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La philosophie peut-elle se passer d'une réflexion sur les sciences ?

Publié le 08/03/2004

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philosophie

Les sciences affirment leur autonomie, non par un simple accroissement de leur contenu, mais bien plutôt par une modification de leurs méthodes. Ce que cherche à expliquer Galilée est bien ce dont se préoccupait la théorie astronomique d'Aristote ; mais sa recherche se fait inductive (et complémentairement expérimentale), alors que la tradition aristotélicienne restait entièrement déductive. La découverte des lois scientifiques obéit dès lors, dans tous les domaines, à la distinction que thématisera Kant : on doit distinguer un monde phénoménal d'une réalité nouménale, et la loi concerne le premier, même si elle n'apparaît pas directement dans les phénomènes eux-mêmes, tandis que l'univers nouménal (le fond du « réel «) nous reste inconnu. Ce qui fait de la philosophie un discours autre que celui de la science, c'est son obstination à penser (puisqu'elle ne peut les connaître) les noumènes. Lorsqu'à partir du XIX siècle, l'homme commence à se considérer comme un objet de science possible, on constate que les disciplines scientifiques qui entreprennent de le cerner - les sciences humaines - entendent bien se détacher de toute emprise philosophique, ne serait-ce qu'en adoptant des méthodes qui autorisent une approche « objective « de l'être humain (tests et recherche de laboratoire en psychologie, enquêtes et traitement statistique en sociologie, etc.). Tandis qu'il est reproché à la philosophie de ne pouvoir se dégager d'un « point de vue « qui, même s'il n'est pas strictement « subjectif «, renvoie nécessairement à quelques postulats métaphysiques, et donc étrangers à toute science possible. Il semble ainsi, à considérer hâtivement l'évolution des deux domaines, qu'on aboutisse à une hétérogénéité. Celle-ci est-elle de nature à interdire désormais toute relation, toute réflexion de la philosophie sur les sciences ? Rien n'est moins sûr.

■ Analyse du sujet    — Le « peut-elle « est ambigu : il désigne aussi bien une éventuelle nécessité (est-il nécessaire que la philosophie réfléchisse sur les sciences pour se constituer elle-même sérieusement ?) qu'une possibilité ou un droit (la philosophie a-t-elle le droit de ne pas réfléchir sur les sciences ?). Dans la deuxième acception, on peut se demander à quel domaine renvoie ce droit : à la philosophie ou aux sciences ?  — On s'interroge alors sur le domaine qui tire profit de la réflexion sur les sciences : la philosophie elle-même (parce qu'elle serait, en son absence, incomplète), ou les sciences (parce qu'elles seraient sans normes) ?  — À quelle conception de la philosophie conduirait une réponse positive à la question ? Peut-on affirmer que la philosophie a quelque chance d'être en prise sur le réel si elle néglige de réfléchir sur les disciplines qui élaborent la connaissance de ce dernier ?    ■ Pièges à éviter    — Ne pas confondre faire des sciences (au sens où Descartes ou Leibniz en ont fait) et réfléchir sur les sciences.  — Il s'agit bien des « sciences « sans plus de précision : on peut donc évoquer aussi bien les sciences humaines que celles de la nature.  — Le sujet peut appeler de très nombreux exemples — qui risquent d'aboutir à une trop grande dispersion de la copie. Prenez soin de sélectionner vos exemples — il vaut mieux en développer clairement quelques-uns que de multiplier les allusions — et surtout de les relier aux idées principales du développement.  

  • On admet volontiers que la philosophie et les sciences constituent deux activités différentes de la pensée, et cette différence se retrouve, du moins en France, jusque dans l'organisation des enseignements en terminale. Alors que, pendant des siècles, les mêmes individus ont pu s'adonner à la fois à la réflexion philosophique et à des travaux scientifiques, une « spécialisation « s'est progressivement imposée à partir du moment où les disciplines scientifiques sont devenues elles-mêmes trop techniques et riches en connaissances pour que le même esprit puisse prétendre toutes les couvrir. Un tel écart peut-il aboutir à une indifférence complète de la philosophie relativement aux sciences ? Peut-on concevoir une philosophie, notamment aujourd'hui, qui se passerait de la moindre réflexion sur les sciences de son époque ? Ne serait-ce pas la condamner à ignorer un aspect majeur de la réalité et, d'autre part, approuver implicitement un développement scientifique susceptible de s'effectuer sans jamais se préoccuper des valeurs qu'il véhicule sans toujours le savoir ?

Introduction

  • I. L'autonomie des sciences
  • II. Les apports des sciences
  • III. La réflexion sur les valeurs

 Conclusion

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« Dans la Critique de la Raison Pure, Kant compare sa méthode à celle deCopernic.

Le savant polonais mit enfin l'astronomie sur la voie de la sciencemoderne lorsqu'il plaça le soleil au centre de son astronomie et en délogea laTerre (héliocentrisme).

Kant compare le décentrement opéré par Copernic ausien propre: jusqu'alors, on a cherché à résoudre le problème de laconnaissance en faisant tourner le sujet autour de l'objet.

Décentrons l'objet,replaçons au centre le sujet qui connaît et mettons l'objet connu à lapériphérie.

Ainsi, affirme Kant, nous pourrons savoir en quoi la connaissanceconsiste au juste et quelles en sont les limites. Cela aboutit, dans son rationalisme critique, non seulement à une nouvellethéorie de la connaissance qui surmonte l'opposition entre rationalisme etempirisme pour considérer que le savoir résulte de la collaboration nécessairede l'entendement et de l'intuition, mais de surcroît à une réorganisation de lamétaphysique, dont Kant montre qu'elle doit pouvoir se constituer à la façond'une « science rigoureuse », à condition de se fonder sur des postulatssuggérés par l'usage de la raison « pratique » — lesquels ont le même rôlepremier que les postulats d'un système mathématique.

Il apparaît alors quec'est principalement par une réflexion sur les méthodes scientifiques que laphilosophie peut faire évoluer sa démarche.C'est ce dont Bachelard donne à son tour confirmation lorsqu'il retrace danssa Philosophie du non les étapes par lesquelles passe le rationalisme.

Ces étapes sont révélées par le progrès scientifique, c'est-à-dire par la façon dont l'expérience et la théorisation ycoopèrent pour préciser les concepts et les lois : la raison n'est plus, comme l'affirmaient les philosophes classiques,une donnée fixe et définissable une fois pour toutes ; on doit au contraire la concevoir, en philosophie même,comme une raison ouverte ou dialectique.

C'est donc un concept essentiel de toute la tradition philosophique qu'uneréflexion sur les sciences oblige à remettre en chantier.

« La philosophie n'est pas contraire à la science, elle se comporte elle-même comme une science, travaille enpartie avec les mêmes méthodes, mais elle s'en éloigne dans la mesure où elle s'accroche à l'illusion de pouvoir livrerune image du monde cohérente et sans lacune.

» Freud, Nouvelles Conférences sur la psychanalyse, 1933. « Si le regard philosophique procure le recul nécessaire pour considérer la science, le regard scientifique procurele recul nécessaire pour considérer la philosophie.

Aussi, leur dialogique binoculaire pourrait procurer le nouveau reculqui nous est nécessaire pour considérer la connaissance.

» Edgar Morin, La Connaissance de la Connaissance, 1986. « La philosophie sans la science perd bientôt de vue nos rapports réels avec la création pour s'égarer dans desespaces imaginaires; la science sans la philosophie [..J, on ne voit pas qu'elle offre à la raison un aliment digned'elle, ni qu'elle puisse être prise pour le dernier but des travaux de l'esprit.

» Cournot, Sur les fondements de nosconnaissances, 1851.La science et la philosophie ont besoin l'une de l'autre.

Sans la science, la philosophie tombe dans l'irréel ; et sans laphilosophie, la science ne parvient pas à s'élever au-dessus du règne de la matière. « La règle de la science est celle qui a été posée par Bacon : obéir pour commander.

Le philosophe n'obéit ni necommande.

Il cherche à sympathiser.

» Bergson, La Pensée et le Mouvant, 1934.Contrairement au savant qui, par l'analyse, ne retient du réel que ce qui lui permet d'agir efficacement sur lui, lephilosophe, par l'intuition, cherche à se transporter à l'intérieur de l'objet « pour coïncider avec ce qu'il a d'unique etpar conséquent d'inexprimable ».. »

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