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Albert CAMUS, Le Mythe de Sisyphe: Vous expliquerez, commenterez, et, si vous le jugez nécessaire, discuterez ce texte de Camus.

Publié le 11/09/2014

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TEXTE

Voici des arbres et je connais leur rugueux, de l'eau et j'éprouve sa saveur. Ces parfums d'herbe et d'étoiles, la nuit, certains soirs où le coeur se détend, comment nierais-je ce monde dont j'éprouve la puissance et les forces ? Pourtant toute la science de cette terre ne me donnera rien qui puisse m'assurer que ce monde est à moi. Vous me le décrivez et vous m'apprenez à le classer. Vous énumérez ses lois et dans ma soif de savoir, je consens qu'elles soient vraies. Vous démontez son mécanisme et mon espoir s'accroit. Au terme dernier, vous m'apprenez que cet univers prestigieux et bariolé se réduit à l'atome et que l'atome lui-même se réduit à l'électron. Tout ceci est bon et j'attends que vous continuiez. Mais vous me parlez d'un invisible système planétaire où des électrons gra­vitent autour d'un noyau. Vous m'expliquez ce monde avec une image. Je reconnais alors que vous êtes venu à la poésie : je ne

connaîtrai jamais. Ai-je le temps de m'en indigner ? Vous avez déjà changé de théorie. Ainsi cette science qui devait tout m'apprendre finit dans l'hypothèse, cette lucidité sombre dans la métaphore, cette incertitude se résout en oeuvre d'art. Qu'avais-je besoin de tant d'efforts ? Les lignes douces de ces collines, et la main du soir sur ce coeur agité m'en apprennent bien plus. Je suis revenu à son commencement. Je comprends que si je puis, par la science, saisir les phénomènes et les énumérer, je ne puis pour autant appréhender le monde. Quand j'aurais suivi du doigt son relief tout entier, je n'en saurais pas plus. Et vous me donnez à choisir entre une description, qui est certaine, mais qui ne m'apprend rien, et des hypothèses qui prétendent m'enseigner, mais qui ne sont point certaines.

Albert CAMUS, Le Mythe de Sisyphe, 1943, Gallimard.

 

Vous expliquerez, commenterez, et, si vous le jugez nécessaire, discuterez ce texte de Camus.

II.  C'est peut-être parce qu'il était épris d'absolu qu'Albert Carrius ne pouvait se contenter des explications rationalistes et scienti­fiques de l'univers ; et c'était sans doute parce qu'il était trop exigeant et trop humain qu'il se révoltait contre l'absurdité du monde. Voilà pourquoi il écrivait « je suis revenu à mon commen­cement «, c'est-à-dire «à la ligne douce des collines, à la main du soir sur son coeur agité «. En effet la beauté des choses est la consolation de l'artiste, elle lui rend la conscience de sa dignité d'homme. Même Meursault n'est pas étranger à la chaleur du soleil méditerranéen, ni à la caresse de la mer, ni à la fraîcheur de la brise du soir...

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« CAMUS 117 connaîtrai jamais. Ai-je le temps de m'en indigner? Vous avez déjà changé de théorie. Ainsi cette science qui devait tout m'apprendre finit dans l'hypothèse, cette lucidité sombre dans la métaphore, cette incertitude se résout en œuvre d'art. Qu'avais-je besoin de tant d'efforts? Les lignes douces de ces collines, et la main du soir sur ce cœur agité m'en apprennent bien plus. Je suis revenu à son commencement. Je comprends que si je puis, par la science, saisir les phénomènes et les énumérer, je ne puis pour autant appréhender le monde. Quand j'aurais suivi du doigt son relief tout entier, je n'en saurais pas plus. Et vous me donnez à choisir entre une description, qui est certaine, mais qui ne m'apprend rien, et des hypothèses qui prétendent m'enseigner, mais qui ne sont point certaines. Albert CAMUS, Le Mythe de Sisyphe, 1943, Gallimard. Vous expliquerez, commenterez, et si vous le jugez nécessaire, discuterez ce texte de Camus. COMMENTAIRE PROPOSÉ INTRODUCTION Cette page est tirée du Mythe de Sisyphe où Albert Camus a mis en évidence l'absurdité du monde ou plutôt le caractère absurde de notre connaissance du monde, qui nous enferme dans ses murs, dans les « murs de l'absurde ». Il y a dans cette œuvre, d'une sombre beauté, des pages assez désolées sur le problème de la connaissance ; « un homme nous demeure à jamais inconnu et il y a toujours en lui quelque chose d'irréductible qui nous échappe, bien qu'en pratique j'aie la connaissance générale des hommes ». Les plus grandes actions ont souvent un début déri­ soire ; il est impossible de distinguer sûrement le vrai et le faux ; toute morale paraît absurde devant la mort, je peux « toucher le monde» mais ma connaissance s'arrête là ... 1. Alors que le début du passage nous offre « les arbres et leur rugueux», «de l'eau ... et sa saveur», «des parfums d'herbe et d'étoile» «la nuit, certains soirs» signes qui touchent le cœur et prouvent - pour la sensibilité d'un artiste, d'un poète - l'existence d'un monde dont il sent la puissance et les forces, de leur côté ) 'intelligence, le raisonnement, la connaissance scientifique ne lui apportent rien de personnel : « toute la science »

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