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EFFET DE NUIT, de Paul Verlaine (Commentaire)

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verlaine
Cette scène nocturne et dramatique prend toute son ampleur par un autre choix fort de Verlaine : celui de l'époque médiévale. Le Moyen-Age évoque en effet une période violente, emplie de cruauté. C'est dans cette atmosphère inquiétante que Verlaine nous plonge au coeur de ce paysage nocturne et mystérieux où règne une sensation de mort. Tout d'abord, dés les premiers mots, « la nuit » apparaît, suivie de « la pluie ». La nuit correspond au noir, et à la période de la journée où, livrés à nous-mêmes, nos peurs les plus profondes surgissent. On observe, dans les trois premiers vers, une distorsion de la syntaxe créant une impression de torture. Le complément d'objet direct est placé en début de phrase et contribue à la mise en valeur de l'image de mort avec le terme « blafard ». Suit le verbe « déchiquette » aux sonorités expressives puisque agressives, le complément circonstanciel de moyen avec des sons heurtés (g), (k) ou (z) qui suggère que l'architecture déchire le ciel, elle le torture. Le sujet est rejeté en fin de phrase mettant ainsi en valeur l'aspect mystérieux de cette « ville gothique éteinte au lointain gris ». Les assonances en (ein) « éteinte au lointain gris » sonnent comme une plainte.

« Par ailleurs la nature est personnifiée et semble vivante, presque fantastique grâce à la métaphore en « dressantl'horreur de leur feuillage à droite, à gauche ». Elle est hostile, et participe à cette mise à mort. De plus, lesremarques spatiales « à droite », « à gauche » au vers 9 indique que cette nature cerne elle aussi les prisonniers.Verlaine n'a choisi que des plantes agressives « épines », « houx ». D'autre part, le choix de cette époque s'explique par son mystère et le fait qu'elle nous soit, comme à Verlaine, trèslointaine. Il est donc plus aisé d'y projeter son imagination, dans cette période de l'Histoire caractérisée par saviolence et considérée comme barbare. On relève également la présence de « hauts pertuisaniers » qui formaientl'armée à cette époque et qui dégagent une image de mort et d'inhumanité. D'ailleurs l'anaphore de « fers » et leterme « herse » suggère une certaine violence, l'aspect guerrier du Moyen-Age. Cette époque chère aux artistes du XIXème siècle, remise au fruit du jour par Walter Scott (Ivanhoé), sert doncd'écrin au tableau final qui constitue le troisième volet de notre étude. Dans ce tableau-paysage, la mort règne, elle est omniprésente. Elle reflète tout le pessimisme verlainien. Reprenonsle fait que la nature agressive contribue à la mise à mort des condamnés. Comme le font les animaux, « loup », «corneilles » qui s'attaquent aux humains pour les dépecer. Les corneilles au « bec avide » suggèrent une soifviolente de sang et de chaire, qui s'attaque aux pendus déjà décomposés par le temps « rabougris ». On voit donc que la mort rôde autour des gibets, et qu'elle a déjà fait son oeuvre. A la fin du texte, apparaissentceux qui font mourir, masse noire, informe de « hauts pertuisaniers ». Ils sont caractérisés par leurs armes pointéesvers le ciel et par l'inexorabilité de leur marche. Puis, ceux qui vont mourir, les plus misérables, sont les « trois lividesprisonniers » marchant au supplice. Cette marche macabre s'apparente à la montée au calvaire des condamnés. On peut remarquer plusieurs élémentsrenvoyant à la Bible, et plus particulièrement au chemin de croix de Jésus. En effet, le nombre de prisonniers, c'est àdire trois, n'a pas été choisi au hasard, et renvoie à Jésus, accompagné des deux voleurs. Les pieds nus deshommes évoquent ceux de Jésus, leur nudité est signe d'humiliation. La vision finale mêle la verticalité des armes et la verticalité de la pluie. La métaphore finale des « lames de l'averse» exprime la violence mutuelle de la nuit et des hommes, les gouttes d'eau deviennent des armes, à l'égal despertuisaniers. Notons la belle allitération de la sifflante (s) au dernier vers, dont la répétition souligne ce qui a lieud'affirmer. Verlaine a su organiser pour nous un texte fortement pictural, avec les lignes et les contrastes d'une estampe assezdramatique. Il a su aussi s'inspirer de l'époque du Moyen-Age pour créer une atmosphère inquiétante et morbide où ilpeut donner libre cours à son imagination. Mais plus que tout, il nous livre ici la violence de son état d'âme, ilprojette son pessimisme et son mal de vivre le plus total. Angoisse, désespoir, accablement. On peut aimer la sombre beauté de ce tableau ou préférer les pastels des FêtesGalantes où il recrée à partir des tableaux de Watteau, les fêtes et les plaisirs des aristocrates de l'Ancien Régime. Sujet désiré en échange : Paul VERLAINE (1844-1896) (Recueil : Poèmes saturniens) - Effet de nuit »

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