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Explication linéaire On ne badine pas avec l'amour acte II scène 5

Publié le 16/06/2026

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« Objet d’étude : Le théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle Alfred de Musset, On ne badine pas avec l’amour (1834) Parcours : Les jeux du cœur et de la parole Explication linéaire n° 9 : L’amour, selon Perdican (acte II, scène 5) ➢ Amorce : présentation de l’œuvre On ne badine pas avec l’amour est une pièce en trois actes appartenant au genre du proverbe, comme le suggère son titre.

Publiée en 1834, elle ne sera représentée qu’en 1861, à la Comédie-Française, après la mort de son auteur, Alfred de Musset, écrivain, poète et dramaturge romantique français.

Elle met en scène les hésitations et tiraillement amoureux de deux jeunes gens : Camille et Perdican, que le père de celui-ci entend marier.

Mais au moment des retrouvailles, Camille, sortant du couvent, ne semble pas décidée à épouser son cousin.

Perdican commence alors à courtiser Rosette, la sœur de lait de Camille. ➢ Situation du passage Au début de l’acte II, Perdican aborde Camille pour comprendre sa froideur.

Lorsqu’elle apprend par Dame Pluche que Perdican s’est rapproché de Rosette, sa sœur de lait, Camille donne rendez-vous au jeune homme près d’une fontaine qui abritait leurs jeux dans l’enfance.

La scène 5 de l’acte II constitue alors un long dialogue entre Camille et Perdican au cours duquel Camille explique à Perdican les raisons de son départ : elle lui annonce qu’elle va prendre le voile, parce qu’elle craint de souffrir en amour.

Camille, ayant subi au couvent l'influence d'une religieuse délaissée par son amant, s'en est ouverte à Perdican, se justifiant ainsi de s'être dérobée aux effusions des retrouvailles et au projet de mariage qui devait les unir.

Le passage étudié se situe à la fin de cette scène.

Face à l’obstination de sa cousine qui refuse son amour au profit du couvent, Perdican se lance dans deux tirades argumentatives : il s’oppose à Camille en dénonçant l’influence néfaste des nonnes et en faisant l’éloge de l’amour humain que Camille rejette.

= dimension rhétorique : à la fois expression du dépit et tentative inavouée pour la persuader de renoncer au couvent. . ➢ Lecture La lecture doit restituer l’animation du discours de Perdican, la « colère » dont parle Camille à la réplique qui précède.

Attention : dans la dernière tirade, les phrases sont longues et syntaxiquement complexes. ➢ Mouvements du passage - Ligne 1 à 12 (« Sais-tu (…) n’est-ce pas ? ») : Perdican dénonce avec virulence les mensonges des nonnes - Ligne 13 à 22 (« Adieu, Camille (…) mon ennui ») : Perdican expose sa vision de l’amour dans un éloge paradoxal ➢ Projet de lecture : Comment Perdican dans ce passage fait-il l’éloge de l’amour humain en l’opposant à la morale religieuse ? 1er mvt : La dénonciation des mensonges des nonnes 1er mouvement : La dénonciation des mensonges des nonnes PERDICAN.

— Sais-tu ce que c’est que des nonnes1, malheureuse fille ? Elles qui te représentent l’amour des Le 1er mvt débute par une succession de 3 questions rhétoriques, adressées par Perdican à Camille, désignée par la périphrase « malheureuse fille » qui met en évidence sa condition d’innocente et de victime de l’influence néfaste des nonnes qui va être dénoncée par Perdican (révèle aussi une forme de condescendance pour Camille de la part de Perdican).

Ces 3 phrases sont construites autour du verbe « savoir » : « sais-tu », « savent-elles », conjugué au présent à valeur d’énonciation (deux fois) : Perdican souhaite ainsi sortir Camille de l’ignorance en l’instruisant de la fausseté à l’œuvre dans le comportement des religieuses vis-à-vis d’elle. 1 Nonnes : religieuses. hommes comme un mensonge, savent-elles qu’il y a pis encore, le mensonge de l’amour divin ? Savent-elles que c’est un crime qu’elles font, de venir chuchoter à une vierge des paroles de femme ? Les questions rhétoriques visent enfin à interpeller et associer Camille à cette entreprise de persuasion : Perdican se hisse en position de supériorité dans une perspective didactique. La 2e question met en évidence ce qui est seulement annoncé comme la promesse d’une révélation dans la première question (qui fonctionne ainsi comme une « captatio benevolentiae »).

La tournure emphatique (avec le détachement du pronom « Elles » complété par une proposition relative) insiste sur ce que Perdican leur reproche : représenter l’amour des hommes, l’amour humain, comme un mensonge, ce qui revient à le dévaloriser.

; le chiasme utilisé (« l'amour des hommes comme un mensonge »/ « le mensonge de l'amour divin ») dévoile l'opposition entre les deux acceptions de la vie, mais le déséquilibre entre les deux expressions, puisque la première contient un outil de comparaison, donne plus de poids à la seconde qui identifie absolument le « mensonge » et Dieu.

Mensonge de l’amour des hommes qu’il compare, en l’évaluant de moindre importance, avec le « mensonge de l’amour divin ».

= formule très audacieuse voire choquante dans le contexte du XIXe siècle.

= violente diatribe contre la religion, accusée d’être trompeuse, et ces nonnes, ignorantes du mal qu’elles font. La capacité de nuisance de ces nonnes est désignée avec force par le mot « crime » (qui indique un acte d’une très grande gravité et condamnable, sur les plans de la morale et de la loi), de surcroît commis dans la dissimulation (« chuchoter ») et l’ignorance (intertexte biblique = évangile de Luc : « ils ne savent pas ce qu’ils font » ?).

Elles sont accusées de corrompre la jeunesse et l’innocence (« vierge » désignant ici Camille) par leur « paroles de femme » (= qui ont connu les hommes), les nonnes dont la connaissance des hommes précède leur arrivée au couvent = dénonciation de l’hypocrisie religieuse ; fait porter le soupçon sur leur image de pureté traditionnellement associée au couvent Ah ! comme elles t’ont fait la leçon ! Comme j’avais prévu tout cela quand tu t’es arrêtée devant le portrait de notre vieille tante ! L’interjection « Ah », l’adverbe d’intensité « comme » placé en anaphore et la succession de phrases exclamatives placent ce passage sous le signe de l’expression des sentiments et donnent de la force aux propos de Perdican.

Dimension ironique de la phrase « comme elles t’ont fait la leçon » (= leçon de morale des nonnes qui repose davantage sur le dépit amoureux que sur le véritable amour de Dieu cf. propos de Camille sur Louise dans la même scène).

Rappel de l’épisode où Camille a vu le portrait de la vieille tante (scène 2, acte I, admiration de Camille pour cette « sainte » - on soupçonne plutôt qu’il s’agit d’une vieille femme aigrie dans le langage de Perdican).

La clairvoyance de Perdican (« j’avais prévu » : usage également du plus-que-parfait à valeur d’antériorité) s’oppose à l’aveuglement de Camille et à son ignorance : lui confère également un statut supérieur.

C’est ainsi lui, qui par un effet de retournement – il veut reprendre l’avantage sur les nonnes – qui s’attribue le rôle de celui qui donne la leçon. Tu voulais partir sans me serrer la main ; tu ne voulais revoir ni ce bois, ni cette pauvre petite fontaine qui nous regarde tout en larmes ; tu reniais les jours de ton enfance, et le masque de plâtre que les nonnes t’ont plaqué sur les joues, me refusait un baiser de frère ; Ce passage est constitué de plusieurs propositions indépendantes, complétées pour certaines par des propositions subordonnées relatives, et reliées par juxtaposition et par coordination.

La parataxe estompe le phénomène de cause / conséquence induit par le sens : les nonnes sont à l’origine du malheur de Perdican.

Association de lexique de sens négatif ou privatif, signifiant le rejet (« sans », « reniais », « refusait ») à des négations syntaxiques («ne », « ni »).

Il en résulte un effet d’accumulation renforcé par l’utilisation en anaphore du pronom personnel « tu ».

Le ton de Perdican se fait accusateur : il fait une succession de reproches à Camille. Simultanément, Perdican recourt à une tonalité pathétique : il place son amour sous le signe de l’innocence, de l’enfance, en rappelant leur complicité ancienne (utilisation de l’imparfait), dépourvue de sensualité (« un baiser de frère »), dans un cadre naturel familier (utilisation des déterminants démonstratifs « ce », « cette ») qu’il prend à témoin : personnification de la fontaine, qualifiée par deux adjectifs qui inspirent la compassion (« pauvre petite »), victime elle aussi de la froideur de Camille. = possible hypallage (la fontaine pouvant être ici une expression du dépit de Perdican, qui pleure).

A défaut de passion, Perdican aurait au moins souhaité retrouver la fraternité des jeunes années. Perdican évoque donc naturellement les lieux de son enfance, « ce bois », « cette pauvre petite fontaine », « l'herbe », paysage idyllique qui abritait les amours enfantines et donne à l'amour un aspect romantique : ce n'est pas dans la société et dans ses « masque » que l'amour peut s'épanouir, mais dans l'osmose avec.... »

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