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Chapitre VII - Thérèse Raquin de Zola

Publié le 14/03/2020

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raquin

Elle pleurait, elle embrassait Laurent, elle continuait avec une haine sourde :

- Je ne leur souhaite pas de mal. Ils m’ont élevée, ils m’ont recueillie et défendue contre la misère... Mais j’aurais préféré l’abandon à leur hospitalité. J’avais des besoins cuisants de grand air; toute petite, je rêvais de courir les chemins, les pieds nus dans la poussière, demandant l’aumône, vivant en bohémienne. On m’a dit que ma mère était fille d’un chef de tribu, en Afrique; j’ai souvent songé à elle, j’ai compris que je lui appartenais par le sang et les instincts, j’aurais voulu ne la quitter jamais et traverser les sables, pendue à son dos... Ah ! quelle jeunesse ! J’ai encore des dégoûts et des révoltes, lorsque je me rappelle les longues journées que j’ai passées dans la chambre où râlait Camille. J’étais accroupie devant le feu, regardant stupidement bouillir les tisanes, sentant mes membres se roidir. Et je ne pouvais bouger, ma tante grondait quand je faisais du bruit... Plus tard, j’ai goûté des joies profondes, dans la petite maison du bord de l’eau; mais j’étais déjà abêtie, je savais à peine marcher, je tombais lorsque je courais. Puis on m’a enterrée toute vive dans cette ignoble boutique.

Thérèse respirait fortement, elle serrait son amant à pleins bras, elle se vengeait, et ses narines minces et souples avaient de petits battements nerveux.

- Tu ne saurais croire, reprenait-elle, combien ils m’ont rendue mauvaise. Ils ont fait de moi une hypocrite et une menteuse... Ils m’ont étouffée dans leur douceur bourgeoise, et je ne m’explique pas comment il y a encore du sang dans mes veines... J’ai baissé les yeux, j’ai eu comme eux un visage morne et imbécile, j’ai mené leur vie morte. Quand tu m’as vue, n’est-ce pas ? j’avais l’air d’une bête. J’étais grave, écrasée, abrutie. Je n’espérais plus en rien, je songeais à me jeter un jour dans la Seine... Mais, avant cet affaissement, que de nuits de colère ! Là-bas, à Vernon, dans ma chambre 35 froide, je mordais mon oreiller pour étouffer mes cris, je me battais, je me traitais de lâche. Mon sang me brûlait et je me serais déchiré le corps. À deux reprises, j’ai voulu fuir, aller devant moi, au soleil; le courage m’a manqué, ils avaient fait de moi une brute docile avec leur bienveillance molle et leur 40 tendresse écœurante. Alors j’ai menti, j’ai menti toujours. Je suis restée là toute douce, toute silencieuse, rêvant de frapper et de mordre.

Thérèse confond Camille et Mme Raquin en un « ils » indifférencié, (Camille n’est nommé qu’une seule fois, 1.14) voire un « on ». Et Thérèse finit par dire qu’elle a fait « comme eux » (I. 29). La vie à Vernon est systématiquement évoquée à la troisième personne du pluriel : « leur hospitalité » (I. 5), « leur vie morte » (I. 30), « leur bienveillance molle et leur tendresse écœurante » (I. 39-40). Il existe une antinomie de fait entre le milieu d’origine de Thérèse et celui des Raquin : « chef de tribu » et « douceur bourgeoise » sont des antithèses absolues.

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« écrasée, abrutie.

Je n'espérais plus en rien, je songeais à me jeter un jour dans la Seine ...

Mais, avant cet affaissement, que de nuits de colère! Là-bas, à Vernon, dans ma chambre 35 froide, je mordais mon oreiller pour étouffer mes cris, je me battais, je me traitais de lâche.

Mon sang me brûlait et je me serais déchiré le corps.

À deux reprises, j'ai voulu fuir, aller devant moi, au soleil; le courage m'a manqué, ils avaient fait de moi une brute docile avec leur bienveillance molle et leur 40 tendresse écœurante.

Alors j'ai menti, j'ai menti toujours.

Je suis restée là toute douce, toute silencieuse, rêvant de frap­ per et de mordre.

INTRODUCTION 1 Situer le passage Thérèse rencontre Laurent lorsque Camille l'amène, un jeudi soir, au passage du « Pont-Neuf ».

Très vite, Laurent et Thérèse devien­ nent amants et, dans cet extrait, Thérèse raconte son histoire à Lau­ rent.

1 Dégager des axes de lecture Auprès de Laurent, la personnalité de Thérèse s'éveille et elle s'ex­ prime longuement.

Une totale absence de liberté ressort de ses pro­ pos.

Thérèse apparaît comme ballottée entre son tempérament et le milieu dans lequel elle a été élevée.

PREMIER AXE DE LECTURE LA VOIX DU SANG 1 Le rêve d,es origines Thérèse s'exprime dans cet extrait à la première personne (« Je ne leur souhaite pas de mal », 1.

3).

Pourtant tout son discours est déter­ miné par une instance extérieure(« On m'a dit que ma mère était fille d'un chef de tribu en Afrique », 1.

8-9).

Thérèse intériorise sa relation à ses origines : le « On m'a dit que », extérieur, est relayé par une 102 LECTURES MÉTHODIQUES. »

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