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MONTESQUIEU: Lettres persanes (Fiche de lecture)

Publié le 20/11/2010

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montesquieu

«D'ailleurs ce roi est un grand magicien : il exerce son empire sur l'esprit même de ses sujets ; il les fait penser comme il veut. S'il n'a qu'un million d'écus dans son trésor, et qu'il en est besoin de deux, il n'a qu'à les persuader qu'un écu en vaut deux et ils le croient. [...] il y a un autre magicien, plus fort que lui, qui n'est pas moins maître de son esprit qu'il l'est lui-même de celui des autres. Ce magicien s'appelle le Pape. Tantôt il lui fait croire que trois ne sont qu'un, que le pain qu'on mange n'est pas du pain, ou que le vin qu'on boit n'est pas du vin...«

(Lettre XXIV)

«C'est un grand spectacle pour un Mahométan de voir pour la première fois une ville chrétienne. Je ne parle pas des choses qui frappent d'abord tous les yeux comme la différence des édifices, des habits, des principales coutumes. Il y a, jusque dans les moindres bagatelles, quelque chose de singulier que je sens, et que je ne sais pas dire.« (Lettre XXIII)

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« deux spécificités en font en réalité un ouvrage profondément inscrit dans son temps. Le genre épistolaire d'abord — auquel auront également recours Rousseau dans La Nouvelle Héloïse (1761) et Laclos dans Les Liaisons dangereuses (1782) — parce qu'il convient parfaitement à la dimension «philosophique» qu'acquiert le roman au XVIIIe siècle.

Le procédé qui consiste, pour construire le récit, à substituer à un uniquenarrateur plusieurs «voix», celles des correspondants, permet en effet à l'auteur d'exposer ses thèses par le biaisdes réflexions qu'échangent les personnages qui commentent dans leurs lettres les événements dont ils ont été lesacteurs ou les témoins. Quant à l'exotisme, il connaît une vogue certaine, grâce notamment aux récits de voyage de Jean Chardin et à latraduction des Mille et Une Nuits par Galland.

D'autres auteurs ont d'ailleurs précédé Montesquieu sur la voie du roman orientaliste (L'Espion du Grand Seigneur, de Marana et Cotolendi, 1686 ; Les Amusements sérieux et comiques d'un Siamois à Paris, de Dufreny, 1707).

Mais, pour Montesquieu, l'exotisme a d'autres vertus que celles de la mode.

Il lui permet d'abord — grâce à la fiction du sérail — d'introduire dans son récit quelques épisodesgalants, il déguise surtout la dimension subversive de la critique sociale qui est le fond de l'ouvrage.

Sous ses habitsde Persan, Montesquieu avance masqué mais avec audace. 2.

UNE SATIRE DES MŒURS Ce divertissement, auquel ressemblent à première vue les Lettres persanes, est en effet beaucoup moins innocent qu'il n'y paraît.

En arrivant en Europe, les deux Persans découvrent une société radicalement différente de la leur.

Ilsvont de surprise en surprise, pas toutes bonnes d'ailleurs, et tout ce qui apparaît naturel et évident aux concitoyensde Montesquieu devient pour eux un sujet d'étonnement : «C'est un grand spectacle pour un Mahométan de voir pour la première fois une ville chrétienne.

Je ne parle pas deschoses qui frappent d'abord tous les yeux comme la différence des édifices, des habits, des principales coutumes.

Ily a, jusque dans les moindres bagatelles, quelque chose de singulier que je sens, et que je ne sais pas dire.» (LettreXXIII) C'est qu'au regard des deux Persans, étrangers à notre environnement et à noscoutumes, ceux-ci semblent la plupart du temps dénués de sens.

Leurs remarques, en apparence ni hostiles nicomplaisantes, dictées seulement par l'observation des faits, mettent en lumière ce que la société française a despécifique.

Or cette spécificité est loin d'être toujours positive.

À travers le regard des Persans, Montesquieu vafaire apparaître les travers de la société parisienne, stigmatiser la vanité, voire la bêtise, des moeurs citadines, queles deux voyageurs vont observer dans les théâtres (Lettre XXVIII), les cafés (Lettre XXXVI), ou à travers lescaprices de la mode (Lettre XCIX): «Je trouve les caprices de la mode, chez les Français, étonnants.

Ils ont oublié comment ils étaient habillés cet été; ils ignorent encore plus comment ils le seront cet hiver.

Mais, surtout, on ne saurait croire combien il en coûte àun mari pour mettre sa femme à la mode.» Usbek et Rica observent également les hommes et les Lettres persanes sont ainsi prétexte à toute une série de portraits, à la manière de La Bruyère, où sont épinglés les ridicules des fermiers généraux, des prédicateurs, desvieux guerriers, etc.

(Lettre XLVIII), mais aussi des femmes (Lettre LII), des magistrats (Lettre LXVIII), ou enfin descourtisans (Lettre LXXXVII), vaste engeance parasitaire : «On dit que l'homme est un animal sociable.

Sur ce pied-là, il me paraît qu'un Français est plus homme qu'un autre ;c'est l'homme par excellence, car il semble être fait uniquement pour la Société.» Venus d'ailleurs, les deux personnages qui s'expriment dans les Lettres persanes posent un oeil neuf sur notre monde, un oeil naïf le plus souvent qui suscite chez eux des réflexions qui nous font rire par la candeur dont ellestémoignent.

Ainsi, quand Usbek se livre à une description des cafés parisiens : «Dans quelques-unes de ces maisons, on dit des nouvelles ; dans d'autres on joue aux échecs.

Il y en a une où l'onapprête le café de telle manière qu'il donne de l'esprit à ceux qui en prennent : au moins de tous ceux qui ensortent, il n'y a personne qui ne croie qu'il en a quatre fois plus que lorsqu'il y est entré.» (Lettre XXXVI) De la même manière, dans le rapport en apparence sans prévention qu'ils en font, certains aspects des habitudes etdes comportements parisiens apparaissent comme une caricature : «Quelquefois, les coiffures montent insensiblement, et une révolution les fait descendre tout à coup.

Il a été untemps que leur hauteur immense mettait le visage d'une femme au milieu d'elle-même.

Dans un autre, c'étaient lespieds qui occupaient cette place : les talons faisaient un piédestal qui les tenait en l'air.

Qui pourrait le croire ? Lesarchitectes ont été souvent obligés de hausser, de baisser et d'élargir les portes, selon que les parures des femmesexigeaient d'eux ce changement...» À chaque fois, le procédé utilisé par Montesquieu est le même : il met l'accent sur ce qui n'apparaît d'ordinaire quecomme un détail, souligne l'accessoire pour en faire ressortir le grotesque.

Les effets comiques qui en découlent. »

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