Devoir de Philosophie

Dans quelle mesure les premières pages d'un livre (roman, poésie, théâtre, essai, etc.) peuvent-elles orienter la lecture de l'oeuvre tout entière et susciter l'envie de la pousuivre ?

Publié le 06/06/2009

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Plan adopté dans le devoir

I. L'exposition a) La situation narrative b) La définition du problème c) L'enjeu II. L'accroche a) Créer une attente b) L'attente et la déception c) Le plaisir III. Le codage a) Définition d'une norme b) Définition d'un contrat c) L'écart

Devoir rédigé

Sauf excessive curiosité, on commence toujours un livre par son titre, puis par ses premières pages. C'est donc à ce moment que l'on décide de poursuivre sa lecture, ou d'abandonner le livre. L'enjeu de ces pages est donc essentiel pour l'auteur, puisqu'il risque d'y perdre un lecteur. Mais au-delà de ce simple enjeu « commercial «, il s'agit aussi pour lui de commencer son oeuvre, c'est-à-dire d'en définir le contenu, le style et la direction. Commencer, c'est alors successivement, pour lui, exposer le cadre de son texte, accrocher le lecteur, et coder la suite de la lecture.

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La première partie d'une pièce de théâtre, en particulier en ce qui concerne le théâtre classique, est appelée « exposition «. Elle consiste donc, en principe, sur une ou plusieurs scènes, en une présentation du cadre de l'intrigue et des personnages. Or cette sorte d'introduction se retrouve aussi dans les premières pages d'un roman. Le décor est planté, comme la célèbre description de « la petite ville de Verrières «, dans Le Rouge et le noir, de Stendhal, ou celle des rues de Saumur, dans Eugénie Grandet, de Balzac ; les personnages principaux sont présentés, comme Charles Bovary, dès le premier chapitre de Madame Bovary, de Flaubert, puis Emma dans le second ; enfin, l'intrigue ou ses ressorts les plus forts sont exposés, qu'il s'agisse de l'avarice du père Grandet, du soudain coup de foudre de Frédéric Moreau pour Madame Arnoux, dans L'Éducation sentimentale, de Flaubert, ou des différentes variantes d'amours contrariées par un père abusif, dans les pièces de Molière. La fonction de l'exposition est donc de définir un cadre social et historique, le plus souvent vraisemblable et précis, dans lequel la narration va prendre place. Elle sert par conséquent à donner assise à cette narration, comme à donner les moyens au lecteur de suivre ce qui va se passer.

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« cette lecture. *** Car quoi de pire, pour un écrivain, que de n'être pas lu ? Quel cauchemar plus affreux que celui du lecteur quiabandonne à la troisième page, déjà fatigué, déjà ennuyé ? Pour empêcher que se réalise un telle catastrophe,l'auteur va déployer toutes sortes de moyens.

Avant tout, il faut « accrocher » le lecteur.

Les éditeurs le saventbien, qui s'interrogent longuement sur la couverture à choisir pour un livre, sur le titre le plus adéquat, qu'ilsimposent souvent à l'auteur.

Mais ce dernier ne l'ignore pas non plus, et cède bien souvent aux caprices de seslecteurs supposés.

La façon la plus efficace d'attirer l'attention de quelqu'un est encore de le surprendre : «Étonne-moi », disait Cocteau.

Tel est bien le principe de la première scène du Dom Juan de Molière.

D'une part, ladescription faite par Sganarelle excite évidemment chez le spectateur l'envie de voir Don Juan, « le plus grandscélérat que la terre ait jamais porté, un enragé, un chien, un diable, un Turc, un hérétique, qui ne croit ni Ciel, niEnfer, ni loup-garou, qui passe cette vie en véritable bête brute, un pourceau d'Épicure, un vrai Sardanapale ».D'autre part, les premiers mots de la scène suscitent aussi la surprise du lecteur, dans l'opposition entre le tabac et« Aristote et toute la philosophie ».Il faut donc créer chez le lecteur une attente, un désir, que sa lecture viendra en principe combler.

Mais, pour cela,il est souvent préférable de différer au maximum le moment attendu, par exemple en retardant la présentation dupersonnage principal : c'est le cas dans Tartuffe, de Molière, puisque Tartuffe n'apparaît qu'à la seconde scène dutroisième acte ! ou encore dans Britannicus, de Racine, où Néron n'entre en scène qu'au deuxième acte.

Plus lelecteur attendra, plus son désir sera fort, et sa lecture attentive.

A la limite, d'ailleurs, pourquoi combler cetteattente ? Italo Calvino propose ainsi un récit fondé sur la déception : Si par une nuit d'hiver un voyageur est unesuite de débuts de romans, plus ou moins parodiques, qui accrochent à chaque fois le lecteur.

Mais le premier romanne peut être terminé, car les pages en sont perdues.

Un lecteur fictif se lance alors à la recherche de la suite, maistombe sur un second début de roman, qui nous est proposé...

et ainsi de suite.

Le principe de l'incipit est donc icirépété à loisir, créant à chaque fois, du moins jusqu'à ce que le procédé soit éventé, une attente, une surprise, unedéception.Mais qui dit déception ne dit pas abandon de la lecture.

Dans ce type de roman, qui « déconstruit » lefonctionnement habituel de la narration, le plaisir de la lecture vient justement de cette déception, qui est unesurprise par rapport aux fonctionnements habituels du récit.

Ainsi, dans Jacques le fataliste, Diderot nous promet-ilsans cesse le « récit des amours de Jacques », et ce dès la première page, mais détourne toujours son récit versd'autres objets, pour finalement ne pas conclure l'histoire des amours de Jacques.

Car dans le fond, pour quel'attention du lecteur soit captivée dès la première page, il faut lui promettre ou lui faire espérer un plaisir.

Et ceplaisir peut reposer sur des effets divers : soit sur la création d'une attente, qui sera comblée par la suite – c'est engénéral le propos du roman traditionnel –, soit sur un effet de surprise, qui sera d'autant plus réussi que la surpriseest permanente – le récit se doit alors de déjouer toute prévision, et de n'être jamais là où le lecteur l'attend.

Il enva d'ailleurs de même en poésie : le plaisir ne vient pas d'une image connue, usuelle, mais au contraire de la surprisecréée par le rapprochement des termes.

Telle est du moins la définition surréaliste de l'image, empruntée à Reverdy: « Elle ne peut naître d'une comparaison, mais du rapprochement de deux réalités plus ou moins éloignées.

Plus lesrapports des deux réalités rapprochées seront lointains et justes, plus l'image sera forte.

»Au-delà donc de sa première fonction d'exposition, fonction en quelque sorte didactique, le début d'une oeuvrelittéraire doit aussi captiver son lecteur.

Il faut alors le surprendre, créer chez lui une attente, lui promettre de laremplir, et au besoin lui mentir et la décevoir, conditions mêmes du plaisir littéraire. *** L'attente du lecteur, ou son plaisir, n'existent cependant que par rapport à une norme.

Dans le cas des romansdéceptifs, la déception ne se produit qu'en comparaison des romans traditionnels.

C'est dire qu'à partir du momentoù le lecteur choisit un livre, il y a déjà chez lui une attente, préexistante au livre.

Il est donc nécessaire, pourl'auteur, de préciser d'emblée dans quel cadre il se place, afin de définir à son tour l'horizon d'attente propre à son oeuvre.

Il pourra par exemple se situer dans une continuitélittéraire, s'inscrire dans une tradition, et donc promettre au lecteur – quitte à le décevoir –d'obéir à des règlesdonnées.

Lorsque Voltaire écrit des tragédies, au XVIIIe siècle , c'est bien par rapport à la tradition classique définiepar Racine et Corneille.

Et c'est justement le respect de ces règles qui fera à l'époque son immense succès, et quinous le fait juger aujourd'hui plus sévèrement, du fait de son manque d'originalité.

A l'inverse, l'auteur pourra sedéfinir contre une tradition, et donc en termes de révolte et de renouveau.

Tel est bien l'enjeu de l'adresse Aulecteur, qui ouvre Les Fleurs du mal, de Baudelaire, et qui annonce une poésie satanique, enjeu repris plusclairement encore dans l'Épigraphe pour un livre condamné, où le poète conseille au « lecteur paisible et bucolique »,s'il n'a fait sa « rhétorique chez Satan », de jeter « ce livre saturnien ».Mettre ainsi le lecteur en garde, ou le mettre ailleurs au défi de continuer, comme dans Les Chants de Maldoror, deLautréamont, c'est en fait entamer avec lui, parfois par-dessus le livre, un dialogue.

Les premières pages d'un livrene servent pas seulement à exposer, elles avertissent.

Plusieurs types de « contrats » peuvent ainsi être passésentre l'auteur et son lecteur.

Un contrat de vraisemblance, par exemple, préexiste à la grande majorité des romans,qui engage l'auteur à « faire vrai », mais aussi le lecteur à y croire ; contrat bien entendu différent dans le. »

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