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Lecture méthodique de l’entracte, le « Lamento du jardinier » d'Electre de Giraudoux

Publié le 07/01/2020

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C’est cela que c’est, la Tragédie, avec ses incestes, ses parricides : de la pureté, c’est-à-dire en somme de l’innocence. Je ne sais si vous êtes comme moi ; mais moi, dans la Tragédie, la pharaonne qui se suicide me dit espoir, le maréchal qui tra-5 hit me dit foi, le duc qui assassine me dit tendresse. C’est une entreprise d’amour, la cruauté... pardon, je veux dire la Tragédie. Voilà pourquoi je suis sûr, ce matin, que si je le demandais, le ciel m’approuverait, ferait un signe, qu’un miracle est tout prêt, qui vous montrerait inscrite sur le ciel et 10 vous ferait répéter par l’écho ma devise de délaissé et de solitaire : Joie et Amour. Si vous voulez, je le lui demande. Je suis sûr comme je suis là qu’une voix d’en haut me répondrait, que résonateurs et amplificateurs et tonnerres de Dieu, Dieu, si j e le réclame, les tient tout préparés, pour crier à mon 15 commandement : Joie et Amour. Mais je vous conseille plutôt de ne pas le demander. D’abord par bienséance. Ce n’est pas dans le rôle d’un jardinier de réclamer de Dieu un orage, même de tendresse. Et puis, c’est tellement mutile. On sent tellement qu’en ce moment, et hier, et demain, et toujours, ils 20 sont tous là-haut, autant qu’ils sont, et même s’il n’y en a qu’un, et même si cet un est absent, prêts à crier joie et amour. C’est tellement plus digne d’un homme de croire les dieux sur parole - sur parole est un euphémisme -, sans les obliger à accentuer, à s’engager, à créer entre les uns et les autres 25 des obligations de créancier à débiteur. Moi, ç’a toujours été les silences qui me convainquent... Oui, je leur demande de ne pas crier joie et amour, n’est-ce pas ? S’ils y tiennent absolument, qu’ils crient. Mais je les conjure plutôt, je vous conjure, Dieu, comme preuve de votre affection, de votre voix, 30 de vos cris, de faire un silence, une seconde de votre silence...

C’est tellement plus probant. Écoutez... Merci.

Extrait de l’entracte, le « Lamento du jardinier », p. 73-74.

Sans espoir d'épouser Électre, le jardinier fait une ultime apparition entre les deux actes pour un long monologue où il s'adresse au public. Désormais étranger à l'action, il peut exposer librement son point de vue et ses sentiments. Résigné à son triste sort, il découvre au sein même de son malheur, la grande loi de l'existence : la vie est amour. Lui-même n'était-il pas fait pour aimer et épouser Électre? Son échec, s'il le peine profondément, ne tarit pourtant pas son immense besoin d'aimer. N'est-ce pas la preuve que tout est amour? Même dans la tragédie. La haine n'y est jamais que la manifestation d'un amour déçu ou blessé. Seule compte donc l'intensité des sentiments. Plus la haine est forte en effet, plus elle exprime une soif inassouvie d'affection. Et plus un sentiment est intense, plus il devient « pur », c'est-à-dire exempt de tout mélange.

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« INTRODUCTION Situation du passage Sans espoir d'épouser Électre, le jardinierfait une ultime appa­ rition entre les deux actes pour un long monologue où il s'adresse au public.

Désormais étranger à l'action, il peut exposer librement son point de vue et ses sentiments.

Résigné à son triste sort, il découvre au sein même de son malheur, la grande loi de l'exis­ tence: la vie est amour.

Lui-même n'était-il pas fait pour aimer et épouser Électre? Son échec, s'il le peine profondément, ne tarit pourtant pas son immense besoin d'aimer.

N'est-ce pas la preuve que tout est amour? Même dans la tragédie.

La haine n'y est jamais que la manifestation d'un amour déçu ou blessé.

Seule compte donc l'intensité des sentiments.

Plus la haine est forte en effet, plus elle exprime une soif inassouvie d'affec­ tion.

Et plus un sentiment est intense, plus il devient« pur», c'est-à-dire exempt de tout mélange.

Justification des axes d'étude Le monologue du jardinier étonne et même déconcerte, tant par sa place dans la structure générale de la pièce que par son contenu.

Par sa place, il répond à une nouvelle conception de l'entracte; par son contenu, il développe une conception para­ doxale de la tragédie et de son essence, de sa spécificité.

UNE NOUVELLE CONCEPTION DE L'ENTRACTE Jean Giraudoux rompt avec les techniques qui étaient alors traditionnellement en vigueur au théâtre : il réactualise le procédé de la parabase, tout en inventant celui du « théâtre hors du théâtre».

Une réactualisation de la parabase Depuis le xv11° siècle, l'entracte était une pause durant laquelle les personnages n'intervenaient pas.

Il servait à changer un décor,. »

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