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Le Jugement de Renart (fiche de lecture)

Publié le 23/05/2011

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INTRODUCTION

Inscrit dans la longue tradition de la fable animalière que le Moyen Âge a tout particulièrement cultivée avec ses Isopets, le personnage de Renart doit aussi une part de son existence à quelques oeuvres savantes de clercs satiriques qui écrivaient en latin aux XIe et XIIe siècles. Cette édition donne la possibilité à un jeune public d'accéder directement au Roman de Renart grâce à la traduction en français moderne d'un des textes les plus anciens et les plus populaires du cycle (fin du XIIe siècle) : la branche' qui reprend Le Jugement de Renart, une première et une seconde suites. La langue claire et franche de ce Jugement de Renart permet d'apprécier toute la verve, parfois gauloise, des auteurs, associée à une fine ironie qui se donne libre cours dans la peinture des personnages et de leurs relations. Il y a là un large éventail des diverses formes du comique médiéval, facilement accessible et clairement perceptible au lecteur d'aujourd'hui.   

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« 1.

Pastiche de quelques procédés littérairesLa chanson de geste, clichés épiques : discussions à la Cour entre seigneurs (chacun renchérit sur sonprédécesseur, l'action piétine) ; chevauchée de barons en route vers Maupertuis ; siège de Maupertuis ;ambassades envoyées l'une après l'autre au rebelle.La plainte funèbre : Pinte pleure Coupée, voir à son sujet « deuil » de l'armée de Charlemagne sur Roland et lespreux, voir aussi les « planh » des troubadours sur un héros mort.

Pâmoison, mise au tombeau parodique (pp.

17-18).La confession ironique de Renart à Grimbert : non seulement il n'y a nulle contrition mais Renart montre une sorte devolupté à énumérer et détailler ses méfaits.

Ailleurs, comme le héros de geste lançant un sarcasme à l'ennemiterrassé, Renart, dès qu'il s'est libéré, rappelle en raillant ses crimes à ceux qu'il a convaincus de le laisser aller (ex.p.

68).

Grimbert, en rien choqué, absout presque mécaniquement le « pénitent » (p.

40). 2.

Fiction et réalisme— Les discours sont le lieu où les bêtes s'humanisent, d'où l'intérêt comique de glisser au fil du texte des allusions àleur animalité (ex.

: « Il y eut telle affluence à mes NOCES que nos FOSSES et nos TANIÈRES furent toutes rempliesde BÊTES », p.

15) ; Grimbert a un chapeau mais il entre dans le « trou » de Maupertuis, « cul d'abord », à cause deson petit corps de blaireau (p.

37) ; Tibert, dont l'aspect clérical a été souvent souligné, monte une mule (p.

32)mais visite les curés pour leurs souris et rats (p.

34) ; Chantecler est un « bachelier » (jeune noble, p.

21) mais ilraidit ses pattes sous le coup du chagrin (p.

23), etc.— La faim gouverne ce monde animal (Brun, Tibert et, surtout, Renart) mais elle est d'abord le reflet satirique de laraison du plus fort qui régit les hommes : en Renart, l'instinct du carnassier parle haut et fort, comme tel chevalierpillard, ce hobereau fond « hors » ou se replie « en sa tanière » ; l'humour ne va pas cependant jusqu'au grinçant.— Certaines scènes comiques fonctionnent en miroir, renvoyant dos à dos l'homme et la bête : le prêtre du village aune concubine qui l'a ruiné et un fils tout juste bon à piéger les chats...

qui finira moine ou pendu! La prêtressecommande (elle tient haut sa quenouille) ; le prêtre a en main son andouille mais laissera dans la bataille une de sescouilles (pp.

34-36).

Reprise spéculaire avec pour héros Isengrin qui en perd sa barbe et chuchote à voix d'eunuquelorsque, de retour près d'Hersent, il doit bien lui révéler qu'il a perdu telle andouille que la louve jugeait sienne.

Leloup l'a donnée à une nonne (pp.

80-82) et Hersent ne s'était-elle pas justifiée devant la Cour d'être aussi pure queles nonnes (p.

15) ? 3.

Un art plein de maliceVéritables petites scènes de comédie : le « renard et le chat », Tibert.

Le chat est venu à contrecoeur, il voit demauvais présages en chemin et grommelle entre ses dents avant de se faire tout sucre tout miel devant un Renartdont les apartés ne sont pas moins virulents et l'amabilité outrée et suspecte...

(pp.

32-33).

À trompeur, trompeuret demi! Renart jongleur parodie l'accent (et la sottise...) des Anglais.

Isengrin, le grand benêt, s'attendrit devanttant de simplicité (pp.

72-73).— Mélange de tons créant le burlesque : les vilains se ruent à la manière des héros de geste contre Brun coincédans l'arbre, mais leurs qualificatifs « homériques » sont fort cocasses (« Trousseputain », « qui baise sa femme parderrière », « Trousânesse la puante qui fuit devant les mouches...

») faisant allusion à leur goinfrerie, leur paillardiseou au bas corporel (p.

28).Les beaux discours, pleins d'une sagesse désabusée qu'échangent Hersent et Hermeline, devant Maupertuis refermé,se transforment brusquement en insultes et basses injures avant que les deux mégères ne s'empoignent (pp.

90-94)!Le vocabulaire est riche, plein de suc, truculent.

Mais Renart, plus distingué, évite le plus souvent les grossièretés ;son ironie n'en est que plus féroce.— Cependant, nous n'avons pas pitié des victimes de Renart, car elles sont trop sottes ; Renart ligoté, les autreslâchement le bourrent de coups et jouissent d'avance de penser à sa mort (p.

48).

Sa libération les rend malades depeur (pp.

50 et 66).

Renart n'a pas de reconnaissance pour un défenseur occasionnel comme Belin, qui avait de faitparlé par haine d'Isengrin (p.

47).

Nous oublions la cruauté de Renart à le voir malmené, déchiré, poursuivi.

Lasuccession des coups, blessures et insultes se fait à un rythme tel que seul le comique subsiste.

Hors de toutréalisme ou pathétique, cette brutalité burlesque vise seulement à faire rire.Écrit dans un style plein d'humour et d'alacrité, Le Jugement de Renart dévoile à nos yeux ce qui a enchanté lespublics médiévaux dans ce personnage du « décepteur » : Renart mérite bien par les artifices incomparables de saparole d'être devenu le type même de la Ruse. PLAN 1 — LE COMIQUE Comique de type : la femme (sensuelle, veuve vite consolée, bavarde, querelleuse, rusée...)Comique de situation : dans la maison du paysan « à la vielle » : le chien mord Isengrin qui a les dents plantéesdans les fesses du paysan, lequel s'acharne à arracher les testicules du loup : horrible représentation des rondesenchantées (p.

79) ! Citons aussi le viol de la reine : Renart a attaché tous les animaux endormis par la queue auxarbres pour avoir des spectateurs impuissants pendant son forfait...

il a oublié Tardif, le limaçon, qui « court » à larescousse mais arrive trop tard...

(p.

58).Comique de langage : Brun ensanglanté porte un habit de moine à chaperon rouge (p.

31).

Le renard évoque fortcrûment ses viols (« fouler la vendange », décompte des « va-et-vient », p.

55).. »

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