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Ethiopiques de Sedar Senghor Leopold (Résumé & Analyse)

Publié le 17/01/2022

Extrait du document

Racines européennes

 

Un nouvel apport pour l’imaginaire

 

Comme l’Afrique, « l’Europe à qui nous sommes liés par le nombril »

 

(« Prière aux masques ») a eu un rôle essentiel, quoique plus tardif, dans la formation de Senghor. Ses études parisiennes et sa découverte de la province française lui révèlent un paysage et un rapport au monde nouveaux : il découvre un monde de l’eau (pp. 134, 152), de la fraîcheur lumineuse (« Porte Dorée »), qui forme un contrepoint avec la nature africaine et constituera l’autre pôle de son imaginaire (dans les « Epîtres à la Princesse », en particulier).

 

Un apport intellectuel : le rôle de la raison

 

Mais c’est surtout l’apport intellectuel de l’Europe qui est essentiel pour la formation de Senghor. C’est en France qu’il trouve, au fil de ses lectures, les fondements théoriques de la notion de négritude. Il prend d’abord conscience du rôle de la raison comme moyen d’appréhension du monde. Même si, au même moment, la logique cartésienne est battue en brèche par les surréalistes, les modèles intellectuels qu’il se donne alors sont à même de nourrir rationnellement sa quête de la négritude.

 

Les sources de sa pensée

 

Les sources majeures de sa pensée et donc de sa poétique sont de trois ordres :

 

- L’enseignement de Paul Rivet, qui tendait à une revalorisation de l’héritage africain, ouvre Senghor à la notion de métissage comme fondement des grandes civilisations et lui fait renoncer définitivement à l’assimilation voulue par la colonisation et fondée sur l’impérialisme culturel français.

 

- La lecture de l’ethnologue allemand Frobenius apporte à la négritude les fondements théoriques qui lui manquaient. Auteur d’une Histoire de la civilisation africaine (traduite en français en 1936), Frobenius rompt en effet avec le rationalisme qui prévalait en ethnologie, pour lui substituer l’intuition : il cherche à appréhender la civilisation africaine par sympathie, en opposant « le style africain » au « style européen ». Celui qu’on a appelé « le poète de l’ethnologie » ose, pour la première fois, sortir l’Afrique de sa primitivité en écrivant : « L’idée du nègre barbare est une invention de l’Europe. » Même si sa thèse est discutable sur le plan scientifique, son impact sur la pensée de Senghor a été énorme : c’est à partir de Frobenius qu’il élabore avec Césaire le concept de négritude.

 

- Dans les milieux intellectuels parisiens, que Senghor fréquente avec Césaire, les réflexions sur la négritude se nourrissent aussi de la lecture des Négro-Améri-cains : Mac Kay, Alain Locke ou encore Dubois contestent les valeurs de l’Occident et revendiquent une identité noire. Cette lecture a marqué Senghor qui, dès 1937, se réclame du manifeste de MacKay : « Plonger jusqu’aux racines de notre race et bâtir sur notre profond fond, ce n’est pas retourner à l’état sauvage : c’est la culture même » (Liberté I, p. 21). Lorsque Senghor fonde, avec Césaire, la revue L\'Étudiant noir, c’est pour diffuser dans les milieux intellectuels parisiens les idées de la « Négro-Renaissance ».

Un double enracinement

 

Léopold Sédar Senghor, né en 1906 à Joal (Sénégal), porte un nom emblématique de son double enracinement : tandis que « Léopold » atteste l’attachement de sa famille à la religion chrétienne, « Sédar » (« qu’on ne peut humilier ») marque la fidélité à l’ethnie sérère* (sud du Sénégal) qui est le berceau de la famille Senghor. Ce patronyme lui-même porte sans doute la trace, selon le poète, de « la goutte de sang portugais qui remonte du fond des âges » (« Élégie des saudades »). Senghor s’affirme donc d’emblée comme un homme de convergences, illustrant avant la lettre le métissage dont sa poésie se fera l’écho.

 

Appartenant à une famille aisée de propriétaires terriens, le jeune Senghor a une enfance de petit paysan sérère : sa mère, d’origine peule*, et surtout son oncle maternel l’initient aux réalités de la nature africaine et à l’animisme. A partir del913, Senghor découvre « la francité » : à Joal, d’abord, puis en 1914 à la mission catholique de Ngasobil et enfin à Dakar, il fait de brillantes études et s’ouvre à la culture des Blancs, tout en découvrant un certain impérialisme culturel français. Bachelier en 1926, il quitte l’Afrique pour Paris en 1928. Au Lycée Louis-le-Grand puis à la Sorbonne, il poursuit un cursus universitaire qui le mène à l’agrégation (1935).

 

Un itinéraire qui mêle poésie et politique

 

En ces années de colonisation et de promotion des élites indigènes, Senghor choisit pourtant de ne pas rentrer au pays pour y devenir une personnalité influente. Deux rencontres essentielles l’ont en effet confronté aux questions que se posaient les milieux intellectuels de l’époque : sous l’influence de Georges Pompidou, rencontré au lycée Louis-le-Grand, il adhère, dès 1930, à l’Association des étudiants socialistes. Dans le même temps, la rencontre d’Aimé Césaire (en 1929) le fait entrer définitivement en « négritude » : c’est ensemble qu’ils fondent, en 1934, la revue UEtudiant noir, où ce mot apparaît pour la première fois. Seul Africain au milieu d’Antillais, Senghor s’engage alors dans la lutte contre la colonisation.

 

L’expérience de la guerre approfondit ce questionnement de l’homme noir sur son identité et sur son statut dans un monde colonisé. Prisonnier de 1940 à 1942, il découvre le mépris dans lequel sont tenus ses compatriotes, mais aussi les faiblesses de la civilisation blanche. A la Libération, il n’hésite pas longtemps à « tomber dans la politique » : membre du Parti socialiste, il est élu député du Sénégal à l’Assemblée constituante de 1945. Il prend alors peu à peu ses distances avec le Parti socialiste, pour se faire le représentant des mouvements purement africains. Ministre du général de Gaulle en 1959, il est l’un des principaux acteurs de l’indépendance du Sénégal, dont il devient, en 1960, le premier président élu. Ce n’est qu’en 1980 qu’il abandonne cette charge, pour partager sa vie entre l’Afrique et la Normandie, terre natale de sa seconde épouse.

Senghor et la négritude philosophique

L’approche de Senghor est moins politique : il se place sur un plan philosophique et psychologique, dans la droite ligne des thèses de Frobenius sur la civilisation africaine. Dans « L’humanisme et nous : René Maran », il définit la négritude comme le métissage « de la raison occidentale avec l’âme nègre » et récuse la notion de pureté raciale défendue par Césaire. La négritude doit être, pour lui, « le rendez-vous du donner et du recevoir » et permettre le dépassement des antagonismes entre Noir et Blanc. Il y a là une dimension essentielle de la pensée et de la poétique de Senghor, perceptible aussi dans Éthiopiques (« Le Kaya-Magan », p. 105).

 

Il - La négritude selon Senghor : APPROCHE THÉORIQUE ET POÉTIQUE

 

De 1935 à 1977, Senghor n’a cessé de définir et d’illustrer la négritude, tant dans son œuvre poétique que dans ses écrits théoriques.

 

L’émotion nègre

 

Dans « Négritude et Humanisme » et « Négritude et Latinité » (in Liberté /, 1964), il définit la négritude comme « l’ensemble des valeurs culturelles du monde noir » et comme « la personnalité collective négro-africaine », traduite par un commun rapport au monde : l’émotion. En effet, « la négritude est un sentir et penser nègres » : elle est donc un mouvement et non un état. C’est pourquoi le suffixe « -itude » (qui traduit une dynamique) a été préféré au suffixe « -ité » (qui traduit un état) pour rendre compte de ce qui caractérise le Nègre.

 

L’universalité

 

Une autre notion fondamentale de la négritude selon Senghor est l’unité : unité de l’homme et de la nature, unité de la famille et unité du monde. La négritude a donc ses racines dans l’animisme africain, qui attribue une force vitale à tout ce qui existe. C’est par l’émotion et la connaissance intuitive que le nègre entre en sympathie avec le monde. On trouve dans « Congo » une illustration de ce processus : « Donc que je sois le fût splendide et le bond de vingt-six coudées/ dans l’alizé, sois la fuite de la pirogue sur l’élan lisse de ton ventre./ Clairières de ton sein îles d’amour, collines d’ambre et de gongo » (p. 102). L’image poétique superpose ici - au risque de l’hermétisme - les domaines de la nature élémentaire et de la sensualité humaine, pour exprimer la force vitale unique qui anime le vivant.

 

Le rythme

 

Le rythme est donc au cœur de la civilisation et de l’art de la négritude : il est la réalité sensible qui donne forme au mouvement même de la vie. Le « rythme premier » que le poète cherche à reproduire, c’est « le rythme du sang » (p. 116) par lequel s’exprime « le pouls profond de l’Afrique ».

 

Conclusion : La négritude telle que la conçoit Senghor repose donc sur une union des hommes, que le poète voit se réaliser dans la civilisation de l’Universel, dont l’humanisme négro-africain serait le ferment. Il s’agit donc de faire de la négritude un nouvel humanisme, ancré non plus en Europe, mais en Afrique, et qui permettrait de réconcilier l’homme avec lui-même et avec le monde.

« en ghor 1 -UN DOUBLE ENRACINEMENT Léopold Sédar Senghor, né en 1906 à Joal (Sénégal), porte un nom embléma­ tique de son double enracinement: tandis que> atteste l'attachement de sa famille à la religion chrétienne, > ( : à Joal, d'abord, puis en 1914 à la mission catho­ lique de Ngasobil et enfin à Dakar, il fait de brillantes études et s'ouvre à la culture des Blancs, tout en découvrant un certain impérialisme culturel français. Bachelier en 1926, il quitte l'Afrique pour Paris en 1928. Au Lycée Louis-le-Grand puis à la Sorbonne, il poursuit un cursus universitaire qui le mène à l'agrégation (1935). Il -UN ITINÉRAIRE QUI MÊLE POÉSIE ET POLITIQUE En ces années de colonisation et de promotion des élites indigènes, Senghor choisit pourtant de ne pas rentrer au pays pour y devenir une personnalité influente. Deux rencontres essentielles l'ont en effet confronté aux questions que se posaient les milieux intellectuels de l'époque: sous l'influence de Georges Pompidou, ren­ contré au lycée Louis-le-Grand, il adhère, dès 1930, à l'Association des étudiants socialistes. Dans le même temps, la rencontre d'Aimé Césaire (en 1929) le fait en­ trer définitivement en « négritude >> : c'est ensemble qu'ils fondent, en 1934, la revue L'Étudiant noir, où ce mot apparaît pour la première fois. Seul Africain au milieu d'Antillais, Senghor s'engage alors dans la lutte contre la colonisation. L'expérience de la guerre approfondit ce questionnement de l'homme noir sur son identité et sur son statut dans un monde colonisé. Prisonnier de 1940 à 1942, il découvre le mépris dans lequel sont tenus ses compatriotes, mais aussi les fai­ blesses de la civilisation blanche. À la Libération, il n'hésite pas longtemps à «tomber dans la politique» : membre du Parti socialiste, il est élu député du Séné­ gal à l'Assemblée constituante de 1945. Il prend alors peu à peu ses distances avec le Parti socialiste, pour se faire le représentant des mouvements purement africains. Ministre du général de Gaulle en 1959, il est l'un des principaux acteurs de l'indé­ pendance du Sénégal. dont il devient, en 1960, le premier président élu. Ce n'est qu'en 1980 qu'il abandonne cette charge, pour partager sa vie entre l'Afrique et la Normandie, terre natale de sa seconde épouse. »

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