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Phèdre: Coupable ?

Publié le 09/11/2018

Extrait du document

Consciente de l'énormité de son crime, elle en refuse cependant la responsabilité :

« Le Ciel mit dans mon sein une flamme funeste

La détestable Œnone a conduit tout le reste. »

 

Elle meurt dans la honte mais sans repentir, ayant le sentiment de rétablir l'ordre originel un moment perturbé :

« Et la mort, à mes yeux, dérobant la clarté

Rend au jour, qu'ils souillaient, toute sa pureté. »

 

De même, l'amour de Phèdre est un amour coupable. Elle nomme des responsables : « à peine au fils d'Égée [...] je m'étais engagée », « Athènes me montra mon superbe ennemi » (superbe signifie orgueilleux), « je reconnus Vénus et ses feux redoutables », « contre moi-même enfin j'osai me révolter ». Phèdre s'avoue impuissante face à cet amour qui l'aliène : son amour est « incurable ».

 

4) Phèdre, un montre ?

 

Phèdre n'est donc pas le monstre qu'elle dit être. Ses paroles sont celles d'une femme qui souffre et qui résiste à sa passion jugé par les Dieux. Ce n'est que lorsque l'on apprend que Thésée, son époux, est mort, qu'elle se résout à parler à Hippolyte, à un moment donc où elle est effectivement hors adultère. Mais si Thésée est encore en vie, le fait d'avoir avoué son amour à Hyppolite n'est nullement une erreur mais une faute. Son véritable crime est d'avoir menti à son époux de retour, ce qui provoquera l'irréparable. Mais son dernier souffle est un souffle de repentir.

« Hippolyte, farouche et rebelle à l'amour, est puni de son orgueil.

Quant à Oenone, son dévouement aveugle, excessif à sa maîtresse la conduit à la perdre en voulant la sauver. La notion de tragique fait également apparaître celle de fatalité.

Les personnages sont entraînés dans une logique qui les dépasse.

Pour Phèdre, la fatalité a le visage de Vénus, "tout entière à sa proie attachée", et prend la forme de la passion.

Une malédiction héréditaire pèse sur l'héroïne et le fait de résister à cette passion ne fait que retarder légèrement l’inéluctable. 2) Une passion flamboyante et inévitable La passion qui consume Phèdre est dépeinte et transcrite comme une maladie de l'âme et du corps.

Une maladie mortelle, à coup sûr, dont les symptômes sont décrits avec précision à plusieurs reprises dans la pièce.

Le terme de fureur, c'est-à-dire de folie (c'est la signification du furor latin), est employé par la reine elle-même, notamment lors de son aveu à Hippolyte.

(Les philosophes antiques, en particulier les stoïciens comme Sénèque, considéraient également les passions comme des maladies.) Phèdre compare d'ailleurs cet amour à un poison (vers 676).

Le moyen qu'elle choisit pour mourir, "un poison que Médée apporta dans Athènes", revêt donc une grande importance symbolique : l'épée du héros, instrument de destruction des monstres, lui fut refusée, et c'est le venin, image de la passion, qui la tue. Dans Phèdre, l'héroïne est obsédée par la conscience de sa faute, et la présence constante des dieux pèse comme une promesse de châtiment.

La responsabilité est largement partagée par Oenone, qui a l'initiative de l'aveu et de l'accusation mensongère, mais elle résulte d'une démission totale de Phèdre : "Eh bien! à tes conseils je me laisse entraîner." (II, 5, vers 363) "Je t'avouerai de tout; je n'espère qu'en toi. Va.

J'attends ton retour pour disposer de moi." (III, 1, vers 811 -812) "Fais ce que tu voudras, je m'abandonne à toi." (III, 3, vers 911). Fille de Minos et de Pasiphaé", Phèdre appartient à une famille illustre : son père est l'un des juges qui siègent aux Enfers.

Dans La Poétique, Aristote indique que les héros de tragédie, contrairement aux personnages de comédie, sont de noble extraction.

Les conflits tragiques sont donc à la fois personnels et politiques : la mort de Thésée ou la faute de Phèdre ont des conséquences au plus haut niveau de l'État. 3) Phèdre et la rédemption Par ailleurs, Phèdre est tiraillée entre son exigence de pureté et la faute qui l’habite.

Cette dualité est le plus souvent traduite par les images symboliques de l’ombre et de la lumière. Ombre où elle peut dissimuler sa faute qui peut se référer à l’ombre de la mort.

Cette ombre propice des domaines infernaux où la coupable pourrait peut -être trouver l’apaisement après le jugement.

Une ombre où siège, majestueuse, l’image du père, juge réprobateur.

Ombre de la damnation des réprouvés. Lumière de son aïeul, le soleil ; lumière de la conscience qui dissèque et juge sans pitié ; lumière de la pureté du cœur. Phèdre se sent coupable des sentiments incestueux qui l’habitent même s’ils n’ont pas été exposés à la clarté du jour, même si elle n’a pas manifesté à leur égard la moindre tentative de réalisation.

La simple existence de son inclination pour Hippolyte engendre en elle angoisse et réprobation.

Toute la pièce relate la lente montée d’une culpabilité dont la force envahissante pourra à la fin contrebalancer celle de la passion et même la dominer. Persécution de l’innocent, aveu d’amour immoral, abandon à Œnone, compromission, mensonge par refus de. »

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