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grand oral hlp terminale

Publié le 23/03/2026

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« Aujourd’hui, dans nos sociétés modernes, on parle beaucoup du “moi”, du développement personnel, de l’identité.

Mais pour certains penseurs comme René Guénon ou Mircea Eliade, ce moi qu’on cultive tant est en fait une illusion.

Ils disent que l’homme moderne a perdu le sens du sacré, en se coupant d’une vérité plus grande, spirituelle, cosmique.

Alors, si ce “moi” est une illusion, un masque… que reste-t-il quand on le fait tomber ? Et surtout, quelle vérité découvre-t-on quand l’ego se dissout ? Faut il dépasser ou abolir l’ego pour atteindre une forme de connaissance, de paix ou d’unité supérieure ? Si oui, à quelle vérité a t on alors accès : vérité spirituelle, existentielle, métaphysique ? Nous aborderons alors cette question dans le cadre du chapitre des métamorphoses du moi dans le programme de HLP. Tout d’abord, il semble que l’ego, cette image que nous avons de nous-mêmes, ne soit qu’une illusion douloureuse ainsi qu’un obstacle à la vérité. En effet, il apparaît parfois comme une illusion métaphysique, selon certains penseurs, le moi individuel n’est pas la réalité ultime. Premièrement, René Guénon, penseur de la tradition primordiale, affirme en 1925 dans l’homme et son devenir selon le vedanta, que le moi individuel est un simple reflet, une construction mentale limitée, une sorte de masque superficiel qui empêche l’accès au Soi, au principe universel.

En effet, il distingue 2 niveaux d’identité : le moi individuel, ou le « moi empirique », lié a notre personnalité exterieure, au corps, aux émotions et à la mémoire.

Cette identité est alors changeante, limitée et illusoire et serait alors le fruit de l’ignorance.

Le deuxieme niveau d’identité selon Guénon, très influencé par l’hindouisme, est le Soi, que l’on appelle l’atman en sanskrit.

Le Soi n’est pas une personne mais il est le principe métaphysique au coeur de tout être, c’est une réalité spirituelle absolue, universelle, immuable et divine.

Il est au-delà du temps, de toute individualité et du mental de l’ego. Dans le vedanta, qui est un courant philosophique majeur de l’hindouisme, on dit que l’atman, le soi profond, est identique au brahman, donc à l’absolu impersonnel et à l’infini divin.

Pour lui, la modernité occidentale s’est enfermée dans ce "moi" étroit, oubliant l’Être fondamental qui seul est réel, il faudrait alors dissoudre le moi pour se réunir au Soi afin d’atteindre la connaissance suprême. Cette critique rejoint également celle du Bouddhisme, qui enseigne la doctrine de l’Anatta : il n’existe pas de soi fixe, pas d’âme éternelle, seulement un agrégat de sensations, de pensées, de perceptions.

Croire à un moi solide, c’est s’attacher à une illusion, c’est la racine de l’attachement, de la peur et de la souffrance.

Plus on s’accroche au "je", plus on souffre de ses pertes, de ses désirs et de son impermanence.

La souffrance, appelée Dukkha, est le résultat direct du plaisir, tout ce qui est conditionné est insatisfait.

Ces concepts sont évoqués dans les 4 nobles vérités du Bouddha, texte essentiel de la philosophie bouddhiste. Une même logique traverse la pensée de Schopenhauer, qu’il évoque dans le monde comme volonté et comme représentation en 1819 : le moi est habité par le vouloir-vivre, une force fondamentale inconsciente et irrationnel, qui anime tout ce qui vit. C’est un élan aveugle qui pousse tout être à persister dans l’existence, à se reproduire et à désirer, sans foi ni justification.

Cette volonté, selon lui, est la source de toute souffrance car elle nous fait désirer sans fin, dès qu’un désir est satisfait, un autre naît et on est alors prisonnier d’un cycle de frustration.

Le salut, ce n’est pas la réalisation du moi, mais son extinction que ce soit par l’art et la contemplation désintéressée, par la compassion en comprenant que l’autre souffre aussi mais aussi par l’ascèse, l’éxtinction des désirs et le refus de la volonté, inspiré du bouddhisme et du christianisme mystique.

Il faut cesser de vouloir, et dans cette extinction du vouloir, s’élever à une forme de paix. Mais cette illusion de l’ego n’est pas seulement individuelle ; elle est historique. Mircea Eliade, dans le sacré et le profane paru en 1957, montre que les sociétés traditionnelles (primitive, antique ou archaïque) ne concevaient pas l’homme comme une entité autonome, mais comme un être inscrit dans un cosmos sacré et hiérarchisé, où le monde n’est pas un simple espace physique mais un ordre sacré, où chaque lieu, chaque geste, chaque objet peut avoir une valeur sacrée et où l’individu ne se perçoit pas comme un moi isolé, mais comme inscrit dans cet ordre cosmique, au sein d’un réseau de symboles et de rites.

Le mythe donne alors un sens sacré aux actions humaines : vivre c’est répéter les gestes des dieux ou des ancêtres. Le passage à une vision profane de l’existence, surtout présente en occident, linéaire et désenchantée, a isolé l’individu de son Soi profond et il devient alors le centre de sa propre vie, ce qui entraîne une perte de lien avec le cosmos.

En croyant se libérer, l’homme moderne s’est peut-être coupé d’une vérité essentielle en se réduisant à l’ego, à la subjectivité et au désir, ce qui entraîne une angoisse existentielle et une quête de sens. Or cette coupure a un coût.

Car plus l’ego s’attache à lui-même, plus il s’enlise dans le désir, l’attente et la peur. Saint Augustin, dans Les Confessions, raconte sa jeunesse dissipée, ses plaisirs vains, ses ambitions.

Il comprend peu à peu que ce qu’il prenait pour la liberté, donc suivre ses désirs, était en fait une servitude.

Il écrit : "Notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi." Il évoque alors le concept du coeur inquiet, qui est toujours en quête d’absolu, tant qu’on cherche à se combler par les plaisirs terrestre , on reste vide, car pour lui, seul dieu peut combler l’âme.

Alors le moi orgueilleux, l’ego, doit s’humilier : st augustin critique l’amour de soi, l’« amor sui », quand il est fermé à dieu.

Le péché originel fait que l’homme est centré sur lui même, mais ce repli sur l’ego le coupe de la vérité. Il faut alors s’ouvrir à l’absolu, se reconnaître faible et dépendant, l’humilité c’est l’ouverture à la grâce.

Dans les confessions il explore sa mémoire comme un palais intérieur, où il cherche dieu au plus profond de lui même et anticipe alors l’introspection moderne de rousseau ou de freud, mais toujours tourné vers dieu, pas vers l’autonomie.

Ce qu’il appelle Dieu, c’est peutêtre justement cette vérité absolue que le moi, en s’humiliant, peut retrouver. Saint Jean de la Croix va plus loin encore au 16e siecle : l’âme, dit-il, doit traverser la nuit obscure, renoncer à toutes ses images, ses désirs, même ses consolations spirituelles, pour atteindre l’union divine. En effet, le moi est pour lui accroché aux désirs, aux passions et à l’intellect, c’est ce qui fait écran entre l’âme et dieu.

Pour rencontrer dieu, il faut se vider de soi même, l’ego, pour lui, est un obstacle à la lumière divine.

La nuit obscure de de l’âme est, chez st jean de la croix, un chemin intérieur de purification très douloureux.

L’âme doit traverser une nuit des sens, donc une privation des plaisirs, puis une nuit de l’esprit, qui s’apparente à une forte angoisse et à une sécheresse spirituelle, qui mène alors à une mort symbolique de l’ego.

Il qualifie alors l’union mystique à atteindre comme une plénitude dans l’abandon,.... »

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