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Est-il déraisonnable de jouer ?

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Analyse:   - Est déraisonnable ce qui est contraire à la raison. La raison, elle, s'entend en deux sens: elle est d'abord une faculté calculative qui nous permet d'agir en vue de satisfaire notre intérêt ou de produire un profit. Selon cette acception, on dira que nous pouvons raisonnablement effectuer une dépense ou nous sacrifier lorsque cela nous procure un bien supérieur dans un autre ordre ou plus tard. Ensuit, la raison est également la faculté morale d'assigner à nos actes des fins et de déterminer les normes du bien vivre. - Jouer est une activité circonscrite dans le temps qui a pour caractéristique d'être pur divertissement, c'est-à-dire de ne pas porter à conséquence et de n'avoir aucun enjeu hors du temps du jeu. En ce sens, le jeu est l'opposé du sérieux, que nous pourrions définir comme ce qui porte à conséquence, ce qui a des enjeux lourds, ce qui compte. On opposera ainsi le temps du jeu au temps du sérieux. - Comme toute activité, jouer implique une dépense de temps et d'énergie. Or, si le propre du jeu est d'être sans conséquence, alors nous ne pouvons pas espérer obtenir de ces dépenses un profit dans un temps futur. En ce sens, jouer est déraisonnable puisque cette activité implique une dépense en pure perte. Cependant il semble que, pour bien vivre, nous ne puissions pas être toujours immergés dans le temps du sérieux. L'homme a besoin de périodes de loisir qui lui permettent de se détendre. Jouer serait alors raisonnable à condition que le jeu soit maîtrisé: il doit rester une parenthèse nécessaire dans le temps du sérieux, et permettant de mieux y revenir. Jouer devient déraisonnable à partir du moment où le jeu cesse d'être une parenthèse pour devenir une fin en soi.   Problématique: Le jeu doit-il être condamné en tant que perte (de temps et d'énergie) absolument inutile, ou bien doit-on ménager une place au jeu comme envers nécessaire du sérieux?

« - Dans ce cas, il est aussi raisonnable de jouer lorsque le jeu nous permet de faire l'apprentissage du sérieux. Eneffet, si jouer est une activité enfantine, c'est aussi parce que le jeu possède des vertus pédagogiques. Le jeu desociété, par exemple, nous apprend le respect des règles et l'intérêt de ce respect pour la bonne marche del'ensemble. Le jeu nous prépare ainsi au monde social et au monde du travail, également régi par des règles quis'imposent à l'individu. De même, les jeux en équipe nous apprenne la coopération. Mais cette vertu pédagogique dujeu va plus loin. Ainsi Winnicott, dans Jeu et réalité , soutient la thèse selon laquelle l'enfant développe un « espace transitionnel » entre lui et le monde. Cet espace est une aire de jeu et créativité où l'enfant se voit offrir lapossibilité de faire des expériences fondamentales pour sa maturation psychique. Un être humain ne peut entrerdirectement dans la sphère du sérieux: ce n'est que parce qu'il a joué que l'enfant est ensuite capable d'aborder lemonde. Il est donc raisonnable de jouer chaque fois que le jeu nous permet un accès nouveau ou renouvelé autemps du sérieux.- A l'inverse, il devient déraisonnable de jouer quand le jeu cesse d'être un moyen du sérieux, pour devenir une finen soi. En effet, le jeu est une activité dangereuse car elle porte en elle-même le principe de son propredérèglement: le jeu n'ouvre que sur le jeu, et celui qui commence à jouer pour se détendre ou pour apprendre, peutrapidement finir par jouer pour jouer. Le jeu n'est alors plus subordonné au sérieux, il nous en exclut totalement etnous enferme dans une sphère absolument séparée. Le héro du Joueur de Dostoïevski, ne joue plus pour mieux vivre, il ne vit que pour jouer. Son jeu n'est pas une parenthèse mais constitue petit à petit la totalité de sa vie. Ille pousse ainsi à des extrémités déraisonnable: le héro est obsédé par le gain, il joue plus d'argent qu'il n'enpossède, etc. - Le jeu devenu fin en soi nous coupe absolument du monde du sérieux. Ce phénomène peutd'ailleurs être interprété comme une fuite à l'égard de ce monde: nous nous réfugierions dans le jeu pour ne pasavoir à affronter le sérieux. C'est ainsi que Pascal interprète le divertissement dans la Pensée 136 (édition Lafuma): l'homme se réfugie dans le divertissement pour ne pas voir la vérité insupportable de sa condition. En effet, tant qu'ilse divertit, l'attention de l'homme est focalisée sur son activité et il ne fait pas retour sur lui-même.L'ennui est hautement insupportable à l'homme, parce qu'alors, l'absence de tout désir fait place à la considérationde soi-même et à la conscience de sa vanité. Dès lors, on comprend que tout homme cherche à se divertir, c'est-à-dire à se détourner de la pensée affligeante de sa misère. Nos désirs, pour autant qu'ils nous portent à croire queleur réalisation nous rendrait heureux, sont l'instrument majeur de cette stratégie. L'imagination, qui institue desbiens comme désirables, en est l'auxiliaire indispensable. La vérité du désir n'est donc pas dans son objet mais dansl'agitation qu'il excite : « nous ne recherchons jamais les choses mais la recherche des choses » (773). Mais ledivertissement n'est qu'un cache-misère. Préférable à l'accablement de l'ennui, il s'avère sur le fond tout aussinuisible. Faire obstacle à la considération de sa misère, c'est se priver des moyens de la dépasser.L'utilisation du jeu à des fins de divertissement est déraisonnable pour deux raisons. D'abord il constitue une manièrede se mentir à soi-même en fuyant la vérité, ensuite la fuite ne modifie en aucun cas cette vérité. L'hommen'améliore pas ainsi sa situation, et sera de toute manière rattrapé par la vérité qu'il s'efforce de fuir. Transition: Dans cette seconde partie, nous avons montré que le jeu pouvait constituer une activité raisonnable, à condition derester subordonné au sérieux. Nous pouvons jouer pour nous détendre, pour apprendre et ainsi mieux aborder lemonde. Mais le jeu devient déraisonnable lorsqu'il prétend s'autonomiser du sérieux et constituer à lui seul notremonde. Il équivaut alors à une fuite en dehors de la réalité qui ne peut que nous être que nuisible. Cependant, nousavons jusqu ici posé une équivalence entre le sérieux, le monde du travail. Ce présupposé doit maintenant êtreinterrogé, puisqu'il n'est pas évident, après tout, que le temps du travail soit plus sérieux que le temps du jeu, nimême que le sérieux soit plus digne de valeur que le ludique. III) Il n'est pas dit que le jeu ne soit pas sérieux, ni même que ce qui n'est pas sérieux soit déraisonnable: - Nous avons trop rapidement assimilé le travail au temps du sérieux, en l'opposant au temps du jeu qualifié par làmême de futile. En effet, lorsque nous jouons, rien ne compte plus pour nous sinon le jeu lui-même et son issu peutsusciter en nous les plus vives passions. Nous ne vivons pas le jeu sur le mode de la futilité. La dichotomie produitepar Bataille nous permet de rendre compte de cette situation. En effet, lorsque celui-ci distingue le monde profane(monde du travail et de la raison) et le monde sacré (monde du jeu et de la dépense inutile), ce n'est pas pourdévaluer le second par rapport au premier. Au contraire, c'est au sein du monde sacré que s'effectue toutes lesactivités sérieuses. Nous définissons ici le sérieux comme ce qui peut être voulu pour lui-même, ce qui constitue unefin en soi et possède donc une valeur intrinsèque. Dans la Notion de dépense , Bataille explique que la fin de l'homme n'est pas l'entretient ou le développement de sa propre existence. L'homme n'a donc aucun besoin de dégager duprofit et d'agir de manière utilitaire. Au contraire, il est un animal luxueux, destiné à la dépense en pure perte. Nousne nous réalisons donc pas quand nous travaillons ou lorsque nous effectuons une activité raisonnable au sens deprofitable. Ce que nous cherchons véritablement à travers l'accumulation de richesses que nous permet le travail,c'est le moment où nous pourrons les dilapider sans raison. Ce n'est donc qu'au sein du monde sacré que l'homme seréalise. En ce sens, le travail est bien moins sérieux que le jeu: il n'est qu'un moyen de survire alors que le jeuparticipe de notre véritable destination. - Nous avons donc renversé notre conception première: le jeu est plus sérieux que le travail. Mais nous pouvonsaller plus loin en remettant maintenant en cause la valeur du sérieux lui-même. N'est il pas plus raisonnable deprendre toute chose de manière ludique? En effet, le ludique semble être un mode de rapport au monde qui garantitla distance nécessaire à une appréhension raisonnable des évènements. Celui qui prend tout au sérieux estfortement affecté par les évènements, il est ainsi sujet à l'angoisse, la déception, la colère et toutes sortes d'autrespassions. Au contraire, lorsque nous jouons nous prenons les choses de manières distanciées, elles ne nousaffectent que peu et nous pouvons les analyser la tête froide et avec raison. Ainsi, Montaigne affirme dans les »

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