Devoir de Philosophie

« Le vieux chat et la jeune souris » LA FONTAINE

Publié le 22/02/2012

Extrait du document

fontaine
Ces deux poèmes appartiennent au dernier livre des Fables et s'inscrivent selon tout apparence dans une stratégie courtisane, car le fabuliste rappelle dans le premier poème qui évoque la requête du jeune duc de Bourgogne (petit-fils de Louis XIV). La Fontaine semble obéir à l'ordre qui lui a été donné dans le second poème : « Le vieux chat et la jeune souris ». Q° : Mais le poète ne parvient-il pas cependant à prendre ses distances avec cette situation et à opérer un renversement, grâce à son art, en transformant une pièce de commande en affirmation ironique de sa supériorité ? ( et donc à inverser le rapport de force originel) On peut donc lire cet ensemble (le rondeau qui constitue en fait un prologue à la fable 5) dans la perspective d'une composition responsive (= de réponse) qui va exploiter toutes les potentialités et les ambiguïtés de l'expression familière « jouer au chat et à la souris » et renverser l'analogie chat-prince et souris-poète.
fontaine

« Dès le premier vers de la troisième strophe, cette instabilité des relations entre le « chat » et la « souris » estredoublée par l'idée des « jeux de la Fortune ».

On a affaire à une autre fable miniature et à une autre subversion ducode du genre car elle est réduite à une morale sans apologue : « Rien ne lui convient mieux ».

Cette formuleappartient à la rhétorique de la moralité, de même que l'expression « et c'est chose commune » au secondhémistiche du vers 10 puisqu'elle convoque une sorte de sagesse générale.

Il y a bien un apologue que l'ondécouvre rétrospectivement, mais celui-ci est tout entier résumé dans le second hémistiche du vers 9 : « les jeuxde la Fortune ».

L'ironie du fabuliste se déploie : ce vers évoque la fable « Les deux Coqs » et toutes celles quiutilisent l'intervention de la Fortune dans le cours des événements.

On pressent donc que, comme la Fortune joueavec les hommes, les puissants d'aujourd'hui seront peut-être demain soumis à ceux à qui ils imposent leur volonté. La quatrième strophe est construite sur le même schéma que les précédentes, mais la critique se fait davantageexplicite dans la mesure où elle envisage précisément le rapport politique monarque / courtisan semblable à celuiinstauré par Louis XIV à Versailles et inscrit, sur le mode mineur dans la relation duc de Bourgogne / La Fontaine.Dans un premier temps, LF se place dans le rôle du courtisan, puisque sa formulation introductive : « Introduirai-je »évoque la fonction du chambellan qui annonce l'entrée du souverain.

Mais cette formule indique également que seulle bon vouloir du fabuliste préside à l'introduction du monarque dans la fable (et celui-ci fait mine d'hésiter à traiterde ce sujet !).

Les vers 13-15 peuvent être perçus d deux façons contradictoires : il y aurait d'une part uneflatterie fondée sur l'hyperbole dans l'affirmation que le souverain serait seul capable de fixer l‘inconstancede la fortune & d'échapper à ses caprices ; et d'autre part une critique du monarque, puisque, en en faisant un «favori » LF l'assimile à un courtisan & que l'on peut alors lire dans l'expression « qui fixe sa roue », « sa » comme unpossessif réfléchi renvoyant au « roi » lui-même.

Dès lors, la « roue » dont il s'agit serait celle du paon, animalsymbole de la fatuité.

La soumission du fabuliste est de plus en plus suspecte.

La fin de la strophe se lit au premierdegré comme un éloge du souverain, mais elle peut également se concevoir de façon antiphrastique surtout dans lecontexte de la fin du XVIIème siècle où les succès militaires du Roi-Soleil se raréfiaient (« Qui n'est point empêchéd'un monde d'Ennemis »). Ainsi atteint-on dans cette strophe un degré encore plus élevé de cette structure de renversement qui organise lerondeau.

C'est peut-être la raison pour laquelle le schéma rythmique (= schéma des rimes) se modifie alors : onpasse des rimes plates des deux premières fables miniatures à des rimes croisées – signe du brouillage dessignes & de l'inversion des rapports. La dernière strophe marque le triomphe du fabuliste.

L'adverbe « insensiblement » mis à la coupe au vers 17 devientle maître mot du poète qui s'assimile à celui du prestidigitateur (d'ailleurs ne faudrait-il pas comprendre le mot « tour» dans cette optique ? il évoquerait non plus la……………….

Prise par lepoème mais également le tour de passe-passe du magicien).

Le verbe « prendre » sous la forme « j'ai pris » faitécho au vers 7 (« que ces… pris »), mais désormais c'est le poète qui est sujet de ce verbe alors que dans lepremier microrécit, c'était par métonymie, la coquette.

De ce point de vue on peut se référer à la rime « pris / récits» : la séduction du poète et sa supériorité s'en tiennent à l'art de raconter.

Ainsi, même si tout est en apparencerapporté au hasard (« mon dessein se rencontre ») et si le poète feint la modestie (« et si je ne m'abuse ») devenuindépendant : s'il est joué, ce n'est pas par La Fortune ou le duc de Bourgogne, amis par lui-même, puisque– comme l'indique la forme pronominale – il est à la fois sujet et objet du verbe « abuser ».

Lemouvement du destin marqué par un champ lexical qui parcourt la fable (« destine » 2, « la Fortune » 9, sa « roue »14, « se rencontre »19).

La fable est en apparence imposée par le prince au vassal qui subirait à sa façon cettedestinée.

Elle devient aussi le lieu où se met en scène une volonté forte : celle du fabuliste qui s'affirme commemaître de son ½uvre.

C'est d'ailleurs lui qui décide de mettre un terme au rondeau.

Il renvoie par ailleursl'équivalence chat – duc / souris – poète à l'irréel (voir l'utilisation du conditionnel).

Dès lors, même sil'expression du vers 1 « jeune Prince » réapparaît et par uen mise en valeur au début du vers, il ne faut pas s'y fieret trop y croire ! Le titre fourni par le duc de Bourgogne n'est pas respecté.

Le poète joue sur l'âge du prince,transforme le titre de la commande en « Le Vieux Chat et la jeune Souris ».

Dans ce deuxième texte, le chat sera LFet la souris, le duc de Bourgogne.

Le lecteur assistera à la mise en scène symbolique du prince par le poète. Eléments de conclusion : ce poème de circonstance est loin d'être aussi anodin qu'il en a l'air.

Il raconte la genèse(= la naissance) du récit et démontre en subvertissant les codes de la fable et de la poésie de cour, la toutepuissance du poète sur le pouvoir. Quelques éléments sur la fable 5 : « Le vieux chat et la jeune souris » Cette fable renverse définitivement le double rapport chat-prince / souris-poète tel qu'il était présenté dans lerondeau prologue.

La Fontaine a 72 ans au moment où il compose ce texte et son élève n'en a que 11 : entransformant le titre qui lui avait été proposé par son maître et néanmoins élève, le poète va réaffirmer sasuprématie.

Derrière ce jeu, tout un cynisme s'exprime comme le montre la composition du passage qui enserre leplaidoyer de la victime (vers 4 à 12) dans un verdict sans appel formulé à la fois par le fabuliste dans l'incipit et lamoralité (vers 1 à 3 et vers 22 à 25) et par le chat (vers 14 à 21).

La Fontaine, qui a souvent mis en scènel'immoralité de la vie, al détourne, cette fois, à son profit. La fable commence de façon traditionnelle – à la différence des micro-récits du rondeau : les héros sont lesanimaux annocés dans le titre que l'on a déjà maintes fois rencontrés dans les autres recueils.

Elle débute in mediares : La Fontaine ne fait pas ici place aux circonstances, mais aborde rapidement son sujet.

Les 2 protagonistes. »

↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓

Liens utiles