Commentaire de texte : Albertine Sarrazin, « Il y a des mois que j’écoute »
Publié le 24/02/2026
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Commentaire de texte : Albertine Sarrazin, « Il y a
des mois que j’écoute »
Le poème Il y a des mois que j’écoute, écrit entre
1954 et 1955 par Albertine Sarrazin alors qu’elle est
emprisonnée à Fresnes, est un témoignage poignant
de la condition carcérale.
Condamnée à plusieurs
reprises pour des vols et des braquages, l’auteure a
connu l’enfermement dès son adolescence.
Dans ce
texte, elle exprime avec force la douleur de
l’incarcération, la privation de liberté et l’isolement,
tout en laissant transparaître un désir d’évasion, que
ce soit par le rêve, le souvenir ou l’oubli.Nous verrons
tout d’abord comment le poème traduit l’expérience
de l’enfermement et sa souffrance , puis nous
analyserons le souvenir comme premier moyen
d’évasion , et enfin le désir d’oubli et d’évasion
absolue.
Dès les premiers vers, Albertine Sarrazin installe
une atmosphère pesante et monotone.
Le vers
d’ouverture, « Il y a des mois que j’écoute », insiste
sur la durée interminable de son incarcération.
L’emploi du présent duratif met en avant un quotidien
figé, marqué par l’attente et la répétition.
Cette
impression est renforcée par la suite du vers, « Les
nuits et les minuits tomber », où la chute du temps,
associée à la nuit, évoque une forme de fatalité.Le
poème insiste sur la séparation entre l’intérieur et
l’extérieur.
À l’opposé entre le la vie extérieur et la vie
carcérale.
Le monde extérieur est décrit à travers le
passage des « camions », qui « dérobent / La grande
vitesse à la route », image qui symbolise la liberté et
le mouvement dont la poétesse est privée.
À l’inverse,
la prison est un lieu de stagnation et d’effacement,
représenté par une métaphore inquiétante : « Et
manger la prison les vers ».
Ce vers personnifie
l’établissement carcéral en un monstre dévorant, ce
qui souligne la sensation d’être engloutie, oubliée par
le monde.L’espace carcéral est également marqué
par une perte totale des repères temporels.
La
poétesse dresse une énumération des saisons
« Printemps étés automnes hivers » mais conclu
immédiatement : « Pour moi n’ont aucune berceuse ».
Alors que les saisons marquent habituellement le
passage du temps et les changements du monde
extérieur, ici, elle n’ont plus d’effet.
Tout est devenu
monotone, et l’idée même du renouveau est
impossible dans l’enfermement.
Cette première partie
met en évidence l’enfermement physique et
psychologique de la poétesse.
La prison apparaît
comme un lieu de souffrance qui efface toute notion
de temps et d’identité, plongeant la détenue dans une
solitude oppressante.
Face à cette oppression, la poétesse cherche à
s’évader mentalement en se rappellent des souvenirs
du passé.
Un carreau brisé dans sa cellule est un
élément clé du poème : « Par le carreau que j’ai
cassé / Où s’engouffre l’air du passé ».
Cette
ouverture symbolique lui permet de respirer un instant
et d’accéder à un ailleurs.
Le vent qui entre n’est pas
seulement un élément physique, il est chargé de
mémoire : « Tourbillonnant en mille poses ».Le
premier souvenir qui surgit est celui de l’enfance,
représenté par « la voix maternelle un soir ».
Ce
retour à la figure maternelle pourrait être un refuge,
une source de réconfort, mais il est immédiatement lié
à la douleur, puisque ce souvenir s’accompagne d’une
scène de fièvre et de cris.
Loin d’être apaisante, cela
lui rappelle que la souffrance a toujours été présente
dans sa vie.La mémoire....
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