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PROUST: À la recherche du temps perdu (Fiche de lecture)

Publié le 20/11/2010

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proust

«Il y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n'était pas le théâtre et le drame de mon coucher, n'existait plus pour moi, quand un jour d'hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j'avais pris froid, me proposa de me faire prendre [...] un peu de thé [...]. Elle envoya chercher un peu de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines [...]. Et, bientôt, machinalement [...] je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j'avais laissé s'amollir un morceau de madeleine. Mais, à l'instant même où la gorgée mêlée de miettes de gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d'extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m'avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. [...] Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu. Ce goût, c'était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray [...] ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul Li. Et comme dans ce jeu où les

Japonais s'amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d'eau de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés s'étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages, consistants et reconnaissables, de même maintenant [...] tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est du roman, sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.«

 

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« monde des invertis), illustrée par de grandes figures fortes et attachantes, tels le baron de Charlus, Robert deSaint-Loup, ou cette même Albertine dont la vie secrète ne sera jamais vraiment élucidée. Mais l'action en elle-même est secondaire : simple toile de fond au déroulement de l'expérience intérieure dunarrateur, elle n'obéit nullement aux règles du récit classique. Car le temps — vraie matière de l'oeuvre — est, ici, constamment bousculé : là, une seule soirée se déroule sur descentaines de pages, tandis qu'au beau milieu du Temps retrouvé, nous faisons un saut en avant de plusieurs années.

Le temps proustien est celui de la psychologie, non celui des chroniqueurs ou des mathématiciens —l'influence du philosophe Bergson, admiré de Proust, n'y est pas indifférente.

C'est le temps de la mémoire, cettemémoire dont, selon l'écrivain Benjamin Crémieux, «Proust est le premier [à avoir] fait le fondement, le sujet et lecentre d'une grande oeuvre». Il ne s'agit pas ici de la mémoire-catalogue, dans laquelle l'être conscient vient puiser à loisir, mais de ce réservoirsubconscient d'où jaillissent parfois — à la faveur d'une association qui, selon la formule de Proust, provoque la«déflagration du souvenir» — des sensations qui nous permettent de nous réapproprier le «temps perdu», et par làmême, l'unité de notre «moi», perpétuellement morcelé en états de conscience multiples et successifs.

Ainsi, dansl'épisode célèbre de «la madeleine», extrait de Du côté de chez Swann: «Il y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n'était pas le théâtre et le drame de mon coucher, n'existait plus pour moi, quand un jour d'hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant quej'avais pris froid, me proposa de me faire prendre [...] un peu de thé [...].

Elle envoya chercher un peu de cesgâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines [...].

Et, bientôt, machinalement [...] je portai à meslèvres une cuillerée du thé où j'avais laissé s'amollir un morceau de madeleine.

Mais, à l'instant même où lagorgée mêlée de miettes de gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passaitd'extraordinaire en moi.

Un plaisir délicieux m'avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause.

[...] Et tout d'uncoup le souvenir m'est apparu.

Ce goût, c'était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin àCombray [...] ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul Li.

Et commedans ce jeu où les Japonais s'amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d'eau de petits morceaux de papier jusque-làindistincts qui, à peine y sont-ils plongés s'étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent desfleurs, des maisons, des personnages, consistants et reconnaissables, de même maintenant [...] tout Combray etses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est du roman, sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.» À la fin le narrateur comprend que de cette expérience intérieure doit naître la matière de son livre.

Il va enfincommencer à l'écrire, et le romancier Proust se tait: l'oeuvre proustienne est cyclique, elle raconte l'histoire d'unevocation littéraire qui se cherche, et ne se trouve qu' à la dernière page de ce qui est déjà écrit.

Roman d'unelucidité souvent pessimiste, À la recherche du temps perdu devient ainsi un roman de l'espoir : l'art, unique religion de Proust, qui hante tout du long le récit (notamment à travers trois personnages référentiels : l'écrivain Bergotte,le peintre Elstir, le musicien Vinteuil) se donne enfin au narrateur, comme l'élément salvateur qui vient récompensersa quête. 3.

UN «MOI» PRÉSENT AU MONDE Mais il ne faudrait pas voir dans cette «recherche du temps perdu» l'histoire d'un «moi» que ses tâtonnementsintimes retrancheraient du monde.

Proust est un auteur très présent au monde sensible, dont il restitueadmirablement, avec une grande sensualité, les plaisirs et les émerveillements.

Les couleurs, les odeurs, les goûts serecréent sous sa plume. Au demeurant, Proust apprécie beaucoup que son oeuvre soit qualifiée de «touffue» (Correspondance) — sans doute dans la mesure où cet adjectif évoque une profusion d'impressions, une luxuriance de la perception.

Riend'étonnant alors à ce qu'il se définisse avant tout comme un homme de la sensation, non comme un intellectuel, unphilosophe — et surtout pas comme un idéologue : «une oeuvre où il y a des théories est», dit-il, «comme un objetsur lequel on laisse la marque du prix» (Le Temps retrouve').

Puis, n'est-ce pas par association de sensations — et non par association d'idées — que le passé affleure en nous ? Et sans doute Proust a-t-il ressenti comme unvéritable malentendu les interprétations de son oeuvre qui, privilégiant en elle ce qui peut apparaître comme uneméthodologie du retour au passé, faisaient de lui un froid théoricien de la réminiscence, au détriment de cet intérêtpour la vie sensitive qui constitue la «substantifique moelle» d'À la recherche du temps perdu. Être sensible, à l'affût des impressions, Proust est aussi un admirable observateur, toujours passionné, souventamusé et amusant, parfois sarcastique, de la société au sein de laquelle il évolue.

Ses grands personnages,exemplaires des rites de cette société, se voient peints dans leurs comportements — leurs conformismes et leursfailles — avec une extrême acuité.

Mais le naturalisme est loin. La duchesse de Guermantes se présente tour à tour comme l'héritière vénérée d'un des plus grands noms del'histoire et l'égoïste forcenée qui sacrifiera la détresse d'un ami aux plaisirs mesquins d'un bal.

Le baron de Charlus,décrit tout d'abord comme un vaillant paladin, rejeton d'une haute lignée, se déshonore pour l'amour d'un jeunehomme aussi vulgaire qu'intéressé.

Et Odette de Crécy, «Madame Swann», oscille entre la cocotte sans vraiebeauté ni intelligence et la créature supérieure, maîtresse de tous les plaisirs, jeune femme raffinée qui se rend à la. »

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