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La société nous dicte-elle tous nos devoirs ?

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 Selon l'étymologie, le mot société renvoie au latin socius, l'associé. La société est ainsi ambivalente : d'une part, elle suppose un lien volontaire, ordonné à un but commun; d'autre part, elle évoque une relation involontaire, liée au système des besoins, subie souvent avec ressentiment et comparable aux « sociétés animales «.

Si la société est fondée sur la spontanéité du besoin, elle aura tendance à s'opposer à l'Etat qui veut ordonner par des lois; si, en revanche, elle est une association de sujets, elle rend vaine l'institution d'un droit supplémentaire.

L'intérêt de recourir à un modèle explicatif est double. D'une part, il s'agit de fournir une analyse approfondie du fonctionnement et de la structure de la société. L'enquête est alors de nature descriptive. Elle a pour but d'améliorer la compréhension d'un objet d'étude, par l'intermédiaire d'une comparaison. Oeuvrant chacune pour elles-mêmes, collaborent au fonctionnement général de l'organisme. La société humaine présente le caractère commun avec l'organisme, d'un enchevêtrement des parties entre elles, et d'une subordination des parties au tout. Mais comme l'écrit Bergson, «ce ne sera d'ailleurs là qu'une comparaison, car autre chose est un organisme soumis à des lois nécessaires, autre chose une société constituée par des volontés libres« (Les deux sources de la morale et de la religion, chapitre premier). Ce qui se conserve, de l'organisme à la société, c'est le processus réciproque par lequel le tout entretient les parties, qui à leur tour, alimentent le tout. Ce que donne la société à ses membres, elle le reçoit en même part, de ceux-ci. Déjà La Fontaine, décrivait ce cercle dans la fable, Les membres et l'estomac.

« d'origine du mouvement, et à partir duquel il se communiquerait aux autres constituants. Le despote de la sorte setient en dehors de l'État. Il n'a plus rien de comparable avec le cœur qui prodigue la vie depuis le centre du corpssocial.Montesquieu ne cesse dans sa description du gouvernement despotique (De l'esprit des lois, livre III, chap. 10) defaire appel à des images physiques ou mécaniques. La volonté du prince doit avoir son effet infailliblement, tous lesintermédiaires sont niés. Le despote se démultiplie et atteint pour ainsi dire directement, les parties les pluséloignées. Il n'y a pas de délibération, pas de dialogue, le temps se réduit au seul instant de la décision qui setransmet d'une façon quasi mécanique, comme un mouvement qui se propage immédiatement d'un élément à sesmultiples extrémités.De même la crainte, qui est le principe du gouvernement despotique (livre III, chap. 11), c'est-à-dire ce qui le faitagir, doit être pensée comme ce qui réduit la conscience à une nécessité mécanique. La crainte est à la consciencece que le choc est à la physique.Bref, un État despotique ne ressemble guère à un être vivant, mais plutôt à une machine bien construite, qui tire saforce motrice de la volonté arbitraire d'un agent extérieur.Le fait est alors que l'on ne voit plus vraiment la ligne de partage entre une explication organique et mécanique.Dans les deux cas, nous assistons à un effacement du politique comme tel. En effet, si la société fonctionne commeun organisme, il n'y a pas besoin d'un pouvoir politique, puisque les individus, d'eux-mêmes, pris dans le tourbillondes échanges, se conforment au mouvement du tout. Si à l'autre extrémité, il n'y a plus que des rapportsmécaniques de puissance entre les hommes et le despote, la force proprement physique remplace le pouvoirpolitique.L'originalité du modèle organique doit donc être cherchée ailleurs que dans le point de vue statique, dans le point devue dynamique. Et effectivement, nous savons tous qu'un organisme ne se forme pas de la même façon qu'unemachine. L'évolution n'est pas la fabrication. A la question du fonctionnement de l'État ou de la société, noussubstituons donc celle de l'origine.2. La genèse de la société1. Puisqu'une société présente, comme nous l'avons dit, un ordre, nous sommes portés à croire que cet ordrerésulte de la volonté des hommes. Nous pensons alors qu'une société est le produit d'une élaboration humaine. Onparlera d'elle, dans les termes d'une construction rationnelle. En ce cas, la société est une organisation.Mais il existe des structures d'ordre qui n'ont pas pour origine l'intelligence. Les organismes vivants constituent à cetégard le meilleur exemple d'émergence d'un ordre naturel. Nous sommes victimes d'un préjugé commun qui veut quenous ne voyons de l'ordre que là où il vise un objectif particulier. Ainsi la société nous semble obéir à une intentionprécise, à un plan spécifique.Or on peut montrer au contraire que la société s'apparente beaucoup plus à un organisme, qu'elle est donc un ordrespontané, c'est-à-dire ni voulu ni même conçu. La société s'organise d'elle-même sans que nul ne l'ait expressémentdécidé.En évoquant ce processus d'auto-organisation, on peut se demander s'il est encore pertinent de voir dans la notiond'organisme une simple image. L'ordre social n'est peut-être pas un ordre entièrement naturel, mais il n'est pas nonplus un ordre artificiel. Il se situe pour ainsi dire entre les deux. Il naît et se développe comme un organisme, maistout en même temps, touche à l'intelligence. C'est donc qu'il y a une espèce de continuité entre l'évolution de la vieet la genèse de la société. La vie se communiquerait ainsi de l'organisme le plus simple, à l'homme, jusqu'à sonachèvement, la société. L'évolution sociale prolongerait en quelque sorte l'évolution de la vie.Au fond, il n'y a rien d'étonnant à ce que la société soit comme le produit d'un ordre évolutif. Les langues en sont unexemple frappant. Elles naissent spontanément, connaissent un progrès naturel, elles sont douées de vie, au senspropre. On parle de langues vivantes et de langues mortes. Enfin on ne crée pas par décret une langue; l'usageprécède la fixation des règles dans une grammaire.De la même manière, on rejettera cette idée que l'on puisse construire un système social d'un seul jet. Rien n'estparfait à la naissance. L'origine contient en germe ce qui ne trouvera son achèvement qu'à la fin d'un long processusde maturation. Le commencement est de nature embryonnaire. Il recèle des virtualités qui ne s'actualiseront qu'avecle temps.2. Entrons maintenant dans le détail de ce qui constitue la force formatrice de la société.Il n'y a pas besoin de supposer un contrat entre les individus, pour qu'ils décident de coopérer et par conséquent defaire société. On pourrait imaginer de fonder le lien social sur la générosité des agents. Ainsi chacun se comporteraitavec tous comme avec ses amis. L'altruisme mutuel engendrerait une société fraternelle. La bienveillance et ledésintérêt animeraient les rapports interpersonnels. Les lois deviendraient inutiles, les vertus en tiendraient lieu. Ni levol, ni le crime n'existeraient.Oui, sans doute, mais c'est compter sans l'égoïsme des hommes. Et quand bien même on accorderait l'existence d'unpenchant altruiste; par crainte d'une absence de réciprocité dans les sentiments, on préférera son intérêt à lavertu.D'où la conclusion des libéraux, que la recherche de l'intérêt particulier peut suffire à créer le lien social; à lacondition que la satisfaction de cet intérêt passe par celle de l'intérêt commun. Voici ce qu'écrit Hume à ce propos :« Votre blé est mûr aujourd'hui. le mien le sera demain. Il nous est profitable à tous deux que je travaille avec vousaujourd'hui et que vous m'aidiez demain. Je n'ai pas de bonté pour vous, et je sais que vous en avez aussi peu pourmoi» (Traité de la nature humaine, livre III, partie 2, sect. 5).Si donc je coopère avec autrui, c'est pour moi-même. Car je sais qu'en travaillant pour lui, il travaillera pour moi.C'est là son intérêt bien compris. Il s'effectue un échange mutuel de bons offices. Je ne m'engage avec autrui que sij'ai la certitude qu'il agira avec moi comme j'agis avec lui. Or quelle meilleure garantie que celle qui se fonde surl'utilité que l'autre peut tirer de cette action ? Je n'ai pas besoin de le supposer aimable. L'autre a tout intérêt àaccomplir sa part en échange du service que je lui rends, car en cas de refus, il sait qu'il s'expose à long terme à ceque l'on ne fasse plus rien pour lui. »

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