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Marcel Proust écrit : « Chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même. L'ouvrage de l'écrivain n'est qu'une espèce d'instrument optique qu'il offre au lecteur afin de lui permettre de discerner ce que, sans ce livre, il n'eût peut-être pas vu en soi-même. » (Le Temps retrouvé, éd. Pléiade, t. III). Après avoir commenté cette conception de la lecture, vous montrerez, à l'aide d'exemples précis (que vous pourrez emprunter aux moralistes ou au théâtre classique, aux lyri

Publié le 16/02/2011

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REMARQUES SUR LE SUJET

Le danger d'un sujet sur la lecture est que l'élève croit avoir répondu à ce qu'on lui demande en résumant plus ou moins fidèlement un ouvrage quelconque lu récemment. La question la plus délicate, ici, la conception exposée dans la première phrase de Proust, ne doit pas être sacrifiée. Mais on a voulu aussi guider le choix des exemples pour qu'ils contribuent mieux à la démonstration. A la fin d'une année de Première ou au seuil d'une classe terminale, ce sujet pourrait être l'occasion de se demander dans quelle mesure l'enseignement littéraire peut être une initiation à la philosophie.

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« peut retrouver en soi-même.

Elle implique que le lecteur peut reconnaître dans le livre ce qu'il a ressenti ou observé,et Proust fait de cette reconnaissance la preuve de la vérité de l'oeuvre.

Cette conception suppose donc quel'oeuvre exprime la généralité et postule une certaine identité de la nature humaine, dans sa destinée ou dans lescaractères individuels.b) Mais l'attitude du lecteur confirme-t-elle toujours l'observation de Proust? Sans doute implique-t-elle uneexpérience et une attitude active dont tous les lecteurs ne sont pas également capables.

Cette attitude estd'ailleurs variable, non seulement d'un lecteur à l'autre, mais selon l'oeuvre ou même le personnage : soit que lelecteur retrouve entièrement son expérience et se reconnaisse dans le héros; soit qu'il projette sur celui-ci sonpassé et, par une transposition inconsciente, lui prête ses propres sentiments; soit qu'au contraire, empruntant auxpersonnages leur personnalité, il s'identifie momentanément avec eux, vivant à travers une existence imaginaire desaspirations idéales ou des tendances inavouées.Pour que l'ouvrage de l'écrivain soit véritablement cet instrument optique qui l'éclaire sur ce qu'il n'aurait pas vu enlui-même, il faut surtout qu'il ait un esprit d'observation et d'analyse; mais la lecture le développe et devient uneoccasion de se connaître soi-même.Ainsi la conception que Proust se fait de la lecture s'applique-t-elle particulièrement au lecteur familiarisé avec cettehabitude par la fréquentation des moralistes classiques, des oeuvres théâtrales, des lyriques romantiques ou desromanciers contemporains. II.

- CE QU'IL N'EÛT PEUT-ÊTRE PAS VU EN SOI-MEME A.

Les moralistes classiques. Pascal, dans une pensée qui semble rejoindre celle de Proust, déclare : « Ce n'est pas dans Montaigne, mais dansmoi que je trouve tout ce que j'y vois.

» Par là l'auteur des Pensées reconnaît ce qu'il doit à l'auteur des Essais,mais affirme en même temps sa propre originalité.

Montaigne a été pour lui l'occasion de prendre conscience desfaiblesses de notre humaine condition, mais sans qu'il en reste au doute dont il se fait une arme contre lessceptiques.

Cette affirmation repose à la fois sur sa conception de l'art de persuader, et sur la conviction (déjàexprimée par Montaigne, I, 25) que la vérité et la raison sont communes à chacun, mais sur ce postulat que «chaque homme porte la forme entière de l'humaine condition » (Essais, III, 2).Sans prétendre à la même originalité que Pascal, chaque lecteur des Essais et des Pensées peut reconnaître tout ceque ces ouvrages lui ont permis de discerner en lui-même, soit sur son propre caractère, soit sur le sens de sadestinée.

Qu'il retrouve ses propres tendances dans l'humeur indépendante de l'individualiste, dans le refus despréjugés et la modération du sceptique, ou qu'il s'irrite de son refus d'engagement et de son opportunisme, il aurasans doute appris à se mieux connaître et pris conscience des difficiles problèmes de la sagesse, de la vérité et del'action.

S'il ne reconnaît dans le portrait de Montaigne que quelques traits de sa propre image (à moins qu'il ne seplaigne comme lui de son défaut de mémoire ou ne partage certains de ses goûts), il découvrira non seulement cequi le distingue des autres, mais cette nature ondoyante et diverse commune à tous les hommes, exposés àl'incertitude des sens, de l'imagination et de la coutume, tourmentés par la souffrance et la crainte de la mort, àmoins qu'il ne préfère confronter sa propre expérience avec les préceptes pédagogiques de l'Institution des enfants.La lecture des Pensées lui fera également prendre conscience de sa misère et de sa condition, notamment entre lesdeux infinis.

Comme le ferait un télescope braqué vers le ciel, la méditation de Pascal révèle l'infiniment grand ausein duquel nous nous perdons, puis, dirigeant notre regard vers l'infiniment petit, sans l'aide d'aucun autremicroscope que notre imagination, il nous fait voir un ciron, et, par un véritable mouvement de travelling, un universdans ce raccourci d'atome, pour nous poser enfin cette question : « Qu'est-ce qu'un homme dans l'infini? »A l'angoisse en face des espaces infinis, il ajoute celle du pari nécessaire : il nous fait sentir que, si notre raison estincapable de répondre aux questions d'ordre métaphysique, chacun de nos actes nous engage et que, embarquésdans la vie, nous devons choisir entre diverses valeurs, donner un sens à notre existence.A une échelle plus réduite, les Maximes de La Rochefoucauld (ou les Caractères de La Bruyère) nous exercent àdiscerner, comme à la loupe, des nuances plus subtiles dans les mobiles de nos actions, et jusque dans les vertus,les influences de l'amour-propre ou de l'intérêt. B.

Le théâtre classique.Bien que les pièces de théâtre soient faites pour être vues, leur lecture tient une place trop évidente dans notreculture littéraire pour qu'on puisse négliger tout ce qu'elles nous permettent de découvrir en nous-mêmes.

Malgré cequ'elles ont de commun, nous examinerons séparément le cas de la tragédie et celui de la comédie, tant en ce quiconcerne les rapports du lecteur (ou du spectateur) avec le personnage qu'au point de vue de l'optique théâtrale. a) Dans quelle mesure le spectateur de la tragédie s'identifie-t-il avec le personnage? Peut-être la partd'identification ou de distanciation est-elle différente selon le personnage (ou son interprète) et le lecteur (ou lespectateur).

P.-A.

Touchard écrit dans l'Amateur de théâtre : « Nous vivons les passions des personnages avecassez d'intimité pour prendre du plaisir à les voir satisfaites, mais nous n'y sommes malgré tout pas assez engagéspersonnellement pour avoir à en rougir.

C'est pourquoi le spectacle de nos passions, satisfaites ainsi comme parprocuration, nous apporte cette merveilleuse détente qu'Aristote appelait la purgation des passions.

» Sans doutel'adolescent n'a pas la même attitude à l'égard de Phèdre qu'en face de Rodrigue, à l'égard d'Andromaque qu'àl'égard de Néron, mais le théâtre révèle l'homme à lui-même en lui montrant « jusqu'à quel point extrême son amour,. »

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