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langage ordinaire scientifique

Publié le 15/02/2026

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« Langage ordinaire et langage des sciences 1.

Des finalités différentes a) Le langage ordinaire est un outil de communication quotidienne : il sert principalement, non seulement à agir, mais encore à persuader, raconter, exprimer des émotions, maintenir des relations sociales.

La souplesse et l’adaptabilité sont donc au moins aussi importantes pour lui que la précision conceptuelle. b) Le langage scientifique poursuit des finalités différentes : • décrire et classer des phénomènes avec exactitude, • expliquer les relations entre eux, • prédire leur évolution, • formaliser des lois, • permettre la réplication des expériences. 2.

Les limites du langage ordinaire a) L’ambiguïté sémantique : le langage ordinaire tolère l’homonymie.

Exemples : • Le substantif « bélier » désigne à la fois un animal, un outil et un signe astrologique. • L’adjectif « malade », dans la proposition « il est malade », signifie soit « atteint d’une maladie », soit « insensé », « déraisonnable », « dangereux ». b) L’ambiguïté syntaxique : le langage ordinaire ne clarifie pas toujours les relations logiques.

Exemples : (i) Le génitif exprime des relations très variées (cf.

Couturat sur Leibniz, p.

73) : • • • • • Relations de tout à partie : manus hominis (la main de l’homme) De cause à effet : filius hominis (le fils de l’homme) De possesseur à possédé : equus hominis (le cheval de l’homme) De substance à accident : calor hominis (la température de l’homme) De sujet à prédicat : titulus hominis (le titre d’homme) (ii) Le génitif peut être subjectif ou objectif : l’expression « la crainte de l’État » peut désigner : • La crainte dont l’État est l’objet, la crainte qu’il inspire, la crainte que l’on éprouve à son sujet (génitif objectif). 1 • La crainte qu’éprouve l’État, ce qu’il craint, lui, la crainte dont il est le sujet (génitif subjectif). (iii) L’expression « x appartient à y » peut être comprise de plusieurs façons, qui correspondent aux différents sens du verbe « appartenir » : • x est la propriété de y (ce chat appartient à Tom) • x fait partie ou est élément de y (2 fait partie des nombres pairs) • x est inclus dans y (l’ensemble des nombres impairs est inclus dans celui dans nombre entiers) c) La dimension implicite : le langage ordinaire n’explicite pas toutes les idées ou relations logiques.

Exemple concernant les relations logiques : the man I love = l’homme que j’aime, mais la relation « que » (COD) est seulement implicite en anglais. d) La dimension imagée, métaphorique, qui exprime non les choses elles-mêmes, mais l’impression qu’elles produisent sur nous : ex.

« le soleil se lève » ; « la poussière est collée à la paroi électrisée1 ». Conclusion : le langage ordinaire souffre d’un manque global de précision qui est peu gênant au quotidien (voire, qui est une qualité puisqu’il permet les jeux de mots et l’humour, mais qui est problématique dès lors qu’on essaie de construire des énoncés de connaissance. 3.

Les caractéristiques du langage scientifique a) Réduction de l’ambiguïté sémantique : cette idée implique deux chose : • D’une part, comme l’explique Pascal dans De l’esprit géométrique, les « définitions de nom » utilisées en géométrie consistent à donner à chaque chose « un nom que l’on destitue de tout autre sens, s’il en a » ou encore à veiller à ce que « le nom imposé [à une chose donnée] demeure dénué de tout autre sens, s’il en a, pour n’avoir plus que celui auquel on le destine uniquement ». • D’autre part, le langage scientifique s’efforce de donner à chaque chose la formulation mathématique opératoire qui permet de l’approcher par le calcul et, potentiellement, d’agir sur elle ou de prévoir la façon dont elle va être modifiée. Par exemple, la physique distingue nettement la masse et le poids : 1 Cf.

Bachelard, La formation de l’esprit scientifique, Chapitre VI « L’obstacle substantialiste », Section III. 2 • La masse s’exprime en kg et dépend à la fois du volume et de la densité de l’objet.

Elle correspond au quotient de la force par l’accélération : m = F/a ; a = F/m ; F = m a • Le poids, lui, s’exprime en newton et correspond à la force exercée par la gravité (par ex.

l’attraction terrestre) sur un corps pesant.

Il correspond au produit de la masse et de l’intensité de la pesanteur (notée « g » pour gravité) : P = m x g b) Réduction de l’ambiguïté syntaxique : par exemple, le langage logique et mathématique distingue les relations d’appartenance et d’inclusion : • La relation d’appartenance ne concerne que la relation d’un objet à un ensemble et elle est notée par le signe « ∈ » : ex.

3 ∈ {1,2,3} et non ex.

3 ⊂ {1,2,3} car 3 n’est pas un ensemble (donc 3 ⊄ {1,2,3}) • La relation d’inclusion ne concerne que la relation d’un ensemble (et non d’un objet) à un autre ensemble et elle est notée par le signe « ⊂ » : ex.

{1,3} ⊂ {1,2,3}, mais {3,4} ⊄ {1,2,3} Quant à la proposition suivante qui, en plus des relations d’appartenance et d’inclusion, contient également celles d’implication et de quantification : « L’ensemble A est inclus dans l’ensemble B si et seulement si, pour tout objet x, si x appartient à A alors x appartient aussi à B », elle s’écrira ainsi : A ⊂ B ⟺ ∀x(x ∈ A ⇒ x ∈ B) c) Le refus des métaphores, car comme l’écrit Bachelard dans La formation de l’esprit scientifique : « Une science qui accepte les images est, plus que toute autre, victime des métaphores.

Aussi l’esprit scientifique doit-il sans cesse lutter contre les images, contre les analogies, contre les métaphores.

» La formation de l’esprit scientifique, II, III « Le danger des métaphores immédiates pour la formation de l’esprit scientifique, c’est qu’elles ne sont pas toujours des images qui passent ; elles poussent à une pensée autonome ; elles tendent à se compléter, à s’achever dans le règne de l’image.

» La formation de l’esprit scientifique, IV, IV Exemple : si on dit qu’une poussière « colle à la paroi électrisée », alors on va inévitablement en venir à considérer que « l’électricité est une colle, une glu », c’est-à-dire à lui attribuer une qualité substantielle collante, une « qualité « glutineuse, onctueuse, tenace » », alors que le phénomène réel qui est en cause est électrique ou électrostatique : une paroi électrisée (c’est-à-dire chargée positivement ou négativement) crée autour d’elle un champ électrique qui « polarise » la poussière, c’est-à-dire qu’il attire vers lui charges opposées présentes dans la poussière. 3 « Si l’on n’intériorisait pas cette métaphore [de la colle], il n’y aurait que demi mal ; on pourrait toujours se sauver en disant qu’il ne s’agit là que d’un moyen de traduire, d’exprimer le phénomène.

Mais, en fait, on ne se borne pas à décrire par un mot, on explique par une pensée.

On pense comme on voit, on pense ce qu’on voit : une poussière colle à la paroi électrisée, donc l’électricité est une colle, une glu. On est alors engagé dans une mauvaise voie où les faux problèmes vont susciter des expériences sans valeur, dont le résultat négatif manquera même de rôle avertisseur, tant est aveuglante l’image première, l’image naïve, tant est décisive son attribution à une substance.

» La formation de l’esprit scientifique, VI, III d) Recherche d’universalité, c’est-à-dire d’indépendance par rapport aux différentes langues particulières : par exemple, les symboles mathématiques sont les mêmes quelle que soit la langue que parle le mathématicien. e) De plus, selon Galilée, la langue mathématique, dont les caractères sont « des triangles, des cercles et autres figures géométriques », est celle-là même dans laquelle est écrit l’Univers, qu’il compare à un « immense livre qui se tient toujours ouvert devant nos yeux ».

Elle seule est donc en parfait accord avec l’objet de la connaissance scientifique et c’est la raison pour laquelle elle doit être la langue privilégiée de la science : « La philosophie2 est écrite dans cet immense livre qui se tient toujours ouvert devant nos yeux, je veux dire l’Univers, mais on ne peut le comprendre si l’on ne s’applique d’abord à en comprendre la langue et à connaitre les caractères dans lesquels il est écrit.

Il est écrit en langue mathématique, et ses caractères sont des triangles, des cercles et autres figures géométriques, sans le moyen desquels il est humainement impossible d’en comprendre un mot.

Sans eux, c’est une errance vaine dans un labyrinthe obscur.

» Galilée, L’Essayeur (1623), in Christiane Chauviré, L’Essayeur de Galilée, Les Belles Lettres, 1980, p.

141 f) Voici, pour finir, un texte de Gottlob Frege (1848-1925) expliquant les limites du langage ordinaire et tentant de caractériser l’« idéographie » dont les « sciences abstraites » – c’est-à-dire centrées sur les relations purement logiques ou intellectuelles comme la logique et les mathématiques – ont besoin.

Il s’agit.... »

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