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La perception est-elle active ou passive ?

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perception
La langue allemande les nomme fliegende Gedanken, comme qui dirait des pensées volantes, qui ne sont pas en notre pouvoir, et où il y a quelquefois bien des absurdités qui donnent des scrupules aux gens de bien et de l'exercice aux casuistes et directeurs des consciences. C'est comme dans une lanterne magique qui fait naître des figures sur la muraille à mesure qu'on tourne quelque chose au-dedans. Mais notre esprit, s'apercevant de quelque image qui lui revient, peut dire : halte-là, et l'arrêter pour ainsi dire. LEIBNIZ   2. La perception est un mixte d'activité et de passivité : Percevoir, c'est certes recevoir de données de l'extérieur par la médiation de mes sens. Mais la sensibilité n'est pas seulement media, elle est également filtre. Percevoir, c'est donc organiser en fonction de ma raison et de mon expérience ces données extérieures. La perception possède donc un aspect actif dans sa passivité apparente. C'est un lieu commun de dire que nous avons cinq sens et, à première vue, chacun d'eux est comme un monde sans communication avec les autres. La lumière ou les couleurs qui agissent sur l'oeil n'agissent pas sur les oreilles ni sur le toucher.

« On soutient communément que c'est le toucher qui nous instruit, et par constatation pure et simple, sans aucuneinterprétation. Mais il n'en est rien. Je ne touche pas ce dé cubique, Non. Je touche successivement des arêtes,des pointes, des plans durs et lisses, et réunissant toutes ces apparences en un seul objet, je juge que cet objetest cubique. Exercez-vous sur d'autres exemples, car cette analyse conduit fort loin, et il importe de bien assurerses premiers pas. Au surplus, il est assez clair que je ne puis pas constater comme un fait donné à mes sens quece dé cubique et dur est en même temps blanc de partout, et jamais les faces visibles ne sont colorées de mêmeen même temps. Mais pourtant c'est un cube que je vois, à faces égales, et toutes également blanches, Et je voiscette même chose que je touche, Platon, dans son Théétète, demandait par quel sens je connais l'union desperceptions des différents sens en un objet. Revenons à ce dé. Je reconnais six taches noires sur une des faces,On ne fera pas difficulté d'admettre que c'est là une opération d'entendement, dont les sens fournissent seulementla matière. Il est clair que, parcourant ces taches noires, et retenant l'ordre et la place de chacune, je formeenfin, et non sans peine au commencement, l'idée qu'elles sont six, c'est-à-dire deux fois trois, qui font cinq et un.Apercevez-vous la ressemblance entre cette action de compter et cette autre opération par laquelle je reconnaisque des apparences successives, pour la main et pour l'oeil, me font connaître un cube ? Par où il apparaîtrait quela perception est déjà une fonction d'entendement. ALAIN 3. Ni simplement activité, ni simplement passivité, la perception est existence : Pour moi, quand je pénètre le plus intimement dans ce que j'appelle moi-même, je tombe toujours sur uneperception particulière ou sur une autre, de chaleur, de froid, de lumière ou d'ombre, d'amour ou de haine, dedouleur ou de plaisir. Je ne parviens jamais, à aucun moment, à me saisir moi-même sans une perception et je nepeux jamais rien observer d'autre que la perception. Quand mes perceptions sont absentes pour quelque temps,quand je dors profondément, par exemple, je suis, pendant tout ce temps, sans conscience de moi-même et onpeut dire à juste titre que je n'existe pas. Et si toutes mes perceptions étaient supprimées par la mort, si je nepouvais plus penser, ni éprouver, ni voir, aimer ou haïr après la destruction de mon corps, je serais entièrementanéanti et je ne conçois pas du tout ce qu'il faudrait de plus pour faire de moi une parfaite non-entité. Si unhomme, après une réflexion sérieuse et dénuée de préjugés, pense qu'il a une notion différente de lui-même, jedois avouer que je ne peux plus discuter avec lui. Tout ce que je peux lui concéder, c'est qu'il peut, tout autantque moi, avoir raison et que nous différons essentiellement sur ce point. II se peut qu'il perçoive quelque chose desimple et de continu qu'il appelle lui-même, encore que je sois certain qu'il n'y a pas un tel principe en moi. DavidHUME Conclusion : Se demander si la perception est active ou passive revient à opposer la position du philosophe à celle de la doxa ouopinion vulgaire. En effet, si l'on peut penser en premier lieu que la perception n'est que récolte de données de l'extérieur, la moindreréflexion permet vite de prendre conscience d'un aspect actif dans la perception, à défaut d'être conscient :percevoir, ce n'est pas seulement recevoir, c'est aussi organiser en fonction des données dont on dispose. Percevoirest donc une attitude à la fois active et passive. Mais, bien plus, percevoir c'est organiser le donné de la perception à la mesure de l'être que l'on est, en fonction dece qui constitue notre identité et notre personne, en fonction de notre subjectivité, de nos sens, bref : c'estramener le donné extérieur à soi. En définitive, percevoir, n'est-ce pas là le moyen de me sentir existant ? Percevoirpeut, en ce sens, être considéré comme une attitude ontologique. »

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