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La beauté est-elle symbole de moralité ?

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Premier étonnement : le terme de « beauté » n'est pas réservé à l'art, une analyse définitionnelle révèle la polysémie de ce mot : une oeuvre est belle, mais aussi la mer ou une femme. Il ne faudra donc pas parler que de la beauté esthétique (et en ce sens artificielle, car née des artifices artistiques de l'homme), mais aussi des beautés naturelles. Cela dit, la beauté artistique nous intéressera plus, au sens où on voit mal en quoi la beauté de la mer serait un symbole de moralité (quoiqu'on essaiera de le comprendre ainsi aussi), quand on peut comprendre que la beauté d'une oeuvre d'art peut éventuellement éduquer le sens moral ou figurer une moralité. Ainsi une fable de La Fontaine ou le tableau Guernica de Picasso ont, en plus de leur beauté esthétique, une vocation qu'on peut dire morale. Mais comme l'indique le sujet cette beauté est certes morale, mais elle serait symbole de moralité, or qu'est-ce qu'un symbole ? Un symbole, c'est ce qui figure quelque chose par une image codée, c'est-à-dire une image ne représentant pas directement ce qui est signifié par le symbole. Le symbole représente concrètement, sensiblement quelque chose d'abstrait. Par exemple, la colombe est un symbole de paix, on voit là l'aspect conventionnel (arbitraire) d'un symbole et son aspect analogique (c'est parce que la colombe est un oiseau paisible et dont la blancheur rassure qu'on lui fait représenter la paix). Dans notre sujet, c'est la beauté en général qui serait symbole de moralité, donc ce qui est beau pourrait représenter concrètement ce qui est bon moralement et abstraitement. Si on distingue d'abord le beau, comme ce qui relève de la contemplation et de l'art, et la morale, comme ce qui relève du champ de l'action, l'analogie du beau et du bon peut être une assimilation spontanée. Ce qui est bon est beau dans sa bonté.

« ces choses qui manifestent cet ordre, en cela elles sont pour Platon le symbole de l'Idée du Bien, on pourrait dire lamétonymie de l'Idée de bien (la partie révélant le tout). La beauté manifeste le bien, on peut donc dire qu'elle enest le symbole en ce qu'elle l'incarne. b. Le but moral de la beauté à travers l'art : L'art, comme manifestation privilégiée et humaine du beau, a alors une fonction propre dans la société. Car si lebeau est ce qui mène au bon, l'art en est l'occasion. C'est ainsi que d'une conception ontologique du beau (où ondit ce qu'est le beau, à savoir qu'il est manifestation du bien), on passe à une conception normative de ce que doitêtre l'art, c'est-à-dire de ce à quoi doit s'asservir les productions belles des hommes. C'est avoir une conceptiontéléologique du beau : il doit servir la finalité morale, il lui est subordonné.C'est pourquoi à côté de cet éloge du beau, Platon fera une critique vive de l'art et de l'artiste. Celle-ci a lieu dansla République, où Platon dénonce l'art comme imitation des apparences qui détourne de la recherche du vrai pour secomplaire dans l'illusion des apparences. Bien entendu, il faut garder en tête que l'art peut éduquer les âmes quand ilmanifeste l'idée de bien et garde sa place et sa fonction.La République est le dialogue de Platon sur la justice et le règlement de la cité/société. C'est donc bien la fonctionde l'art dans la société qui est en jeu. Comme on l'a vu, Platon fonctionne par analogie, pour lui la société commel'homme est divisée en plusieurs parties, où chacune a un rôle et doit être subordonnée à la partie supérieure : ordreet fonction propre sont les maitres mots de ce qui est bon. Ainsi l'âme de chaque homme se divise en trois parties :la raison (le nous), la partie appelée thumos en grec et qui signifie aussi bien ardeur que courage, c'est en quelquesorte la partie volontaire de l'âme, enfin la partie dite epithumia c'est-à-dire les appétits, le désir, les passions del'âme. Etre juste pour un homme, c'est savoir donner à chaque partie de son âme son rôle propre et sa placehiérarchique. On subordonne les parties dites inférieures (le thumos et le désir) à la partie rationnelle, seule capablede maitriser ces dernières afin de parvenir au but absolu de l'homme : chercher à connaitre le vrai et réaliser le bien.Dans le Phèdre, Platon compare l'âme à un char tiré par deux chevaux et un cocher, le cocher est la métaphore dela raison qui doit faire avancer les deux chevaux (le moteur vient bien des désirs et de l'ardeur) de manière ordonnéevers un but que seul le cocher peut définir. Pour la société, il en va de même, il faut une hiérarchie qui donne l'ordreet la fonction de chaque membre.Pour Platon, le problème de l'art est qu'il détourne de cette recherche de la vérité, en représentant le réel, enl'imitant, il fait passer les apparences de la réalité pour la réalité, alors que le but des hommes doit être de dépasserles apparences pour accéder au vrai, de dépasser donc la réalité sensible pour accéder au modèle intelligible, auxIdées sources de cette réalité sensible. L'art complait dans le sensible, il est « simulacre » au sens où par deux foisl'art s'éloigne de la vérité des Idées. Platon prend l'exemple de l'idée de lit : l'idée de lit est immuable, sa copiesensible est le lit que l'artisan fabrique, l'artiste lui quand il représente le lit s'éloigne de trois degrés de la réalitéintelligible, donc de la vérité, et peint un simulacre de lit. Pire, l'artiste va même contre la morale, contre le bien, parexemple le théâtre donne tout droit aux passions qui se voient représenter complètement folles (cf. les tragédiesgrecques et leur lot de héros prêt à mourir pour leur vérité, les amours interdits, les meurtres, les jalousies, etc.).Les artistes n'élèvent pas l'âme à la moralité. Pour Platon, les artistes menacent donc l'harmonie de la Cité, il fautmême les expulser, parce qu'il détourne les hommes de la recherche de la vérité en les complaisant dans lajouissance des apparences du sensible et en les éloignant des Idées, seules vérités, et de plus parce qu'il détourneles hommes du Bien en les complaisant dans leurs passions.Bien sûr, cette thèse de la République qui préconise l'expulsion des artistes de la cité doit être repensée à l'aune desa théorie sur le Beau menant au Bien. Ces deux thèses mariées ensemble donnent droit de cité à l'art mais avecquelques conditions : l'art doit être alors la manifestation sensible du bien, il est une étape dans l'ascension de l'âmevers la contemplation du bien et du vrai, vers la contemplation des Idées causes de la réalité sensible. L'art estdonc subordonné à la morale et à la vérité, il n'est pas indépendant et libre, il a une fonction de subalterne. Cettefonction est importante, notamment dans l'éducation, mais elle est aliénée à la finalité morale, puisque sinon l'artdoit être banni. Transition : Cette conception pense donc le beau comme symbole de la moralité et même de la vérité, plus elleréduit le beau à cette finalité là et l'y aliène (c'est-à-dire que le beau devient étranger à sa nature propre en cequ'il doit servir un autre que soi, ici la morale et la vérité). Avant que de voir de quoi la beauté est le symbole, nedoit-on pas chercher ce qu'est la beauté en soi ? Ainsi, ce qu'elle symbolise n'est-ce peut-être pas une réalitésupérieure qu'elle se devrait de représenter, mais plutôt ce qu'elle rend possible par ce qu'elle est en propre ? II. La nature inaliénable et désintéressée du beau et de l'art : a. Définir l'indéfinissable : ce qu'est le jugement esthétique : Quand je dis « ce tableau est beau » ou « cet homme est beau », il y a une spécificité propre à ces jugements ditesthétiques. En effet, quand je dis cela, je ne dis que mon avis subjectif, ce sentiment esthétique qui me traverse,et pourtant j'attends en droit que chacun adhère à ce sentiment subjectif. Bien sûr, tout le monde ne sera pas dumême avis, mais mon sentiment propre est l'attente que chacun en droit doive adhérer à ce jugement esthétique.Kant prend un exemple : si je dis « j'aime ce vin des canaries », je n'attends pas que chacun partage cet avis, c'estmon goût, par contre si je porte un jugement esthétique sur une beauté naturelle ou une beauté artistique,j'attends que chacun partage cet avis. Ce qui compte n'est pas que chacun le partage en fait, mais que cejugement esthétique attende que chacun le partage en droit. Il y a là une exigence d'universalité non fondée sur »

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