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Le pain - Francis PONGE, Le Parti pris des choses (commentaire)

Publié le 25/02/2011

Extrait du document

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La surface du pain est merveilleuse d'abord à cause de cette impression quasi panoramique qu'elle donne : comme si l'on avait à sa disposition sous la main les Alpes, le Taurus ou la cordillère des Andes.  Ainsi donc une masse amorphe en train d'éructer fut glissée pour nous dans le four stellaire, où durcissant elle s'est façonnée en vallées, crêtes, ondulations, crevasses... Et tous ces plans dès lors si nettement articulés, ces dalles minces où la lumière avec application couche ses feux, - sans un regard pour la mollesse ignoble sous-jacente.  Ce lâche et froid sous-sol que l'on nomme la mie a son tissu pareil à celui des éponges : feuilles ou fleurs y sont comme des sœurs siamoises soudées par tous les coudes à la fois. Lorsque le pain rassit, ces fleurs fanent et se rétrécissent : elles se détachent alors les unes des autres, et la masse en devient friable...  Mais brisons là : car le pain doit être dans notre bouche moins objet de respect que de consommation.  Francis PONGE, Le Parti pris des choses (1942) Gallimard, collection « Poésie «.  Vous ferez de ce texte un commentaire composé, dans lequel vous vous attacherez, par exemple, à montrer comment le poète « prend le parti des choses « par cette description du pain.  
La page appartient au Parti pris des choses, collection « Poésie «. Longtemps, ce genre exigea des formes fixes (sonnet, rondeau, disposition des rimes, alexandrins, octosyllabes, etc.) et des thèmes obligés (lyrisme, épopée...). Depuis le siècle dernier, les poèmes se sont partiellement affranchis de ces règles. Le poème en prose est pratiqué par Baudelaire dans Le Spleen de Paris, par Rimbaud dans les Illuminations et même, un peu auparavant, par Aloysius Bertrand dans Ondine. Au début du xxe siècle, Apollinaire supprime la ponctuation dans son recueil Alcools et réhabilite le quotidien, la modernité, ouvrant ainsi de nouvelles voies à l'exploration poétique : le texte de Francis Ponge procède de cette évolution, à ceci près - nuance importante - qu'il renoue avec le réel.  

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« 3.

Les étapes de la transformation Dans un ordre non linéaire, on relève d'abord la pâte, « masse amorphe » ; puis la cuisson dans le four où «durcissant elle s'est façonnée » ; puis la consommation qui termine le texte, sans oublier éventuellement, le momentoù le pain « rassit » et où la « masse...

devient friable ». 4.

L'infiniment grand et l'infiniment petit Penché tout près du pain, l'écrivain croit voir des monts aux sommets prodigieux : les Alpes, le Taurus, mont deTurquie culminant à plus de trois mille mètres et la cordillère des Andes.

Les lignes brisées de la croûte figurent toutun relief accidenté : « vallées, crêtes, ondulations, crevasses ».

La comparaison s'élargit encore à l'univers avec «le four stellaire ».

L'image de la création du monde s'impose, alors.

A partir de la chaleur initiale, la terre se formalentement comme se forme devant nous le pain.

Cette transposition anoblit la nourriture qui devient semblable auxplus hautes montagnes. Si « la masse amorphe en train d'éructer » fait penser au magma en fusion, la mie de pain évoque plutôt le mondesous-marin : on trouve en effet, le froid, la mollesse des fonds aquatiques, les éponges.

Les fleurs et les feuillescorrespondraient, alors, aux algues et l'on comprend mieux pourquoi cette mie provoque de la répulsion. Francis Ponge utilise souvent des termes comparatifs : « comme si l'on avait à sa disposition...

», « pareil à celuides éponges...

» « comme des sœurs siamoises ».

La vision du pain fait naître des images, mais l'écrivain ne perdpas le contact avec le réel, il reste conscient du mécanisme qui s'opère en lui.

A un moment, toutefois, l'imaginaireprend le dessus : « ce lâche et froid sous-sol » devient le sujet principal, la réalité, et il faut le détour d'unerelative, « que l'on nomme la mie », pour que l'aliment réapparaisse.

En outre, la subordonnée se présente commeune définition, mais peut-être aussi comme une sorte de concession à l'usage linguistique. • Surtout, il convient de souligner l'unité qui relie tous les éléments de l'univers.

Sans angoisse, Francis Pongeétablit une correspondance entre le paysage, le panorama grandiose et l'infime miette de pain.

Cette unité neprovient pas de la composition du pain, et l'auteur n'évoque pas le blé ou les terres qui le produisent. 5.

Des choses « à la disposition de l'homme » Cette expression, tirée du premier paragraphe, insiste sur le pouvoir de l'homme.

La main posée sur le globe terrestreillustrait le pouvoir des rois.

On retrouve cette impression, nuancée d'une certaine complicité avec le monde.

Le painest élaboré pour l'homme comme le signale discrètement l'expression « pour nous » et aussi la fin du texte avec unesorte de destination ultime : « car le pain doit être dans notre bouche ». 6.

Humour et simplicité Le verbe « brisons là » interrompt de façon familière et un peu archaïque une conversation, mais dans le contexte, ilsemble que l'on pense au fait de rompre le pain.

Il semble que l'auteur ne veuille pas se laisser aller au délire del'imagination.

On retrouve ainsi les conclusions tirées à propos des comparaisons, qui maintenaient le contact avecle réel. Par ailleurs, on connaît, dans la religion catholique, la valeur symbolique du pain, corps du Christ.

Francis Pongerefuse d'idéaliser le pain, de le sacraliser.

Respecté, autrefois comme l'élément par excellence, celui que l'on devait àtout prix terminer, le pain devient simplement un aliment que l'on consomme.

Pour que le pain soit réel et non sourcede poésie, prétexte à description, il faut qu'il soit cet objet de consommation, terme qui le ramène à son aspectconcret, tout aussi noble. On notera, enfin, l'humour du texte qui amplifie des goûts habituels : la mie, mal aimée, devient « ignoble », « lâche» même, avec ce que ces termes contiennent d'excès.

La description physique glisse rapidement vers unecondamnation morale.

La surface du pain, appréciée d'ordinaire, par son aspect croustillant, donne lieu à tous lesémerveillements. plan du développement Pour rédiger le développement, il suffit de suivre ces thèmes en les reliant simplement par une idée force. 1.

Une leçon de choses Cette partie insiste sur la description réaliste.

Francis Ponge entend reproduire le réel de la façon la plus fidèle. - les sensations, - la surface / l'intérieur, - la transformation du pain.. »

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