (chap.

1), la pauvreté (chap.

ii), l'inégalité des conditions (chap.

vu).

— Apprentissage de l'humiliation, corollaire de ce qui précède : lepetit Chose (chap.

l'affaire Boucoyran (chap.

— Premiers émois : les yeux noirs (chap.

vii).

— En dépit de cesexpériences, le petit Chose demeure un enfant naïf : les pièges du maître d'armes (chap.

x à xii). b/ Deuxième partie : vers l'âge d'homme.

Apprentissage de la vie de bohème (chap.

à iv), du sentiment amoureux (chap.

v à viii), de l'activité littéraire (chap.

— Apprentissage de la virilité : Irma Borel (chap.

x à xii).

— Le cordonombilical n'est cependant coupé qu'avec la mort de « la mère Jacques » (chap.

xvi). Les thèmes En plus de cette éducation sociale et sentimentale : L'échec : social, sentimental, littéraire. La compassion : de Jacques pour son frère, du curé Germane, de la mère, du petit Chose lui-même pour Bam-ban. La précarité de la vie d'écrivain, à travers l'expérience désastreuse de l'édition à compte d'auteur. Les personnages principaux Daniel Eyssette, le petit Chose Narrateur, témoin de lui-même et juge de ses propres actions, le petit Chose s'exprime tour à tour à la premièrepersonne (« je suis né...

»), puis à la troisième, à compter du moment où son sobriquet de « petit Chose » aliène sapersonnalité propre (p.

33 : « le petit Chose se mit à travailler » et, plus loin, « il avait bien froid...

»).

Cet êtrepourtant né sous le signe du Taureau mérite tous les qualificatifs que le dictionnaire Robert nous suggère en sonarticle « Faible ».

Il est bien en effet, du début à la fin du roman, faible, fragile, désarmé, impuissant devant lemalheur et la méchanceté, apathique, mou, pusillanime, velléitaire, éternelle victime. Porteur de malheurs dès son arrivée catastrophique au foyer des Eyssette (pp.

15 et 16), il ne nous révèle rien deses quelques années de bonheur, celles de la prime enfance, sinon qu'elles se prolongent, en l'absence descolarisation précoce, dans une existence solitaire de Robinson (pp.

19-22). L'entrée au collège de Lyon provoque la première d'une longue série d'humiliations.

Le petit Chose souffre d'embléede sa chétive apparence (p.

56) et de son peu d'envergure ; injustement persécuté (pp.

70, 76 et chap.

lx), ilconnaît d'emblée le désespoir et la tentation du suicide (p.

128), celle-ci à vrai dire aussi romanesque que sespremiers émois amoureux (p.

78).

Il n'accomplit évidemment pas ce parcours initiatique sans tomber dans les piègesles plus grossiers que sa naïveté l'empêche de subodorer (chap.

xi).

Ses yeux semblent se dessiller alors (pp.

125 et128) au point qu'une prise de conscience se manifeste : « Maintenant j'étais ferré à glace sur les questions de sentiment » et la première partie s'achève sur un défi aux autres et à soi-même : faire sa vie et reconstruire lefoyer (p.

142).

Le curé Germane ne se fait toutefois aucune illusion sur la maturité de son protégé : « J'ai bien peurque tu sois un enfant toute ta vie » (p.

133). — La deuxième partie fait plus que confirmer ces craintes.

Materné par son frère (chap.

III), bercé d'illusion par unevie de bohème qui tranche avec les tristes heures de son expérience de pion, l'esprit occupé de rêveries poétiques(p.

169) il n'est encore que le joli coeur rougissant qui s'éprend des yeux noirs de Camille.

Paris tend des piègesautrement dangereux que ceux manigancés par le maître d'armes du collège.

Cette fois, c'est dans les rets d'uneaventurière que tombe notre grand dadais (p.

238). A nouveau un éclair de lucidité se fait jour (chap.

xi), une fois encore il précède une capitulation, un abandon auxsirènes de la séduction et de l'aventure, avec au bout l'humiliation.

L'esprit corrompu de la comédienne rejoint dansla lucidité celui du bon père Germane : pour Irma Borel, le petit Chose est bien cet être « faible et mou jusqu'à lalâcheté » qu'avait jaugé le curé de Sarlande.

Éternel enfant, il retourne dans le giron de la mère Jacques qui ajoutesa touche personnelle au portrait de son frère : « Une femme sans courage, un enfant sans raison, qu'il ne faut plusjamais laisser seul.

» Privé de son tuteur à la mort de Jacques, Daniel tombe dans la prostration d'où il n'émerge quepour se voir chaperonné, encore, par Pierrotte. Jacques Moins univoque est la personnalité de Jacques.

Présenté dans la première partie comme éternel pleurnichard, cetenfant méprisé par son père, qui le traite de butor et d'âne (p.

29), ce gaffeur impénitent (épisode de la cruchecassée, p.

29) finit par s'affirmer dans son rôle de substitut de la mère (chap.

Hl de la deuxième partie), par sefrayer un chemin dans la jungle parisienne, acquiert une certaine existence sociale et sèche définitivement seslarmes (p.

162).

D'une infinie bonté, Jacques, après tant de larmes versées, tire celles du lecteur par une finpathétique et directement inspirée (comme l'épisode de la mansarde au Quartier latin) des Scènes de la vie de bohème de Murger, paru en 1848.. »

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