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Nuit d'Afrique : Léopold Sédar SENGHOR, Chants d'Ombre

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Nuit d'Afrique, ma nuit noire, mystique et claire noire, et brillante, Tu reposes accordée à la terre, tu es la Terre et les collines harmonieuses, 0 beauté classique qui n'est point angle, mais ligne élastique, élégante, élancée ! Ô visage classique ! depuis le front bombé sous la forêt de senteurs et les yeux larges obliques jusqu'à la baie gracieuse du menton et L'élan fougueux des collines jumelles ! Ô courbes de douceur, visage mélodique  

Ô ma Lionne ma Beauté noire, ma Nuit noire ma Noire ma Nue ! Ah ! que de fois as-tu fait battre mon cœur comme le léopard indompté dans sa cage étroite Nuit qui me délivre des raisons des salons des sophismes, des pirouettes des prétextes, des haines calculées des carnages humanisés. Nuit qui fond toutes mes contradictions, toutes contradictions dans l'unité première de ta négritude, Reçois l'enfant toujours enfant, que douze ans d'errances n'ont pas vieilli. Je n'amène d'Europe que cette enfant amie la clarté de ses yeux parmi les brumes bretonnes. Léopold Sédar SENGHOR, Chants d'Ombre. Vous expliquerez ce texte sous forme de commentaire composé. Vous pourrez montrer par exemple comment ce poète africain, de culture européenne, renouvelle, par l'inspiration, les images et le rythme, un thème universel.   

Un hymne... Ce poème en vers libres où la marque mi-symboliste, mi-surréaliste apparaît encore, est en premier un chant quasi-religieux en l'honneur de cette « Nuit d'Afrique « nommée en tête du 1er vers, comme en titre. Sa spécificité africaine est ainsi immédiatement précisée. Aussi sera-t-elle peinte par une image propre à ce continent, celle du fauve le plus royal : « la Lionne «; ou du félin le plus sauvage, le plus noble, car inapte à la soumission, au dompteur : « le Léopard. « Cette deuxième image est appliquée, certes au poète mais son indépendance orgueilleuse est transposée aussi sur la Nuit. Majuscules d'ailleurs à valeur allégorique leur sont appliquées : « Nuit «, « ma Lionne. « Élan rythmique également, celui de l'incantation, marquant de coupes frappées comme sur un tam-tam le 1er vers...

« • Cependant la « négritude » domine. • L'expérience de Senghor dans l'intelligentsia française. • Le poids des affronts faits à l'âme noire. • Une double culture. • Le retour au giron de la vieille Afrique. Conclusion • Poésie fervente et mélodieuse. • Valeur mystique et symbolique. • Art double résultat d'une double culture. Devoir rédigé À partir de Pigments (Léon Damas-1937), une merveilleuse littérature négro-africaine a révélé, à travers son lyrismeou sa révolte, une culture que les Occidentaux avaient souvent niée ou ignorée. Césaire, Diop, Alexis, Camara Laye,Ousmane... ont pris position pour la libération culturelle autant que politique. Léopold Sédar Senghor, devenu depuis20 ans président de la République du Sénégal, est sans doute un des plus illustres représentants de cette période,bien qu'il soit parfois contesté par certains pour les attaches profondes à la civilisation dite occidentale qu'il aconservées à travers les péripéties de l'histoire. C'est que, normalien, agrégé de grammaire, condisciple de G.Pompidou, cet homme d'État et poète francophone de valeur universelle, reste proche souvent de la formation reçueà Paris. Depuis Chants d'Ombre où se place cet envoûtant morceau intitulé Nuit d'Afrique, Hosties Noires,Éthiopiques, Nocturnes..., par exemple, et en 1980 La Poésie et l'Action ont marqué l'évolution poétique de Senghor.Mais les premières œuvres autant que les récentes conjuguent toujours les sortilèges de la poésie moderne et ceuxde l'âme africaine. C'est le cas ici. Aussi pourra-t-on dégager la valeur originale d'un hymne chantant la beauté decet élément premier, la Nuit, mais une nuit particulière, une de celles qui se voient seulement en Afrique (I). Elledevient d'ailleurs symbole de ce continent où est né le Poète, et représentative de sa race, de cette différence qu'il revendique à travers sa couleur même. (II) * * * Un hymne... Ce poème en vers libres où la marque mi-symboliste, mi-surréaliste apparaît encore, est en premier unchant quasi-religieux en l'honneur de cette « Nuit d'Afrique » nommée en tête du 1er vers, comme en titre. Saspécificité africaine est ainsi immédiatement précisée. Aussi sera-t-elle peinte par une image propre à ce continent,celle du fauve le plus royal : « la Lionne »; ou du félin le plus sauvage, le plus noble, car inapte à la soumission, audompteur : « le Léopard. » Cette deuxième image est appliquée, certes au poète mais son indépendanceorgueilleuse est transposée aussi sur la Nuit. Majuscules d'ailleurs à valeur allégorique leur sont appliquées : « Nuit», « ma Lionne. » Élan rythmique également, celui de l'incantation, marquant de coupes frappées comme sur untam-tam le 1er vers : « Nuit d'Afrique,/ma nuit noire,/mystique et claire noire,/et brillantes,/... » ce qui est accentué par la position desadjectifs, leur association à la fois inattendue : « claire noire » et véridique. La nuit africaine conserve la « brillance» des astres qui parcourent le fond «noir» du firmament. La répétition de cette «Nuit» à laquelle le poète transmetintensément son amour (2 fois au 1er vers, 3 fois en tête de vers) apporte une cadence de litanie au poème. Lesrapports d'amour sont profonds, primitifs, ceux de l'amant à l'amante : « O ma Lionne... ma Nue », mais aussi ceuxde l'enfant à la mère : « Reçois l'enfant toujours enfant » lui demande-t-il, traduisant dans cet impératif saconfiance lors de son retour d'enfant prodigue au sein tutélaire qui le « délivre » et « fond » ses difficultés. Letutoiement utilisé dès le 2e vers soutient les apostrophes incantatoires. Mais l'amour apparaît plus encore dans lapeinture de cette Nuit chérie que dans la chaude éloquence utilisée pour lui parler. L'animisme qui caractérise lesreligions africaines explique l'ampleur presque solennelle du 2e vers où se découvre un alexandrin à peu près régulier:«..., tu es la Terre et les collines harmonieuses. » Nuit et Terre se confondent en un « accord » 1er, sourced'harmonie supplémentaire. Le calme de l'atmosphère nocturne qui « repose » est semblable à la souplesse molle deslignes des collines; l'allitération de la liquide : « classique, angle, ligne, élastique, élégante, élancée, l'assonance éldes trois derniers adjectifs précisent cette forme courbe à travers la tournure stylistique empruntée aux Gréco-Romains, la litote : « qui n'est point angle. » Le poète insiste d'ailleurs sur la valeur « classique » de ces « courbes.» L'assimilation Terre et Nuit avec telle gracieuse Africaine s'établit, s'affirme; on est près ici d'une beauté destatuaire, celle des statues d'ébène d'Afrique aussi bien, que celle des marbres antiques. Tout en effet y estprésenté à travers l'art du sculpteur : formes et lignes, tandis que les termes utilisés d'habitude pour dépeindre lafemme se trouvent appliqués à la Terre, élément 1er : « front, yeux, menton, visage. » Mais ils demeurentintimement mêlés au vocabulaire coutumier de la description d'un cadre : « forêt, baie, collines», pour mieux laisserparaître cette assimilation parfaite et faire ressentir les valeurs d'harmonie qui imprègnent ce Tout indissociable donc« mélodique. » Un tel animisme repose naturellement sur des contacts charnels : « la forêt de senteurs » et surtout« l'élan fougueux des collines jumelles » qui évoquent implicitement les seins fermes d'une poitrine aux formes »

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