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Louis-Ferdinand CÉLINE Voyage au bout de la nuit - Texte seul

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Louis-Ferdinand CÉLINE

Voyage au bout de la nuit (1932)

Nos Allemands accroupis au fin bout de la route venaient justement de changer d’instrument. C’est à la mitrailleuse qu’ils poursuivaient à présent leurs sottises ; ils en craquaient comme de gros paquets d’allumettes et tout autour de nous venaient voler des essaims de balles 5 rageuses, pointilleuses comme des guêpes.

L’homme arriva tout de même à sortir de sa bouche quelque chose d’articulé :

— Le maréchal des logis Barousse vient d’être tué, mon colonel, qu’il dit tout d’un trait.

— Et alors ?

— Il a été tué en allant chercher le fourgon à pain sur la route des Etrapes, mon colonel !

— Et alors ?

— Il a été éclaté par un obus !

— Et alors, nom de Dieu!

— Et voilà! Mon colonel...

— C’est tout ?

— Oui, c’est tout, mon colonel.

— Et le pain ? demanda le colonel.

20 Ce fut la fin de ce dialogue parce que je me souviens bien qu’il a eu le temps de dire tout juste: «Et le pain?» Et puis ce fut tout. Après ça, rien que du feu et puis du bruit avec. Mais alors un de ces bruits comme on ne croirait jamais qu’il en existe. On en a eu tellement plein les yeux, les oreilles, le nez, la bouche, tout de suite, du bruit, que je croyais bien que c’était fini que j’étais devenu du feu et du bruit moi-même.

Voyage au bout de la nuit, © Éd. Gallimard.

• Étudiez la progression dramatique du passage.

Quel est le ton adopté par le narrateur ?

Comment se traduit la dénonciation de la guerre? (Vous vous appuierez sur le dialogue, les images...)

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