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Comment doit-on envisager le bonheur « terrestre » ?

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 » de Pascal) constitue déjà un premier pas vers le bonheur éternel promis : le bonheur terrestre n'est envisageable que comme propédeutique à la félicité éternelle.   La bonheur dans la moralité Le désir est ainsi à expulser des conditions de la vie car il entre en conflit avec le bonheur, Schopenhauer le souligne dans Le Monde comme volonté et comme représentation. Nous ressentons sans cesse la privation, la douleur, mais dès que ces états disparaissent, nous ne nous réjouissons pas de leur disparition. Ce qui pourrait faire une vie heureuse, nous ne le comprenons que lorsque ces propriétés ont disparu. Désirer, c'est affirmer sa volonté de vivre, et par là, c'est entrer en contradiction avec le bonheur. Car nous ne goûtons jamais réellement ce dernier quand il se présente, mais seulement en l'ayant perdu. C'est donc peut être dans la morale et son exercice que nous pouvons atteindre une certaine forme de bonheur terrestre. Car en respectant les impératifs catégoriques édictés par Kant (cf. Métaphysique des Moeurs) nous agissons à l'unisson de la volonté bonne, et ainsi respectons tant les devoirs envers soi-même que les devoirs envers autrui. Puisque toute action que nous effectuons peut être universalisée, elle contribue au développement de la morale et de l'accord universel.

Le bonheur terrestre constitue un puissant stimulant tant pour les Arts que les Lettres, et les représentations de l’âge d’or, passé ou à venir, foisonnent au gré de l’imagination de chaque créateur. S’il est possible d’envisager le bonheur sublunaire de façon variable, il apparaît nécessaire à qui voudrait le penser de le mettre en perspective avec une éthique. Car des choix que nous faisons est dépendante la possibilité d’un état de bonheur tant personnel que communautaire.

Comment donc dépasser la joie temporaire, qui survient comme par surprise, pour penser une conduite qui nous mènerait en raison au bonheur terrestre ? Morale et bonheur sont-ils conciliables ?

Il s’agira de s’interroger sur la possibilité d’une conciliation entre matérialisme et conception du bonheur qui échappe à ces premières considérations, en cela l’enjeu d’une telle question relève de l’éthique, mais également de la religion : car évoquant le bonheur terrestre demeure en sous-entendu celui, céleste, qui nous serait promis.

« Dans la Critique de la raison pratique, Kant montre que le bonheur individuel,recherché par tout un chacun suivant ses propres penchants, ne peut êtreune finalité morale. La recherche du bonheur peut fournir des maximespersonnelles d'action, mais non des lois à la volonté, même si l'on prend pourfinalité le bonheur de tous. La définition générale du bonheur est subjective,donc variable et changeante. On pourrait au mieux en tirer des règlesgénérales, mais jamais des règles universelles (valables toujours etnécessairement), car la base en est l'expérience et ce que l'on en ressent. Larecherche du bonheur ne peut donc aboutir à une éthique comportant desrègles pratiques communes à tout être raisonnable.A la différence de ces éthiques eudémonistes (eudaimonia : bonheur) qui s'enremettent à la subjectivité de chacun pour apprécier le bonheur, la loi moraledoit être valable pour toute volonté raisonnable. La morale repose sur des loisuniverselles et nécessaires (valables pour tous et que l'on ale devoir derespecter). A la question que dois-je faire ?, la morale répond : le devoir, etuniquement le devoir. Le souverain bien n'est pas le bonheur, mais la bonnevolonté, c'est-à-dire la bonne intention, désintéressée, l'intention de faire lebien pour le bien, ou encore de faire le bien par devoir. Elle repose sur unimpératif catégorique ("tu dois parce que tu dois") et non hypothétique ("si tuveux obtenir tel résultat, fais ainsi"). Sans condition, il ne repose sur rien desensible. L'action n'est pas bonne suivant ses résultats, mais bonne en soiquand elle est faite par devoir. "Agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle." Par ailleurs, le devoir commande le respectde la personne, de l'être raisonnable en tant que valeur absolue : l'humanité, que ce soit la sienne ou celle d'autrui,doit toujours être respectée comme une fin absolue, et jamais traitée simplement comme moyen. Seule cettevolonté morale est autonome dans le sens où elle répond à la loi de raison qu'elle trouve en elle (et qui exige denous plier à l'universalité), et non à des exigences sensibles, naturelles et empiriques, qui nous rendent dépendants,hétéronomes : en ce cas, c'est l'expérience qui commande et non la volonté rationnelle. Le bonheur terrestre comme souverain bien A la différence de la doctrine aristotélicienne qui fait du bonheur ce que nous recherchons « en vue d'autre chose »,l'eudémonisme est une éthique théologique dont la fin est le bonheur. Toutes les recherches effectuées durant unevie humaine (que ce soit de l'argent, de la gloire, etc.) ne se font qu'en direction du bonheur. Ainsi, il nous estnécessaire d'effacer des conditions de la vie les soucis sur lesquels nous ne pouvons influer (cette méthode estégalement nommée le « calcul des plaisirs ») : la crainte de Dieu, de la mort, doivent être évacuées, et nous devonsnous assurer d'une écoute de nos besoins premiers, afin de les satisfaire et par là de viser le bonheur. Ainsi lebonheur terrestre devient-il non un état abstrait et inatteignable, mais commence par une juste écoute de soi etune juste réponse à ses désirs. Epicure, loin de prôner une vie de luxure, plaide en faveur de la modération de sa conduite, de sorte à atteindre l'ataraxie ou absence de troubles. En ce sens,le bonheur se définit de manière négative et non par une recherche sans finde plus grands biens. Épicure constate que le plaisir, recherché par tous, est l'élément essentiel dela vie heureuse. Conforme à la nature humaine, il procure un critère parfait detous les choix que nous avons à faire. Il réside dans la sensation qui, nousmettant en rapport avec le monde, est la règle qui nous fait choisir ouexclure. Ce bien est inné et personnel, puisque chacun est juge de ce qui luiconvient : c'est de notre propre point de vue sensible que nous jugeons dece qui est pour nous un plaisir ou une douleur. Ainsi, nous ne recherchons pasles plaisirs qui engendrent de l'ennui, et l'on peut préférer endurer certainesdouleurs si elles sont le moyen d'accéder à un plus grand plaisir. L'épicurismen'est pas une philosophie simpliste qui recherche le plaisir à tout prix et fuit ladouleur ; elle repose sur un principe de détermination, qui est la sensation,critère complexe d'estimation des valeurs, puisqu'il aboutit à un paradoxe :"Nous en usons parfois avec le bien comme s'il était le mal, et avec le malcomme s'il était le bien", (Épicure). Ainsi peut-on voir dans l'éthique eudémoniste une invitation à chercher sonbonheur dans un processus de création de soi-même. A. Gide, dans lesNourritures Terrestres invite le disciple Nathanaël à créer « le plus irremplaçable des êtres », et par là à vivre non seulement le plus intensément, mais surtout de manière la pluspersonnelle chaque moment de l'existence. Ainsi, le bonheur ne peut plus se concevoir dans la moralité mais dansl'éthique, fruit de la décision de chacun de développer son individualité. Il s'agit de se défendre d'entrer dans une vieconfortable et mollement bienheureuse menée par les considérations du troupeau, pour inventer son propre« bonheur terrestre » de manière infinie, de sorte que nous puissions souhaiter que ce qui arrive vienne à serépéter : le bonheur terrestre, c'est l'amour de soi par la cohérence de ses actions. »

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