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Il faut vivre d'abord, philosopher ensuite ?

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La première condition pour pouvoir penser, réfléchir, philosopher, est donc déjà de vivre ; c'est une vérité trop évidente pour qu'il soit besoin d'y insister.C'est, de plus, un fait d'expérience journalière que les exigences de la vie priment celles de la pensée. Ce qui préoccupe l'homme avant tout c'est de vivre ; la plus grande partie de son activité, pour ne pas dire sa presque totalité, est dirigée vers ce but : obtenir de la nourriture, des vêtements, du confort, etc. Pourquoi l'homme chercherait-il tant à gagner de l'argent, sinon pour pouvoir vivre ? Et comment philosopher (et je n'emploie pas ce mot au sens strict, mais même au sens large) si l'on est tiraillé par la faim, si l'on grelotte de froid, si l'on est inquiet pour sa subsistance du lendemain ? Demandez donc à quelqu'un qui vient de dépenser ses derniers sous pour acheter un morceau de pain, à un naufragé qui se débat au milieu des vagues de se livrer à une méditation désintéressée, à un pur jeu de l'esprit. L'homme, quand sa vie n'est pas assurée, ne pense qu'à une chose : comment agir pour ne pas mourir. La première et indispensable condition pour philosopher est donc de ne pas avoir d'inquiétudes au sujet de notre vie quotidienne, sans quoi l'action s'impose à nous, l'action immédiate et totale.C'est ce que confirme l'histoire des peuples. A quel moment assiste-t-on à l'essor et à la floraison de la pensée désintéressée, de la méditation, de la philosophie, de l'art ?

« philosopher. Car, même si le philosophe est dans les « Nuées », s'il est un rêveur et semble sedésintéresser de l'action pratique et immédiate, ce n'est pas un fou. Ce Socrate, dont Aristophane nousfait un portrait grotesque dans sa comédie, était, au contraire, l'homme qui était le plus près de la vie etde ses réalités. Il suffit pour s'en rendre compte de lire les dialogues socratiques de Platon.C'est, en effet, au contact de la vie, de ses exigences et de ses difficultés, que la réflexion prendnaissance et que se posent les sujets de méditation et de philosophie. Car la vie n'est pas un jeu, unluxe, on ne peut prendre à son égard une attitude de dilettante. Elle nous prend à la gorge et nous posedes problèmes auxquels nous devons réfléchir : « nous sommes embarqués ». Si le philosophe se retiredans sa tour d'ivoire pour y méditer, ce n'est qu'après avoir parcouru en tous sens le « grand livre dumonde », dont nous parlent un Montaigne et un Descartes. Plus on vit, plus on est aux prises avec lesdifficultés de l'existence, plus les problèmes s'imposent nombreux et obsédants à notre méditation,problèmes réels ceux-là et angoissants, car il y va de notre vie elle-même.Enfin, ce ne peut être que la vie qui suggère à la réflexion des éléments de solution des grands problèmesqu'elle pose. Si philosopher a un but, ce ne peut être qu'un but concret et pratique. La Morale, que laréflexion philosophique doit bâtir, est une morale qui rende, non les anges, mais les hommes heureux.Comme le dit Descartes, dans le « Discours de la Méthode », c'est l'expérience seule qui dit si les produitsde la réflexion et de la pensée sont de pures imaginations, ou sont marqués du sceau de la réalité. C'estpar la confrontation avec la vie que le philosophe connaîtra la valeur de sa pensée et de ses méditations.Il semble donc bien que ce qui prime d'abord, ce qui doit avoir la première place dans nos préoccupations,c'est de vivre. Philosopher ne peut et ne doit venir qu'après. L' « homo faber » est antérieur à l' « homosapiens » ; « au commencement, était l'action ». III. - VIVRE EST-IL POSSIBLE SANS PHILOSOPHER ? La conclusion de ce qui précède donne donc raison à ce que nous disions au début : les proverbes expriment sousune forme condensée la sagesse populaire. Mais la sagesse populaire est-elle la vraie sagesse ? Ce qui apparaîtévident au simple bon sens, est-il évident en réalité ? Il n'est pas besoin de beaucoup d'expérience pour se rendrecompte que le sens commun s'en tient le plus souvent aux apparences, qu'il ne va pas au fond des problèmes et queles jugements qu'il porte sont d'une vérité assez superficielle. Avant donc de donner raison à la maxime : « d'abordvivre, ensuite philosopher », il convient d'examiner plus profondément les termes du problème.De quelle vie s'agit-il dans l'expression « vivre d'abord » ? La vie est, en effet, le partage des végétaux, des animauxet des hommes. Or la deuxième partie de la maxime « ensuite philosopher » montre évidemment qu'il ne peut s'agirque de la vie humaine, car ni le végétal ni l'animal ne peuvent philosopher n'ayant pas en partage la raison. Mais lavie humaine ne consiste pas seulement dans la satisfaction des besoins du corps, les exigences de la vie de l'espritne sont pas moins impérieuses. « L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui tombe de labouche de Dieu ». Vivre pour la pensée, c'est réfléchir, méditer, c'est philosopher, et un homme qui prétend menerune vie d'homme ne peut pas plus se passer de philosopher, c'est-à-dire d'exercer son esprit, que de donner desaliments à son corps. Vivre sans philosopher, ce serait donc mener une vie semblable à celle d'une plante ou d'unanimal. Or, dit Stuart Mill : « J'aime mieux être un Socrate mécontent qu'un pourceau satisfait ». Si donc l'homme veut mener une vie d'homme, il doit, non pas vivre d'abord et philosopher ensuite, maisunir intimement vie et philosophie.Pourrait-il, d'ailleurs, même s'il le voulait, même s'il décidait de tenir pour rien sa pensée,mener une vie purement animale, ce qui alors donnerait un sens au « vivre d'abord » ?Non. La Nature a mis, en effet, à la disposition de l'animal un guide sûr et presqueinfaillible : l'instinct. Grâce à lui, l'animal est adapté à la vie : il n'a pas à réfléchir, àchercher. Il n'en est pas de même pour l'homme. Sous le strict point de vue de la vie, laNature l'a défavorisé par rapport à l'animal. Elle lui a bien donné l'intelligence, mais celle-ci ne fournit pas de solutions immédiates aux problèmes qui se posent. Or, de cetteintelligence, l'homme ne peut se passer, même s'il veut vivre d'une vie purementanimale. Il lui faut penser, réfléchir, chercher des solutions, faire un choix, c'est-à-direarrêter l'action pour s'élever au-dessus d'elle. S'il s'enferme dans l'action, il lacompromet et en ne voulant que vivre d'abord sans philosopher, il risque d'être entraînéà la mort.Il ne faut donc pas dire, comme la maxime populaire le voudrait : « primum homo faber,deinde homo sapiens », mais homo faber quia sapiens » et « homo sapiens quia faber ». Ne faut-il pas aller plus loin dans l'opposition avec le proverbe que nous étudions ? Vivre d'abord, mais vivre d'unevie humaine, entièrement humaine. Or, la vie humaine n'est pas une fin en soi, elle n'est qu'un moyen pour atteindrecette fin, et cette fin c'est le Souverain Bien. Vivre, pour l'homme, c'est diriger son activité vers l'acquisition de lavertu et la possession du bonheur. Les hommes, hélas ! n'y pensent pas assez, absorbés qu'ils sont par les soucispurement matériels. « Unum est necessarium ». Ce qui indiquera à l'homme la direction de cette vie vers la vertu etle bonheur, ce qui dirigera son activité vers cette fin en soi, qu'est-ce sinon la philosophie, la méditation ? D'abordphilosopher, puis ensuite vivre pour réaliser ce sans quoi la vie ne vaudrait pas la peine d'être vécue.Or, que nous apprend justement la Philosophie ? Interrogeons, pour le savoir, celui qui est peut-être le plus grand detous les philosophes.Il nous dit, dans le « Phédon », que ce corps, dont nous cherchons par tous les moyens à assurer d'abord la vie,n'est que le tombeau de l'âme, que cette vie sur la terre n'est qu'une ombre, une vie dans la caverne. La vraie vie,la vie véritable, est celle que mènera l'âme une fois séparée du corps, quand elle contemplera le monde des « Idées» et, en particulier, la « Forme du Bien ». Vivre d'abord, ce sera donc mépriser cette vie corporelle pour assurer »

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