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« Les écrivains français ont toujours eu le goût des Écoles. Toujours ils ont aimé à se regrouper autour d'un ternie abstrait : classicisme, romantisme, réalisme, naturalisme, symbolisme, existentialisme. A la vérité, les frontières de ces concepts sont confuses. Les grands écrivains ne sont jamais les prisonniers d'une doctrine, même lors qu'ils en sont les parrains Leur puissance de création fait éclater les cadres » Vous commenterez ces lignes d'André Maurois. (Les Lettres françaises, semaine du 8 au 15 octobre 1953.) ?

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Qui étudie l'histoire de notre littérature est à la fois aidé et déconcerté par la présence un peu voyante d'étiquettes sous lesquelles on groupe les auteurs : aidé, parce que l'écrivain français, sauf exceptions assez rares, n'est pas un isolé, qu'il prend volontiers sa force dans ou contre des courants littéraires par rapport auxquels il entend se situer: déconcerté aussi, parce que dans la pratique, une fois qu'on s'est appliqué à définir très soigneusement une École, on s'aperçoit qu'il n'y a pour ainsi dire aucun écrivain qui réponde totalement à cette définition. Cette apparente antinomie (la nécessité des Écoles et l'impossibilité d'y réduire les écrivains) fait écrire à Maurois: « Les écrivains français ont toujours eu le goût des Écoles. « Et il remarque, non sans une pointe d'humour, qu' « ils ont toujours aimé se regrouper autour d'un terme abstrait «. Après avoir énuméré les principales Écoles littéraires, du classicisme à l'existentialisme, André Maurois formule quelques réserves sur la portée réelle de tous ces termes en -isme : d'une part « les frontières de ces concepts sont confuses «; d'autre part les grands écrivains auraient du mal à s'y tenir: « leur puissance de création fait éclater les cadres «.
 Ainsi le problème nous apparaît dans toute sa difficulté symétrique : impossibilité de nous passer de ces termes abstraits et pourtant impossibilité de leur faire confiance quand on étudie les écrivains, puisque ceux-ci, après les avoir créés, très souvent les refusent. Sans prétendre trancher le débat, saisissons du moins l'occasion d'une féconde réflexion sur notre littérature.

« précédente, même si elle a donné des œuvres valables, n'a pas trouvé l'essence de l'Art, le grand secret du Beau. Ilserait intéressant ici de développer l'histoire d'un genre quelconque à propos des révolutions doctrinales qu'il asuccessivement traversées, par exemple la poésie : que reproche Ronsard à ses prédécesseurs? d'avoir une idéetrop basse de l'art poétique, une idée toute formelle et toute profane; pour lui, la poésie est inspiration divine ettravail acharné. Que reprochent les romantiques aux classiques? de méconnaître les droits de la vie et du sentimentau profit de la rhétorique. Que reproche Baudelaire aux romantiques? de mêler à la poésie pure trop de passions,trop d'idées, trop de leçons morales. Ainsi chacune de ces Ecoles ne nie peut-être pas la valeur de tout ce qui laprécède, mais elle attaque surtout la conception, selon elle incomplète ou fausse, que ses prédécesseurs se font dela poésie. Il va de soi, bien entendu, qu'aucun de ces écrivains ne détenait la définition même de l'Art. Mais il estnon moins certain qu'en cherchant à saisir dans toute sa pureté ce qui caractérise l'Art ou un genre, d'éminentsservices étaient rendus à la littérature et des réussites particulièrement « pures » étaient possibles. Par exemple,Mallarmé, héritant de l'effort de ses prédécesseurs, dégage la poésie dans toute sa pureté, éliminant de celle-citout ce que la prose pourrait aussi bien dire. Sans qu'on puisse parler véritablement de progrès (il ne s'agit pas derenouveler la querelle des Anciens et des Modernes), il est néanmoins incontestable que la succession des Écolespoétiques n'a pas été purement stérile, parce qu'on n'a pas totalement tourné en rond. II Les limites de la notion d'École chez les grands créateurs (Cependant une discussion s'impose, dont Maurois nous fournit les éléments.) 1 «Les frontières de ces concepts sont confuses.» Malgré le renouvellement apporté par chaque École à la notiond'art, il est souvent difficile de limiter nettement les Écoles les unes par rapport aux autres, et cela de deux façons :dans la succession chronologique d'une part, dans leurs effectifs d'autre part. Même les Écoles les mieuxconstituées comme telles ont des limites dans le temps assez indéterminées : l'École classique est généralementappelée École de 1660, mais aujourd'hui on considère que cette date ne répond pas à grand-chose et que si, vers1660, un certain esprit nouveau s'est imposé, aucun groupe précis ne s'est constitué. De même, il est très difficilede lier l'avènement du romantisme à un écrit ou à un fait quelconque : le Génie du Christianisme (1802), Del'Allemagne (Mme de Staël, 1810), les Méditations (Lamartine, 1820), la fondation du Globe (1824), Racine etShakespeare (Stendhal, 1823). la Préface de Cromwell et la constitution du Cénacle (1827), que choisir? Il estencore plus difficile de fixer la date à laquelle s'achève une École. On a longtemps fait mourir le classicisme en 1715avec Louis XIV, actuellement on proposerait plutôt les environs de 1685 avec l'avènement de ce que l'on peutappeler l'esprit «moderne» (cf. XVIIe Siècle, p. 11); de même, le romantisme meurt, dit-on parfois, en 1843 avec lachute des Burgraves, mais on peut aussi bien considérer qu'en 1830 il est mort en tant qu'École proprement dite etne survit plus que comme tendance (cf. XIXe Siècle, p. 76). Pourtant un romantisme politique se prolongera jusqu'en1848, année qui verra à la fois son triomphe et son échec. Même si l'on s'en tient à une date donnée, il est trèsdifficile de déterminer les membres et les adversaires d'une École. Qui fut vraiment et purement classique ? A nevouloir y faire entrer que des purs. Voltaire refuse le titre de classique à presque tout le monde (voir son Temple duGoût) et de fait ni un La Fontaine, ni un Bossuet, ni un Molière n'offrent tous les caractères du classicismevoltairien. Bien plus, un Boileau est parfois familier ou burlesque et par conséquent Voltaire n'admettra pas toutesles œuvres du grand critique classique dans le classicisme ! Pour les Écoles plus modernes, la confusion desfrontières est encore plus grande : Flaubert s'est toujours méfié en ce qui le concernait de l'étiquette de réaliste,Bergson déclarait qu'il avait en horreur le bergsonisme; seuls, ou presque, Sartre et Simone de Beauvoir sedéclarèrent existentialistes et de nos jours qui pourrait-on vraiment enregistrer sans d'infinies discussions sous labannière du structuralisme? Ainsi rien n'échappe plus à l'histoire que les frontières d'une École littéraire. 2 La puissance des créateurs «fait éclater les cadres». Pouvons-nous du moins espérer trouver au cœur d'une Écoleun ou deux grands noms qui représentent celle-ci dans toute sa pureté? Si la liste des disciples est un peuincertaine, trouve-t-on du moins des maîtres reconnus? En apparence cela semble évident; à voir les choses de plusprès, il n'y a presque jamais de chef d'École littéraire bien défini. Boileau ne fut pas ce chef d'orchestre qu'imaginaun temps la critique, et son Art poétique (1674) est postérieur à la plupart des grandes œuvres classiques. Ni unChateaubriand (qui considérait les romantiques comme des barbares) ni même un Hugo, oratoire, volontiers moral etmoralisant, au surplus solidement équilibré dans son génie un peu massif, ne peuvent être considérés comme leschefs indiscutés du romantisme. Quel est le chef du Parnasse? ce ne peut être ni Th. Gautier, ancien romantique quioriente son romantisme vers l'art pur, ni Leconte de Lisle dont les Poèmes antiques (1852) sont antérieurs au recueilintitulé Le Parnasse contemporain (1866), ni Baudelaire, parnassien d'apparence et de circonstance. Quant ausymbolisme, ni Verlaine ni Mallarmé ni Rimbaud n'ont utilisé ce terme et il faut attendre le Manifeste de Moréas en1886 pour voir fonder une École dont les plus grands noms avaient alors achevé leur œuvre. Seule exceptionnotable. André Breton resta toujours par sa forte personnalité le chef de l'École surréaliste dont il fut l'âme jusqu'àsa mort; cependant ses excommunications brutales et sans appel vidèrent peu à peu le groupe des noms les plusmarquants : Aragon, Éluard. Artaud s'écartèrent les uns après les autres du groupe surréaliste qui, après la guerrede 1939-1945, ne fut plus qu'une École d'importance secondaire. 3 « Les grands écrivains ne sont jamais les prisonniers d'une doctrine. »Y a-t-il même un seul grand auteur pour être resté toute sa vie fidèle à une doctrine unique? En vérité cela sembledifficile. En effet tant que la doctrine était une réaction vivante, elle était utile à l'écrivain; on remarqueranotamment que beaucoup de révolutions littéraires se font au nom de la vie : les classiques déclarent qu'ils ne »

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