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Les années de voyage. Molière en province - Le retour a Paris

Publié le 08/03/2011

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   Après les années de misère, les années de voyage et d'apprentissage : Molière, avec ses compagnons d'aventure, part pour la province. Il va, comédien ambulant, la parcourir pendant douze années. Et cette fois il faut résolument applaudir et se réjouir, et admirer que le hasard ait si bien fait les choses. « L'Illustre théâtre roule ses toiles, écrit Larroumet, enferme dans deux ou trois caisses ses oripeaux et son clinquant, charge le tout sur un chariot, met par-dessus la vieille mère Béjart et la petite Armande, puis il quitte Paris et commence les premières étapes du roman comique. Les Béjart emmènent avec Molière un déclassé, un fugitif de la maison paternelle, qui a scandalisé, presque déshonoré une honnête famille, qui a tâté du Châtelet, et, dans douze ans, ils le ramèneront formé par l'expérience, riche d'impressions et de souvenirs, maître de lui-même et de son génie, mûr pour les chefs-d'œuvre x. « Voilà le miracle. Jamais on ne pourra faire assez ressortir l'importance de ces douze années pour la formation du génie de Molière et le bienfait qu'il en a reçu.   

« de voir les représentations du théâtre, il conférait souvent avec le chef de leur troupe, qui est le plus habilecomédien de France, de ce que leur art a de plus excellent et de plus charmant.

Et lisant souvent avec lui les plusbeaux endroits et les plus délicats des comédies tant anciennes que modernes, il prenait plaisir à les lui faireexprimer naïvement.

» C'est sous cet aspect d'une troupe cossue et dont la supériorité sur toutes ses rivales n'estpas contestée, qu'il faut se représenter la troupe de Molière.

De plus en plus, son chef fait figure de personnageimportant, estimé des amateurs de théâtre et qui fraye avec les grands. Quoi qu'il en soit, il y avait encore de l'aventure sur les routes de France : on en sentira, plus d'une fois, passer lesouffle dans le théâtre de Molière.

Beaucoup, parmi nos auteurs dramatiques, n'ont connu que l'atmosphère étoufféedu cabinet de travail et celle, artificielle et surchauffée, des coulisses.

Molière a voyagé, comme on voyageait en cetemps-là, où le voyage, qui se faisait lentement, permettait de voir beaucoup de choses et de se mêler à la vie debeaucoup de gens.

Il a, de ville en ville, couru la province : il lui fera une place dans son théâtre.

C'est à Pézenasqu'on situe cette boutique de barbier, où il passait des heures à contempler en silence le va-et-vient des originauxdont il notait les propos.

En province, il a appris à connaître non pas seulement le provincial, mais l'homme lui-même.Certains types d'humanité s'y conservent ou s'y épanouissent avec une plénitude et un relief que ne permet guèrela vie de Paris où, par le frottement, les caractères s'effacent comme autant de médailles frustes.

Merveilleuseaubaine pour le Contemplateur, sous les yeux de qui s'offrent, en des exemplaires accomplis, les variétés de lanature humaine ! Si le moraliste a gagné à parcourir la province, pour l'homme de théâtre quelle école ! Chef de troupe, metteur enscène, costumier, régisseur, entrepreneur de publicité, homme d'affaires, en même temps qu'acteur, improvisateuret enfin auteur, il lui faut faire tous les métiers, tout voir, tout prévoir, veiller à tous les détails, qui changent tousles jours suivant le lieu et la circonstance, se prêter à tous les besoins, se multiplier et se métamorphoser,s'assouplir et s'adapter à toutes les tâches.

Une troupe de campagne ne se confine pas dans un genre : elle les doittous à un public curieux de toutes les nouveautés.

Tragédies romaines, tragi-comédies espagnoles, intriguesitaliennes, farces gauloises et parades, comédies romanesques et burlesques, pièces en vers, canevas en prose,c'est le théâtre tout entier que doit exploiter la troupe et, pour corser l'affiche, y ajouter le régal de quelquedivertissement inédit.

Molière suffit à tout.

Il y gagne cette rapidité de conception, cette variété de ressources qui,plus tard, lui permettra de bâcler un chef-d'œuvre en quelques jours.

Il y gagnera surtout de connaître directement,par l'intérieur et dans ses plus intimes recoins, ce domaine du théâtre où il évoluera avec une aisance qui n'a jamaisété égalée.

L'auteur dramatique est, de coutume, un « auteur » qui porte sa pièce à des comédiens, de qui lapersonnalité est distincte de la sienne, dont le point de vue le plus souvent s'oppose au sien.

Pour Molière, commepour Shakespeare, cette dualité n'existera pas.

Il sera littéralement : le théâtre fait homme. Ajoutez ce trait essentiel : ces années de voyage ont été les années d'apprentissage.

« Quelle misérable chose quel'homme ! gémit plaisamment Fantasio : être obligé de jouer du violon dix ans pour devenir un musicien passable !Apprendre pour être peintre, pour être palefrenier ! » Douze ans, Molière a appris son métier, et à la plus dure école.Nous n'en sommes plus à croire, avec les romantiques, que le génie se révèle tout entier par une éclosion soudaine.Les fruits du génie sont comme les autres : ils mûrissent lentement.

C'est la province qui a donné au génie deMolière cet élément indispensable à sa croissance : le temps.

Quand elle nous le renvoie, il est au point où il vapouvoir, dans la lumière spirituelle de Paris, et dans sa chaude atmosphère artistique, atteindre à sa pleine maturité. Le retour a Paris 1658.

Molière arrive à Paris. « Le sieur de Molière et sa troupe arrivèrent à Paris au mois d'octobre et se donnèrent à Monsieur, frère unique duRoi, qui leur accorda l'honneur de sa protection et le titre de ses comédiens avec trois cents livres de pension pourchaque comédien.

» Telles sont les premières lignes du Registre de La Grange. Et voici ce fameux 24 octobre, où la troupe paraît pour la première fois « devant Leurs Majestés et toute la Cour,sur un théâtre que le Roi avait fait dresser dans la salle des Gardes du Vieux Louvre ».

On joua Nicomède.

Puis,Molière, orateur de sa troupe et qui aimait à haranguer, s'avança sur la scène, au nom de ses camarades remercia «l'auguste assemblée » et « le plus grand roi du monde » d'avoir « bien voulu souffrir leurs manières de campagne »,et supplia Sa Majesté « d'avoir pour agréable qu'il lui donnât un de ces petits divertissements qui lui avaient acquisquelque réputation et dont il régalait les provinces...

Ce compliment fut si agréablement tourné...

que toute la Coury applaudit, et encore plus à la petite comédie qui fut celle du Docteur amoureux...

M.

de Molière faisait le docteur1».

Louis XIV, qui avait pris plaisir à la représentation, accorda à la troupe la salle du Petit Bourbon, qui communiquaitavec le Louvre, pour y jouer alternativement avec la troupe italienne dont le chef était Scaramouche. La troupe de Molière se composait alors de Joseph Béjart, dit l'aîné, Louis Béjart, Du Fresne, Du Parc, De Brie, et deMlles Madeleine Béjart, Du Parc, De Brie et Hervé (Geneviève Béjart).

Joseph Béjart allait mourir, l'année suivante,en jouant Lélie de l'Etourdi.

Il était bègue.

Son frère, Louis Béjart, était boiteux.

Dans l'Avare où il joue le rôle de LaFlèche, Harpagon lui lance cette apostrophe : « Je ne me plais point à voir ce chien de boiteux-là.

» Du Fresnequitte la troupe à Pâques de 165g.

Du Parc —Gros René—à qui Molière fait dire dans le Dépit amoureux, Je suis homme tout rond de toutes les manières, joue les valets.

De Brie, — Edmond Villequin, — a pour emploi les rôles de spadassins...

et les pannes.

Du Parc et De. »

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