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DM Lettres COSA MENTALE

Publié le 17/04/2026

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« DM de Lettres 17 septembre 2024 Léonard De Vinci est à l’initiative de la formulation “cosa mentale” (la chose mentale) qui se réfère pour lui à l’art de la peinture lui permettant ainsi de placer la peinture au sommet de la hiérarchie des grands arts.

Selon lui c’est la dimension hautement intellectuelle de la peinture qui la rend supérieure aux autres arts par son usage de la science et du savoir en général.

Cependant bien qu’il soit à l’initiative de ce concept il n’a pas été le seul à le manipuler.

C’est le cas de Alain Viala dans son ouvrage La Culture Littéraire parut en 2009.

Il y écrit ceci : ”La nature de son matériau, le langage verbal, confère au littéraire sa spécificité.

De tous les langages, il est celui qui offre la moindre matérialité.

Là où la peinture, la sculpture, la danse, la musique sollicitent fortement les sens, la littérature, si elle sollicite bien sûr la vue ou l’ouïe comme médiums, propose un plaisir qui prend sa source dans l’esprit et non dans la sensation physique.

De plus, son langage a la propriété d’être successif : un tableau se donne d’un bloc, un texte se déroule et ses effets se construisent dans la succession des signes et selon l’ordre de cette succession (en cela, il est proche de la musique mais il s’en distingue radicalement sur le plan sensoriel).

De sorte qu’on peut dire que le plaisir littéraire est, plus que les autres plaisirs artistiques, cosa mentale.” Ainsi il reprend cette formule mais cette fois la met au service de la littérature. Mais réutilise t’il la thèse sur la peinture de De Vinci l’appliquant simplement au cas du littéraire ? Tout d’abord il définit cette spécificité de la “cosa mentale” qu’est la littérature comme provenant du langage utilisé dans cet art qu’il nomme “langage verbal”.

Il établit donc une opposition entre la littérature et les autres arts, tel que la peinture, la sculpture, la musique...etc, comme provenant des différents langages et médiums utilisés par ces langages.

Le langage verbal, celui des mots, n’emprunte que peut au médium matériel si ce n’est l’ouïe et la vue, là où les autres arts utilisent directement des modes de communications sensoriels.

Cette différence affecte de ce fait le traitement du plaisir dans chacun de ces arts respectifs qui ne peuvent délivrer un plaisir identique si celui-ci n’est ni construit, ni véhiculer, ni pensé de la même manière.

Mais le plaisir peut-il par essence na pas être physique ? Le langage verbal, le langage prosaïque, peut-il être la source d’un plaisir intellectuel ? Cette coupure avec la matérialité représente t’elle aussi une coupure avec la sensibilité ? Nous nous demanderons donc : De quelle façon la littérature, alors même qu'elle est détachée d'une matérialité sensorielle pas son langage, est-elle provocatrice de plaisir ? Nous commencerons par étudier le langage verbal en tant que médium littéraire et ce qui le différencie par rapport aux autres langages artistiques puis nous examinerons comment ce détachement de la matérialité permet à la littérature d’offrir un plaisir plus intellectuel que sensoriel sans pour autant s’extraire tout à fait d’une expérience et d’une démarche sentimentale.

Enfin, nous discuterons le concept même de “cosa mentale” et ce qu’il implique réellement quand il s'agit de la littérature et de sa dimension à la fois psychique et cognitive. Le langage littéraire est empreint d’un paradoxe fascinant : il utilise des mots issus du quotidien, souvent considérés comme prosaïques, pour créer des œuvres d’art qui transcendent leur banalité originelle.

Dans Madame Bovary de Gustave Flaubert, ce phénomène est particulièrement évident.

“ Emma regardait la campagne.

Elle trouvait cela beau.” Flaubert choisit un langage qui semble quotidien, presque plat, pour décrire les événements et les pensées de ses personnages.

Les mots employés sont les mêmes que ceux utilisés dans la communication ordinaire, ceux qui "passent par toutes les bouches".

Pourtant, cette utilisation du langage prosaïque ne se contente pas de refléter la réalité ; elle la transforme en art.

Flaubert manipule avec une précision méticuleuse les mots pour révéler des aspects profonds et souvent douloureux de l’existence humaine.

Le détail minutieux des descriptions de la vie quotidienne d’Emma Bovary, les dialogues banals des personnages, et la représentation des objets quotidiens, loin d'être simplement des éléments de réalisme, deviennent les vecteurs d’une critique acerbe de la société et d’une exploration des désirs insatisfaits et des illusions romantiques.

Le style flaubertien, à la fois précis et détaché, s'efforce de capturer une vérité plus profonde derrière l'apparente banalité.

Ce paradoxe du langage est au cœur du charme et de la puissance de Madame Bovary.

Les mots, bien qu'issus de la langue commune, acquièrent une nouvelle dimension artistique à travers leur agencement et leur contexte, faisant naître une œuvre qui transcende le prosaïque pour atteindre une forme élevée d’art.

Ainsi, Flaubert démontre comment la littérature peut extraire du sublime de ce qui semble trivial, transformant le langage quotidien en un puissant instrument d’expression artistique.

Ainsi le langage verbal utilisé par la littérature ne lui est pas tout à fait spécifique étant donné qu’elle l’emprunte à la réalité. Le langage verbal, par sa nature, se distingue nettement des langages utilisés par les autres arts en ce qu'il n'est pas une reproduction directe de la nature, mais une construction purement mentale.

Contrairement aux arts visuels ou musicaux qui sollicitent directement les sens—la vue pour la peinture, l’ouïe pour la musique—le langage littéraire émerge entièrement de l'esprit humain, sans dépendre d’une matérialité sensorielle immédiate.

Dans Le Ravissement de Lol V.

Stein de Marguerite Duras, cette spécificité est particulièrement manifeste.

Duras utilise des mots pour explorer des états psychologiques complexes et des émotions profondes, en s’appuyant sur une construction narrative qui transcende la simple description sensorielle.

Les dialogues et les monologues de Lol V. Stein ne décrivent pas seulement des scènes ou des actions, mais plongent dans la subjectivité du personnage, révélant ses pensées intimes, ses obsessions, et ses perceptions.

Le langage employé par Duras est ainsi un outil pour dévoiler un monde intérieur riche et complexe, loin des représentations sensorielles immédiates.

Les mots deviennent un véhicule pour l'expression des états psychologiques et des processus mentaux, et non pour la reproduction d’images ou de sons.

Cette capacité du langage à transcender les limites de la sensation physique et à pénétrer dans les profondeurs de l'esprit humain démontre que le langage verbal n’est pas simplement un moyen de représenter la réalité physique mais aussi dans une certaine mesure une réalité métaphysique ou en tout cas psychique. La littérature utilise donc une construction conceptuelle qui offre une expérience fondée sur l'imaginaire et l'intellect plutôt que sur les sens. Le langage littéraire, par sa nature profondément intellectuelle, engendre un plaisir distinct de celui procuré par les arts sensoriels.

Dans Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre, cette dimension intellectuelle se manifeste particulièrement à travers la fonction didactique du récit.

Le roman n’est pas seulement une narration romantique, mais un véhicule de leçons morales et éducatives sur la nature, la vertu et les idéaux de vie. La langue de Saint-Pierre, élégante et réfléchie, invite le lecteur à une contemplation critique des valeurs et des comportements des personnages, tout en offrant des réflexions sur les dilemmes moraux et les vertus humaines.

Le plaisir que l’on retire de la lecture de Paul et Virginie réside ainsi dans cette dimension didactique et instructive, qui engage l’esprit du lecteur dans une réflexion sur des principes éthiques et des aspirations idéales.

La formule latine "Mens sana in corpore sano" — un esprit sain dans un corps sain — peut être vue ici sous un éclairage particulier : dans ce roman, le plaisir de l’esprit se manifeste par la stimulation intellectuelle et morale, plutôt que par une simple satisfaction sensorielle.

La capacité du texte à éduquer et à éveiller la conscience morale du lecteur transcende le simple plaisir corporel que l’on peut trouver dans les arts visuels ou sonores, révélant ainsi une forme de jouissance presque entièrement détachée de toute matérialité. Le langage littéraire, même lorsqu’il se concentre sur des réflexions et des idées abstraites, peut profondément intégrer la sentimentalité et les émotions, offrant ainsi une expérience esthétique riche et complexe. Les Lettres portugaises, attribuées.... »

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