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La politique est-elle l'affaire de tous?

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Extrait du document

Cette matière ayant déjà été traitée par d'autres, je crains bien qu'on ne me taxe de présomption si j'ose la considérer d'une manière différente de la leur ; mais, comme mon objet est d'écrire pour ceux qui jugent sainement, je vais parler d'après ce qui est, et non d'après ce que le vulgaire imagine. On se figure souvent des républiques et d'autres gouvernements qui n'ont jamais existé. Il y a si loin de la manière dont on vit à celle dont on devrait vivre, que celui qui tient pour réel et pour vrai ce qui devrait l'être sans doute, mais qui malheureusement ne l'est pas, court à une ruine inévitable. [...] Un prince qui veut se maintenir doit donc apprendre à n'être pas toujours bon, pour être tel que les circonstances et l'intérêt de sa conservation pourront l'exiger      MACHIAVEL Je n'ignore pas cette croyance fort répandue : les affaires de ce monde sont gouvernées par la fortune et par Dieu ; les hommes ne peuvent rien y changer si grande soit leur sagesse ; il n'existe même aucune sorte de remède ; par conséquent il est tout à fait inutile de suer sang et eau à vouloir les corriger, et il vaut mieux s'abandonner au sort. Opinion qui a gagné du poids en notre temps, à cause des grands bouleversements auxquels on assiste chaque jour, et que nul n'aurait jamais pu prévoir. Si bien qu'en y réfléchissant moi-même, il m'arrive parfois de l'accepter. Cependant, comme notre libre arbitre ne peut disparaître, j'en viens à croire que la fortune est maîtresse de la moitié de nos actions, mais qu'elle nous abandonne à peu près l'autre moitié. Je la vois pareille à une rivière torrentueuse qui dans sa fureur inonde les plaines, emporte les arbres et les maisons, arrache la terre d'un côté, la dépose de l'autre ; chacun fuit devant elle, chacun cède à son assaut, sans pouvoir dresser aucun obstacle. Et bien que sa nature soit telle, il n'empêche que les hommes, le calme revenu, peuvent prendre certaines dispositions, construire des digues et des remparts, en sorte que la nouvelle crue s'évacuera par un canal ou causera des ravages moindres.

Analyse du sujet

 

            - "La politique" désigne surtout une activité et une pratique déterminée dont il faudra expliciter les normes. Elle met en jeu des conceptions politiques différentes dont il faut tenir compte

            - "Est-elle", il s'agit théoriquement d'une simple relation de fait (un constat objectif); mais il faudra aussi se demander ce que la politique doit être.

            - "L'affaire de tous". Expression courante qu'il faut préciser. Affaire de tous ou seulement de spécialistes? Est-ce l'intérêt commun ou celui des minorités dominantes? Tout le monde doit-il se sentir concerné par la politique et son application ?

« qui, après l'avoir étudiée dans la jeunesse pour leur instruction, ne l'abandonnent pas mais y restent attachés,deviennent pour la plupart des personnages tout à fait bizarres, pour ne pas dire tout à fait pervers, tandis queceux qui semblent les meilleurs, gâtés néanmoins par cette étude que tu vantes, sont inutiles aux cités. »Socrate n'en disconvient pas. Il souligne cependant que l'inutilité de la philosophie n'est pas le fait des philosophes,mais des citoyens qui se refusent à chercher conseil auprès d'eux. Socrate s'explique au moyen d'une image. Ilcompare la société à un navire dans lequel les marins, ignorants es lois de la navigation, se disputent le gouvernailet méconnaissent le seul vrai pilote qui pourrait les guider, préférant le tenir pour un « bayeur aux étoiles », « unvain discoureur » et « un propre à rien ».En ce qui concerne la perversité des philosophes, Socrate s'attache à en expliquer les causes. Il décrit lesdégradations du naturel du vrai philosophe en montrant que celui-ci, doué à l'origine de toutes sortes de hautesqualités, peut déchoir si de néfastes influences s'exercent sur lui : « Si donc ce naturel que nous avons attribué auphilosophe reçoit l'enseignement qui lui convient, c'est une nécessité qu'en se développant il parvienne à toutes lesvertus ; mais s'il a été semé, a grandi et a puisé sa nourriture dans un sol ne lui convenant pas, c'est une nécessitéqu'il produise tous les vices, à moins qu'un dieu ne lui porte secours. »Or, dans la société telle qu'elle est, les jeunes gens doués de toutes les qualités qui font les philosophes vont sedétourner de la vérité et gaspiller leurs talents pour assurer leur réussite personnelle et celle de leur famille. Dèslors, seuls les moins aptes à la philosophie se consacreront à elle : « Donc, ces hommes, nés pour la philosophie,s'en étant éloignés et l'ayant laissée seule et inféconde, pour mener une vie contraire à leur nature et à la vérité,d'autres, indignes, s'introduisent auprès de cette orpheline abandonnée de ses proches, la déshonorent, et luiattirent les reproches dont tu dis que la chargent ses détracteurs : à savoir que de ceux qui ont commerce avecelle, certains ne sont bons à rien, et la plupart méritent les plus grands maux. »La solution passe donc, poursuit Socrate, dans une nouvelle attitude adoptée par la cité à l'égard de la philosophie.Il ne faut pas enseigner la philosophie aux enfants pour qu'ils oublient celle-ci une fois arrivés à l'âge adulte mais,tout au contraire : « donner aux adolescents et aux enfants une éducation et une culture appropriées à leurjeunesse, prendre grand soin de leur corps à l'époque où il croit et se forme, afin de le préparer à servir laphilosophie ; puis quand l'âge vient où l'âme entre dans sa maturité, renforcer les exercices qui lui sont propres ; etlorsque les forces déclinent, et que le temps est passé des travaux politiques et militaires, libérer dans le champsacré, exempts de toute occupation importante, ceux qui veulent mener ici-bas une vie heureuse et, après leurmort, couronner dans l'autre monde la vie qu'ils auront vécue d'une destinée digne d'elle. »Que les philosophes soient rois et guident ainsi la multitude : est-ce là un simple rêve ? Socrate admet que laréalisation en est difficile mais il nie qu'elle soit impossible. A cette condition seule, les hommes pourront connaître lavéritable félicité : « Une cité ne sera heureuse qu'autant que le plan en aura été tracé par des artistes utilisant unmodèle divin. »Et ces artistes, Socrate décrit ainsi ce que sera leur tâche : « Parachevant cette esquisse, ils porterontfréquemment leurs regards, d'un côté sur l'essence de la justice, de la beauté, de la tempérance et des vertus dece genre, et de l'autre côté sur la copie humaine qu'ils en font ; et par la combinaison et le mélange d'institutionsappropriées, ils s'efforceront d'atteindre à la ressemblance de l'humanité véritable, en s'inspirant de ce modèlequ'Homère, lorsqu'il le rencontre parmi les hommes, appelle divin et semblable aux dieux. » Exprimée par Platon, la conviction que les philosophes doivent être rois ou les rois philosophes s'imposa dansl'histoire de la pensée politique. Comme toutes les idées fortes et simples, elle devint même un lieu commun ainsiqu'en témoigne, parmi des centaines d'autres exemples, le chapitre XLIII du « Gargantua » de Rabelais. Séduit par lagénérosité et la grandeur de Grandgousier, le peuple manifeste son admiration pour un roi si savant et si juste.Gargantua cite alors Platon : « C'est ce que dist Platon : que lors les republicques seroient heureuses quand les roysphilosopheroient ou les philosphes regneroient. »La « République », cependant, ne se limite pas à cette seule théorie du philosophe-roi. Platon y propose unedescription de sa cité idéale dans laquelle règnent l'union de tous et, parmi les gardiens, la communauté desfemmes, des enfants et des biens. En ce sens, on a pu définir la philosophie de Platon comme la première expressiondu communisme.Si la réunion de la philosophie et du pouvoir politique reste cependant la caractéristique essentielle du systèmePlatonicien, c'est que l'ordre de la cité idéale y est inséparable d'un ordre total que seule la raison est à même demettre au jour.Le scandale pour nous réside dans le fait que cet ordre est indissociable d'une conception de la justice qui noussemble le comble même de l'injustice. Pour Platon , la justice est en effet dans le respect de cet ordre idéal quiassigne à chacun sa place et sa fonction. Or, la société que décrit Platon est, si on la juge à l'aune de nos valeursmodernes, une société radicalement inégalitaire, un univers de castes qui nie l'individualité de ses membres. Lesêtres y sont en effet répartis en trois races : celle d'or, celle d'argent et celle de fer et d'airain. Même si lesindividus ne sont pas assignés à une race en raison seulement de l'hérédité, il est certain qu'un ordre, que nousjugerions très pesant, s'impose à eux et détermine l'essentiel de leur existence.En ce sens le communisme Platonicien est l'exacte antithèse du communisme marxiste puisqu'il consiste non enl'abolition de la lutte des classes, mais en l'organisation rigide d'une société qui tire paradoxalement le principe deson unité de sa division même en castes. Si l'on ajoute à cela le fait que, dans la « République », l'individu semblen'exister que pour et en fonction de la communauté à laquelle il appartient, on comprendra que certains théoriciensmodernes aient voulu voir dans la philosophie Platonicienne le premier de tous les totalitarismes. Appliquer lacatégorie moderne de « totalitarisme » à la « République » Platonicienne constitue bien entendu un anachronismedélibéré qui, s'il peut être justifié politiquement, repose sur peu de fondements historiques et intellectuels. Disonsplutôt qu'avec la « République » commence l'histoire de ces utopies qui, cherchant à traduire les rêves politiques del'humanité, donnent souvent à ceux-ci l'allure de nos pires cauchemars. »

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