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SORCELLERIE ÉVOCATOIRE de BAUDELAIRE

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baudelaire

Depuis longtemps la distinction du fond et de la forme n'a plus cours. Cependant, il semble que le point de vue soit différent selon que l'on considère la prose ou les vers. Dans la première, la forme se subordonnerait au fond, tandis que ce serait l'inverse dans la poésie, où le sujet, si l'on écoute les explications de Valéry, plutôt que ses poèmes, ne compterait plus et serait déterminé par le choix que l'on a fait d'une certaine forme. C'est à peu près la théorie d'Edgar Poe, dans sa Genèse d'un Poème. Mais il la dément dans son Principe poétique, et l'on se rappelle ce que Baudelaire en pense. Pour lui, il a toujours attaché une grande importance au sujet, dans sa critique d'art aussi bien que dans sa critique littéraire : « Malgré l'amour nécessaire qui doit féconder ie plus humble morceau, je crois que le sujet fait, pour l'artiste, une partie du génie«, écrit-il dans son Salon de 185g. Mais rarement l'esthétique d'une œuvre a été aussi intimement liée à son sujet que dans Les Fleurs du Mal. Peut-on même parler d'un sujet au sens habituel du mot ? Il ne saurait se séparer, non plus seulement de la forme, mais de l'idée même de poésie, du moins selon les définitions qu'en donne Baudelaire, soit à propos du romantisme, soit dans les Notes nouvelles sur Edgar Poe, et ce dernier texte répond si bien à sa pensée qu'il le reprend tout au long dans sa grande notice de 1859 sur Théophile Gautier. 

« tulation des nerfs, d'une nature exilée dans l'imparfait et qui voudrait s'emparer immédiatement, sur cette terre même, d'un paradis révélé.»Les Fleurs du Mal ne sont- elles pas très exactement l'expression « d'une nature exilée dans l'imparfait et qui voudrait s'emparer immédiatement, sur cette terre même, d'un paradis révélé » ? On n'en saurait mieuxdéfinir lecontenu. Pour l'auteur, il y adonc identité parfaite entrelamatière de sonchantetl'objetqu'il assigne à la poésie. Cependant, pour atteindre l'objetproposé, il faut que cette émotion, cette «mélancolie irritée »soient effective ment communiquées aulecteur, et pour yparvenir, ce ne sera pas trop de « tous les moyens que contiennent les arts », selon l'expression mêmedeBaudelaire. Quels sont ces « moyens » sur lesquels il n'a jamais donnédeprécisions, mais dont il se flattait volontiers deposséder lamaîtrise complète et qu'ilse chargeait même d'enseigner en vingt leçons ?Il faut croire que ce ne sontpas des moyens ordinaires, car leur effet a longtempsdéconcerté lepublic,et non pas seulement lepublic profane. Si lescritiques lui ont reproché des goûts macabres et répugnants, ils l'ont accusé aussi d'être un mauvais artisan, d'avoir une mau vaise oreille : « Pas de vers plus pénibles, plus essoufflésque les siens »,écrivaitBrunetière. Albert Cassagne, dans Versification etmétrique deBaudelaire, remarque avec rai son qu'en lui appliquant lesprincipes énoncés par Maurice Grammont, on serait amené à le classer parmilespoètesles moins harmonieux. On a incriminé son prosaïsme, sesmaladresses,lapauvreté de soninspiration et de son souffle.Si l'on juge selon les critères habituels, il est exact qu'on trouve biendesgaucheries et desimperfections de toutes sortes,àcommencer par des répétitions surprenantes. Parfum exotique et La Chevelure, qui se suivent, présentent non seulement la même couplederimes, climats et mâts, mais deux mouvements très voisins : Je vois un port rempli de voiles et.demâts.,. ... un éblouissant rêve De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts. " »

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