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VICTOR HUGO, Les Contemplations: Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne

Publié le 10/10/2011

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Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,

Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.

J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.

Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

5 Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,

Sans rien voir au-dehors, sans entendre aucun bruit,

Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,

Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,

10 Ni les voiles au loin descendant vers Honfleur,

Et quand j'arriverai je mettrai sur ta tombe

Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

VICTOR HuGo, Les Contemplations.

Quatre ans après la mort de sa fille dans des conditions particulièrement dramatiques, Victor Hugo donne dans ce poème la mesure de l'intense souffrance qui le dévore toujours.

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« Quatre ans après la mort de sa fille dans des conditions particulière­ ment dramatiques, Victor Hugo donne dans ce poème la mesure de l'intense souffrance qui le dévore toujours.

L'HOMME ACCABL~ Le poème nous rend sensible à l'impression de solitude qui s'est abattue sur lui.

Sa marche à travers la nature est solitaire, non seule­ ment parce qu'il est seul, mais parce qu'il se sent seul et qu'il se veut seul :«inconnu», c'est-à-dire sans doute incompris tant sa souffrance intérieure est infinie et, par là, inexprimable, donc incommunicable; « inconnu » aussi parce qu'il ne tient pas à être reconnu : sa célébrité ne compte plus pour lui, la sympathie admirative d'autrui ne saurait le guérir.

Son attitude physique traduit cet accablement moral : il avance « le dos courbé ».

Il refuse aussi de se laisser distraire par les spectacles du monde extérieur : « ni l'or du soir qui tombe », « ni les voiles au loin ».

L'HOMME OBStDt Cet accablement se double, en profondeur, d"une obsession.

C'est elle qui le fait sortir« dès l'aube», et qui motive sa décision brutale : «je partirai».

C'est elle aussi qui explique son détachement à l'égard de tout ce qui l'entoure : ses sens sont engourdis par la souffrance, il ne voit ni n'entend, la lumière du jour ne saurait éclairer la nuit de son désespoir.

Le contenu de cette obsession nous est suggéré dès le deuxième vers : un rendez-vous avec sa fille morte, qui l'attend là-bas, au cimetière.

L'HOMME RELIGIEUX Ce vaincu, qui sait si profondément et si intensément que sa fille l'attend, adopte d'une façon spontanée l'attitude de l'imploration et de la prière : « les mains croisées » (v.

7).

Certes on ne saurait trouver dans ce texte la manifestation d'une pensée religieuse précise; mais une religiosité certaine l'imprègne, qui trouve son expression symbolique dans le dernier vers.

Cet humble bouquet de fleurs des champs (ramassées en cours de route, peut-être 7) suggère la foi simple et naturelle de ce vaincu, et la rapproche de la pureté naïve de la jeune morte.. »

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