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Dissertation Balzac 1 – Dans quelle mesure le titre du roman La Peau de chagrin en éclaire-t-il les enjeux ?

Publié le 21/05/2024

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« Dissertation Balzac 1 – Dans quelle mesure le titre du roman La Peau de chagrin en éclaire-t-il les enjeux ? Honoré de Balzac publie La Peau de chagrin en 1831, dans son œuvresomme La Comédie Humaine : cet épisode prend place dans les Études philosophiques.

L’aspect philosophique du roman tient à l’étude de l’énergie selon la conception que s’en fait Balzac : or, le romancier métaphorise l’idée que nous dépensons cette énergie au fil de l’existence par l’invention d’un objet magique, la « peau de chagrin ».

Ainsi, « Dans quelle mesure le titre du roman La Peau de chagrin en éclaire-t-il les enjeux ? » Une peau de chagrin, c’est, comme on l’apprend dans l’œuvre, la peau d’un âne, mais le lecteur du XIXe siècle – tout comme nous – pense d’abord au sentiment, le chagrin et donc oriente le titre vers la mélancolie, vers le « Mal du siècle » typique du Romantisme.

On voit donc que le titre propose diverses interprétations : en quoi illustre-t-il différents aspects du roman, tant dans sa structure, son intrigue que ses interrogations morales, critiques et philosophiques ? Nous verrons dans un premier temps en quoi ce titre est un miroir de l’intrigue.

Puis, nous montrerons qu’il met en avant le thème central de la destruction.

Enfin, l’on analysera en quoi ce titre constitue une accroche énigmatique. I – Le titre est un miroir de l'intrigue.

Le titre est le miroir du roman : la composition du récit, le fil du temps et la tonalité fantastique viennent s'y refléter. A – Le roman se construit autour de la Peau de chagrin L'architecture de ce roman est, à tous les niveaux de sa structure, polarisée par la Peau de chagrin.

À l'échelle des trois chapitres la Peau est en effet un principe organisateur : le premier chapitre rapporte sa découverte, le deuxième est principalement un retour en arrière expliquant les années qui se sont achevées par la visite décisive chez l'antiquaire, le troisième expose les conséquences fatales de l'acquisition de l'objet-titre. Ce dernier joue aussi un rôle essentiel dans l'organisation interne de chacune des trois étapes.

Ainsi, la scène du jeu, l’errance désespérée dans Paris, la déambulation de salle en salle chez l'antiquaire semblent autant de procédés narratifs destinés à retarder l'apparition de l’objet annoncé par le titre.

Cette phase s'achève lorsque la Peau, « devenue souple comme un gant, se roule sous [les] doigts frénétiques » du jeune homme encore inconnu et prend possession de lui.

C'est à ce moment-là que le nom du héros apparaît enfin : hélé par trois amis, Raphaël est « enchaîné par les bras dans leur joyeuse bande ».

Bien qu'évoquant les années antérieures à la visite chez l'antiquaire, le deuxième chapitre, qui a aussi le talisman comme principe directeur, retrouve finalement le temps du récit principal pour s'achever sur la prise de conscience du personnage : en même temps qu'elle lui apporte « six millions, la Peau lui donne à voir la MORT ».

Le troisième chapitre présente les différentes réactions du héros : enfermement, rejet, consultation de divers scientifiques.

Puis le livre se clôt sur l'anéantissement conjugué du héros et du talisman. B – La Peau matérialise le temps romanesque Non seulement, la Peau préside à l'organisation de l'œuvre mais elle assure aussi sa cohérence en matérialisant le temps romanesque.

« Prenons la mesure ! Prenons la mesure ! » : Raphaël est à peine en possession du talisman qu'il entreprend de tracer ses contours sur une serviette.

La « petite distance entre le contour tracé sur le linge et celui de la Peau » manifeste l'écoulement inéluctable du temps.

Quand le héros, souvent de façon obsessionnelle, mesure son talisman, le lecteur voit se rapprocher le dénouement.

Après l'étirement du temps dans le premier chapitre, la répétition des scènes au cours desquelles le temps est mesuré à l'aune de la Peau rythme le récit et lui confère son unité.

Le titre du roman fait alors figure de clé de voûte, le talisman empêchant la dispersion d'un récit par ailleurs hétérogène.

Si la multiplication des lieux et des personnages, le caractère mouvant du premier plan (Rastignac, Foedora, Pauline, les savants), le changement de tonalité (fantastique, comique), ne provoquent pas l’éclatement de l’œuvre, c’est que la peau, objet central et mesure du temps, fédère l’ensemble.

Cette fonction unificatrice de l’œuvre autour d’un objet magique se retrouve aussi par exemple dans Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde. C – Le titre annonce un roman fantastique Lorsque Balzac publie en 1831, La Peau de chagrin, il a encore un public à conquérir.

En effet, après Les Chouans (1829), le premier roman signé de son nom, sa renommée est encore fragile et, en sacrifiant à la mode de l'Orient et du fantastique, il peut espérer séduire son public.

Bien que l'intrigue s'inscrive dès la première ligne dans un cadre spatio-temporel défini et réaliste, le décor se trouble avec le « petit vieillard » qui garde la maison de jeu tel Cerbère les Enfers.

Raphaël, ayant perdu toute chance de rétablir sa fortune, erre ensuite dans Paris « comme dans un désert » avant de pénétrer dans l'univers fantastique de l'antiquaire.

L'adjectif « fantastique » convient bien ici en effet car le personnage et le lecteur, évoluant là « où toutes œuvres humaines et divines se heurtent », perdent tout repère, hésitent entre une interprétation réaliste et une lecture surnaturelle du décor.

Par la suite, comme l'annonce le titre, le fantastique se cristallise sur un objet, le talisman.

Comme pour Faust dans la pièce de Goethe, le pacte est signé et « tout est dit ».

« Le cercle de vos jours, figuré par cette Peau se resserrera suivant la force et le nombre de vos souhaits » : la suite du roman en est l'illustration, sans que l'hésitation inhérente au fantastique ne disparaisse totalement puisque Raphaël peut passer pour fou ou malade et que les savants ne s'inclinent pas devant la Peau qui leur est présentée. Ainsi qu'on examine l'architecture du roman, la matérialisation du temps ou la tonalité fantastique, on voit que le titre concentre et soude en quelque sorte les différents aspects de l'intrigue.

Il éclaire aussi le thème de la destruction au cœur de l'œuvre. II – Le titre met en avant le thème central de la destruction.

Si, en référence au titre du roman de Balzac, la métaphore courante de la « Peau de chagrin » suggère un lent anéantissement, c'est que, dans l'œuvre, le thème de la destruction imprègne l'intrigue, le regard sur la société et la conception de l'existence. A – La place de la mort dans l'intrigue Alors que Balzac est encore au début de sa carrière d'écrivain, la mort hante le roman qu'il publie en 1831.

Dans les premières pages, Raphaël se montre bien décidé à mettre fin à ses jours, la visite chez l'antiquaire et l'acquisition du talisman n'étant pour lui qu'un simple dérivatif avant le passage à l'acte. Le retour en arrière du deuxième chapitre montre que cette fascination ancienne est nourrie par une vision désespérée de l'existence.

La vie que le jeune homme mène avant la scène qui ouvre le roman est une « profonde dissolution ».

Les orgies ne sont-elles pas d'ailleurs, selon Rastignac, de « l'opium en petite monnaie » et l'intempérance « la reine de toutes les morts » ? Au début du roman, le vieillard qui garde l'enfer du jeu puis le vieil antiquaire sont également, à leur manière, des visages de la mort, l'un consumé par la passion et l'autre empreint de la sérénité que procurent le savoir et la sagesse.

La mort prend aussi le visage de la maladie.

« Il y a dans ta poitrine quelque chose qui résonne et qui m'a fait peur », dit Pauline à Raphaël dans le dernier chapitre intitulé « L'agonie ».

Le lecteur, qui sait mesurer la vie du héros à l'aune de la Peau, a compris ce qu'implique cette maladie pulmonaire.

Si le thème de la mort, représenté par l'inéluctable rétrécissement de la Peau, est si prégnant dans le récit, c'est aussi qu'il exprime la vision balzacienne de la société. B – La vision d’une société qui s’éteint La Peau qui diminue inexorablement est une métaphore du mal qui gangrène la société : l’argent qui ronge les mœurs et qui dissout l’idéal. Balzac dit, à propos du Rouge et le Noir de Stendhal paru en 1830 qu’on y trouve « la senteur cadavérique d’une société qui s’éteint.

» Les jeunes gens tels Raphaël de Valentin, Lucien de Rubempré chez Balzac, Julien Sorel chez Stendhal (Le Rouge et le Noir) ou encore Octave chez Musset (La Confession d’un enfant du siècle) ont perdu.... »

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