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La connaissance de soi peut-elle être sincère ?

Publié le 17/03/2004

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En voulant me connaître, je suis à la fois sujet et objet de moi-même. Ce que je crois savoir de moi n'est qu'illusion, car je ne peux me mettre à distance de moi-même. Toutefois, il est possible de se connaître soi-même par un effort de lucidité et de retour sur soi.

Ici on vous demande si la connaissance de soi peut éviter la mauvaise fois, l'aveuglement ou l'illusion. En un sens, il est évident de souhaiter de se connaître puisque je suis à moi-même l'objet et le sujet qui peut m'être le plus familier. Pourtant, la connaissance, si elle vise avant tout la vérité et l'objectivité, postule une séparation entre le sujet qui connaît et l'objet qui est connu. Or il se trouve que je suis et celui qui connaît et celui qui est à connaître. Cela ne facilite pas les choses. D'abord parce que je peux être dans la familiarité et l'habitude qui m'empêchent un regard critique sur moi-même. Ensuite parce que je peux entrevoir de moi des qualités, des pensées ou des comportements gênants pour moi ou pour mon entourage. D'où la tentation de ne pas les voir. Mais si je ne veux pas les voir, c'est au moins parce que je les devine et que j'en ai dans une certaine mesure conscience, ce qui suppose une puissance de diversion et de mise à l'écart qui me rend double, séparé à l'intérieur de moi-même. Pensez à l'inconscient ou à la mauvaise foi.

  • [L'adage que Socrate lui-même a repris à son compte est celui qui est inscrit sur le fronton du temple d'Apollon à Delphes: «Connais-toi toi-même«. Pour Socrate, se connaître soi-même est le commencement de toute philosophie.]

La connaissance sincère de soi est le fondement de toute quête du vrai Se connaître soi-même, c'est pouvoir se représenter

  • [C'est ne pas être sincère que de prétendre que l'on peut sincèrement se connaître soi-même. Pour cela, il faudrait pouvoir sortir de soi. Or, même lorsqu'on se met à distance de soi-même, on demeure toujours soi.]

« Se connaître soi-même, c'est pouvoir se représenterPour Kant, la connaissance de soi revient à «posséder le "Je" dans sareprésentation» (Anthropologie du point de vue pragmatique).

Je peuxdonc me représenter en conscience, comme si j'étais moi-même unpersonnage que je vois sur une scène.

Je me tiens à distance de ceque je suis.

C'est ce processus qui me permet de me connaître.

A partirde cet instant, libre à moi de me juger avec sincérité, du moinsd'affirmer que c'est en toute sincérité que j'essaie de me connaître, oubien alors de me mentir, de ne pas voir ce qui en moi me déplaît, ce quine s'accorde pas avec l'idée que je me fais de moi-même.

[C'est ne pas être sincère que de prétendre que l'on peutsincèrement se connaître soi-même.

Pour cela, il faudraitpouvoir sortir de soi.

Or, même lorsqu'on se met à distance de soi-même, on demeure toujours soi.] Pour Auguste Comte (1798-1857), la connaissance de soi-même ne peut en aucun cas être sincère puisqu'elleest impossible.

En effet, dit livrer.» Comte, l'étude d'un être, d'une passion ne peut se faire que du dehors.

Ily a incompatibilité entre le fait d'observer et le fait de penser, d'éprouver des sentiments, des passions.«L'individu ne saurait se partager en deux, dont l'un raisonnerait, tandis que Vautre regarderait raisonner»(Cours de philosophie positive).

Autrement dit, je ne peux pas être en même temps l'objet de l'observation etl'observateur. « Je est un autre », écrivait Rimbaud, et il est vrai que l'expérience de la conscience consiste souvent àéprouver la différence entre soi et soi, par une sorte de dédoublement.

Sur le plan moral, nous sentons ainsil'opposition entre le moi égoïste, celui qui ne connaît que ses pulsions, et la personne sociale, ou surmoi, quirespecte scrupuleusement les conventions et les lois.

Ce second moi en est-il du reste encore un, ou n'est-ilau fond que l'intériorisation de la société, avec son côté arbitraire et dictatorial ? Dans lequel des deux « moi» reconnaissons-nous le mieux notre identité ? L'inconscient, qu'on ne peut, par définition, connaître directement, semble pourtant se révéler à nous.

Maisses multiples manifestations ne semblent pas toutes désirables.

Est-il possible de les maîtriser, et n'est-ce paslà la fonction de la conscience ? N'est-ce pas aussi le but de l'éducation, qui serait en un sens une accessionà la conscience ? On se demande toutefois si une telle maîtrise de soi s'accomplit vraiment pour soi, ouseulement pour autrui, comme contrainte limitative de la personnalité.

Quoi qu'il en soit, la conscience sembletout entière occupée à choisir, à décider entre les tendances, les désirs ainsi que les motifs rationnels.

Est-elle le véritable moi ? Est-elle vraiment autonome ? Être conscient, c'est d'abord être affecté par quelque chose, aussi la conscience peut-elle apparaître commeessentiellement réceptive, voire passive.

La conscience est-elle libre, ou déterminée ? La conscience signifie-t-elle l'acceptation résignée de l'ordre des choses, ou se définit-elle au contraire par sa capacité à letranscender, voire à le refuser ? Se définit-elle dans la soumission ou dans la révolte ? Paradoxalement, le faitde prendre conscience de sa propre impuissance peut aussi signifier être libre.Connaître le bien et le mal, être capable d'en juger, est aussi du ressort de la conscience.

Jugeons-nous entoute indépendance, ou sommes-nous influencés par notre éducation ? De plus, ce qui est bien pour l'un l'est-il nécessairement pour l'autre ? Et s'il s'agit avant tout de soi, ne faut-il pas se connaître, pour savoir ce quiest bien pour soi ?. »

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