Dom Juan
Publié le 24/02/2026
Extrait du document
«
Molière - Dom Juan
Acte II - Scène 4 – « Charlotte et Mathurine »
De « Sganarelle, apercevant Mathurine.
Ah, Ah ! » à « pourvu que j’accomplisse ma promesse ? »
Introduction
•
Présentation de l'auteur, de l'œuvre et de l'extrait
Molière est un célèbre dramaturge et comédien du XVIIe siècle, actif sous le règne de Louis XIV.
Représentant du théâtre classique, il s’illustre dans l’art de la comédie à travers des œuvres majeures
comme Le Malade Imaginaire, Le Tartuffe ou Dom Juan.
Par le rire, il dresse des portraits critiques de
son époque, en s’attaquant notamment à l’hypocrisie religieuse, au monde des précieuses et aux
excès des médecins.
Dans Dom Juan, Molière dresse le portrait d’un libertin séducteur, menteur et manipulateur, qui
défie les lois humaines et divines.
Dans cette scène 4 de l’acte II, Dom Juan se retrouve face à deux
paysannes, Charlotte et Mathurine, qu’il a toutes deux séduites et à qui il a promis le mariage.
Ce
face-à-face donne lieu à une scène de comédie reposant sur le quiproquo et la ruse.
Analyse générale du passage
Ce petit complément ne sera pas à restituer à l’oral : il te permet juste de situer le passage et d’en
comprendre les enjeux avant d’aller plus loin dans l’analyse.
Dans cette scène tirée de l’acte II, Molière met en scène un épisode comique et révélateur de l’art de
la manipulation chez Dom Juan.
Pris entre Charlotte et Mathurine, le séducteur orchestre un double
jeu fondé sur le mensonge et l’habileté rhétorique.
Par un enchaînement d’apartés et de répliques
brèves, il parvient à duper chacune des deux jeunes femmes tout en conservant le contrôle de la
situation.
Le quiproquo amoureux devient un véritable mécanisme théâtral où tout repose sur la
parole : Dom Juan improvise, flatte, détourne et se tire d’embarras par une éloquence calculée.
Derrière le comique de répétition et le langage familier des paysannes, se cache une critique plus
profonde de l’hypocrisie et de la domination masculine.
Le spectateur, complice du mensonge, rit de
la naïveté des victimes mais mesure aussi le cynisme du séducteur, qui transforme la vérité en
instrument de pouvoir.
Cette scène illustre ainsi la double dimension du personnage : charmeur
irrésistible et menteur sans scrupules, dont la séduction repose sur la maîtrise du langage autant
que sur l’art de la tromperie.
1
Problématique
Comment Molière met-il en scène le double jeu de Dom Juan pour dénoncer son hypocrisie ?
Mouvements
I.
La manipulation comique de Dom Juan
II.
L’affrontement des deux paysannes
III.
L’éloquence au service de l’hypocrisie
_________________________
I.
La manipulation comique de Dom Juan
Du début jusqu’à « une extravagante »
o
Une mécanique comique efficace
La scène s’ouvre sur l’interjection de Sganarelle : « Ah, Ah ! », marqueur d’une lucidité comique.
Ce
rire bref instaure une complicité immédiate avec le spectateur, qui sent l’illusion à venir.
La jalousie
de Mathurine, signalée par la didascalie, lance le quiproquo amoureux : un triangle comique se
forme, où chacune des deux jeunes femmes pense détenir l’exclusivité de l’amour de Dom Juan.
Il
reprend aussitôt la main par une formule paradoxale : « Non, au contraire » et inverse ainsi les rôles
et attribue à Charlotte le désir de mariage : « c’est elle qui me témoignait une envie d’être ma
femme ».
Le plus-que-parfait « j’étais engagé à vous » renforce l’illusion d’une fidélité ancienne et
constante.
Dom Juan se défausse ainsi de toute responsabilité et renverse la situation à son
avantage, en utilisant la jalousie féminine comme ressort de sa manipulation.
o
Un double discours parfaitement rodé
La suite repose sur une série d’apartés, rythmés par des interventions brèves et répétitives : « bas à
Charlotte », « bas à Mathurine ».
Ce jeu d’alternance crée une dynamique scénique rapide, renforcée
par les phrases courtes et l’accumulation des répliques brèves.
Cette technique isole les deux jeunes
femmes, chacune prisonnière d’un discours qui lui est adressé en secret.
À chaque aparté, Dom Juan
rabaisse l’une pour flatter l’autre, multipliant les adjectifs dévalorisants « jalouse », « folle », «
extravagante ».
Ce lexique péjoratif, associé au comique de répétition, souligne la naïveté des jeunes
femmes qui se laissent berner sans soupçonner la supercherie.
La manipulation de Dom Juan, sous
des dehors plaisants, apparaît ainsi très efficace : il est le seul à maîtriser la parole et à orchestrer la
scène comme un metteur en scène cynique de sa propre comédie.
2
II.
l’affrontement des deux paysannes
De « Non, non : il faut que je lui parle » à « il m’a vue la seconde et m’a promis de m’épouser »
o
Une perte de contrôle apparente
La tension monte et les deux paysannes exigent des explications.
Elles ne se contentent plus des
paroles de Dom Juan, mais décident d’agir par elles-mêmes : « Non, non : il faut que je lui parle
» (Mathurine) / « Je veux voir un peu ses raisons » (Charlotte).
Par cette prise de parole directe, elles
s’imposent comme actrices de l’action.
Cette évolution bouleverse momentanément l’équilibre de la
scène : Dom Juan semble perdre le contrôle de la situation.
Pourtant, il tente de maintenir son
emprise en parlant à chacune des deux femmes en aparté, usant d’un parallélisme syntaxique
parfaitement symétrique : « Je gage qu’elle va vous dire… » / « Gageons qu’elle vous soutiendra…
» Ces répliques identiques montrent qu’il applique la même technique à chacune, sans aucun
scrupule, ce qui révèle une....
»
↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓
Liens utiles
- Question d’interprétation Comment Dom Juan défend-il dans ce discours de l’hypocrisie ?
- Dom Juan de Moliere acte III scene 2
- Lecture linéaire : Molière, Dom Juan acte III, scène 1
- Fiche de lecture Dom Juan
- Molière Acte 5 Scène 4,5,6 Dom Juan