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Le bonheur réside-t-il dans la satisfaction des désirs ?

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« Ce n'est pas par la satisfaction des désirs que s'obtient la liberté, mais par la destruction du désir. » Épictète, Entretiens, vers 130 apr. J.-C. « Pendant le sommeil, [...] la partie bestiale et sauvage [de notre âme] ne craint pas d'essayer, en imagination, de s'unir à sa mère, ou à qui que ce soit, homme, dieu ou bête, de se souiller de n'importe quel meurtre [...]; en un mot, il n'est point de folie, point d'impudence dont elle ne soit capable. » Platon, La République, Ive s. av. J.

« Être heureux, serait-ce assouvir tous ses désirs ou bien éprouver la santé de l'âme ?ExplicationToutefois, le plaisir et le bonheur ne peuvent être absolument séparés. L'homme, en tant que vivant, est fortement incliné à poursuivre des buts premiers, ceux qui sont induits par son corps : manger, boire, jouir de son corpssexué. Tout le pousse à chercher son bien-être, à désirer ce qui le favorise, à fuir ce qui lui apporte désagrément et douleur. C'est ce que l'hédonisme antique, qui affirmait que l'accès au bonheur passait nécessairement par leplaisir, avait compris. Ainsi pour Epicure , le plaisir ou la satisfaction du désir est un bien. Mais s'il affirme que l'homme doit s'employer à rechercher le plaisir pour être heureux, il ne doit pas en faire la visée ultime ou le but de toutes ses actions. Le plaisir ne doit pas être recherché pour lui-même, mais seulement pour éviter la souffrance et avoir la paix de l'âme. Le bonheur n'est pas le fruit de la luxure : « Ce ne sont pas les beuveries et les orgies continuelles, les jouissances des jeunes garçons et des femmes, les poissons et autres mets qu'offrent une table de luxueuse qui engendrent une vie heureuse, mais la raison vigilante qui recherche minutieusement lesmotifs de ce qu'il faut choisir et de ce qu'il faut éviter et qui rejette les vaines opinions, grâce auxquelles le plus grande trouble s'empare des âmes » (« Lettre à Ménécée »). Aussi Epicure distingue-t-il : ¨ Les désirs naturels et nécessaires au bien-être du corps et de l'âme, qui s'appliquent aux objets susceptibles de supprimer la douleur, tels la boisson qui étanche la soif ou la pain qui calme la faim.¨ Les désirs naturels et non nécessaires. Les objets de ces derniers sont, par exemple, les mets délicats qui permettent de varier le plaisir. Ces désirs ne sont naturels que pour autant qu'ils ne se transforment pas endébauche. Ainsi, le désir sexuel est naturel à condition qu'il ne devienne pas « un appétit violent des plaisirs sexuels assorti de fureur et de tourment ». ¨ Les désirs ni naturels ni nécessaires qu'il faut refouler si l'on veut connaître la sérénité (désirs de gloire, de richesse, d'immortalité, ambition...). Ces désirs sont de « vaines opinions » qui trouvent leur origine dans la crainte de la mort, notamment. Épicure nous invite donc à mettre fin à tous les plaisirs non naturels et non nécessaires qui occasionnent le plus souvent des désagréments, des frustrations, qui freinent l'accès à l'ataraxie (absence de trouble ou de douleur).L'épicurisme et le bonheur. Epicure pense que le but de la vie humaine est d'obtenir le bonheur. Le moyen de parvenir au bonheur est le plaisir né de la satisfaction des désirs. Il faut rechercher le plaisir, car c'est son accumulation qui constitue le bonheur. Cette doctrine s'appelle l'hédonisme (du grec « hêdonê », le plaisir). Il faut donc se mettre en état de goûter du plaisir dans la vie, de profiter des bons moments, et même de chaque jour, de chaque instant, ce que dit la maxime latine qui reflète l'enseignement d' Epicure : « Carpe diem », « Cueille le jour ». Pour cela il faut éliminer les soucis et les angoisses. Le matérialisme contre les angoisses religieuses. Une des premières cause d'angoisse chez les humains est, selon Epicure , l'inquiétude religieuse et la superstition. Bien des hommes vivent dans la crainte des dieux. Ils ont peur que leur conduite, leurs désirs ne plaisent pas aux dieux, que ceux-ci jugent leurs actes immoraux ou offensants envers leurs lois et ne se décident à punir sévèrement les pauvresfauteurs, en les écrasant de malheur dès cette vie ou en les châtiant après cette vie. Ils pensent aussi qu'il faut rendre un culte scrupuleux à ces divinités, leur adresser des prières,des suppliques, leur faire des offrandes afin de se concilier leurs bonnes grâces. Car les dieux sont susceptibles, se vexent pour un rien, et sont parfois même jaloux du bonheur dessimples mortels, qu'ils se plaisent alors à ruiner. Toutes ces croyances qui empoisonnent la vie des hommes ne sont que des superstitions et des fariboles pour Epicure . Pour s'en convaincre, il faut rechercher quels sont les fondements réels des choses, il faut une connaissance métaphysique, cad une science de la totalité du monde. Celle-ci nousrévélera que le principe de toutes choses est la matière, que tout ce qui existe est matériel. Ainsi, la science peut expliquer tous les événements du monde, tous les phénomènes dela Nature, même ceux qui étonnent et terrorisent le plus les hommes, comme procédant de mécanismes matériels dépourvus de toute intention de nuire, et nullement d'espritsdivins aux volontés variables. Par exemple, les intempéries qui dévastent vos biens et vous ruinent ne sont nullement l'expression d'une vengeance divine pour punir vos fautespassées, mais seulement la résultante de forces naturelles aveugles et indifférentes à votre devenir. C'est ce qu'établira de façon complète Lucrèce, en donnant même le luxe deplusieurs explications possibles des mêmes phénomènes, arguant du fait que l'essentiel n'est pas de connaître la vraie cause du phénomène, mais de savoir qu'il possède une causematérielle non intentionnelle. C'est en effet cela seul qui importe à notre bonheur, puisque ce savoir nous délivre des angoisses religieuses. La mort n'est rien pour nous. La métaphysique matérialiste va aussi permettre de délivrer l'humanité d'une de ses plus grandes craintes : la crainte de la mort. Les hommes ont peur de la mort. Mais que redoutent-ils en elle ? C'est précisément le sautdans l'absolument inconnu. Ils ne savent pas ce qui les attend et craignent confusément que des souffrances terribles ne leur soient infligées, peut-être en punition de leurs actes terrestres. Les chrétiens, par exemple,imagineront que quiconque à mal agi et n'a pas obtenu le pardon de Dieu ira rôtir dans les flammes de l'enfer. La peur de la mort a partie liée avec les superstitions religieuses dont la métaphysique matérialistes nouslibère. De plus, si tout dans l'univers n'est fait que de matière, si nous, comme tous les êtres vivants, ne sommes que des agrégats d'atomes, lorsque nous mourons, ce ne sont que nos atomes qui se séparent, qui sedésagrègent, ce n'est que notre corps qui se décompose, en un point d'abord (celui qui est blessé ou malade), puis en tous. Dès lors, rien de notre être ne survit, il n'y a rien après la mort, « la mort n'est rien pour nous ». Ceux qui pensent que la vie du corps, la pensée, la sensation, le mouvement viennent de l'âme, et que cette âme pourrait survivre après la mort du corps, ont tort. Car l'âme elle-même est faite de matière, certes plussubtile, puisque invisible ; mais si elle n'est qu'un agrégat d'atomes, elle aussi se décompose lorsque la mort survient, et même, selon l'expérience la plus commune, il faut penser qu'elle est la première à se décomposerpuisque le mort apparaît immédiatement privé de vie, de sensation, de pensée et de mouvement, alors que le reste de son corps semble encore à peu près intact et mettra plus de temps à commencer à se décomposer.Aussi, la mort se caractérise bien en premier lieu par l'absence de sensation : « Habitue-toi à la pensée que le mort n'est rien pour nous, puisqu'il n'y a de bien et de mal que dans la sensation, et que la mort est absence de sensation. » En effet, les sensations que nous avons de notre corps et, à travers lui, des choses du monde sont la source de toute connaissance, et aussi de tout plaisir et de toute douleur, donc le vrai lieu de tout bien et de tout mal,puisque le bien réel n'est que le plaisir et le mal la douleur. Nous pouvons désigner la pensée d' Epicure comme un sensualisme qui fonde toute la vie intérieure sur la sensation. La mort étant la disparition des sensations, il ne peut y avoir aucune souffrance dans la mort. Il ne peut pas y avoir davantage de survie de la conscience, de la pensée individuelle: « Ainsi le mal qui effraie le plus, la mort, n'est rien pour nous, puisque lorsque nous existons, la mort n'est pas là, et lorsque la mort est là, nous n'existons plus. » Dès lors je peux vivre, agir et profiter de cette vie sans redouter aucune punition post-mortem. Et je sais que c'est ici et maintenant qu'il me faut être heureux, en cette vie, car je n'en ai aucune autre. Mon bonheur dans lavie est une affaire sérieuse qui ne souffre aucun délai. Tel est l'enseignement de la sagesse matérialiste. La modération des désirs. Maintenant que nous avons vu les deux conditions négatives du bonheur, cad les pensées et les craintes qu'il faut éliminer pour pouvoir jouir de la vie, il nous faut encore définir positivement comment atteindre le bonheur. Unpeu de réflexion nous montre qu'il est absurde de désirer des plaisirs inaccessibles, ou qui ont des conséquences fâcheuses et se paient de plus grandes souffrances, comme les plaisirs de la gourmandise qui, pratiqués àl'excès, finissent par nous rendre affreusement malades. Il convient donc de modérer ses désirs, d'opérer un tri entre eux. Mais jusqu'à quel point ? Il faut rejeter tous les désirs qui ne sont pas naturels et aussi ceux qui nesont pas nécessaires à notre survie, à notre santé ou à notre bonheur. Mais qu'est-ce qui est naturel dans les désirs humains ? Et surtout, qu'est-ce qui est absolument nécessaire à notre bonheur ? Epicure ne donne pas de réponse très précise, mais il nous dit qu'il faut savoir se contenter de peu. Ainsi, celui qui désire des mets raffinés risque fort d'être déçu et malheureux s'il n'a pas toujours les moyens de se les offrir, ou si le cuisinierrate son plat, ou si mille autres ennuis viennent l'en priver. Avoir des désirs de luxe nous expose à souvent souffrir. Il faut donc les éliminer. En revanche, celui qui ne désire que des nourritures « naturelles », un peu de painpar exemple, trouvera facilement à se satisfaire, et peut même en retirer un très vif plaisir s'il a vraiment faim et soif. En outre, le sage qui ne désire rien de plus pourra tout de même, s'il est invité à un banquet, jouir de lanourriture succulente. De tels plaisirs ne sont nullement interdits, à condition de ne pas les désirer toujours, de ne pas en être dépendant. Il faut donc passer ses désirs au crible de sa raison et éliminer impitoyablementtous ceux qui ne sont pas naturels et nécessaires, tous ceux qui sont vains, artificiels, superflus ou excessifs . alors nous serons sages et nous atteindrons l'ataraxie, l'état d'absence de trouble de l'âme, cad le bonheur. Eneffet, ce sont les angoisses, les passions, les désirs inassouvis qui troublent notre âme, nous font souffrir et nous empêchent d'être heureux. Se délivrer de tout cela, c'est déjà être heureux, de même qu'il faut penser quele plaisir se trouve déjà dans l'absence de souffrance. Nous voyons qu' Epicure redéfinit le plaisir (et corrélativement le bonheur) à l'encontre de la pensée commune, qui n'aperçoit de plaisir que dans un excitation positive des sens ou de l'esprit. Nous voyons aussi quelle est la vraie nature de l'hédonisme d' Epicure et quel monumental contresens a fait la tradition en en faisant « une morale de pourceaux libidineux se vautrant dans la luxure », alors qu'il s'agit avant tout d'une ascèse, d'une maîtrise des désirs, assez semblable à ce que peuvent pratiquer certains religieux, ermites ou ascètes, même si c'est dans de tout autres buts. Critique de la sagesse épicurienne. La sagesse d' Epicure ne nous semble cependant pas entièrement satisfaisante pour au moins trois raisons. Nous venons de voir qu'il identifie le plaisir et la non-souffrance, le bonheur et l'ataraxie. Or, il y a bien une différence entre les deux, comme entre un état neutre et un bien réel , ou comme entre le zéro et un nombre positif. Sa doctrine peut donc éviter la souffrance, mais non nous donner un bonheur réel.Et même cela paraît douteux. En effet, Epicure nous demande de renoncer à de nombreux désirs. Au nom de quoi ? Seulement par la réflexion que leur satisfaction ne sera pas toujours assurée et que dépendre de ces désirs risque un jour de nous rendre malheureux. Mais la raison a-t-elle le pouvoir de supprimer un désir, surtout par cette simple réflexion ? Peut-elle combattre l'attrait d'un plaisir proche et sa promesse de bonheur ? Il ne semblepas. Il nous faudrait alors faire preuve de beaucoup de volonté et nous refuser à satisfaire nos désirs, à agir selon eux, puisque nous n'avons pas le pouvoir de les supprimer en nous par simple acte de volonté, en espérantque cette ascèse, à la longue, finira par faire disparaître ces désirs. Mais cela veut dire qu'il faut commencer par souffrir longtemps de la présence en nous de désirs inassouvis, ce qui est le contraire même du bonheur etrevient à se faire son propre bourreau. Le religieux qui devient ermite, se retire du monde et de ses plaisirs et vit dans le renoncement et la mortification espère, lui, plaire à Dieu et obtenir ainsi une place au paradis. MaisEpicure ne croit en rien de tel et nous préconise une semblable attitude de mortification pour nous procurer le bonheur terrestre. Or, il nous semble bien que l'on ne puisse constituer un bonheur avec une série de refus de satisfactions.D'un autre point de vue, nous pouvons aussi penser que la philosophie d' Epicure nous détourne de buts plus élevés ou plus nobles que notre satisfaction personnelle. Elle nous interdit d'avoir de grands désirs, contre de grands projets humanitaires ou artistiques, car celui qui veut sauver des peuples, ou celui qui veut créer, a de fortes chances d'échouer. Désirs déraisonnables, ni naturels, ni nécessaires, dirait Epicure , qui réduit ce faisant l'homme à un simple être de sensation, purement égoïste. En d'autres termes, si la sagesse épicurienne, en modérant nos désirs , nous empêche d'être malfaisants envers autrui, puisque nous ne sommes plustentés par la convoitise, elle ne nous rend pas pour autant bienfaisants, ni non plus nobles et grands. Il nous faut nous mettre en quête d'une autre sagesse. Débat et enjeuLe désir et la natureLe plaisir se trouve plus dans le repos que dans le mouvement frénétique. Le bonheur adviendra en levant les obstacles au repos, qui sont moins dus aux carences supposées de la nature qu'à de fausses croyances concernant lesbiens essentiels et les douleurs évitables. Le désir peut-il ainsi nous tourner vers les choses qui sont immédiatement à notre portée ou bien nous transforme-t-il en militant éternel du possible ? En quel sens le désir peut-il nous »

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